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Le Fardeau du Temps: Après Cilmeri, #20
Le Fardeau du Temps: Après Cilmeri, #20
Le Fardeau du Temps: Après Cilmeri, #20
Livre électronique460 pages6 heuresAprès Cilmeri

Le Fardeau du Temps: Après Cilmeri, #20

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À propos de ce livre électronique

Septembre 1297. David, sa famille et ses amis sont réunis au château de Carew pour un tournoi organisé dans l'esprit de l'époque du roi Arthur. Deux années se sont écoulées depuis les événements décrits dans le livre précédent, Sous le Voile du Temps, mais bien des questions demeurent. Qu'est-il advenu du traître Bogo de Clare, qui semble avoir disparu de la face de la Terre ? Et comment évolue la relation entre la famille de David et Avalon ?

Leur est-il encore permis de voyager d'un univers à l'autre ?

Et même si cela reste possible, devraient-ils s'en abstenir ?

Il est temps de retrouver David et ses amis pour découvrir ce qui les attend dans ce nouvel épisode de la série Après Cilmeri !

Ordre de lecture de la série à ce jour : Une Fille du Temps, Premiers Pas dans le Temps, Le Tourbillon du Temps, Le Prince du Temps, A La Croisée des Chemins du Temps, Les Enfants du Temps, Les Exilés du Temps, Les Naufragés du Temps, Les Cendres du Temps, Le Protecteur du Temps, Les Gardiens du Temps, Les Maîtres du Temps, Aux Frontières du Temps, les Nuances du Temps, Les Champions du Temps, Un Refuge dans le Temps, Les Résistants du Temps, Bannis dans le Temps, Sous le Voile du Temps, Le Fardeau du Temps, Les Renégats du Temps.

LangueFrançais
ÉditeurThe Morgan-Stanwood Publishing Group
Date de sortie1 janv. 2024
ISBN9798223993421
Le Fardeau du Temps: Après Cilmeri, #20
Auteur

Sarah Woodbury

With over two million books sold to date, Sarah Woodbury is the author of more than fifty novels, all set in medieval Wales. Although an anthropologist by training, and then a full-time homeschooling mom for twenty years, she began writing fiction when the stories in her head overflowed and demanded that she let them out. While her ancestry is Welsh, she only visited Wales for the first time at university. She has been in love with the country, language, and people ever since. She even convinced her husband to give all four of their children Welsh names. Sarah is a member of the Historical Novelists Fiction Cooperative (HFAC), the Historical Novel Society (HNS), and Novelists, Inc. (NINC). She makes her home in Oregon. Please follow her online at www.sarahwoodbury.com or https://www.facebook.com/sarahwoodburybooks

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    Aperçu du livre

    Le Fardeau du Temps - Sarah Woodbury

    Personnages Principaux

    ––––––––

    A Avalon

    George, agent de la CIA dont la mission était d’enlever Arthur, le fils de David. Recruté par Chad Treadman, dans l’avion duquel il est arrivé sur Terre Deux (Les Nuances du Temps). Ses collègues, André, le pilote de l’avion, et Sophie ont tous deux vécu sur Terre Deux.

    ––––––––

    Sur Terre Deux

    David est le roi d’Angleterre, un voyageur du temps, marié à Lili qui est également la sœur de Ieuan. Ils ont deux enfants, Arthur et Alexander.

    Anna, tout comme son frère David, est arrivée sur Terre Deux dans Premiers Pas dans le Temps. Elle a épousé Math et ils ont trois enfants, Cadell, Bran et Rhiannon.

    Meg a épousé Llywelyn, roi du Pays de Galles, dans Une Fille du Temps. Ce sont les parents de David, Anna, Gwenllian, Padrig et Elisa.

    Bronwen a fait sa première apparition dans Le Prince du Temps alors qu’elle étudiait l’archéologie. Elle est mariée avec Ieuan, initialement le capitaine de la garde de David. Ils ont trois enfants, Catrin, Cadwaladr et Gweneth.

    Callum est arrivé sur Terre Deux sur les talons (au sens littéral du mot) de Meg, Llywelyn et Goronwy dans Les Enfants du Temps. Dans Les Exilés du Temps, il a rencontré Cassie, venue elle aussi du vingt-et-unième siècle, déposée et livrée à elle-même au Moyen-Âge par l’avion qui transportait Meg dans Le Tourbillon du Temps.

    Rachel est arrivée avec Anna et Meg dans le bus de Cardiff dans Les Cendres du Temps. Médecin, elle a épousé Darren, un ex-agent du MI-5. Ils ont une petite fille, Esther.

    Abraham est le père de Rachel, à présent médecin à la cour de David. Il est arrivé sur Terre Deux dans Les Gardiens du Temps.

    Michael est le garde du corps de David qu’il a rencontré dans Les Champions du Temps. Il a épousé Livia, un ex-agent du MI-5. Ils sont arrivés sur Terre Deux dans Un Refuge dans le Temps et sont les parents d’une petite fille, Arya.

    Christopher est le cousin de David. Il a voyagé vers Terre Deux dans sa voiture, dans Les Maîtres du Temps. Surnommé depuis son arrivée le Héros de Westminster. Les autres membres de sa famille, Ted, Elisa et Elen, sont venus sur Terre Deux dans Les Nuances du Temps. Il a récemment épousé Isabelle, la fille de Matthew Norris, le Maître du Temple de Paris.

    Huw est un compagnon gallois que nous rencontrons pour la première fois dans Premiers Pas dans le Temps lorsque David est victime d’un enlèvement.

    William de Bohun est l’héritier du comté de Hereford. Il fait partie de l’entourage de David depuis A la Croisée des Chemins du Temps. Célèbre notamment pour sa phrase favorite, vous vous fichez de moi ! Il a fait la connaissance de sa femme, Daisy, ex-princesse Margaret d’Angleterre, dans le volume précédent, Sous le Voile du Temps.

    Robbie à Avalon deviendra Robert the Bruce, Roi des Ecossais. Nous l’avons rencontré pour la première fois dans Les Exilés du Temps, l’un des trois Bruce prénommés Robert. A l’époque, Bronwen l’avait surnommé Bébé Bruce.

    Et aussi

    Venny – Capitaine de la garde de David

    Margaret "Daisy" – Fille du roi Edward et de la reine Eleanor. Elle a épousé William de Bohun.

    Mary "Molly" – Fille du roi Edward et de la reine Eleanor.

    Elizabeth ‘Lizzie’ – La plus jeune des filles du roi Edward et de la reine Eleanor.

    Boniface – Le Pape

    Francesco – Neveu du pape Boniface

    Iwan – Archevêque de St-David

    Gilbert de Clare – Comte de Gloucester (décédé)

    Bogo de Clare – fugitif, frère de Gilbert, Thomas et Maggie

    Edmund d’Almain – Oncle de Lizzie, Daisy, et Molly

    Margaret "Maggie" de Clare – Epouse d’Almain, sœur de Bogo, Thomas et Gilbert

    Thomas de Clare – en exil, frère de Maggie, Bogo et Gilbert

    Philippe – Roi de France

    John Primus – Duc de Brabant

    John Secundus – Comte de Zélande et de Hollande

    Isabel – Prétendue ‘nièce’ et ancienne compagne de Bogo

    Précédemment...

    ––––––––

    Comme toujours, je suis persuadée que vous vous souvenez mieux que moi des événements décrits jusqu’ici, mais juste au cas où vous auriez besoin de vous rappeler où nous en sommes restés :

    Dans Sous le Voile du Temps, le volume précédent de la série Après Cilmeri, nous avons fait la connaissance de trois des filles encore en vie du roi Edward : Daisy, Molly et Lizzie. Plusieurs années auparavant, elles avaient été littéralement confinées dans un couvent par nul autre que Gilbert de Clare, avec l’accord de leur oncle Almain, dans le cadre de la tentative de Gilbert pour s’emparer du trône d’Angleterre (Les Maîtres du Temps). Après la mort de Gilbert sur le capot de la voiture de Christopher, Almain avait laissé les jeunes filles dépérir dans leur couvent jusqu’à ce qu’il trouve comment se servir d’elles, tout en leur inventant pour le reste du monde une vie bien éloignée de la réalité.

    Alors que David est occupé en France, Bogo de Clare, le plus jeune frère de Gilbert, décide que le moment d’une autre tentative d’usurpation du trône est venu et veut utiliser Daisy à cette fin. Il fait enlever Daisy et Molly de leur couvent et les amène à Berkhamsted, le fief d’Almain. Celui-ci accepte de participer au complot dans l’espoir sincère de mettre Daisy sur le trône, puis de gouverner l’Angleterre par son intermédiaire. Cependant, la plus jeune des sœurs, Lizzie, échappe aux griffes de Bogo. Bien qu’élevée dans la haine de Meg et de Llywelyn, en désespoir de cause elle se rend à Kings Langley où les souverains gallois, en l’absence de David, gardent un œil sur l’Angleterre.

    A la fois bon à rien et comploteur-né, Bogo complique encore la situation en kidnappant Meg, Gwenllian et Elen, en vue d’obliger Llywelyn à soutenir ses prétentions au trône. Elen sacrifie sa liberté au profit de Lizzie, ce qui permet à celle-ci de retourner à Kings Langley pour soulever une armée contre Berkhamsted. Le livre se termine lorsque les femmes s’échappent de la tour où elles sont détenues tandis que David attaque de front le château. Almain finit par se rendre mais lorsque les troupes de David investissent le château, on découvre que Bogo a déjà pris la fuite...

    Premier Chapitre

    Avalon

    George

    ––––––––

    « Je ne sais pas quel ange gardien veille sur vous, » dit le garde en ouvrant la lourde porte de métal de la cellule de George, « mais vous sortez d’ici, tout comme vous l’avez prédit. »

    George était tout à fait persuadé que la créature en question était un démon plutôt qu’un ange. Quoi qu’il en soit, il n’allait pas protester contre l’ouverture de sa porte, se mettre à discuter de questions théologiques douteuses avec le gardien, ni avouer à celui-ci que s’il avait répété avec obstination qu’il ne tarderait pas à être libéré, c’était davantage pour se remonter le moral que parce qu’il y croyait vraiment. Lorsque la porte s’était ouverte, il avait été assis en tailleur par terre à côté des toilettes, en train de méditer, comme il l’avait fait chaque jour à la même heure au cours des trois dernières années. Outre ses propres pensées, qu’on ne pouvait ni lui enlever ni surveiller, on lui avait fourni des crayons et du papier et tous les livres qu’il souhaitait lire ou écouter, autorisé deux heures d’exercice par jour et interdit toute visite.

    Isolement total.

    Selon les normes de la CIA, cela voulait dire qu’il n’avait pas été torturé, pas même en utilisant ces méthodes qui ne laissaient aucune trace physique. A ce stade, il aurait presque préféré.

    Pourtant, malgré tout cela, jamais il ne regretterait d’avoir tiré sur David.

    Du moins, d’avoir tiré vers David.

    Après avoir renvoyé David sur Terre Deux, George avait été immédiatement maîtrisé, poussé dans une voiture dans laquelle on lui avait bandé les yeux puis injecté un puissant sédatif. Jamais il n’avait eu la possibilité de parler à qui que ce soit et quand il avait demandé d’avoir droit à un appel téléphonique, Paige Blanchard lui avait ri au nez.

    Elle avait ri.

    Chad, le Chad sur qui on pouvait toujours compter, ce bon vieux Chad, avait couru derrière eux en protestant, mais pour autant que George ait pu le constater au cours des quelques secondes qui s’étaient écoulées avant qu’on lui enfile un sac sur la tête, les représentants du MI-5 s’étaient silencieusement fondus dans le décor. Avec David disparu, personne n’en avait rien à faire de celui qui était passé à l’action, ni du fait que George était le pauvre type qui s’était fait avoir en leur livrant David sur un plateau.  

    Par ailleurs, les agents du MI-5—de même, certainement, que ceux de son proche parent, le MI-6—devaient collaborer avec la CIA. Les impératifs de la diplomatie internationale l’emportaient évidemment sur le sort d’un seul homme et les agences de renseignement du Royaume-Uni savaient parfaitement qui, dans la hiérarchie, était le grand frère et qui étaient les petites sœurs qui se contentaient d’obéir.

    David, entretemps, avait disparu, comme George en avait eu l’intention. On ne savait jamais où David atterrissait quand il voyageait, mais où qu’il soit allé, c’était bien loin de ce parc dans l’Oregon. Le seul regret de George, c’étaient les mots qu’il avait lancés à Paige avant que ses collègues ne le flanquent par terre. Une partie de sa méditation quotidienne concernait ce qu’il voyait à présent comme dangereusement arrogant de sa part : avant que vous me fassiez arrêter et jeter dans un puits sans fond, n'oubliez pas que je sais où vos cadavres sont enterrés.

    Quelle blague. Bien-sûr, c’était Paige qui avait ri à ses dépens.

    « Quel jour sommes-nous ? » George enfila ses sneakers sans lacets. Dépourvu de tout autre objet personnel, il n’avait rien d’autre à faire avant de partir.

    « Le 19 septembre. » Le gardien marqua une pause, apparemment sur le point d’ajouter quelque chose.

    George le regarda avec curiosité. « De quelle année ? »

    Pendant toute la durée de son incarcération, il avait tenté d’établir un lien avec ses gardiens. Il en avait appris beaucoup sur la plupart d’entre eux, sur leur femme, leurs enfants, le fait que l’un ou l’autre avait carbonisé les hamburgers lors du pique-nique de la fête du 4 Juillet. Chaque matin, lorsqu’on lui apportait son petit-déjeuner, George avait demandé quel jour on était. Jamais on ne lui avait répondu, le gardien de service préférant changer de sujet. Enfin, enfin, il obtenait aujourd’hui une réponse différente.

    Peut-être fut-ce pour cette raison, parce que ce gardien était l’un des seuls qui avaient traité George comme un être humain, que l’homme le regarda avec un peu de tristesse. « 2025. »

    George sentit les battements de son cœur accélérer en absorbant cette information. Ses geôliers ne lui avaient pas volé trois ans de sa vie comme il l’avait cru. Il y avait à peine plus de deux ans qu’il avait tiré sur David. Vers David. Mais avec le soulagement vint un accès de colère. Ils avaient tellement bousillé son biorythme qu’il avait pensé avoir été enfermé un tiers de temps de plus que la réalité. On l’avait bien torturé. Qui sait quelle épouvantable maladie allait l’affecter en conséquence ?  

    Même lorsqu’on lui avait permis de prendre de l’exercice, jamais on ne l’avait emmené à l’extérieur. Il avait eu droit à une salle de sport à l’éclairage artificiel. Ses gardiens lui avaient même bandé les yeux à l’aller et au retour pour l’empêcher de voir ou de parler à quiconque.

    C’était se donner beaucoup de mal pour une bien piètre récompense. Ses geôliers l’avaient sûrement isolé ainsi pendant tout ce temps pour une bonne raison, mais alors qu’on ne lui avait posé aucune question, qu’on n’avait rien exigé de lui et qu’il n’avait eu personne à qui parler à l’exception de quelques gardiens qui avaient pour instructions de réduire leurs interactions avec lui au minimum, George ne comprenait toujours pas leurs motivations.

    En entendant les informations imparties par le gardien, l’ancien George aurait émis un chapelet de jurons bien sentis, ajoutant quelques expressions fleuries glanées lors de son séjour sur Terre Deux. Le nouveau George aurait volontiers fait de même, si cela avait servi à quelque chose. Mais le nouveau George refusait par-dessus tout de donner à quiconque l’observait la satisfaction de le voir perdre son sang-froid.

    En outre, s’il se laissait aller à réellement exprimer la rage qui bouillonnait en lui depuis trois, non deux, ans, elle risquait de le consumer. C’était la bataille qu’il avait livrée chaque jour dans sa minuscule cellule et la raison pour laquelle il avait poussé au maximum chacun des exercices physiques auquel il se livrait durant les deux heures qui lui étaient allouées.

    Alors, il se força à respirer profondément et encore une fois à accepter. Il se répéta que deux ans plus tôt il avait fait ce qui à l’époque avait été nécessaire. Grâce à cela, il pouvait sortir la tête haute. Il ignorait ce qui l’attendait lorsqu’il franchirait le seuil de son lieu de détention, mais il allait mettre un pied devant l’autre jusqu’à se heurter à un mur, qu’il trouverait un moyen de contourner, de sauter ou de traverser. C’était ainsi que Paige (n’était-ce pas ironique ?) l’avait formé. Accepter une situation. S’adapter. Réévaluer. Ne jamais rester immobile.

    Encore une respiration et il retrouva sa sérénité. Il ne pouvait rien changer à ce qu’on lui avait fait, personne ne lui rendrait le temps perdu en captivité. Il se souviendrait toute sa vie de la sensation du sac qu’on lui passait sur la tête.

    Mais rien ne l’obligeait plus à vivre la tête dans ce sac.

    Chapitre Deux

    19 septembre 1297

    Château de Carew – Terre Deux

    David

    ––––––––

    « Je sais que tu as raison, cariad, » dit Lili, « mais cette fois, avoir raison ne va pas t’aider si la population n’est pas de ton côté. Je suis d’accord avec toi à ce sujet. Ta sœur et Bronwen le sont probablement aussi. Mais ce n’est pas notre avis qui importe. »

    David n’ignorait pas que la manière dont Lili avait utilisé ce mot tendre, cariad, l’équivalent de bien-aimé en gallois, avait une signification un peu différente de son emploi courant. Il savait qu’elle l’aimait mais en appuyant sur ce mot comme elle venait de le faire, elle lui donnait plus de poids. Elle lui demandait de l’écouter avec plus d’attention que lorsqu’elle l’appelait simplement Dafydd. Elle faisait appel à cette part de lui dans laquelle l’amour l’emportait sur la raison.

    Et qu’il ait ou non envie d’écouter, qu’il préfère ou non avancer comme il avait décidé que c’était nécessaire, elle l’obligeait à s’arrêter et à réfléchir. En premier lieu, parce qu’elle était sa femme. En second lieu, parce que ce ne serait pas la première fois qu’il avait en même temps raison et tort.

    « Ce n’est pas la vérité. Tout le monde sait que ce n’est pas la vérité. » Il refusait de prononcer le mot mensonge, même dans un échange en privé avec son épouse. « Il est plus que temps qu’on l’admette publiquement. Si c’était le cas, on pourrait commencer à discuter de ce qu’il se passe en réalité. De toute manière, comment puis-je jouer ce rôle en sachant que c’est une mascarade ? »

    « Justement en jouant le rôle, Dafydd. Considère ça comme une pantomime. On fait semblant. Tu es le roi Arthur. Ieuan est ton frère, Cai. Michael est le valeureux Lancelot. Et cætera. C’est seulement pour s’amuser. Ce n’est pas comme si tu allais les envoyer accomplir de vraies quêtes arthuriennes. Cela dit, en y réfléchissant, ça pourrait être amusant aussi. » Elle lui adressa un grand sourire. « J’aime bien l’idée d’être ta Gwenhwyfar. »

    Sa famille s’était réunie au château de Carew parce que Nicholas de Carew, son propriétaire (naturellement), organisait un grand tournoi dans l’esprit de l’époque du roi Arthur, avec David dans le premier rôle. Tout le monde était invité, nobles ou gens du commun.

    Lorsque Carew avait soumis son idée, la mère de David s’était mise à rire et à tousser en même temps, manquant de peu de s’étouffer. Elle avait ensuite expliqué que le roi Edward, en 1284 à Avalon, avait organisé un tournoi similaire, lui aussi inspiré de l’histoire d’Arthur et de ses chevaliers, pour célébrer sa conquête du Pays de Galles. Son objectif avait été de se placer dans la lignée d’Arthur. Ce qui, bien-sûr, était également l’intention de Carew, à la différence près que c’était David qu’il voulait voir endosser ce rôle qui était de toute manière le sien dans l’esprit de chacun depuis le jour où Llywelyn l’avait reconnu comme son fils.

    David s’était laissé persuader de participer au tournoi, essentiellement parce que son père s’en était fait l’un des principaux avocats. Après tout, le Pays de Galles était toujours indépendant et David était gallois, un descendant authentique de toute cette grande lignée de rois. A la différence d’Edward, David n’allait as réécrire l’histoire pour en faire une légende anglaise plutôt que galloise. Alors, pourquoi ne pas en faire une fête ? Pourquoi ne pas admettre ce que tout le monde pensait de toute manière ? Pourquoi ne pas jouer ce rôle qu’on lui avait déjà attribué ? Pour s’amuser.

    Dieu merci, à la différence de son rôle d’Arthur dans ce qui était à la fois un tournoi et une pièce de théâtre, sa discussion avec sa femme ne faisait pas partie d’une scène destinée au public, même s’ils avaient pris place sur le chemin de ronde du château de Carew pour profiter d’un dernier moment d’intimité avant de rejoindre le festin qui se tenait dans le grand pavillon érigé dans un champ voisin. Une douzaine de personnes se trouvaient à portée de vue mais personne n’était à portée de voix.

    « Je ne fais que nourrir la bête avec ce tournoi. C’est une célébration de l’ordre ancien, Lili, alors que je fais tant d’efforts pour introduire un ordre nouveau. »

    Elle le regarda avec une grande douceur. « C’est bien, de toute évidence, ce que Carew veut démontrer. » 

    Il y avait dans sa voix une finalité qui indiqua à David qu’il n’avait plus qu’à s’avouer vaincu. Comme pour se venger, il piqua une friandise dans la soucoupe qu’elle tenait à la main et la fourra dans sa bouche. Il ne savait même pas ce que c’était. Une sorte de noix. C’était seulement un geste anodin, pour la taquiner et s’empêcher de continuer à se disputer avec elle.

    « Voleur ! » s’exclama-t-elle en fronçant le nez.

    A dire vrai, il n’avait jamais beaucoup aimé aucun de ces fruits qu’on aurait dénommés à Avalon les oléagineux. Il détestait cela en fait, même le beurre de cacahuètes, mais la question ne s’était jamais posée sur Terre Deux puisque les arachides étaient originaires du Nouveau Monde et qu’il n’avait aucune chance d’en trouver ici. Il eut envie de recracher la noix, mais recracher quelque chose qu’il n’aimait pas par-dessus un créneau comme un enfant de cinq ans que l’on force à manger des aubergines au parmesan manquait un peu trop de dignité. Trop de gens les regardaient, même si l’on ne pouvait les entendre. C’était une chose d’observer à distance le roi et son épouse plongés dans une discussion animée. C’en était tout à fait une autre de voir le roi cracher depuis le sommet des remparts. Il pouvait parler en privé mais le moindre de ses mouvements était public. Le roi d’Angleterre vivait en fait dans une pièce de théâtre permanente.

    Il s’obligea donc à avaler. Ça lui apprendrait à taquiner sa femme en lui chipant ses bonbons.

    En voyant sa grimace, Lili éclata de rire. « Certaines choses ont eu suffisamment d’importance pour que tu imposes ta volonté, Dafydd. Mais je ne crois pas que ce soit le cas ici. Et je ne voudrais pas te voir gâcher le capital que tu as acquis dans la sphère politique par une discussion sur le fait de savoir si tu personnifie ou non le retour d’Arthur, surtout alors que la situation dans son ensemble est si favorable. »

    « C’est bien pour cette raison que je devrais avancer mes pions maintenant. » Il ne pouvait s’empêcher d’argumenter. « Est-ce que les gens se soucient de savoir si je prétends me draper dans le manteau d’Arthur, ou si l’endroit vers lequel nous voyageons est Avalon ou bien l’avenir dans un univers alternatif ? »

    « Bien-sûr qu’ils s’en soucient. Tu as l’impression de mentir à tout le monde, tous les jours. J’ai bien vu comment tu as ravalé ce mot tout à l’heure. » Elle se rapprocha de lui. « Mais qu’est-ce qui est un mensonge dans tout ça, en fait ? » "

    « Tout. »

    « Tu en es sûr ? » Voyant qu’il ne répondait pas immédiatement, elle poursuivit. « Tu peux ordonner à n’importe qui dans le royaume de faire ce que tu demandes. Tu peux forcer tout le monde à accepter des changements et tu l’as fait à maintes reprises. Mais à chaque fois, tu te retrouves à devoir traîner la moitié de la population derrière toi, contre son gré. La plupart d’entre eux font le gros dos et ne renoncent en fait jamais à la position qu’ils occupaient avant. Mais ils sont fiers de voir en toi Arthur revenu parmi eux. C’était une chose d’obliger les membres des guildes à admettre des femmes parmi eux. Priver un peuple d’une idée, d’un rêve peut-être, qui leur tient particulièrement à cœur et qui en plus ne coûte rien en est tout à fait une autre. »

    « Elle a un coût pour moi. »

    « Je le sais. Et je respecte ton honnêteté. Je voudrais que le temps soit venu. Réellement. Mais les gens ne sont pas prêts. Même tes amis ne sont pas prêts. Tu ne peux pas les obliger à être prêts. »

    Il allait dire, « je crois que je peux, » mais une étrange sensation dans sa bouche le détourna de leur échange. Il avala sa salive, formula sa réponse autrement. « Je croyais que je pouvais jusqu’à ce que j’en parle avec toi. L’Angleterre entre dans une nouvelle ère. Nous avons un parlement qui fonctionne et un premier ministre ! »

    Il avait consacré la plus grande partie de ces deux dernières années à expliquer à ses sujets à quel point leur vie et la vie de leur pays pouvait s’améliorer. David avait souhaité transformer l’Angleterre en démocratie directe dirigée par un président élu mais on l’avait persuadé que l’idée était impossible à mettre en œuvre, un peu comme Lili tentait de le convaincre à cet instant. L’un des arguments auxquels il devait répondre résidait dans le fait que les nobles, qui étaient nombreux à occuper des postes de choix au sein du gouvernement et à la cour, tenaient leurs terres directement du roi. Si David n’était plus roi, si en fait il n’y avait plus de roi, allaient-ils tous perdre leurs biens ? Et dans ce cas, à qui iraient-ils ?

    David était sincèrement persuadé qu’un complet remembrement des terres d’Angleterre était nécessaire, mais déclencher une révolte, voire une guerre civile, ne manquerait pas de saper tous ses efforts dans d’autres domaines. Encore une fois, la théorie se heurtait à la pratique. Il avait dû se résoudre à accepter une monarchie constitutionnelle. Un mois plus tôt, David avait rencontré le premier ministre d’Angleterre nouvellement élu, un certain Ralph Sandwich, et lui avait délégué le pouvoir de former un nouveau gouvernement.

    Ce qu’il adviendrait du pouvoir personnel de David et de son rôle comme roi d’Angleterre, compte tenu des menaces potentielles incessantes et tout à fait évidentes qui pesaient sur toutes leurs entreprises, cela restait à voir.

    « C’est exactement ce que je veux dire, mon amour. »

    Mon amour. My love. Jusque-là ils parlaient en gallois, mais en passant à l’anglais Lili enfonça le dernier clou dans le cercueil des arguments de David. Il ne protestait plus que pour le principe. Lili parlait aussi couramment français, mais pour une raison ou pour une autre l’entendre employer le même accent américain que le sien le faisait toujours sourire.

    Elle le remarqua et s’en agaça. « Ne te moque pas de moi ! » s’exclama-t-elle en agitant un index comminatoire.

    « Je ne me moque pas. Je n’oserais pas. » Il saisit le doigt en question, y déposa un baiser, puis attira Lili contre lui, incapable de s’en empêcher. Il ne voulait certainement pas la prendre de haut mais chaque fois qu’il la voyait le dévisager avec cet air féroce, il retombait amoureux comme au premier jour. « Vraiment. »

    Elle le repoussa légèrement pour lever la tête vers lui, refusant de se laisser distraire par ses attentions. « Les vraies fondations d’un pays sont les mythes et les légendes. C’est ce qui explique la puissance de l’attraction exercée par l’histoire d’Arthur. »

    « J’en suis conscient... » David s’interrompit pour toussoter et essayer de se débarrasser de Ia sensation d’irritation qui ne faisait que s’aggraver dans sa gorge.  

    Lili sourit. « Que les Anglais aient un premier ministre est déjà bien suffisant. Ils ne vont pas en plus perdre leur roi. C’est extrêmement important pour eux. Ne leur enlève pas ce qui fait leur fierté. »

    « Ce qui ne manque pas d’ironie, alors qu’en poussant pour un changement de forme de gouvernement, j’essayais de me défaire d’une partie au moins de ce pouvoir... » Il toussa dans sa main en se demandant s’il couvait quelque chose. Ce serait tout à fait caractéristique de sa vie qu’au moment même où il décidait de prendre des vacances en famille, pour la première fois depuis qu’il avait été couronné roi d’Angleterre près de dix ans auparavant, il tombe malade.

    Lili restait campée sur sa position. « Quoi qu’il en soit, on te considère toujours comme le guide, même si tu as concédé une bonne partie de ton pouvoir au parlement et au premier ministre. Il est difficile d’imposer le changement. Tu le sais. Tu n’as pas à leur mettre le nez face à l’obstacle à chaque instant. Ils finiront par le franchir d’eux-mêmes. »

    David lui accordait sincèrement son attention mais s’était mis à se frotter les yeux qui tout à coup le grattaient et larmoyaient. Il avait d’abord pensé avoir attrapé un rhume. Maintenant, il se demandait si un changement de temps imminent déclenchait ses allergies. Cela aurait eu un sens s’il n’avait senti en même temps son visage s’échauffer. Il éternua trois fois de suite puis se mit à tousser. Sans pouvoir s’arrêter.

    Lili fronça les sourcils. « Est-ce que ça va, Dafydd ? »

    David dut faire un effort pour faire pénétrer de l’air dans ses poumons. « Je ne sais pas. » Il porta la main à sa gorge. « Je ne peux... » Il se tut, luttant pour respirer. Il avait l’impression d’avoir avalé une balle de golf. Puis il fut pris de vertige.

    David ne se déplaçait jamais sans garde du corps, si bien qu’à ce stade d’autres personnes de son entourage avaient remarqué son malaise. Comme il se l’était dit quand il avait refusé de cracher la confiserie entre deux merlons, il y avait toujours quelqu’un pour l’observer.

    Dans ce cas, c’était Venny, le capitaine de sa garde, qui se tenait à une distance respectueuse, près d’une des tours, peu désireux de s’impliquer dans une querelle conjugale. Quelque temps auparavant, ils lui avaient livré la version complète de l’histoire de leur famille, de leur faculté à voyager dans le temps, ou plutôt de basculer d’un univers à l’autre, mais pour lui ils restaient originaires de la contrée magique d’Avalon et David incarnait bien le retour d’Arthur. Point. Tout en luttant pour simplement respirer, David réalisa qu’il comprenait l’argument avancé par Lili.

    Venny fit un pas dans leur direction, encore hésitant. C’était la bonne décision. A ce point, David avait du mal à rester debout. Il aurait maudit sa propre stupidité s’il ne s’était pas senti si mal.

    « Dafydd ! Qu’est-ce qui ne va pas ? » Lili tenait le visage de son mari entre ses mains, plongeant son regard dans le sien.

    « Je ne peux plus... respirer... » David saisit l’épaule de Lili d’une main et de l’autre s’appuya sur le merlon le plus proche, essayant de tenir bon. « Ça m’est déjà arrivé... Une fois... Quand j’étais petit... Pas aussi fort... Je croyais que je n’avais plus à m’en inquiéter. »

    Jusqu’à quatorze ans, David avait été un enfant si difficile en termes de nourriture qu’éviter qu’il mange tout ce qui était à base de noix, un parmi tous les aliments qu’il n’aimait pas, n’avait pas constitué un défi particulier. Il était du genre à ne se nourrir que de pain et de viande, avec peut-être d’un légume ici ou là pour le principe. Devenu prince de Galles, puis roi d’Angleterre, il n’avait jamais eu à manger quelque chose qu’il n’aimait pas. Tous ceux qui avaient eu à préparer ses repas savaient qu’on ne lui servait rien qui contenait des noix. Il n’aimait pas cela, donc il n’en mangeait pas. Jusqu’à ce qu’il ait l’idée stupide de taquiner sa femme. Avec quelles répercussions indésirables !

    « Grand Dieu. » C’était l’exclamation typique de la mère de David. Venant de Lili, elle prenait un poids particulier, plus encore que lorsqu’elle l’avait appelé cariad. Elle se tourna vivement vers Venny, qui était presque arrivé jusqu’à eux. « Il a besoin d’aide ! » 

    Venny s’arrêta net, jeta un bref coup d’œil à David et repartit d’où il était venu. « Je vais chercher Abraham ! »

    David avait été trop concentré sur l’effort nécessaire pour aspirer un peu d’air pour lui dire que trouver Abraham n’allait pas l’aider. Il savait ce qui lui arrivait et de quoi il avait besoin. Heureusement, Ieuan avait lui aussi vu que quelque chose n’allait pas et accourait de la direction opposée. Il s’arrêta de l’autre côté de David, comprit ce qu’il se passait d’un seul regard et se contenta de demander, « que puis-je faire ? »

    « Trouve Michael, » réussit à souffler David. « Dis-lui qu’il me faut un EpiPen. »

    « Je ne sais pas ce que c’est. »

    « Lui, il le sait. »

    Ieuan hésitait encore. Il regarda Lili. « Il a mangé quelque chose depuis le déjeuner ? »

    « Les confiseries que j’ai apportées de la cuisine. Des noix roulées dans du miel.

    « Tu en as mangé aussi ? »

    « N-n-non. Je n’ai pas pu, pendant qu’on parlait. J’ai posé l’assiette là, dans un créneau. » Elle pointa du doigt le plat à quelques pas sur le chemin de ronde.

    Ieuan réagit plus vite qu’à la demande d’un EpiPen.

    Lili retenait maintenant David par les deux bras. « Qu’as-tu demandé ? Pourquoi as-tu besoin de Michael ? » Elle avait abandonné l’américain pour le gallois, une claire indication s’il en avait besoin de la gravité de son état aux yeux de sa femme.

    S’il avait été capable de réfléchir lucidement, il aurait gardé Ieuan près de lui

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