À propos de ce livre électronique
Voyage dans le temps au Pays de Galles médiéval!
Une Fille du Temps: Au Moyen-Age, un homme au destin incertain, Llywelyn, prince de Galles, affronte trahisons et fourberies, de la part de ses ennemis comme de ses amis…
Au vingtième siècle, une jeune femme au passé mouvementé, Meg, dont la vie est en lambeaux, est aspirée par le gouffre du temps et se retrouve au Moyen-Age, au Pays de Galles…
Ensemble, peut-être Meg et Llywelyn pourront-ils se frayer un chemin au cœur des allégeances toujours changeantes de leur entourage, qui menacent l'existence même du Pays de Galles, et donner naissance à leur propre histoire, en défiant l'inexorable marche du temps.
Premier Pas dans le Temps: Au mois de décembre 1282, des soldats anglais tendirent à Llywelyn ap Gruffydd, prince de Galles un piège qui lui fut fatal. Sa mort marqua la fin du Pays de Galles en tant que nation indépendante et le début de ce qui allait devenir plus de sept cents ans sous la botte anglaise.
Premiers Pas dans le Temps raconte l'histoire de ce qui aurait pu être, si Llywelyn avait survécu.
Et le destin des deux adolescents qui lui sauvent la vie.
Le Tourbillon du Temps: Meg n'avait pas attaché une grande importance à ce vol de routine entre Pasco, dans l'état de Washington, et Boise dans l'Idaho. Mais pour elle, aucun voyage n'est simple, en particulier lorsqu'elle se retrouve à nouveau au Moyen-Âge au lieu de s'écraser sur le flanc d'une montagne de l'Oregon.
Et lorsque le pilote s'envole sans elle, à la recherche d'un moyen de retourner au vingt-et-unième siècle, elle doit faire appel à toutes les connaissances et à la maturité acquises au cours des seize dernières années passées dans le monde moderne pour survivre ne serait-ce qu'une journée dans ce monde médiéval.
Sarah Woodbury
With over two million books sold to date, Sarah Woodbury is the author of more than fifty novels, all set in medieval Wales. Although an anthropologist by training, and then a full-time homeschooling mom for twenty years, she began writing fiction when the stories in her head overflowed and demanded that she let them out. While her ancestry is Welsh, she only visited Wales for the first time at university. She has been in love with the country, language, and people ever since. She even convinced her husband to give all four of their children Welsh names. Sarah is a member of the Historical Novelists Fiction Cooperative (HFAC), the Historical Novel Society (HNS), and Novelists, Inc. (NINC). She makes her home in Oregon. Please follow her online at www.sarahwoodbury.com or https://www.facebook.com/sarahwoodburybooks
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Aperçu du livre
La Série Après Cilmeri Volumes 1-3 - Sarah Woodbury
Une Fille du Temps
Table of Contents
PETIT GUIDE DE PRONONCIATION
Personnages principaux
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Volume 1 de la série Après Cilmeri
Une Fille du Temps
de
Sarah Woodbury
Titre original : DAUGHTER OF TIME
Première édition: 19 mars 2011
Copyright © 2011 Sarah Woodbury
© 2020 pour la traduction française
Traduit de l’anglais par Sylviane Basler
Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes, lieux et événements existant réellement serait un pur effet du hasard.
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5 (2 et 3a), d’une part, «que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d’autre part, que les analyses et courtes citations dans un but d’exemple ou d’illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants-droit ou ayants-cause est illicite».
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Une Fille du Temps
AU MOYEN-AGE, UN HOMME au destin incertain, Llywelyn, prince de Galles, affronte trahisons et fourberies, de la part de ses ennemis comme de ses amis...
Au vingtième siècle, une jeune femme au passé mouvementé, Meg, dont la vie est en lambeaux, est aspirée par le gouffre du temps et se retrouve au Moyen-Age, au Pays de Galles...
Ensemble, peut-être Meg et Llywelyn pourront-ils se frayer un chemin au cœur des allégeances toujours changeantes de leur entourage, qui menacent l’existence même du Pays de Galles, et donner naissance à leur propre histoire, en défiant l’inexorable marche du temps.
A Brynne
Petit Guide de Prononciation
De la langue galloise
Traduit de l’anglais par Sylviane Basler
LES NOMS DÉRIVÉS DE langues étrangères ne sont pas toujours faciles à prononcer et le gallois ne fait pas exception. En ce qui me concerne, vous pouvez prononcer les noms de personnes et de lieux utilisés dans cette histoire de la manière qui vous convient. Faites-vous plaisir!
Cela dit, je sais que certains sont intéressés par la ‘bonne’ prononciation de certains mots. Un petit guide de prononciation du gallois figure ci-dessous à leur intention.
Amusez-vous!
c: k (Cadfael)
ch: ‘r’ guttural comme ‘ach’ en allemand ou le ‘h’ de Ahmed en arabe (Fychan)
dd: zz (Ddu, Gwynedd)
f: v (Cadfael)
ff: f (Gruffydd)
g: ‘g’ dur comme en français devant ‘o’ et ‘u’ (Goronwy)
l: l (Llywelyn)
ll: sorte de ‘chl’ aspiré sans équivalent en français (Llywelyn)
rh: le ‘r’ français de ‘riz’ (Rhys)
th: à mi-chemin entre ‘ss’ et ‘f’ (le fameux ‘th’ anglais de ‘thick’ ou ‘month’ (Arthur)
u: ‘i’ court (Gruffydd : Griffizz) ou long (Cymru : Koumrii)
w : employé comme consonne (Llywelyn) ou comme voyelle (Bwlch), le son ‘ou’
y: la seule lettre en gallois dont la prononciation n’est pas phonétique. Elle peut se prononcer ‘i’ (Gwyn), ou bien ‘ou’ (Cymru), ou encore, en fin de mot, ‘ii’. Ainsi, les mots Cymru (le nom moderne du Pays de Galles) et Cymry (la forme médiévale) se prononcent tous deux ‘koumrii’.
Personnages principaux
Les Gallois
Llywelyn ap Gruffydd – Prince de Galles (né en 1228)
Dafydd ap Gruffydd – Frère de Llywelyn (né en 1238)
Goronwy ap Heilin – Conseiller de Llywelyn (né en 1229)
Geraint – Conseiller de Llywelyn (né en 1200)
Tudur – Fils de Geraint (né en 1227)
Les Anglais
Edward – Prince héritier d’Angleterre (né en 1239)
Gilbert de Clare – Baron des Marches (né en 1243)
Humphrey de Bohun – Baron des Marches (né en 1249)
Roger Mortimer – Baron des Marches (né en 1231)
Les Américains
Meg – Voyageuse du Temps (née en 1975)
Elisa – Sœur de Meg (née en 1977)
Trevor – Ex-mari de Meg (né en 1972)
Premier Chapitre
Meg
Le corps glacé qui gisait sur la table devant moi était celui de mon mari. Un drap le recouvrait en entier à l’exception du visage, mais cela ne m’empêchait pas de me représenter l’état dans lequel il devait être, que ce soit du fait de l’accident de voiture ou de blessures subies longtemps auparavant.
Le froid qui régnait dans la pièce me gagnait peu à peu. En ce mois de janvier, il y faisait presque la même température qu’à l’extérieur. La morgue ressemblait exactement à ce que j’avais imaginé, à ce que j’avais craint. Une pièce sans fenêtre, de la taille d’une salle de classe, éclairée de tubes fluorescents, avec des tables stériles en métal, des éviers et des plans de travail alignés contre un mur, des instruments dont je ne voulais pas savoir à quoi ils servaient. J’essayais de ne rien regarder que Trev, mais pour lutter contre le bourdonnement qui montait dans mes oreilles et le rétrécissement de mon champ de vision, je dus détourner les yeux, faire du regard le tour de la pièce. L’officier de police me saisit le bras et me dit doucement à l’oreille, « venez vous asseoir, Madame Lloyd. Vous ne pouvez rien faire de plus ici. »
J’acquiesçai de la tête sans vraiment l’écouter et resserrai mon manteau autour de moi. Le policier me fit sortir dans le couloir et me guida jusqu’à une chaise de plastique orange près de celle sur laquelle ma mère attendait. Le couloir était semblable à ceux de tous les bâtiments administratifs : utilitaire, stérile, avec un sol en carrelage beige moucheté de noir, des murs beiges, et des petites fenêtres au cadre métallique qui ne s’ouvraient pas. J’échangeai un regard avec ma mère. Les paroles étaient inutiles.
Ce que le policier ne comprenait pas, ne pouvait comprendre, c’était le conflit intérieur qui me déchirait. Je ressentais bien-sûr de l’horreur et de la tristesse, de la colère aussi, mais au-delà de tout cela, du soulagement. Du soulagement pour lui qui avait dû vivre les six derniers mois dans un désespoir toujours grandissant, et pour moi, à la pensée qu’en absorbant assez de médicaments pour glisser dans le néant, il m’avait libérée de l’obligation de vivre avec un homme qui ne m’inspirait plus aucun sentiment.
« Ça n’a rien à voir avec toi, » dit ma mère.
Je me tournai vers elle. Son visage était presque aussi blanc que ses cheveux, mais elle avait levé le menton, comme elle le faisait toujours lorsqu’elle était décidée à bien faire passer son message et était persuadée que je me montrais particulièrement récalcitrante.
« Je sais, Maman, je le sais bien. » Je me penchai en avant et me pris la tête entre les mains. Les larmes que j’avais réussi à contenir à la morgue finirent par jaillir de mes yeux et couler entre mes doigts.
La voix de ma mère s’adoucit. « C’était sa décision, cariad. Même lui, il savait que c’était la meilleure façon d’en finir. »
« Je le sais aussi. »
JE SUIS SOUS LE PORCHE de la maison de ma mère, les mains sur les hanches. Anna fait la sieste dans sa chambre et j’ai pu profiter d’une heure tranquille de solitude. La vive lumière du soleil d’août me chauffe le visage. Je m’abrite les yeux de la main en me demandant où j’ai laissé mes lunettes de soleil, tandis que Trev se gare et sort de la voiture puis en fait le tour et s’arrête sur le trottoir, les bras immobiles le long du corps.
Je me prépare à entendre son plaidoyer. Il va me demander de lui revenir. Je suis prête à refuser, désormais assez forte pour dire non, comme j’aurais dû le faire la première fois qu’il m’a frappée.
Il y a trois mois que je ne l’ai pas vu. Trois mois au cours desquels j’ai apprécié chaque moment de mon indépendance retrouvée et que j’ai passés à planifier le reste de ma vie, éprouvant comme toujours de la gratitude pour avoir eu un endroit où me réfugier, pour l’accueil que ma mère nous avait réservé. J’ai repris mes études à l’université locale. Je vais rattraper le temps perdu et me remettre sur la voie de l’avenir que je m’étais choisi avant Trev.
« J’ai besoin de toi, Meg, » dit Trev.
« Ce n’est pas vrai, tu as seulement besoin d’un punching-ball.
« Tu ne comprends pas. » Il avance d’un pas.
Je tends la main pour l’arrêter. « Ne t’approche pas. Tu restes sur le trottoir ou j’appelle la police. »
Il sait que je n’hésiterai pas à le faire et recule d’un pas. Il lève les mains, paumes tournées vers le ciel, en ce qui pourrait être un geste de supplication, sauf qu’il ne m’a jamais rien demandé de sa vie, ne s’est jamais abaissé à dire un simple ‘s’il te plaît’. Cette fois, il va jusque-là.
« S’il te plaît, Meg, rentre à la maison. Je vais mourir. »
Je le regarde bouche bée. « Quoi ? »
« C’est pour ça que j’étais aussi instable ces derniers temps. C’est la raison pour laquelle j’ai tellement maigri. »
« La raison pour ça, c’est que tu as cessé de manger et décidé de te nourrir uniquement de whisky. Ou de bourbon. »
Trev secoue la tête. « Ça atténue la douleur. Je viens d’aller voir le médecin. Il dit qu’il me reste une chance, avec une chimiothérapie et des médicaments qui vont me rendre encore plus malade. Je n’y arriverai pas tout seul. J’ai besoin de toi. »
ET JE L’AVAIS SUIVI, avec des sentiments mêlés de culpabilité, de sens du devoir, et de compassion. Trevor Lloyd, mon mari depuis deux ans et le père de notre petite fille, Anna. C’est pour elle que j’étais d’abord restée avec lui, et pour elle que finalement je l’avais quitté. Revenir parce qu’il souffrait d’un cancer du pancréas au stage quatre à vingt-trois ans paraissait être ce qu’il fallait faire à ce moment-là, mais s’était avéré être une erreur, et l’hématome qui ornait mon visage, résultat d’un coup qu’il m’avait donné le soir précédent, en était le témoin. Je ne savais même pas comment il avait trouvé la force de se lever, ni pourquoi j’étais restée figée comme une idiote au lieu de rester hors de portée. J’avais toujours eu ce problème. Et je l’avais laissé partir, dans son état, bourré d’alcool et d’un cocktail de Dieu sait quels médicaments, remerciant le ciel qu’il me laisse tranquille.
Et maintenant il était mort. Etait-ce ma faute ?
Et maintenant il était mort. Et j’étais libre.
JE JETAI MON SAC PAR terre dans le salon, enlevai mon manteau encore saupoudré de neige, et me laissai tomber sur le canapé à côté d’Anna et de ma sœur, Elisa, qui était en train de lui lire une histoire. Elisa, de deux ans ma cadette et en première année de fac, était venue pour Noël et allait bientôt retourner à l’université.
Trois jours s’étaient écoulés depuis l’enterrement de Trev, une semaine depuis sa mort. Une semaine de deuil. Maman disait que ce n’était pas bien long, mais en fait je l’avais perdu depuis des mois, voire des années, depuis la première fois où il m’avait giflée et envoyée valser contre la table de la cuisine. Sa mort n’était que le point final d’une longue période de deuil.
« Un type de la fac m’a demandé de sortir avec lui, » dis-je.
« Vraiment ? »
Je regardai Elisa avec un petit sourire. « Est-ce que j’ai trois têtes ou quelque chose comme ça ? » Sans lui laisser le temps de répondre, je continuai. « Ça m’a seulement étonnée. Il y a un bon moment que n’ai pas pensé à tout ça pour moi. »
« Depuis que tu as arrêté de nourrir Anna et que tu as perdu du poids, tu es plutôt pas mal, en fait. »
Que répondre sinon en riant ? Elisa avait une franchise bien à elle. « Eh bien, merci. Enfin je suppose. Je commence à me retrouver. C’est comme si je me réveillais d’un très long sommeil, ou comme si on m’avait enveloppée dans du polystyrène, et que je venais de briser ma coquille. »
« Donc, tu vas vraiment bien ? » dit Elisa.
« Oui, je crois. Enfin. Oui. »
« Plus de paumés. Si tu rencontres quelqu’un et commences à sortir avec lui, tu nous laisses, Maman et moi, te donner notre avis avant d’aller plus loin. Tu l’invites à la maison, et il devra répondre à nos questions avant que tu ne t’engages dans une relation sérieuse. »
« C’est un peu sévère ! Et si je veux seulement aller au cinéma avec lui ? »
« Absolument pas. » Elisa secoua la tête. Elle était tout à fait sérieuse. En fait, Elisa était toujours sérieuse, mais je vis qu’elle ne plaisantait pas du tout. Je trouvai cela touchant de sa part.
Je lui souris. « Tu es la personne que je voudrais être. Je suis fière de toi. »
« Moi ? C’est toi qui as dû faire face à tous ces problèmes. »
« C’est moi qui ai choisi de suivre un rêve qui s’est transformé en cauchemar. Est-il trop tard pour moi ? »
« Bien-sûr que non ! » intervint Maman qui entrait dans la pièce. « Tout ira bien ! Tu n’as que vingt ans ! »
« Bientôt vingt et un. »
Maman secoua la tête. « Tu as simplement fait un détour. Et puis, regarde comme nous en avons été récompensées ! » Elle se pencha par-dessus le dossier du canapé pour déposer un baiser sur la tête d’Anna. « Cyn wired a’r pader. »
Elisa et moi levâmes ensemble les yeux au ciel. « Aussi vrai qu’un Notre Père » avait-elle dit. Comme elle le disait elle-même, elle ‘se débrouillait’ en gallois, et avait pris soin de nous apprendre ce qu’elle savait. C’était son expression favorite. Elle était arrivée très jeune en Pennsylvanie et s’était installée à Radnor avec un oncle et une tante qui étaient morts depuis longtemps. Mais elle avait grandi à Cardiff, une ville du sud du Pays de Galles où l’anglais avait depuis longtemps supplanté le gallois et elle n’avait jamais parlé cette langue couramment.
Pourtant, les collines de Pennsylvanie qui lui rappelaient son pays natal et les bribes de langue galloise que l’on pouvait encore entendre le long de la Main Line l’avaient réconfortée. Elle n’était toutefois jamais retournée au Pays de Galles, et Radnor, où nous vivions toujours, constituait ce qui ressemblait le plus à un semblant de communauté galloise.
Après avoir travaillé pendant plus de vingt ans comme gouvernante, elle avait épousé Evan Morgan. Il avait dix ans de plus qu’elle et avait été ravi de se retrouver doté d’une épouse, puis, dès les premières années de leur mariage, de deux petites filles, alors qu’il pensait depuis longtemps finir sa vie en vieux garçon. Maman avait déjà quarante ans lorsqu’ils s’étaient mariés et ils n’avaient pas passé ensemble autant de temps qu’ils l’auraient voulu. Elle prétendait que mon histoire avec Trev était due au chagrin que m’avait causé la mort de mon père.
Malheureusement, aucune d’entre nous ne parlait mieux gallois que Maman, et qu’avions-nous étudié au lycée ? Le français ! La facilité avec laquelle nous avions appris cette langue avait déconcerté nos parents. Assise sur le canapé, avec Elisa et Anna, je me rappelai que j’avais été une bonne élève. Dans une autre vie. Peut-être pouvais-je de nouveau l’être.
« On y va, Maman ? » dit Anna.
Je lui souris et la chatouillai sous le menton. Elle éclata de rire. Elle avait des cheveux bouclés, bruns, presque noirs, et ses yeux sombres me fixaient avec intensité. Ses petites jambes étaient étendues droit devant elle, le livre posé sur ses genoux.
Elle n’avait que deux ans et demi mais faisait déjà de longues phrases. Quelquefois, j’étais la seule à comprendre ce qu’elle disait avec la prononciation d’un enfant de deux ans, mais cela ne l’empêchait nullement de parler. Toutefois, je n’avais pas besoin de lui demander de mieux articuler ‘crème glacée’ pour me rappeler ma promesse.
« Oui, » dis-je. « Allons-y. »
« Et le dîner ? » dit Maman. Je me levai et la regardai, refusant de discuter devant Anna. Nos regards se rencontrèrent, et elle hocha la tête. « Très bien. D’abord le dessert, ensuite le dîner. Parfait ! »
« Merci, Maman. » Je me penchai en avant pour entourer sa taille épaisse de mes bras et posai ma tête sur son épaule. « Merci pour tout. »
« Dw i’n dy garu di. »
« Je t’aime aussi. » Je tendis la main vers Anna. Elle se retourna pour se mettre à plat ventre, les jambes pendant au bord du canapé, se laissa glisser par terre et courut vers moi. Je lui mis son manteau, la pris dans mes bras, et ramassai mon sac. « On revient. »
« Au revoir, » dirent ensemble Maman et Elisa.
Anna agita la main comme elle le faisait toujours, sa petite main s’ouvrant et se fermant. « Au revoir. »
Assise dans ma petite Honda bleue, Anna installée dans son siège au milieu de la banquette arrière, je pris une profonde inspiration. J’appuyai ma tête contre le siège. Ça va aller. J’attachai ma ceinture, démarrai la voiture et m’éloignai de la maison de ma mère.
La boutique du glacier ne se trouvait qu’à quatre milles. Je conduisais avec précaution, revivant encore une fois, comme dans mes rêves, ce qui avait dû arriver à Trev ce soir-là. A mi-chemin, je m’aperçus que nous arrivions près de l’endroit où il était mort. Je l’avais évité toute la semaine. Pourquoi n’avais-je pas, cette fois, choisi une autre route ? Le carrefour approchait. Mon estomac se serra.
JE RENTRE DE MON TRAVAIL à la bibliothèque du campus. J’ai pu mettre Anna au lit avant de partir, mais alors que j’ouvre la porte de la cuisine, à minuit, je peux voir, au-delà de l’espace qui sépare le comptoir des placards, le living-room éclairé par la seule lueur vacillante de la télévision. Et elle est là, allongée sur le canapé, les yeux grands ouverts, en train de regarder quelque chose qui ressemble aux Dents de la Mer 17. Je pose mes livres sur le comptoir de la cuisine et Trev se retourne dans son fauteuil. Il a une bière dans une main et une cigarette allumée dans l’autre.
Je reste là, à le regarder, sentant monter en moi la colère, les récriminations, la haine. J’essaie d’étouffer ces émotions, parfaitement consciente du fait qu’il ne sert à rien de protester, tentant de lui trouver des excuses dans l’éducation pourrie qu’il a reçue et qui l’a amené à se conduire ainsi, mais je ne peux m’empêcher d’exploser.
« Trev. » Je tente de ne pas élever la voix et de parler raisonnablement. « Je t’ai demandé de ne pas fumer dans la maison. Ce n’est pas bon pour Anna. »
« Il fait foutrement froid dehors ! » Il se redresse dans le fauteuil. Il a perdu tellement de poids que son corps ne parvient plus à rester en position assise et qu’il ne cesse de glisser. « Je vais crever si je sors. »
« Trev. » J’essaie encore. « Tu fumes. »
Immédiatement, il laisse exploser sa colère. « Et je suis en train de crever de toute façon. Merde. » Il attrape le coussin derrière lui et le lance à travers la pièce comme un frisbee. Le coussin heurte la télévision, qui s’éteint avec un grésillement. Nous n’avons jamais eu les moyens de nous offrir un appareil neuf et, à ce moment précis, j’en suis contente. Mais ça rend Trev complètement fou.
Il se lève et vient vers moi à petits pas. Sa voix prend un ton geignard et aigu, prétendument imitant la mienne. « Trev. Trev, ne fume pas. Trev, tu empêches Anna de dormir. Elle a besoin de dormir. Trev, tu ne devrais pas boire avec tes médicaments. »
Je recule, jetant un coup d’œil à Anna pour voir comment elle réagit. Ses yeux sont clos. J’espère vraiment qu’elle s’est endormie, maintenant que la lumière de la télévision a disparu, mais je ne vois pas comment ça serait possible.
« Trev. » J’essaie encore une fois. « Arrête. »
« Ne prononce pas mon nom ! » Il me gifle violemment avant que je puisse l’éviter. Il m’envoie valser contre la table de la cuisine puis je tombe par terre, reculant en rampant aussi vite que je peux avant qu’il ne puisse me frapper encore. Il avance en chancelant et se penche vers moi, son visage tout proche du mien, les poings serrés. « Je fais ce que je veux chez moi ! »
Puis il se redresse. Sa respiration est haletante, cet éclat l’a épuisé. En titubant, il gagne la porte de la cuisine et l’ouvre. Je ne dis rien, et lui non plus, tandis qu’il sort et s’enfonce dans la nuit.
LORSQUE LE POLICIER était venu à la maison, il m’avait dit que Trev n’avait pas freiné à l’entrée du carrefour. Au lieu de tourner à droite ou à gauche comme il devait le faire, il avait continué tout droit, droit dans un arbre. En arrivant à ce même embranchement, je ralentis. Ma vue se brouilla et je tentai de retenir mes larmes, essuyant d’une main celles qui coulaient sur mes joues tandis que l’autre se crispait sur le volant.
Je freinai de toutes mes forces, au contraire ce qu’il avait fait, mais... je n’arrive pas à m’arrêter !
« Anna ! » Je criai son nom tandis que la voiture dérapait sur la plaque de verglas que je n’avais pas vue. Je tournai le volant, tentant désespérément de maîtriser la voiture. Je parvins à reprendre le contrôle suffisamment pour éviter l’arbre contre lequel Trev avait perdu la vie, mais la voiture se mit à glisser vers le talus de vingt pieds de haut, précédé d’un fossé peu profond, qui fermait la route.
Le temps sembla suspendre son vol pendant la demi seconde précédant l’impact qui me parut interminable. Les jointures de mes doigts blanchirent sur le volant, ma gorge se serra, étouffant mes sanglots, et Anna se mit à pleurer, effrayée par la panique qu’elle entendait dans ma voix.
Puis tout s’accéléra. La voiture dérapa jusqu’à percuter le talus et passa au travers.
Un gouffre s’ouvrit devant moi, un trou noir béant. Le même bourdonnement que celui ressenti à la morgue m’emplit la tête. Une éternité plus tard, nous nous retrouvâmes de l’autre côté. J’eus le temps d’apercevoir un ciel et une mer gris-bleu avant que la voiture ne dégringole le long d’une pente et ne glisse dans un marécage. Elle s’arrêta brutalement et le monde qui m’entourait bascula en avant. Instinctivement, je levai les mains pour protéger ma tête, mais le volant vint me frapper en plein visage. Un goût de plastique dans ma bouche, puis de sang... Une vive douleur, puis le néant.
Carte du Pays de Galles
Chapitre Deux
Llywelyn
En l’an de grâce mil deux cent soixante huit
Que le Seigneur soit avec vous
L’envoi prononcé par le prêtre à la fin de la messe du soir résonnait dans ma tête tandis que je gravissais deux par deux les marches qui menaient en haut des remparts du château de Criccieth.
La nuit commençait à tomber, et j’avais envie de contempler le coucher du soleil sur la mer au sud-ouest. On dit que nous autres, les Gallois, sommes toujours partagés entre les montagnes et la mer. En un jour comme celui-là, avec le vent qui couvrait les vagues d’écume et la neige qui couvrait le sommet du Yr Wyddfa, le Mont Snowdon, qui surplombait le château, j’admirais autant l’un que l’autre.
J’aspirai une grande bouffée d’air marin, goûtant longuement le sel et l’humidité qu’il transportait. En vérité, j’aimais tout de ce pays. C’était comme si mes bottes avaient été plantées dans le sol du Pays de Galles si profondément qu’aucun pouvoir, divin ou terrestre, ne pourrait m’en détacher.
Mon petit coin d’Europe avait été menacé, assiégé et réduit en esclavage par une série de rois venant de partout, depuis que César avait pour la première fois traversé la Manche plus de mille ans auparavant. Tout au long de ces invasions, notre peuple avait tour à tour combattu, pris la fuite, attaqué l’ennemi, ou trouvé refuge dans nos montagnes. Chacun de ces envahisseurs avait fini par comprendre que notre résistance était aussi inexorable que la pluie, et notre enracinement au Pays de Galles aussi permanent que le roc sur lequel nous nous trouvions.
Et à présent le roi Henry d’Angleterre l’avait compris lui aussi. Un sentiment de triomphe me réchauffait le ventre d’un feu qui ne voulait pas s’éteindre. Chaque mois qui passait me voyait imposer ma souveraineté avec plus de fermeté sur chaque hameau, chaque prairie, chaque village du Pays de Galles.
Debout au sommet des remparts, le vent soulevant mes cheveux, les mots prononcés par le barde lors des festivités du Nouvel An me revinrent à l’esprit, chaque couplet m’envahissant comme les vagues qui déferlaient sur le rivage. Et voici qu’apparaît un lion, courageux et brave... Llywelyn, souverain du Pays de Galles. Etait-ce par un excès de fierté, ou même d’hubris, que ces paroles ne cessaient de résonner dans ma tête, bien longtemps après la fin de la fête ?
Le soleil rougissait en descendant vers l’horizon. Je lui tournai le dos pour regarder Yr Wyddfa, dont le sommet était rosi par les derniers rayons. La journée avait été ensoleillée, ce qui était inhabituel au mois de janvier, et cette clarté était un bonheur rare. J’étais juste en train de me tourner à nouveau vers le nord-est quand... Mais qu’est-ce que c’est ? Quelque chose surgit des bois qui bordaient le marécage devant le rivage à l’ouest du château, projetant de brillants rayons de lumière, puis s’enfonça tête la première dans le marais.
La stupéfaction me figea d’abord sur place, mais les pleurs d’un jeune enfant, qui se faisaient faiblement entendre à cette distance, s’élevèrent dans l’air. Effrayé maintenant à l’idée que la... chose ? le chariot ? ne s’abîme dans le marais avant que je ne puisse l’atteindre, je courus jusqu’à l’escalier que je descendis à toute allure, passai une petite porte sur le côté du donjon et me retrouvai dans la cour. J’aperçus Goronwy ap Heilin, mon ami et conseiller de toujours, qui passait sous la loge des gardes et entrait dans le château, et me dirigeai vers lui.
« Monseigneur ! » Il arrêta net son cheval, tout son corps exprimant son inquiétude. Il était vêtu de sa cotte de maille, qui le faisait paraître plus volumineux qu’il ne l’était vraiment. Son casque cachait ses cheveux prématurément grisonnants.
Je n’hésitai qu’un instant avant de sauter en croupe sur son cheval. Goronwy rassembla les rênes et décida de ne pas discuter, même s’il savait que son cheval ne pouvait nous porter tous les deux bien longtemps.
« Dépêchons-nous, » dis-je.
Goronwy fit pivoter son cheval pour repartir d’où il venait et donna un coup d’éperon, passant sous la voûte et empruntant la chaussée qui reliait le château au village. Nous traversâmes le village au trot puis tournâmes à gauche, tentant d’atteindre l’endroit où le chariot s’était enfoncé.
Alors que le château de Criccieth était bâti sur un éperon rocheux relié à la terre par un étroit passage, il était entouré d’un marécage légendaire. L’étroit chemin traversait des sables mouvants provoqués par une rivière souterraine sans nom qui s’infiltrait jusqu’à la mer. Personne n’y avait péri récemment et je ne souhaitais pas que ce soit le cas maintenant, mais lorsque nous nous arrêtâmes brusquement sur le chemin, juste avant un tournant, j’hésitai.
Plus nous approchions, plus nous entendions clairement les pleurs de l’enfant, même s’ils n’étaient plus que sporadiques, ponctués de moments de silence. Peut-être était-il trop las, trop épuisé pour continuer à crier. Je me le représentais, essayant de reprendre sa respiration comme le fait un enfant, surtout lorsqu’il n’est pas sûr que l’on vienne à son aide.
« Par tous les saints ! » Goronwy venait de découvrir le véhicule. « Qu’est-ce que c’est ? »
« Je ne sais pas. Une sorte de chariot, avec deux passagers apparemment. »
Le ‘chariot’ avait quatre roues, comme une charrette. Deux d’entre elles tournaient lentement dans le vide. Il s’était déplacé si rapidement, sans aucun moyen de propulsion visible, que je n’arrivais pas à imaginer ce qui avait pu le catapulter hors des bois et dans le marécage. Il était recouvert d’un matériau qui n’était pas du bois mais, bizarrement, bleu.
Goronwy étudia rapidement la situation et tendit le bras vers l’endroit où le chariot avait pénétré dans le marais. « Vers les arbres, Monseigneur. Le sol semble plus ferme par là. »
« Oui. Continue d’avancer. »
Nous poursuivîmes notre chemin sur la route jusqu’aux arbres, puis longeâmes le bois, pour nous arrêter à quelques pas du chariot. La nuit était presque tombée, et je me maudissais d’avoir oublié de prendre une torche. Mettant pied à terre, je fis un pas vers le chariot, mais mon pied s’enfonça immédiatement de plusieurs pouces dans la vase. Si je m’appuyais de tout mon poids, j’étais sûr d’y laisser ma botte.
« Faites attention, Monseigneur, » dit Goronwy.
Je reculai. « Il faut trouver un autre moyen. »
Goronwy remarqua, sous les arbres, quelques branches de bonne taille qui étaient tombées, et nous les traînâmes jusqu’au marais pour faire une sorte de pont de fortune entre nous et le chariot. Un sentiment d’urgence nous poussait. Je passai en premier et, marchant avec précaution, nous atteignîmes le véhicule. Je touchai l’une des parois d’une main hésitante, remarquant sa courbe. La matière était aussi lisse que l’eau de la vasque dans laquelle je me lavais.
« Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Avez-vous besoin de mon aide pour les sortir ? » Goronwy s’inquiétait de voir la passerelle fragile que nous avions établie s’enfoncer dans la vase sous le poids de nos deux corps.
Le simple fait de nous tenir ensemble à l’une des extrémités risquait de nous condamner tous les deux. Je regardai à travers le verre transparent qui me séparait du bébé à l’arrière du véhicule et de la femme sur le siège avant. La lumière du soleil couchant se reflétait sur le verre, révélant des empreintes de doigts qui souillaient la fenêtre. Ceci me parut si ordinaire que je repris confiance.
« Non. Reste où tu es. »
J’étudiai l’ensemble de la masse de métal aux formes extraordinaires qui constituait le véhicule. En regardant avec attention, je compris qu’il n’était pas d’un seul bloc comme je l’avais d’abord cru. Il était composé de plusieurs sections reliées les unes aux autres. Cependant, à l’exception de deux longs objets noirs alignés sur les flancs, il n’offrait aucune prise. Je saisis l’un d’entre eux, espérant que c’était ce à quoi ça ressemblait : un loquet.
Je tirai et, par miracle, la porte du chariot s’ouvrit. Le toit du véhicule se trouvait à deux pieds du sommet de ma tête et je dus me baisser pour pénétrer dans le chariot. La jeune femme était affalée sur une roue fixée à la paroi devant elle. Je la tirai en arrière pour l’appuyer contre le dossier et fronçai les sourcils en voyant le sang qui coulait d’une coupure en travers de son front.
Je ne constatai aucune autre blessure. Mais elle avait les yeux fermés et était inconsciente. A ma grande surprise, au cours de ces premiers instants, je réalisai qu’il s’agissait d’une fille ordinaire, certes étrangement vêtue et probablement de la moitié de mon âge, mais rien en elle ne m’indiquait pourquoi elle conduisait cet incroyable chariot.
Une sangle noire, faite elle aussi d’un matériau qui ne m’était pas familier, la retenait à son siège. Maladroitement, j’essayai de trouver comment la détacher, remerciant silencieusement la lumière qui brillait au plafond du véhicule. J’allais prendre mon couteau pour couper les sangles lorsque je remarquai qu’elles aboutissaient à un grand carré rouge près de sa taille. J’appuyai dessus. La sangle se détacha et la femme s’effondra sur le côté. Je glissai mes bras derrière son dos et sous ses genoux et la tirai vers moi, la soulevant pour la sortir du chariot. Puis, attentif à ne pas perdre l’équilibre, marchant avec précaution, je rejoignis Goronwy et la déposai dans ses bras.
Il avait attendu patiemment, comme si ce que nous faisions était la chose la plus naturelle du monde. Il prit la femme dans ses bras mais ne bougea pas, car c’était sa position qui équilibrait notre ‘pont’ et me permettait de me déplacer près du chariot. « Elle est si belle. » Il l’inspecta de la tête aux pieds ; la tête de la jeune femme, inerte, reposait contre son avant-bras.
Je le réprimandai du regard, mais je ne pouvais pas faire comme si je n’avais rien remarqué. Toutes les nuances de l’automne se mêlaient dans ses longs cheveux, et même si à présent ses grands cils étaient baissés, je pouvais imaginer son regard. Elle était mince, comme une jeune fille, mais elle ressemblait tant à la petite fille derrière elle qu’elle était sûrement sa mère.
« La petite est belle aussi. » Je retournai au chariot, faisant glisser un pied devant l’autre, mais à cet instant, un mouvement se produisit dans le marécage et un bruit de succion résonna dans le silence. Le chariot s’enfonça encore d’un pied, basculant en avant. Il était maintenant presque à la verticale.
« Avez-vous le temps, Monseigneur ? »
« Je ne vais pas laisser cette enfant mourir. Je ne crois pas que ce soit trop risqué pour moi. »
Craignant que tout mouvement vers l’avant du véhicule ne le fasse basculer davantage et inquiet en même temps à l’idée d’être entraîné par un tourbillon si le chariot s’enfonçait pour de bon dans le marécage, je tirai sur la poignée de la porte arrière, qui s’ouvrit exactement comme la porte avant.
L’enfant semblait installée dans une sorte de siège spécialement conçu pour sa petite taille, avec un cercle rouge au milieu de son torse. Espérant qu’il s’agissait là aussi d’un système, je pressai l’appareil. Comme pour sa mère, les sangles se détachèrent. Les roues arrière étaient à présent si haut dans l’air que l’ouverture était à la hauteur de ma poitrine, ce qui me permit d’atteindre l’intérieur facilement, mais m’obligea à soulever ‘enfant à la seule force des bras.
« Viens là, cariad, » dis-je.
Elle écarquilla les yeux en me tendant les bras. Elle ne semblait pas blessée. Je la tirai vers moi et elle passa les bras autour de mon cou, tournant la tête en tous sens pour examiner ce qui nous entourait.
« Monseigneur. » La voix de Goronwy sonna comme un avertissement derrière moi. Je reculai d’un pas, puis d’un autre, m’éloignant du chariot, la petite fille serrée dans mes bras.
Les battements de mon cœur ralentirent enfin, tandis que Goronwy et moi nous éloignions des branchages qui nous avait portés.
« Comment voulez-vous procéder ? » demanda Goronwy, qui tenait toujours la femme dans ses bras. « Elle est plus lourde qu’un sac de navets, même si elle n’y ressemble guère. »
Je posai le bébé à terre, ravi de constater qu’elle avait arrêté de pleurer et acceptait de se tenir solidement sur ses pieds. Je m’accroupis pour lui parler. « Reste là. Je vais prendre soin de ta mère. »
Je ne compris qu’un seul mot de sa réponse, qui ressemblait à Mam : Mammy, me sembla-t-il, même si n’avais jamais entendu un enfant appeler sa mère ainsi.
Je montai le cheval de Goronwy et il me passa le corps de la jeune femme. Je la soulevai et la déposai à califourchon sur le garrot du cheval. Comme elle portait quelque chose qui ressemblait à des chausses, je pouvais l’asseoir devant moi, son dos contre ma poitrine, la tête bloquée sous mon menton. Même si ses vêtements étaient particulièrement provocants, dans ce cas précis ils me rendaient les choses plus faciles. Si tel n’avait pas été le cas, j’aurais été obligé de la porter dans mes bras ou de remonter ses jupes en haut de ses cuisses, ce qui nous aurait certainement offert une plaisante vision, mais se serait révélé encore plus indécent.
Je lui entourai la taille d’un bras et pris les rênes de l’autre. Goronwy se pencha vers l’enfant qui accepta de se laisser porter, un de ses petits bras passé autour de son cou comme elle l’avait fait autour du mien. Elle lui dit quelque chose que je ne compris pas, et il lui répondit à voix basse.
C’est alors que je vis son visage. Il semblait complètement paniqué, mais il révélait de façon inattendue une affinité avec les enfants qui n’avait jusque-là jamais été mise en évidence, et plaça l’enfant contre sa hanche.
« Je la tiens, Monseigneur, » dit-il, « mais je ne suis pas sûr qu’elle comprenne un seul mot de ce qu’on dit. »
« Elle est très jeune. »
« Elle vient de me parler dans une langue que je ne connais pas. Je n’ai aucune idée de ce que c’était. »
« De l’anglais ? »
« Non, du moins aucune sorte d’anglais que j’aie jamais entendu, même en tenant compte de la prononciation d’un enfant. »
« Quand sa mère reviendra à elle, nous en saurons plus. »
« C’est sûr que nous aurons bien des questions à lui poser. Pour commencer, qu’est-ce que ce véhicule ? »
« A laquelle j’ajouterais, comment êtes-vous arrivée dans mon marais ? Qu’est-ce que ces matériaux, métaux, vêtements bizarres ?
« Pourraient-elles être anglaises ? » Goronwy passa directement à la question cruciale. Il marchait à côté de moi, la petite et lui ayant trouvé leur rythme, tandis qu’elle continuait à examiner ce qui l’entourait. « Les croisés qui reviennent ont rapporté d’orient beaucoup de nouveautés. La dernière fois que je suis allé à Dinas Bran, j’ai rencontré un de ces hommes ; il a ouvert sa propre taverne, si vous pouvez le croire. Il m’a parlé d’un verre au travers duquel on peut voir à de grandes distances. J’aimerais vraiment en avoir un. »
« Je vais me renseigner, » dis-je. « Pour l’instant, notre problème est plus ordinaire. Il faut ramener ces deux-là au château et les mettre en sécurité ce soir, mais dès le lever du jour, il nous faudra revenir au marais avec la femme. Elle aura beaucoup de choses à nous expliquer, notamment sur la nature et le fonctionnement de ce chariot. »
Je guidai le cheval vers la chaussée, le dirigeant en direction de la route par laquelle nous étions venus, attentif à ne pas me retrouver dans la vase. Comme Goronwy était à pied, je menai le cheval plus lentement que je ne l’aurais fait dans d’autres circonstances. Je ne sortais jamais du château sans mes gardes et me sentais étrangement vulnérable, presque nu, sans eux.
Nous avions atteint la route lorsque Goronwy s’arrêta brusquement et se retourna. J’arrêtai le cheval et entendis ce qui avait provoqué sa réaction : un nouveau bruit de succion, plus fort que lorsque nous nous trouvions sur notre passerelle de branchages. Je regardai derrière moi.
C’était comme si le véhicule s’était trouvé dans une brouette renversée dont le contenu s’enfonçait de plus en plus dans le marécage. L’espace de trois battements de cœur, la lumière à l’intérieur s’éteignit, puis en un instant, comme avalé par une bouche géante, le chariot disparut.
Ce fut un moment solennel, qui incitait presque à la prière, même si le prêtre de ma maison n’aurait certainement pas été d’accord. De manière plus judicieuse, Goronwy se mit à jurer. « Par le cul du roi Salomon, maintenant on ne percera jamais le mystère, à part ce que la femme pourra nous dire. »
« Heureusement que nous n’étions pas à proximité. » D’un claquement de langue, je fis repartir le cheval.
« A quelques instants près, le femme et l’enfant seraient mortes, » dit Goronwy.
« Je me trouvais vraiment sur les remparts par hasard. Je réfléchissais tout en contemplant les changements de couleurs sur Yr Wyddfa lorsque c’est arrivé. »
« Le hasard, Monseigneur ? Je ne crois pas, » dit Goronwy. Il n’eut pas le temps de préciser sa pensée, interrompu par des cris au loin. Une troupe de cavaliers composée de certains de mes hommes sortit du village au galop, venant vers nous.
« Monseigneur Llywelyn ! » C’était un appel de l’un de mes capitaines, Hywel ap Rhys. Un autre soldat tenait une torche à la main et ils s’approchèrent de nous, écarquillant les yeux à la vue de la femme et de l’enfant dans nos bras.
« Tout va bien. » Je fis un signe de la main à leur intention, et Hywel renonça à poser les questions qui devaient se bousculer dans sa tête. Tous mes hommes avaient appris la discipline, mais pas la déférence, et je savais qu’il me faudrait y répondre plus tard. Hywel lui-même, issu d’une noble maison, se croyait tout à fait mon égal, même si j’étais un prince alors qu’il n’était qu’un simple baron. Souvent, je maudissais l’indépendance d’esprit des nobles gallois, même de ceux qui combattaient à mes côtés. Particulièrement de ceux qui combattaient à mes côtés.
Les hommes se placèrent en formation autour de nous. Nous formions certainement un bien étrange groupe. Goronwy et la petite fille continuaient à échanger des murmures et, finalement, Goronwy éleva la voix. « Je crois qu’elle s’appelle Anna. »
« Tu crois ? »
« Eh bien, je ne sais toujours pas vraiment quelle langue elle parle. Il me semble qu’elle comprend des bribes de ce que je dis, mais je ne comprends rien de ses réponses, à part ‘Anna’. J’ai tenté de la rassurer autant que possible et de lui dire que sa mère allait bien. »
Nous traversâmes le village silencieux dans la nuit, les uns derrière les autres. Quelques têtes apparurent dans l’encadrement des portes. Hywel fit un signe de tête au forgeron, qui s’était immobilisé sous l’auvent de son atelier pour nous regarder passer. Puis, regroupés, nous gravîmes la route en lacets qui montait vers l’entrée du château.
A notre arrivée, le chaos régnait dans la cour. Hywel mit pied à terre. Il était grand, même pour un Gallois, et avait les plus grands pieds que nous ayons jamais vus. Depuis son premier jour au sein de notre compagnie, nous l’avions surnommé Boots. La moitié des hommes avait probablement oublié son vrai nom. « Vous nous avez pris par surprise, Monseigneur. »
Il tendit les bras pour prendre la femme, que je laissai glisser le long du cou du cheval. Il était tout à fait capable de la porter, mais dès que j’eus mis pied à terre à mon tour, je la repris délibérément dans mes bras.
Pendant notre chevauchée, j’avais revu dans mon esprit l’arrivée de la jeune femme et de l’enfant. Comme Goronwy, j’étais tout disposé à considérer ce que d’autres attribueraient au hasard comme un don de Dieu. Ou du diable, peut-être. Ce n’était pas quelque chose que j’aurais souhaité avouer, même à mes plus proches conseillers, mais dans le feu de l’action, il n’était pas toujours facile de faire la différence entre les deux.
Tout ce que je savais, c’est que je ne voulais pas la laisser partir. C’était un sentiment nouveau, mais j’avais appris à respecter mon instinct et je me connaissais maintenant assez bien pour savoir quand je devais l’écouter. Au fil des années, j’avais connu un grand nombre de femmes, plus que je ne pouvais compter, pour tout dire, ce qui avait dû occuper mon confesseur davantage qu’il ne l’aurait souhaité. Mais je n’en avais invité aucune dans mon lit depuis plusieurs mois, et n’avais en réalité jamais aimé l’une d’entre elles pendant bien longtemps. J’attribuais mon récent manque d’intérêt à mon âge avancé, et peut-être à une évolution naturelle vers plus de discernement.
La jeune femme dans les bras, les hommes s’écartant devant moi, j’avançai à grands pas vers la cour intérieure, au sein de laquelle se trouvaient mes appartements privés. Goronwy à mes côtés, nous entrâmes dans la grande salle. Tudur, mon intendant, s’approcha et s’inclina.
« Dois-je faire préparer une chambre pour elle, Monseigneur ? »
« Non, » dis-je d’une voix neutre qui coupait court à toute discussion. « Elle reste avec moi. »
Chapitre Trois
Meg
La première chose que je vis en ouvrant les yeux fut une bougie qui grésillait dans une soucoupe en terre cuite posée sur une petite table en bois près du lit sur lequel j’étais allongée. Il ne me fallut qu’une seconde pour comprendre que la situation n’était pas normale.
« Oh, mon Dieu ! » Je levai brusquement la tête. Un homme était assis dans un fauteuil près du feu. Il lisait un livre de la taille d’une encyclopédie. Il leva les yeux et sourit, un sourire complètement désarmant. Je ne pus que le regarder, bouche bée, consciente que tout ce que je voyais, que ce soit lui ou la chambre, n’avait rien d’ordinaire, mais incapable de déterminer exactement pourquoi.
La pièce était vaste. Il y avait une longue table entourée de sièges près d’une porte fermée, à vingt pieds du bout du lit. Le lit lui-même était un grand meuble à baldaquin entouré d’épais rideaux pourpres. Les rideaux étaient ouverts d’un seul côté, le côté où je me trouvais. Le sol était composé de lattes de bois étroitement jointes. Un parquet. Il n’était pas ciré, mais terne et usé par ce qui ne pouvait être que d’innombrables allées et venues. J’enregistrai tout cela, laissant mon regard errer d’un objet à l’autre, avant de revenir à l’homme dans le fauteuil.
Il changea de position et se leva, se dirigeant vers une bibliothèque qui se trouvait de l’autre côté de la pièce. Il posa l’ouvrage à plat sur une pile d’autres livres, prenant le temps de les aligner soigneusement. Pendant qu’il avait le dos tourné, je regardai frénétiquement autour du lit, la panique montant en moi lorsque je réalisai que je ne portais qu’une chemise de nuit, une magnifique chemise brodée, ornée de dentelle, avec de longues manches bouffantes, que mes vêtements avaient disparu et que mes cheveux étaient tressés en une longue natte qui pendait dans mon dos.
Lorsqu’il se retourna vers moi pour me parler, j’avais eu le temps de m’asseoir dans le lit, les couvertures remontées jusqu’au menton.
« ... » dit-il.
Je n’avais pas compris un mot. Déconcertée parce que ses paroles, bien que totalement inintelligibles, avaient un son vaguement familier, je le regardai sans rien dire, immobile. Il essaya à nouveau. Je secouai la tête, hésitante.
Tranquillement, les bras pendant le long du corps, il vint vers moi en me parlant un peu plus fort, comme si cela pouvait m’aider. Je tentais désespérément de comprendre ce qu’il disait, mais lorsqu’il s’approcha de moi, ma respiration se bloqua, menaçant de m’étouffer. Il dut lire la peur dans mes yeux, car il s’arrêta à trois pieds du lit. Je parvins enfin à retrouver ma voix.
« Quoi ? » Je n’émis qu’un croassement. « Qui êtes-vous ? » Détournant les yeux, je fis du regard le tour de la chambre, cherchant le moyen de fuir. Je ne vis que la longue distance qui me séparait de la porte, et l’homme qui se tenait entre cette porte et moi. Il ne répondit pas à ma question, mais essaya encore une fois de me parler.
« Beth ydy’ch enw chi ? »
« Meg dwi, » dis-je sans réfléchir. J’avais répondu automatiquement. « Quel est votre nom ? » avait-il dit en gallois. « Mon nom est Meg. »
Je me tus et le regardai avec attention. Sans se départir de son calme, il me laissa l’examiner, debout à deux pas de moi. Peut-être avait-il parlé en gallois lorsqu’il s’était adressé à moi, mais trop rapidement et avec des phrases trop compliquées pour que les quelques notions transmises par ma mère me permettent de le comprendre ? Malgré mon esprit embrumé, je fis un effort pour me concentrer. Qui est-il ? Il ne m’avait toujours pas répondu.
Il était grand, proche de la quarantaine. Il était mince mais musclé et mesurait probablement un pied de plus que moi. Il portait une chemise de couleur crème sous une veste bleu foncé, un pantalon marron et des bottes de cuir marron. Il avait un long nez et des cheveux noirs, presque de la même nuance que ceux d’Anna. Anna ! La peur m’envahit à nouveau et je me retournai pour voir si elle était dans le lit avec moi.
« Elle dort près du feu, » dit l’homme lentement en gallois, comme s’il avait lu dans mes pensées. Il ajouta quelques mots que je ne compris pas, à l’exception de « vous dites Meg, mais vous voulez dire, Marged ? »
J’acquiesçai d’un hochement de tête. Marged était mon prénom officiel, mais je ne l’utilisais jamais. Mon inquiétude pour Anna dominant ma peur de l’homme devant moi, je me levai et courus vers l’endroit qu’il indiquait de la main. Anna dormait en effet dans un petit lit à bascule qui permettait de bercer l’enfant, poussé contre le mur du fond.
Ses vêtements aussi avaient été changés. Elle portait une chemise de nuit assortie à la mienne et dormait sous une couverture de laine brune incroyablement douce au toucher. Je voulais la serrer dans mes bras, mais je craignais de la prendre au cas où j’aurais besoin de mes deux mains pour repousser l’homme, et je répugnais à l’idée de la réveiller sans raison. Je me contentai de lui caresser le visage pour repousser les cheveux collés sur sa joue.
Je m’assis sur mes talons pour la regarder. En même temps, je pris conscience avec plus de clarté de ce qui m’entourait : les tapisseries sur les murs, le fauteuil et la table de fabrication artisanale qui se trouvaient entre le lit et le feu, les vêtements que nous portions. Tout cela me força à faire face aux questions que je ne pouvais plus ignorer. Où suis-je ? Quel est cet endroit ?
« Qui êtes-vous ? » demandai-je à nouveau, en anglais, et lorsque l’homme me regarda avec étonnement, je répétai les mots qu’il m’avait adressés. « Beth ydy’ch enw chi ? »
« Llywelyn ap Gruffydd, Tywysog o Cymry. »
Mes mains vinrent d’elles-mêmes se placer devant ma bouche. Llywelyn ap Gruffydd, Prince de Galles, avait-il dit.
Il n’y avait pas un enfant gallois qui n’avait pas entendu l’histoire de Llywelyn ap Gruffydd, le dernier prince de Galles, l’homme qui était mort dans la neige par une froide journée d’hiver, attiré à l’écart de ses compagnons par la perfidie des Anglais. Pourquoi me disait-il qu’il était un prince de Galles du treizième siècle ? Je regardai encore une fois autour de moi. Avait-il bâti une demeure médiévale pour vivre son fantasme ? Pourquoi nous avait-il amenées ici, Anna et moi ?
« Ce n’est pas possible. » Je laissai mes mains retomber tandis que mon esprit retrouvait la raison.
« Anglaise ? » Tout à coup, son visage rougit. Il fit un pas dans ma direction, mais je me hâtai de l’arrêter, une main appuyée par terre et l’autre tendue pour le stopper.
« Non ! Non ! » dis-je, poursuivant en gallois devant son regard furieux. « Na ! Na ! Os gwelwch yn dda ! » Je vous en prie, non !
Llywelyn s’arrêta. Je repris péniblement ma respiration. La peur que j’avais ressentie en me réveillant m’envahit de nouveau. J’avais malheureusement assez d’expérience dans ce domaine pour sentir toute la violence dont il était capable. Mon cœur battait à tout rompre, mais il se contenta de me regarder avec attention, sans lever la main ni esquisser de geste menaçant, et peu à peu les battements de mon cœur retrouvèrent leu rythme normal. Je jetai un coup d’œil vers Anna, me demandant si je devais la prendre dans mes bras pour la protéger ou si ce geste allait attirer l’attention de l’homme sur elle et nous mettre toutes deux en danger.
Je laissai la main que j’avais tendue vers lui retomber. De nouveau assise sur mes talons, je laissai échapper un long soupir pour me ressaisir. Llywelyn reprit place dans son fauteuil. Nous étions tous deux plus calmes. Ma prière semblait avoir dispersé des émotions sur le point d’exploser et pour la première fois, je remerciais le ciel d’avoir dû composer avec Trev toutes ces années. Quelquefois, j’avais su trouver les mots justes pour le calmer, et réussi en marchant sur des œufs à ne pas éveiller sa colère pendant quelques semaines.
Malheureusement, il y avait aussi eu des jours où, que je garde le silence ou que je le supplie d’arrêter, Trev n’avait écouté que ses démons intérieurs sans se préoccuper de moi. A présent, maintenant que Llywelyn s’était calmé, je voulais lui poser des questions sur l’endroit où je me trouvais, mais je ne savais comment entamer la conversation sans provoquer à nouveau sa colère. D’une certaine façon, le fait qu’il prétende être un prince gallois mort depuis des siècles n’avait pas d’importance. En ce qui me concernait, il pouvait tout aussi bien se prendre pour un éléphant rose. Je voulais seulement pouvoir sortir de la pièce en un seul morceau.
Peut-être pour m’aider, Llywelyn essaya encore. « Français ? »
Le soulagement m’envahit. « Oui ! » S’il refusait de parler anglais et que mon gallois n’était pas suffisant, nous allions peut-être pouvoir tout de même communiquer. En tout cas, son fantasme était remarquablement cohérent. Le Llywelyn historique aurait lui aussi parlé français, qui était la première langue parlée à la cour d’Angleterre au treizième siècle, de même qu’à la cour de France.
Llywelyn sourit à son tour. « Vous ne vous en rappelez peut-être pas, » dit-il dans un français à l’accent étrange mais compréhensible (du moins pour moi), « mais votre chariot s’est enfoncé dans les marais devant le château. Quelques instants après que j’aie pu vous sortir de l’épave, il a sombré et a disparu. »
« Marais ? Château ? » La clarté d’esprit un instant retrouvée laissa la place à un épais brouillard. « Je conduisais ma voiture pour aller acheter des glaces... » Je m’interrompis devant le regard de Llywelyn, qui semblait dire « vous conduisiez quoi pour acheter quoi ? »
« Mon véhicule, » expliquai-je en espérant que le mot existait en français médiéval.
Llywelyn se leva brusquement. « Je ne veux pas vous interroger davantage ce soir. Vous devez avoir faim. » Il alla jusqu’à la porte, l’ouvrit, sortit la tête et agita la main. Immédiatement, un homme se précipita devant la porte et s’inclina.
« Mau Rhi ? » dit l’homme. Monseigneur ?
Llywelyn lui dit quelque chose que je ne compris pas, mais je n’écoutais pas vraiment, occupée à regarder l’homme qui venait d’apparaître. Il était vêtu d’une cotte de maille, chacun des maillons réfléchissant la lumière à chaque mouvement. Par-dessus, il portait une tunique blanche ornée de trois lions rouges. Il n’avait pas de casque, et comme Llywelyn, n’arborait ni barbe ni moustache. De toute évidence, il avait accepté le fantasme de Llywelyn, ou du moins ne voulait pas le contrarier.
Je restai accroupie près du lit d’Anna, incertaine sur la conduite à tenir. La porte n’allait pas me mener très loin, s’il y avait un garde à l’extérieur. Je regardai où se trouvaient les fenêtres. Il y en avait deux, fermées par des volets en bois. A certains endroits, des rais de lumière s’infiltraient par des interstices entre le bois et l’encadrement. Ainsi occupée, je n’entendis rien du reste de leur conversation.
Llywelyn referma la porte. Il revint s’installer dans son fauteuil, non sans m’avoir fait signe auparavant de m’asseoir sur le lit. « Vous devez être fatiguée. » Il parlait de nouveau en français. « Vous allez manger, et vous vous sentirez mieux. »
Me contenter de lui obéir était insupportable. Malgré cela, regardant ma petite Anna, toujours endormie, je n’osais pas désobéir. Elle dormait paisiblement, désespérément belle, un otage qui garantissait ma bonne conduite. Ne sachant pas quoi faire d’autre, je passai devant lui et allai m’assoir sur le lit.
Je m’assis sur le bord, plus que jamais mal à l’aise. Nous restâmes silencieux. Je lissai ma chemise de nuit sur mes cuisses. Je frissonnais, mais mes mains étaient moites. D’une main, je tâtai derrière moi pour prendre une couverture. Llywelyn se pencha pour poser la couverture sur mes épaules avant de reprendre sa place dans son fauteuil avec un petit signe d’approbation.
« Je raviverai le feu lorsque nous irons dormir, » dit-il.
Une boule se forma dans mon estomac, et ce n’était pas parce que j’avais faim. Un bourdonnement monta dans mes oreilles, menaçant de me submerger. Je ne pouvais que répéter dans ma tête, oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu. Mes pires craintes se révélaient brutalement fondées. Je regardai Llywelyn bouche bée, sans même essayer de le contredire, comme si mon cerveau était bloqué en vitesse surmultipliée, l’embrayage hors service et aucune issue possible. Il paraissait tellement à l’aise, assis tranquillement, une cheville reposant sur le genou de l’autre jambe, les mains croisées sur la poitrine. Qu’allais-je faire ?
Le soldat qui était dans le couloir revint avec des victuailles et du vin. Je le regardai sans le voir, tandis que Llywelyn lui faisait signe de poser le plateau sur la table à côté du lit. Llywelyn déplaça la bougie et la posa sur le linteau de la cheminée au-dessus du feu pour lui laisser la place.
Lorsque l’homme sortit, Llywelyn montra le plateau. « Ce n’est pas grand’ chose, mais cela devrait nous suffire jusqu’à demain matin. »
Je hochai la tête, figée, la boule dans ma gorge m’empêchant de parler. Llywelyn prit la carafe et versa du vin dans deux coupes. Il m’en tendit une avant de prendre la seconde. Je ne voulais pas le boire, non seulement parce que je ne voulais rien accepter de lui, mais également parce que je ne buvais normalement pas de vin. Ça ne m’avait jamais paru une bonne idée, avec Trev à proximité, soit parce que ça l’aurait tenté, soit parce que je voulais pouvoir me contrôler. En outre, je n’allais avoir vingt et un ans qu’au mois d’avril.
Je pris la coupe mais me contentai de rester assise sur le lit en la tenant à la main. Llywelyn leva les sourcils dans ma direction, puis il souleva sa coupe comme s’il portait un toast et avala une gorgée. « Il n’est pas empoisonné, si c’est ce que vous craignez. »
Sous son regard intrigué, je n’osai pas refuser plus longtemps, tout en maudissant ma docilité. J’avalai une gorgée. Il me parut acide, bien plus que le vin doux bon marché que ma mère buvait en général.
Je posai la coupe sur la table et Llywelyn me tendit un morceau de fromage et du pain qu’il avait coupé avec le couteau qu’il portait à la ceinture. Je bus et mangeai tandis qu’il me regardait. Il projetait un tel calme qu’il en paraissait plausible !
Il choisit le moment où j’avais la bouche pleine pour commencer à me poser les questions dont il avait dit plus tôt qu’elles pouvaient attendre. « Qui est le père d’Anna ? »
Je bus une gorgée de vin et avalai péniblement. « Il est mort. » J’étais soulagée de pouvoir, au moins à ce sujet, dire la vérité.
Llywelyn hocha la tête sans mettre ma réponse en doute. « Et votre père ? »
« Il est mort aussi. »
Il émit un petit sifflement entre ses dents. « Je vous demandais leur nom. » Je ne répondis pas et il se mit à découper une petite pomme. « Mon garde a ajouté une pomme lorsque je lui ai dit que vous aviez toutes vos dents. »
Ses paroles semblaient tellement incongrues par rapport à la peur que j’avais ressentie que je m’étranglai sur ma seconde gorgée de vin ; j’eus bien du mal à ne pas la recracher sur le sol. Je toussai et sentis monter en moi un fou rire nerveux. Je distinguai à peine Llywelyn à travers les larmes qui me montèrent aux yeux tandis que je luttais pour le contenir. Sa bouche frémit et il esquissa lui aussi un sourire. Il me semblait pourtant qu’il ne
