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Les Gardiens du Temps: Après Cilmeri, #11
Les Gardiens du Temps: Après Cilmeri, #11
Les Gardiens du Temps: Après Cilmeri, #11
Livre électronique428 pages5 heuresAprès Cilmeri

Les Gardiens du Temps: Après Cilmeri, #11

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À propos de ce livre électronique

Noël 1292. Au fil des ans, le voyage dans le temps a joué un rôle primordial dans la vie de Meg, de David et d'Anna. Mais quelles que soient les circonstances, il s'est toujours produit lorsque des vies étaient en danger : la leur, celle de membres de leur famille ou de leurs proches.

Cette fois, ils sont tous concernés.

Le temps est venu de faire dévier l'histoire et de sauver le royaume médiéval du Pays de Galles... encore une fois.

LangueFrançais
ÉditeurThe Morgan-Stanwood Publishing Group
Date de sortie30 juin 2021
ISBN9798201345068
Les Gardiens du Temps: Après Cilmeri, #11
Auteur

Sarah Woodbury

With over two million books sold to date, Sarah Woodbury is the author of more than fifty novels, all set in medieval Wales. Although an anthropologist by training, and then a full-time homeschooling mom for twenty years, she began writing fiction when the stories in her head overflowed and demanded that she let them out. While her ancestry is Welsh, she only visited Wales for the first time at university. She has been in love with the country, language, and people ever since. She even convinced her husband to give all four of their children Welsh names. Sarah is a member of the Historical Novelists Fiction Cooperative (HFAC), the Historical Novel Society (HNS), and Novelists, Inc. (NINC). She makes her home in Oregon. Please follow her online at www.sarahwoodbury.com or https://www.facebook.com/sarahwoodburybooks

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    Aperçu du livre

    Les Gardiens du Temps - Sarah Woodbury

    Personnages Principaux

    ––––––––

    David (Dafydd)—Voyageur du temps, roi d’Angleterre

    Lili—Reine d’Angleterre, épouse de David, sœur de Ieuan

    Llywelyn—Père de David, roi du Pays de Galles

    Meg—Mère de David, épouse de Llywelyn

    Anna—Sœur de David

    Math—Epoux d’Anna, Lord de Dinas Bran

    Callum—Voyageur du temps, comte de Shrewsbury

    Cassie—Voyageuse du temps, épouse de Callum

    Ieuan—Chevalier gallois, compagnon de David

    Bronwen—Voyageuse du temps, épouse de Ieuan

    Arthur—Fils de David et Lili (né en juin 1289)

    Gwenllian—Fille de Llywelyn (née en juin 1282)

    Cadell—Fils de Math et d’Anna (né en juillet 1285)

    ––––––––

    Geoffrey de Geneville—Seigneur anglo-normand

    Justin—Capitaine de la garde de David

    Goronwy—Conseiller de Llywelyn

    Samuel—Shérif de Shrewsbury

    Aaron—Père de Samuel

    Darren Jeffries—Voyageur du temps (passager du bus)

    Peter Cobb—Voyageur du temps (passager du bus)

    Rachel Wolff—Voyageuse du temps (passagère du bus)

    Mark Jones—Voyageur du temps (passager du bus)

    Bridget Donaldson—Voyageuse du temps (passagère du bus)

    ––––––––

    Elisa Shepherd–Sœur de Meg

    Ted Shepherd–Beau-frère de Meg

    Elen Shepherd–Nièce de Meg

    Christopher Shepherd–Neveu de Meg

    Premier Chapitre

    Dinas Bran (Llangollen)

    Veille de Noël 1292

    ––––––––

    Anna

    ––––––––

    « On ne peut pas considérer le voyage dans le temps comme une carte ‘Sortez de prison’ dans un jeu de Monopoly. »

    L’avertissement de sa mère résonnait dans la tête d’Anna alors qu’elle se préparait à voyager une fois encore. Elle s’était installée sur un siège situé à l’avant du bus, sur une rangée adossée à une fenêtre, si bien qu’elle regardait par la fenêtre opposée.

    Dix ans plus tôt, la première fois qu’Anna se souvenait avoir voyagé dans le temps, elle avait dix-sept ans et était accompagnée de son frère David, alors âgé de quatorze ans. Ils allaient chercher leur cousin Christopher chez un ami. Une énorme congère, un véritable mur de neige, s’était subitement dressée sur la route devant eux. Leur véhicule l’avait percutée, traversée, et ils s’étaient retrouvés au Pays de Galles, au Moyen-Âge.

    A la différence des autres voyages qu’ils avaient effectués, ce n’était pas leur vie qui était ce jour-là menacée, mais celle de celui qu’elle appelait Papa. Comme aujourd’hui, c’était par une journée sinistre de décembre, une heure environ avant le coucher du soleil. Bizarrement, la couleur bleu turquoise du bus de Cardiff n’était pas très éloignée de la couleur du minivan de sa tante. Mais aujourd’hui, il pleuvait au lieu de neiger, et ce n’était pas Anna qui était au volant.

    Le bus de Cardiff paraissait à Anna à la fois plus grand et plus petit que dans ses souvenirs. Plus grand, parce qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas vu de véhicule plus imposant qu’une charrette à foin et même les navires médiévaux étaient pour la plupart bien plus petits que ce bus. Mais plus petit aussi, à peine assez grand, semblait-il, pour contenir la quarantaine de personnes qu’ils ramenaient au vingt-et-unième siècle.

    Avec son obsession pour le moindre détail, David avait fait construire une route empierrée uniquement à cette fin. Pour quiconque n’était pas au courant, la route en elle-même paraissait parfaitement inutile. Elle partait du hangar qui abritait le bus, à l’extérieur du village de Llangollen, et paraissait s’arrêter au pied d’une falaise. Cependant, pour ne pas révéler la vraie destination de la route, David lui avait fait décrire un virage et continuer au-delà de la falaise, jusqu’au bord d’une rivière.

    Malgré cela, on pouvait se demander la raison d’être d’une route aussi parfaite qui s’arrêtait là où il n’y avait ni pont, ni gué, ni même route de l’autre côté du cours d’eau. Si leur aventure était couronnée de succès, Math allait devoir en construire une.

    Bien-sûr, David avait fait construire la route ainsi dans un but précis. Elle ressemblait à l’une de ces rampes destinées aux semi-remorques en cas de défaillance de leurs freins lorsqu’ils descendaient une pente abrupte. Mais dans leur cas, il n’était pas question de freiner. La route, constituée de pierres et de terre compactée, avait pour seul but de permettre au bus d’atteindre une vitesse suffisante avant de heurter la falaise.

    Et c’était bien ce qui avait incité leur mère à faire ce commentaire sur la relation entre le Monopoly et le voyage dans le temps.

    Cela datait de plusieurs jours auparavant. Anna, Meg et Lili, la femme de David, bien installées dans des fauteuils rembourrés, se réchauffaient près du feu dans le salon d’Anna. Elles ne faisaient même pas semblant de travailler à la tapisserie déposée à leurs pieds, le loisir obligatoire de toutes les femmes de la noblesse au Moyen-Âge, même celles comme Anna pour lesquelles ce talent n’avait rien d’inné.

    Lorsque Meg avait ajouté, « il est possible que ça ne marche pas, » David, appuyé au chambranle de la porte, lui avait coupé la parole d’un geste. « Ça va marcher. Je le sais. »

    Anna s’était déjà confrontée à sa mère sur ce sujet, et elle avait perdu. Elle avait donc fait venir ce qu’elle considérait comme la grosse artillerie, David, et était largement soulagée de lui laisser le soin de la convaincre.

    Pour une fois, David avait été vêtu comme le roi d’Angleterre qu’il était, avec des bottes de cuir noir si bien cirées qu’elles reflétaient la lueur du feu, des chausses beiges, une tunique bleue faite de la laine la plus fine sur une chemise de soie qui n’aurait pas paru déplacée dans l’un des clubs les plus huppés de Londres, à quelque époque que ce soit. Du moins le supposait-elle, car elle n’y avait jamais mis les pieds.  

    David avait eu vingt-quatre ans au mois de novembre. Son visage de chérubin s’était affiné au cours des années tandis qu’il achevait sa croissance et sous la pression de ses responsabilités sur le trône d’Angleterre. Lorsqu’il était arrivé à Dinas Bran, Anna avait eu un choc en apercevant quelques fils gris dans ses cheveux châtain clair.

    Il était venu avec sa famille célébrer les fêtes de Noël et le dixième anniversaire du sauvetage de leur père à Cilmeri. Le château de Dinas Bran était plein à craquer d’un mélange de voyageurs temporels et d’authentiques personnes du Moyen-Âge. David avait abandonné tout son entourage au château de Chester en Angleterre. Ses conseillers anglais devaient à présent le connaître assez bien pour comprendre que cela signifiait qu’il avait un projet particulier, mais il était après tout le roi d’Angleterre. Ils s’étaient laissé persuader.

    « N’avons-nous pas conclu de nos expériences que l’incertitude et la peur sont des facteurs déterminants pour que le voyage fonctionne ? » Meg émit un petit rire. « Devrais-je m’inquiéter de constater que vous n’avez pas suffisamment peur ? »

    « Aucun de nous ne manquera d’avoir peur, je peux te l’assurer. » David changea de position sur le seuil, se redressant légèrement en même temps que sa voix se faisait plus intense. « Il faut que tu te fasses examiner, Maman. Le cancer du sein n’est pas une plaisanterie. »

    « Ce n’est rien, » répondit leur mère. « La plupart des grosseurs disparaissent toutes seules. »

    « La plupart, et il est probable que ce n’est pas grave, » dit David, « mais puisque j’y vais, il vaut mieux que tu viennes aussi. »

    « Je vais venir avec toi, Meg, » intervint Llywelyn.

    « Llywelyn, sois raisonnable. On ne peut pas laisser les jumeaux seuls. Qui sait de quoi ils seraient capables ? » Meg caressa de la main la joue de son époux.

    La chevelure de leur père était à présent plus grise que brune, mais selon Rachel il était en bonne santé et en forme. Ses yeux bleus brillèrent lorsqu’il regarda Meg, exprimant à la fois compassion et compréhension. Même après toutes ces années, les regards qu’ils échangeaient donnaient à Anna des papillons dans l’estomac, lorsqu’elle voyait combien ses parents s’aimaient. La petite part d’Anna qui avait besoin de constater la persistance de cet amour aurait toujours trois ans et lui faisait apprécier encore davantage sa chance d’avoir trouvé dans son union avec Math quelque chose de similaire.

    Math, malheureusement, ne l’accompagnerait pas.

    « Les nourrices, Gwenllian et moi sommes parfaitement capables de prendre soin des jumeaux pendant quelques jours, voire quelques semaines, si c’est nécessaire, » dit Lili, « et le Pays de Galles est entre de bonnes mains avec Math et Ieuan. Vous allez devoir trouver un autre prétexte pour ne pas y aller. »

    Lili attendait son second enfant et sa grossesse était bien avancée, raison pour laquelle Meg ne lui avait pas demandé pourquoi elle ne faisait pas le voyage. Elle avait elle-même voyagé trois fois alors qu’elle était enceinte. Anna, pour sa part, l’avait fait avec sa mère lorsqu’elle avait deux ans. Le voyage ne semblait pas avoir d’effets néfastes sur les petits, nés ou à naître, mais l’acte en lui-même obligeait à se mettre en danger et personne, David le premier, n’allait permettre à Lili de le faire. Mettre un enfant au monde au Moyen-Âge était déjà suffisamment dangereux.

    Meg avait de nouveau fait face à David, secouant la tête pour exprimer sa contrariété avec assez de force pour faire tomber quelques-unes des épingles qui retenaient son chignon. Quelques mèches brunes s’en échappèrent et vinrent encadrer son visage dans lequel ses yeux lançaient des éclairs. « Et qu’en est-il de l’Angleterre ? Ne crois-tu pas que tu te montres un tout petit peu téméraire et irresponsable en laissant tout le monde dans l’incertitude pour retourner dans le monde moderne ? Tout ce que tu veux, c’est avoir l’occasion de manger un MacDo pour la première fois en dix ans. »

    David s’était contenté de fixer sa mère du regard sans répondre.

    Le visage de Meg s’était empourpré ; les paroles jetées à David étaient méchantes et injustifiées. Elle avait détourné le regard. « Je suis désolée. Pardonne-moi. Je n’aurais pas dû dire ça. Je n’en crois pas un mot. C’est seulement... »

    « C’est seulement que tu as peur. » Llywelyn avait posé les deux mains sur les épaules de leur mère. « Comme nous tous. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire. Tu dois voir un médecin. Et plus précisément, tu dois passer un de ces... » Il eut un geste d’impatience de la main, cherchant ses mots. « Scans".

    « S’il ne s’agissait que de toi, Maman, » avait repris David, « j’accepterais d’attendre un peu pour voir si la grosseur disparaît. Tu dis qu’elle te fait mal et en principe ce n’est pas le cas des tumeurs cancéreuses. D’après Rachel, l’apparition de kystes comme le tien est courante chez les femmes autour de la quarantaine qui ont allaité quatre enfants. Elle dit qu’il est peu probable que tu aies un cancer et je la crois. Mais j’y ai beaucoup réfléchi depuis un petit moment, et maintenant que Shane est malade... »

    Sa voix s’était brisée tandis qu’ils considéraient tous la raison, la raison déterminante, pour laquelle David prévoyait ce voyage. Shane, une petite tête blonde de sept ans arrivé au Moyen-Âge avec ses parents, Jane et Carl, dans le bus de Cardiff, souffrait de ce que Rachel craignait être une leucémie. La maladie était tout à fait curable au vingt et unième siècle. Il n’en était pas de même au treizième siècle.

    David, en fait, avait avoué à Anna qu’il allait emmener Shane dans le monde moderne, quoi qu’en pensent ou en disent les membres de son entourage, même s’il devait pour cela prendre l’enfant dans ses bras et sauter tout seul du haut d’une falaise comme il l’avait fait avec Ieuan quelques années plus tôt.

    Finalement, leur mère avait accepté de venir. Elle avait même compris qu’emmener avec eux les autres passagers du bus était une sage décision. A présent, le souci essentiel d’Anna était de se persuader que tous survivraient au voyage. Comme David, Anna supposait que cela allait marcher. Il fallait que ça marche !

    De l’avant du bus où il se tenait, cochant des noms sur une liste, David leva la main pour attirer l’attention des passagers. « Attachez vos ceintures ! »

    Au lieu d’obéir, Anna se leva. « Je devrais rester près de toi, David. »

    « Va t’asseoir ! » David agita la main vers elle. « Tu es très bien où tu es, Anna. » A voix basse, il ajouta, « tu ferais mieux d’attacher ta ceinture, tout comme Maman, au cas où on aurait une mauvaise surprise. »

    « Ce n’est pas ce que j’avais envie d‘entendre, » dit leur père, mais il sourit et sa voix s’adoucit. « On est avec toi, mon fils, quoi qu’il arrive. » Il glissa un bras sur le dossier du siège de Meg et croisa tranquillement les jambes, apparemment beaucoup plus détendu qu’Anna ne s’y attendait.

    En fait, il avait dès le départ soutenu la décision de David. Quelques années auparavant, Meg avait voyagé avec Llywelyn et Goronwy pour sauver la vie de son mari. Il trouvait parfaitement normal de faire la même chose pour elle. En outre, l’ombre dans son regard exprimait bien qu’il se faisait du souci pour Meg, comme eux tous, même s’ils se répétaient qu’ils s’inquiétaient pour rien. Plus que toute autre maladie, la possibilité d’un cancer, totalement incurable au Moyen-Âge, les terrifiait. Anna avait l’impression de voir un parasite se développer dans le corps de sa mère et elle voulait seulement que celle-ci s’en débarrasse !

    David parvint à sourire. « C’est seulement parce qu’Anna n’a jamais fait ça toute seule, et je préférerais que Maman ne perde pas ses deux enfants le même jour si les choses ne se passent pas comme nous le voulons. »

    « Je croyais que vous aviez dit que cela allait marcher. » Jane, la mère de Shane, assise à la place du chauffeur, leva les yeux vers David. Le bus de Cardiff avait été amoureusement réparé par les voyageurs temporels les plus calés en mécanique, dont Jane, si bien que le fait qu’elle soit au volant pour le propulser contre la falaise semblait étrangement approprié.

    Jane se trouverait tout à l’avant du bus avec David et risquerait sa vie, tout comme David, si le bus s’écrasait contre la paroi rocheuse. Au moins, elle serait protégée par un airbag. David devait se tenir debout à côté d’elle, les mains agrippant la barre métallique qui courait horizontalement devant le tableau de bord. Si le bus percutait la falaise au lieu de voyager, il ne disposerait d’aucune protection. Il passerait au travers du pare-brise et seule la mort l’attendrait de l’autre côté.

    « Oh mon Dieu. » Meg, assise sur un siège face à l’avant du bus qui faisait un angle avec le siège d’Anna, enfouit soudain son visage dans ses mains. « C’est une folie. Je ne peux pas croire que je vous ai laissés me convaincre de faire ça. »

    « C’est notre faute si Shane est ici, même si nous n’avons jamais eu l’intention de l’emmener, » dit Anna. « On ne peut pas le laisser mourir alors qu’on peut faire quelque chose pour l’aider. »

    « Alors, si c’est le cas, c’est à moi de faire le nécessaire. » Meg se redressa, retrouvant le courage inné dont elle avait toujours fait preuve. « Personne d’autre n’a à prendre ce risque. »

    « Anna a proposé de faire la même chose, mais je lui ai dit non. » Posté derrière Jane, courbé par-dessus son épaule, David se redressa et vint vers les deux femmes. « Il ne s’agit plus seulement de Shane. Nous avons besoin d’informations, et de tout le matériel que nous pourrons obtenir, pour produire par ingénierie inverse tout ce que nous ne savons pas encore fabriquer. Au minimum, Rachel dit qu’un puissant microscope ferait des merveilles. En outre, en utilisant le bus aujourd’hui, nous pouvons ramener tout ceux qui sont venus avec vous d’un seul coup. Un seul essai. Ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas deux cents dollars. »

    « Je crois que c’est ce que dit le jeu quand tu dois aller en prison, et non quand tu en sors, » dit sa mère en s’efforçant de dissimuler son inquiétude derrière un sourire.

    Au cours des années, Anna avait quelquefois détesté le volontarisme de David et ce qu’elle qualifiait d’obstination quand il s’agissait de faire ce qui lui semblait juste. Mais aujourd’hui, elle trouvait son total engagement dans leur entreprise particulièrement attachant, essentiellement parce que ce qu’il estimait juste l’était réellement.

    David tendit le bras pour saisir l’autre main de sa mère. « Peut-être as-tu raison. Peut-être allons nous tous mourir aujourd’hui dans une grande tragédie comme le jour où le White Ship a fait naufrage dans la Manche et où le roi Henry a perdu en même temps son fils et toute la fine fleur de la noblesse d’Angleterre. Tu as raison de dire que le voyage dans le temps ne peut être utilisé futilement. Mais nos raisons cette fois n’ont rien de futile. »

    « Ce n’est pas comme si David filait vers le magasin du coin toutes les cinq minutes, » observa Anna.

    « Eh bien, en fait, Maman a raison, j’ai quelquefois l’impression que c’est exactement ce que je fais, » dit David. « Même si je ne suis pas resté, j’ai bien voyagé il y a seulement quelques mois pour déposer Lee. »

    David parlait de l’un des passagers du bus qui s’était avéré être un terroriste, émanant peut-être d’un groupuscule lié à l’IRA. Lee avait non seulement été impliqué dans les attentats de Cardiff, à Avalon, qui avaient ramené Anna, Meg et le bus avec ses passagers au Moyen-Âge, mais il avait également provoqué de graves explosions au château de Canterbury et presque réussi à faire de même à Douvres au mois de septembre.

    Au cours de sa confrontation avec Lee, David était involontairement parti pour Avalon et, comme il le disait, il y avait déposé Lee. Être débarrassé de lui était un énorme soulagement, mais ils s’inquiétaient tous, dans un coin de leur esprit, de savoir quels troubles il pouvait semer sur son passage, où qu’il se trouve actuellement. Comme la capacité de voyager était liée à David et non à Lee, il y avait bien peu de chances que celui-ci soit tombé au pôle Nord ou au milieu du Sahara. Il s’était sans doute retrouvé en Amérique du Nord ou au Pays de Galles, où il pouvait causer bien des dommages.

    « Si certains des passagers veulent rester ici, ils doivent faire ce choix librement, et non parce qu’ils ont peur de mourir au cours du voyage. Tu n’es pas obligée de venir. Je ne peux pas te forcer. Mais quelle que soit ta décision, je vais le faire. » La voix de David s’adoucit. « Je ne peux pas être indéfiniment responsable de leur vie ici. Je dois les ramener. »

    Meg contempla l’ensemble du bus puis hocha la tête. « Avant tout, les enfants tels que Shane doivent pouvoir grandir là où ils sont nés et profiter de tous les avantages que ce monde peut leur offrir. »

    Les passagers du bus s’installaient aux places qu’ils avaient choisies avec quelques éclats de rire. Quelques-uns décidèrent de monter à l’étage, ce qu’Anna trouva particulièrement courageux de leur part, compte tenu de ce qu’ils allaient faire. Il était certain que de cet endroit, la vision du bus se précipitant vers la falaise serait encore plus impressionnante.

    Anna n’était pas elle-même vraiment certaine de vouloir voir le bus percuter la falaise, mais elle y était probablement tenue puisqu’elle était l’une des personnes qui devaient penser leur vie menacée pour que le voyage dans le temps fonctionne. Elle donna un petit coup de pied à David. « Ils sont contents d’être là. »

    « Je suis vraiment heureux de le constater. Je pensais que ce serait le cas, lorsqu’ils commenceraient à penser à tous ceux qui leur ont manqué cette année, à tout ce qu’ils ont laissé derrière eux. J’espère seulement... » David s’interrompit.

    « Qu’est-ce que tu espères ? » demanda sa mère.

    David s’humecta les lèvres. « J’espère seulement que ce qu’ils ont laissé derrière eux existe toujours. C’était le chaos à Cardiff lorsque vous êtes partis. Qui sait quels dégâts ces terroristes ont pu causer au cours de l’année passée ? »

    « Si c’est le cas, c’est leur faute, » dit Anna, comprenant la direction prise par les réflexions de son frère, « pas la tienne. »

    David répondit avec agacement d’un petit claquement de langue. « Même moi, je n’ai pas l’arrogance de croire que je suis responsable en quoi que ce soit des problèmes du monde moderne, mais je leur ai tout de même rendu Lee. Cela fait trois mois ! Passer une année au Moyen-Âge est sûrement la meilleure des choses qui pouvait arriver à Lee, parce que ça lui a permis d’échapper aux autorités jusqu’à disparaître complètement. »

    « Tout est prêt, Monseigneur. » Callum apparut devant David, suivi de sa femme, Cassie, et des voyageurs temporels Darren Jeffries et Peter Cobb.

    Avant son arrivée au Moyen-Âge, Callum avait été un excellent agent du MI-5 mais un homme qui souffrait du traumatisme de son expérience de soldat et trop honorable pour supporter de se trouver sous les ordres d’une hiérarchie qui était loin d’avoir son sens de l’honneur. Quelques mois passés au service de David lui avaient donné un but, lui permettant de concentrer son énergie et son intelligence au service d’une cause en laquelle il croyait. Il était devenu l’un des plus proches confidents de David. A présent, en sa qualité de comte de Shrewsbury, il était également l’un des hommes les plus puissants d’Angleterre.

    Laissant à Callum le siège qui se trouvait juste derrière celui du chauffeur, Cassie posa son sac à dos par terre devant elle, s’assit sur le siège à côté et attacha sa ceinture. Elle portait un jean, un pull et blouson en cuir qui lui allaient bien, puisque ces vêtements étaient les siens. Comme ceux d’entre eux qui avaient l’intention de revenir au Moyen-Âge après avoir accompli leur tâche au vingt-et-unième siècle, elle avait rangé les vêtements médiévaux dont elle aurait besoin au retour à l’arrière du bus.

    A ce moment, Meg portait les vêtements modernes qu’elle avait empruntés auprès de la tante de Cassie l’année précédente, lorsqu’Anna et elle avaient voyagé le jour de Thanksgiving. Même si David lui-même n’avait pas eu le plaisir de partager cette expérience, il avait l’intention d’adopter le même schéma pour ce voyage : il comptait sur le fait que la veille de Noël, les autorités soient en sous-effectif et l’esprit des agents probablement plus occupés par la préparation des cadeaux et du réveillon que par la surveillance de l’éventuelle apparition de voyageurs temporels. Le seul inconvénient de ce plan, c’est qu’ils n’allaient pas pouvoir fêter Noël avec leurs enfants.

    Et comme la dernière fois, Meg portait le manteau de laine de Pendleton que lui avait prêté la tante de Cassie, qui lui tiendrait sûrement aussi chaud que le vaste manteau de laine qu’elle portait habituellement. Anna portait également les vêtements qu’elle avait empruntés, dont la parka violette en duvet à laquelle elle avait dû renoncer à son retour en Gwynedd. Peter Cobb portait la tenue de sport (et non son treillis) qu’il avait dans son sac lors de son arrivée au Moyen-Âge avec le bus, mais Callum et Darren paraissaient particulièrement élégants dans leurs costumes et trench-coats d’agents du MI-5. Anna savait que Callum avait dissimulé son revolver au creux de son dos, ce qui voulait probablement dire qu’il en était de même pour Darren.

    Ce qui laissait Llywelyn et David vêtus de ce que le Moyen-Âge pouvait produire de plus approchant d’une tenue moderne, ce qui était plutôt drôle et ironique si l’on y réfléchissait. Tous deux portaient des pantalons en laine par dessus leurs bottes habituelles et une chemise de lin sous un chandail en laine. Peut-être David avait-il encore quelque part les vêtements dans lesquels il était arrivé au Moyen-Âge dix ans plus tôt, mais il n’y avait aucune chance pour qu’ils lui aillent encore.

    « Est-ce que tout le monde est là ? » Anna leva les yeux vers Callum.

    « Selon ma liste, oui, » dit David.

    Meg croisa les mains devant sa bouche et dévisagea David et Anna. « Vous vous rendez bien compte que ramener un bus entier de gens du Moyen-Âge au vingt-et-unième siècle est une entreprise complètement folle ? »

    « Ouais. » Anna échangea un regard avec son frère et vit dans ses yeux l’éclair de témérité qui s’était également emparé d’elle depuis quelques secondes.

    « Vous ne savez même pas où nous allons tomber, » ajouta Meg.

    « C’est vrai, on ne sait pas, » dit Anna.

    David serra les mâchoires. « Mais j’espère bien qu’on va tomber sur Lee. »

    En l’entendant, Anna pensa très fort, sans le dire, méfie toi de ce que tu souhaites ! En effet, les vœux formulés par David avaient une fâcheuse tendance à se réaliser.

    Chapitre Deux

    Anna

    ––––––––

    A travers la vitre, Anna ne quittait pas Math des yeux. Il était debout à l’extérieur du bus, ses cheveux noirs ébouriffés et trempés par la pluie. C’était seulement maintenant, quand elle ne pouvait plus rien y faire, qu’elle se rendait compte qu’ils étaient plus longs que d’habitude. Elle nota mentalement de lui couper les cheveux à son retour.

    Puis elle lui sourit, tandis que les larmes lui montaient aux yeux.

    Anna avait dit au revoir à ses petits garçons un peu plus tôt. Elle ne voulait pas qu’ils assistent à ce qui allait se passer, quoi qu’il en soit. Cadell avait écouté Math avec solennité lui expliquer que David emmenait les adultes à Avalon et qu’il incombait à Cadell de protéger ses cousins en l’absence de leurs parents. Bran savait qu’elle partait en voyage, ce qui arrivait de temps à autre. En principe, c’était pour se rendre dans l’une des cliniques de la région ou pour se procurer, quelque part en Angleterre, certains remèdes à base de plantes. Quelques-uns d’entre eux étaient remarquablement efficaces et pouvaient rivaliser avec les médicaments modernes, voire les surpasser. Malheureusement, aucun de ces remèdes ne pouvait traiter l’éventuel cancer de sa mère ou la leucémie de Shane.

    Lili et Bronwen étaient également restées à l’écart avec Arthur, Gwenllian et les jumeaux. Aucun des enfants n’avait besoin de voir le bus foncer vers la falaise, quoi qu’il arrive.

    L’après-midi était déjà bien avancé. David avait pensé pouvoir partir plus tôt. Ils étaient arrivés après un grand festin de Noël qui s’était tenu dans la salle commune de l’université de Llangollen. Le banquet avait rassemblé les villageois, les étudiants, les savants de passage et les passagers du bus pour remplacer les célébrations qui auraient dû avoir lieu au château le lendemain. David espérait qu’il serait égal à la plupart des gens que la fête ait lieu la veille de Noël et non le jour même.

    Les festivités avaient bien commencé avant midi mais alors qu’ils avaient prévu de passer environ deux heures au banquet, ils n’avaient pas réalisé qu’il ferait presque nuit lorsqu’ils seraient prêts à partir. A cette époque de l’année, à quelques jours du solstice d’hiver, le soleil se couchait vers 15 h 30. Malgré cela, Anna et Math n’avaient pas pu se libérer avant la fin du long repas. Au moins, ils n’avaient pas eu à se préoccuper de remettre la salle en état, l’un des nombreux avantages d’appartenir à la famille royale galloise.

    Anna cligna plusieurs fois des paupières pour arrêter ses larmes mais celles-ci refusaient de cesser de couler. Elle appuya les doigts au coin de ses paupières closes, s’efforçant de se calmer. Elle avait accepté de risquer sa vie pour une cause en laquelle elle croyait. Pas plus que David, elle n’était disposée à laisser qui que ce soit d’autre courir ce risque.

    « Salut. »

    Elle ouvrit les yeux et découvrit Math devant elle, cette fois à l’intérieur du bus. Il s’assit à côté d’elle et boucla maladroitement la ceinture dont le maniement ne lui était pas familier.

    Anna le regarda bouche bée. « Quoi—Math, non—tu es supposé assurer la régence en l’absence de Papa. »

    « Tu n’es pas contente de me voir ? »

    « Bien sûr que si. »

    Math sourit. « Alors ne me demande pas de descendre du bus. Je viens avec toi. »

    « Tu ne peux pas ! »

    Math siffla doucement entre ses dents. « Un jour, je t’ai demandé si tu voudrais retourner à Avalon si c’était possible, et tu m’as dit que tu n’irais nulle part sans moi. A l’époque, je t‘ai dit que je n’avais pas l’intention de te laisser le choix. Quelle sorte de mari serais-je si je te laissais à présent partir seule dans ces circonstances ? »

    Anna posa la tête surs son épaule et lui prit la main. Elle ne savait pas quoi dire. Bien-sûr, elle avait envie qu’il vienne avec elle, mais elle avait en même temps l’impression de faire preuve d’autant d’imprudence que David et leur père.

    Math lui tapota

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