À propos de ce livre électronique
Si au village les enfants l'adorent, le Curé et le Maître d'École le regardent d'un mauvais œil. L'Homme ne communie pas, refuse d'aller à l'église, et ne parle que d'îles où les gens sont meilleurs.
Quand une épidémie sévit au village, les villageois le pointent du doigt et l'accusent d'être un démon. Menacé et insulté, il devra fuir coûte que coûte…
Écrit pour dénoncer la violence des croyances, ce chef d'œuvre de la littérature, prix Goncourt en 1943, nous renvoie à notre société et interroge sur les limites de l'utopie.
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Aperçu du livre
Passage de l'homme - Marius Grout
Marius Grout
Passage de l'homme
SAGA Egmont
Passage de l'homme
Image de couverture : Shutterstock
Copyright © 1943, 2021 SAGA Egmont
Tous droits réservés
ISBN : 9788726791662
1ère edition ebook
Format : EPUB 3.0
Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, stockée/archivée dans un système de récupération, ou transmise, sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, sans l'accord écrit préalable de l'éditeur, ni être autrement diffusée sous une forme de reliure ou de couverture autre que dans laquelle il est publié et sans qu'une condition similaire ne soit imposée à l'acheteur ultérieur.
Cet ouvrage est republié en tant que document historique. Il contient une utilisation contemporaine de la langue.
www.sagaegmont.com
Saga Egmont - une partie d'Egmont, www.egmont.com
Á MES PARENTS
I
La vieille me dit : « Tirez les verrous », et elle ferma elle-même l’unique fenêtre aux carreaux verts qui donnait sur les champs. La grande horloge disait huit heures. Le soir tombait. La nuit sûrement serait mauvaise : un vent soufflait, venu de l’ouest. Il me sembla entendre une cloche. Mais je ne suis pas sûr des cloches : depuis l’enfance, je suis là-dessus en désaccord avec tous ceux que je connais. Ils prétendent que mes cloches à moi me sonnent dans l’oreille, ou dans l’esprit. Et ils prétendent aussi que je ne suis pas fichu de raconter, bien honnêtement, ce que j’ai vu ou entendu : « Non, non, écoute, tu exagères ! » Ou bien encore : « Où as-tu pris ça ? » Ou bien encore : « Laisse donc tes mains tranquilles, ne commence pas à t’exalter !… Pourquoi cette voix ? Est-ce que tu ne peux pas parler comme tout le monde ? » Ils ont fini par me faire douter de tout : d’eux et de moi, du monde entier ; et, bien que je me surveille ce matin et que je m’oblige parfois, au cours de mon travail, à regarder par la fenêtre (c’est un conseil qu’ils m’ont donné), je ne suis pas encore bien sûr de rapporter fidèlement le récit que j’ai entendu. J’en arrive même à me demander s’il dura vraiment une seule nuit. Cela me paraît parfois invraisemblable. Et à d’autres moments cela me paraît d’une telle évidence que je ne me pose même plus la question.
Vous dirai-je tout ? je connais même des instants, de courts instants où je me demande : « As-tu vraiment entendu ça ? et la vieille dont tu parles ici, es-tu bien sûr de l’avoir rencontrée ? » Ce sont là des moments terribles et que je ne souhaite à personne : c’est comme si je me vidais de moi-même ; mais jamais jusqu’à en mourir. Comprenez-moi : je suis entre ciel et terre. Il doit se passer des choses comme ça pour tout le monde, aux derniers instants. Le malheur, c’est qu’il y ait peu de personnes au monde qui aient vécu leurs derniers instants. Alors je me trouve assez seul. Suffit là-dessus : j’en aurais pour des heures si je voulais seulement vous confier la moitié de ce que j’ai à dire, et vous n’en seriez pas plus avancés, ni moi non plus.
La vieille alluma la chandelle : dans ce village, il n’était pas encore question d’autre lumière, et sans doute qu’il n’en serait jamais question. Puis elle alluma, dans la haute cheminée, des brindilles sèches de je ne sais quel arbre, d’un arbre, je crois, qui ne pousse qu’en ce pays. Cela brûla silencieusement — pas le moindre petit craquement — avec des flammes vertes et bleues. Et il y eut même des flammes violettes, et une fois, oui, tout juste une fois, une flamme rouge et qui, — écoutez-bien — se détacha soudain de l’âtre et s’envola toute vive dans la nuit de la cheminée.
La vieille me dit : « Asseyez-vous. Vous devez être fatigué : c’est tellement loin jusque chez nous ! » Elle me montra le fauteuil de droite, un haut fauteuil de paille, ces hauts fauteuils qui vous attendent toujours. Je m’assis et bourrai ma pipe. Je l’allumai à un tison, je me tassai dans mon fauteuil, et j’écoutai.
Parfois il me prenait comme une envie de dormir : la voix de la vieille, apparemment si monotone, y était sûrement pour quelque chose. Et puis, quand il semblait que j’allais sombrer, la voix de la vieille devenait étrangement haute, un peu comme ces prières, dans les couvents de femmes, derrière les grilles, et qui paraissaient s’endormir, et qui se réveillent tout d’un coup. La haute voix me tirait à elle, tout comme si mon corps lui-même se fût déplacé ; tout comme, plutôt, si mon oreille se fût dilatée, fût devenue — j’avais cette impression — comme ces vasques de porcelaine (j’en ai vu au fond d’un grand parc) qui écoutent toutes les cloches du monde.
II
La vieille disait :
« Sûrement, sûrement, je ne vous dirai pas tout. Même en faisant bien attention. Les choses, quand on serait mêlé à elles, on ne saurait pas encore les dire. Et ces choses-là, ce sont des choses comme on n’en voit jamais. Oui, c’est comme des choses d’almanach, des choses de livres, des choses trop belles, vous comprenez ; alors, le temps d’ouvrir les yeux, de les frotter pour voir si c’est bien vrai, et elles ont déjà disparu.
C’est un soir qu’il nous est venu. Un soir d’automne, par un grand vent comme aujourd’hui, et à pareille heure. On ne fermait jamais les verrous : le Père ne l’aurait pas permis. Il disait : « Celui qui viendra, si le Bon Dieu a voulu qu’il vienne, est-ce le verrou qui l’empêchera d’entrer ? » Il disait ça dans les maisons où l’on allait pour la veillée. C’était devenu une sorte de refrain. « Celui qui viendra… ! Nous, les deux filles, on s’entre-regardait. J’avais vingt-ans et elle dix-huit. Est-ce que jamais quelqu’un pourrait venir ? Et si quelqu’un venait un jour, sûrement ce serait quelqu’un de grand et qui parlerait — nous étions bien d’accord là-dessus — et qui parlerait notre langue — car on ne voulait pas, bien sûr, d’un étranger — et qui parlerait notre langue, mais tous ses mots seraient comme une musique. Il nous emmènerait toutes les deux. Et après, on ne savait plus… La Mère disait parfois : « Quand vous vous marierez… » Elle nous parlait déjà de celui-ci qui demeurait tout près de chez nous, de celui-là qui habitait au long du Fleuve, mais nous pensions à l’autre, et rien qu’à lui. Je me demande maintenant si quelque chose se serait passé si le Père n’avait point parlé de « celui qui pourrait venir ». Et je me demande aussi si ce ne sont pas les paroles du Père qui l’ont fait venir, si le Père ne l’attendait pas, et s’il ne savait pas que ces paroles pouvaient le faire venir. Mais peut-être que j’en rajoute. Depuis que l’homme qui habitait au-delà du Fleuve est mort, je ne sais plus bien ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai. C’est comme s’il avait emporté la clef. Et puis je vieillis, je mélange tout, je perds le fil… Mon cher Monsieur, il vous faudra de la patience.
On était tous les quatre à table quand il frappa. Je me rappelle qu’on avait de la soupe aux poireaux, et que les poireaux étaient mal passés, et que je tortillais ça dans ma bouche et que je n’arrivais pas à en finir. Le Père me regardait du coin de l’œil, et il souriait, ou semblait sourire. Le chien qui dormait dans la cheminée s’est alors levé tout d’un coup, et a hérissé le poil, et aboyé. C’est comme s’il avait eu une grande peur Ou peut-être qu’il sortait d’un rêve : les bêtes, ça rêve aussi, et ça voit des choses. Je crois plutôt qu’il avait rêvé, parce que, lorsqu’il se fut trouvé devant la porte et qu’il eut reniflé, il se mit à frétiller de la queue comme s’il connaissait. Et en même temps, il se tournait vers nous, et nous regardait, et il se dressait contre la porte. Le Père ouvrait la bouche pour dire : « Entrez ! » lorsque l’homme frappa une seconde fois. Et le Père restait là, la bouche ouverte, et un peu drôle. Et sa cuiller en bois hésitait, tremblante un peu, au-dessus de l’écuelle. Et je regardais cette cuiller comme si ç’avait été la seule chose importante. Et voilà que la main de la Mère était restée en l’air, les doigts collés, comme si personne n’avait pensé à elle. Tout était extraordinaire. Le chien lui-même, la tête tombée, et comme idiot, semblait avoir été perdu. Et Claire, qui s’était levée du banc pour aller ouvrir, était là, debout derrière moi, avec une main sur mon épaule, et tremblait un peu. Enfin, le Père dit : « Entrez ! » comme avec un peu d’impatience, et la porte s’ouvrit ; d’abord doucement, dans un grand silence, puis tout d’un coup elle échappa à l’homme et, comme soufflée par le vent, s’en vint heurter l’horloge avec fracas et cassa la vitre. L’homme resta un moment immobile et tête baissée. Il était grand et enveloppé d’une cape brune. On s’étonnait qu’il eût pu passer la porte. Il releva la tête, fixa la lampe et porta la main à ses yeux, et il dit : « Bonsoir ! » et en même temps il repoussait la porte sur le vent. Et il allait mettre les verrous, et il essayait, lorsqu’il parut penser qu’il y avait d’abord quelque chose d’autre à faire. Il s’avança dans la lumière. Le Père était debout, je me rappelle, et la Mère un peu derrière lui. Le Père tendit la main : « Bonsoir, l’homme !… » et demeura court. Alors la Mère : « La nuit est bien mauvaise ! » — Oui, bien mauvaise… » Le chien se dressa contre l’homme qui se mit à le caresser, d’un mouvement lent, comme habituel, comme si vraiment ils étaient l’un pour l’autre une vieille connaissance. « Alors, comme ça, dit-il, vous étiez en train de manger… ? Faut pas que je vous dérange. » Il baissa la tête. Sa capuche, derrière, était ouverte et comme toute pleine de vent encore. Il reprit : « Faut pas que je vous dérange… Je venais voir, en passant, si vous n’auriez pas, des fois, du travail pour moi… Des ravaudages… comme des harnais à réparer, ou des outils, ou des gouttières… Toutes les choses qu’on peut faire l’hiver… »
