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Le Desir du highlander: L’Appel du highlander, #5
Le Desir du highlander: L’Appel du highlander, #5
Le Desir du highlander: L’Appel du highlander, #5
Livre électronique405 pages4 heuresL’Appel du highlander

Le Desir du highlander: L’Appel du highlander, #5

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À propos de ce livre électronique

De dangereux rivaux, des sauvetages audacieux et un désir défendu — pour les fans d'Outlander!

Le highlander Angus Mackenzie s'est battu pour l'indépendance de l'Écosse. À présent, comme il ne peut pas payer le tribut de son clan, il sacrifie sa liberté en acceptant d'épouser Euphemia de Ross, une femme puissante et prédatrice. Alors qu'elle cherche son frère dans le château d'Eilean Donan, l'historienne Rogene Wakely découvre un rocher couvert de runes qui l'envoie en 1310… et directement dans les bras d'Angus. En dépit de l'attirance qu'elle ressent, elle n'interférera pas avec ses fiançailles, qui engendreront un héritier important. Mais quand Euphemia les surprend ensemble, ils ne peuvent échapper à sa rage.
Il est fiancé.
Elle doit retourner au XXIe siècle.
Leur amour est défendu. Mais le destin les lie.

LangueFrançais
ÉditeurStone Publishing
Date de sortie23 janv. 2023
ISBN9798215025901
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    Aperçu du livre

    Le Desir du highlander - Mariah Stone

    PROLOGUE

    Delny, Ross, janvier 1310

    Angus Mackenzie avait le ventre noué alors qu’il passait à cheval la porte de granite du château de Delny. Les pointes en fer tranchantes de la herse au-dessus de sa tête ne semblaient pas aussi menaçantes que les regards lourds des gardes et des hommes d’armes sur les courtines et dans la cour.

    Des hommes gardaient nonchalamment la main sur la garde de leur épée. Des archers avaient encoché leurs flèches, et des arbalétriers agrippaient leurs armes, prêts à tirer leurs carreaux.

    Le froid lui piqua l’intérieur des narines, et l’odeur de fumier et du sang d’un animal abattu récemment dans la neige boueuse l’assaillit. Atteignant la cour, Angus refoula son instinct de saisir les rênes des chevaux que montaient son frère et sa sœur, et de s’enfuir au galop.

    — Restez derrière moi, Catrìona, dit-il doucement avant de tourner la tête vers Laomann, le chef du clan Mackenzie. Pardieu, mon frère, ils n’ont guère l’air d’attendre des invités bienvenus.

    Flanquées par des hommes d’armes, trois silhouettes richement vêtues et un prêtre se tenaient devant le donjon rectangulaire qui s’élevait telle une montagne sombre vers le ciel de plomb. Le guerrier chevronné en lui remarqua les défenses bien conçues qui pourraient menacer son clan : le parapet avec des trous pour verser du sable chaud, les quatre échauguettes — de petites tourelles défensives aux coins de la tour —, et les meurtrières derrière lesquelles pouvaient se cacher des archers et des arbalétriers.

    — Calmez-vous, marmonna Laomann, qui affichait un sourire tendu à l’attention de leurs hôtes. Le comte de Ross est notre suzerain. Il ne nous menacera point tant que nous payons notre tribut annuel. Et nous l’apportons.

    Cependant, la tension dans sa voix apprit à Angus qu’il n’en était pas certain.

    — Seulement la moitié, dit Angus.

    Compte tenu de l’accueil glacial, il était possible qu’ils ne s’en sortent pas sans blessures.

    Ou vivants.

    S’enfonçant dans la cour, Angus croisa le regard de William II, comte de Ross, et il sut que la tension n’était pas que le fruit de son imagination. Une menace était bel et bien présente sur le visage froid du comte, dans l’angle arrogant de son menton relevé. L’homme en fin de trentaine avait l’air bien soigné avec sa moustache fine et sa petite barbiche blonde. Le long manteau de fourrure qu’il portait ressemblait plus à une armure qu’à une protection contre le froid.

    Angus serra le poing en réprimant la forte envie de saisir l’épée dans le fourreau dans son dos.

    La seule personne qui étudiait le groupe de Mackenzie sans la moindre ombre de tension était une femme qui se tenait à la gauche du comte de Ross. Ce devait être Euphemia de Ross, la sœur de William, pensa Angus. Elle était un peu plus âgée que lui, ses cheveux blonds encore brillants sous la capuche au bord en fourrure de sa riche cape en laine. Ses yeux bleus pétillants fermement dardés sur Angus, ses lèvres pleines et roses entrouvertes, elle jouait avec la broche de sa cape. Curieusement, cet intérêt perturba plus Angus que les regards antagonistes des hommes autour.

    À côté d’elle se tenait une jeune femme, qui devait avoir l’âge de Catrìona, au teint cendreux et aux yeux cernés. Ce devait être la fille d’Euphemia, Malise. Elle parcourut les Mackenzie du regard avant de baisser les yeux vers la neige fondue à ses pieds.

    — Mais ils ignorent que nous n’avons que la moitié, rétorqua Laomann.

    Angus tira sur les rênes et arrêta son cheval.

    — Pourtant, ils nous regardent comme si nous étions l’ennemi, marmonna-t-il. Voilà un peu plus d’un an que William s’est soumis à Robert Bruce, cependant, j’ignore s’il s’est fait à cette décision.

    Laomann arrêta sa jument.

    — Je vous ai dit que vous étiez sot d’offrir refuge à Robert Bruce il y a quatre ans.

    Angus mit pied à terre et aida Catrìona à descendre de son cheval. Sa sœur tenait de feu leur mère et était la seule blonde de leur famille. Sa chevelure claire lui donnait un air innocent que toutes les blondes ne possédaient manifestement pas. Elle observait tout avec curiosité. En temps normal, Angus ne l’aurait pas laissée venir avec eux, mais elle allait rejoindre le monastère à la fin de l’été, quand elle aurait vingt-quatre ans, et elle voulait voir le monde autant que possible avant. Elle n’avait aucun désir de se marier et était déjà plus âgée que la plupart des jeunes femmes le jour de leur mariage, mais Laomann espérait toujours qu’elle changerait d’avis avant la fin de l’été. Il espérait qu’elle serait aussi heureuse mariée que lui.

    — Merci, mon frère, dit-elle avec un doux sourire.

    Angus ne put s’empêcher de lui rendre son sourire. Elle avait toujours été sa tendre sœur cadette. Comment ne pouvait-il pas essayer de la protéger de tous les dangers ? Il n’aimait pas du tout cet accueil glacial. Il aurait dû insister pour qu’elle reste chez eux.

    Le reste de leurs hommes mirent pied à terre, alertes et à la recherche d’un signe d’attaque. Laomann saluait le comte de Ross, qui lui offrit un sourire pincé. Le ventre serré, Angus s’approcha de leurs hôtes. La neige fondue était bruyante sous ses chaussures, et il sentait déjà l’humidité s’immiscer dans les coutures et tremper ses chausses en laine. La mouillure froide semblait répandre de la glace dans ses os, ou peut-être était-ce l’intensité des yeux d’Euphemia tandis qu’elle l’observait avec un intérêt non dissimulé.

    Il serra les dents et se concentra sur William.

    — Que Dieu vous bénisse, mon seigneur, dit Angus avec un bref signe de tête. Dame Euphemia, ajouta-t-il, essayant de ne pas frissonner lorsqu’il croisa son regard.

    William hocha la tête.

    — Vous êtes le bienvenu, Angus Mackenzie.

    Mais tout le reste trahissait le mensonge dans ces paroles.

    — Que Dieu vous bénisse, seigneur Angus, déclara lentement Euphemia à voix basse, comme si elle avait une pâtisserie au miel sur la langue.

    Les attentions des femmes n’étaient pas étrangères à Angus, mais il y avait quelque chose chez elle qui le rendait méfiant.

    Il fit un bref signe de tête à Euphemia et salua sa fille. Ensuite, ils furent invités dans la grande salle. La pièce était impressionnante ; grande, avec des colonnes et un plafond voûté. Des braseros illuminaient la broderie des armoiries familiales des Ross : trois lions blancs sur un fond cramoisi. Des guirlandes de genévrier — l’arbre du clan Ross — étaient suspendues aux murs. Les tables comportaient des plateaux de pain et de bannique frais, de petits pots de beurre, du poisson séché et salé, des œufs durs et des pâtisseries.

    Le comte de Ross et Euphemia prirent place à la table d’honneur et le prêtre s’installa à côté de William, ouvrant un livre épais sur une page vide. Il avait une plume et un pot d’encre près de lui.

    — Nous avons préparé un festin en votre honneur, dit William. Mais avant que nous mangions, je crois que nous devons régler le problème du tribut, aye ¹ ?

    Le ventre d’Angus se noua. Laomann se racla la gorge et échangea un regard avec lui. La bourse contenant deux cent cinquante livres pesait à la ceinture d’Angus. C’était l’équivalent du salaire annuel de quinze chevaliers, ou le prix de trois fermes. Les Mackenzie avaient surtout besoin de fermes, bien qu’ils puissent en venir à regretter de ne pas avoir les chevaliers si le comte de Ross réagissait mal.

    Que ferait le comte de Ross lorsqu’il découvrirait que la somme était incomplète ? Les épées étincelantes et les arbalètes chargées apporteraient peut-être bientôt la réponse à cette question.

    S’efforçant d’empêcher ses doigts de trembler, Angus détacha la lourde bourse de sa ceinture et la tendit à Laomann. S’ils s’étaient fait attaquer pendant leur long voyage, en tant que seigneur, Laomann aurait eu plus de chances d’être visé ; c’était donc pour cela qu’Angus avait transporté l’argent.

    Le comte de Ross prit la bourse, sa main se baissant sous son poids. Il renversa les pièces sur la table et compta attentivement le tribut. Ses yeux bleus, durs comme la pierre, rencontrèrent ceux de Laomann.

    — Est-ce une farce ? demanda William.

    Comme s’ils étaient de nouveau deux jeunes garçons devant leur père, Laomann se tassa et Angus se mit devant lui, le protégeant.

    — Le tribut est élevé et nous avons perdu de nombreux hommes qui se sont battus pour notre roi, répondit Angus.

    William plongea son regard dans le sien. Angus parlait de Robert Bruce alors que tout le monde savait que le comte de Ross avait été loyal au roi d’Angleterre.

    — Nous manquons de gens pour nos fermes, et, par conséquent, pour les loyers, continua Angus.

    Le comte de Ross se carra dans son siège et croisa les bras, le menton haut.

    — Nous vous payerons l’an prochain, insista Angus. Je vous en prie, mon seigneur.

    Il se détestait d’avoir ajouté cela. Il était prêt à supplier, à faire n’importe quoi pour protéger son clan, à subir toute violence les visant.

    — Nous pourrions prendre Kintail.

    La voix d’Euphemia était si calme, comme si elle venait de suggérer de manger des restes de poulet rôti.

    — Quoi ? croassa Laomann. Madame, il n’est guère nécessaire de…

    — Kintail appartient au clan Mackenzie, dit Angus, les dents serrées. Ce sont nos terres. Notre foyer. Notre père, Kenneth Og Mackenzie, a beaucoup péché. Mais il a fait une chose juste. Il a protégé les terres du clan et les a gardées. Elles nous appartiennent de plein droit.

    Euphemia arqua un élégant sourcil.

    — De plein droit ? répéta-t-elle avant de pouffer. Tout comme le trône de Robert Bruce lui appartient de plein droit, car il a tué John Comyn le Rouge et s’est proclamé roi ?

    — Il a droit au trône par le sang, répondit Angus.

    — Les Comyn aussi.

    — Euphemia…, dit le comte de Ross d’un léger ton d’avertissement.

    Mais elle le balaya d’un geste de la main.

    — Nouveau roi, nouvelles règles. Vous nous devez un tribut. Nous pourrions reprendre Kintail.

    Le silence pesa lourd dans la grande salle. Angus eut l’impression que son sang avait été remplacé par les eaux les plus froides des profondeurs d’un loch.

    — Nous devons en discuter. N’est-ce pas beaucoup demander, Euphem…, commença William.

    — Taisez-vous, William ! lança-t-elle, considérant Angus comme un oiseau de proie et penchant la tête. Nous pourrions prendre Kintail.

    Aye, ils le pourraient. Bien que le comte de Ross se soit soumis à Robert Bruce l’année passée, probablement parce qu’il savait qu’il serait anéanti s’il ne le faisait pas, son clan représentait une force non négligeable en comparaison avec les Mackenzie. Cinquante ans auparavant, quand leur grand-père, Angus Crom Mackenzie, s’était battu contre William I de Ross, il avait dû obtenir le soutien de cinq autres clans pour avoir une chance de l’emporter. À présent, Robert Bruce étant toujours en guerre, et les clans alliés ayant perdu beaucoup d’hommes, qui viendraient à l’aide des Mackenzie ? Et même s’ils recevaient de l’aide, ils ne rassembleraient jamais assez d’hommes pour se protéger face à un clan aussi puissant que celui des Ross.

    Leur père avait péri six ans plus tôt, et Laomann venait d’avoir un enfant. Angus ne supportait pas l’idée qu’il arrive quoi que ce soit à son neveu. Et à Laomann. Et à Catrìona. Et même à Raghnall, qui interromprait son errance et viendrait à leur secours dès l’instant où il entendrait parler de leurs problèmes.

    Euphemia regarda William.

    — Nous sommes de piètres hôtes, mon frère. Le tribut peut attendre. Nous avons beaucoup de temps pour converser, non ?

    Elle soutint le regard d’Angus et son sourire lui fit regretter de ne pas avoir sa dague en main.

    — Je vous en prie, seigneur Angus, seigneur Laomann et dame Catrìona. Prenez place. Mangeons et buvons, et je suis certaine que nous trouverons une solution. Tout ne doit pas être décidé à l’aide d’épées et de haches.

    William la regardait toujours en fronçant les sourcils.

    — Aye, elle a raison, finit-il par dire. Je vous en prie. Mangeons et buvons.

    Angus, Laomann et Catrìona échangèrent de longs regards. William désigna les sièges près de lui. Le prêtre se déplaça, permettant à Laomann de prendre place à côté de William. Angus n’avait pas d’autre choix que de s’asseoir entre le comte de Ross et sa sœur, tandis que Catrìona s’installait en face d’Euphemia.

    Les hommes Mackenzie remplirent les tables, ainsi que les hommes Ross. Le murmure de voix se fit entendre, les hommes des deux clans ne se faisant toujours pas confiance. Des serviteurs vinrent verser de la cervoise, mais Angus couvrit sa coupe avec sa main.

    — Et si nous buvions de l’uisge ² Mackenzie ? demanda-t-il.

    Un sourire courba les lèvres de William.

    — Ah ! Le célèbre uisge Mackenzie.

    Angus fit un signe à l’un de ses hommes et il apporta le fût. Angus servit l’uisge et alors qu’ils buvaient, il sentit une main froide sur sa cuisse.

    — Avez-vous fait cet uisge vous-même ? demanda Euphemia d’une voix rauque.

    Sa mâchoire se crispa et il se tourna vers elle.

    — Aye, madame. C’est l’une des choses que j’aime faire.

    Sans cesser de le regarder dans les yeux, elle but une autre gorgée et poussa un gémissement appréciateur.

    — Une boisson de qualité, mon seigneur.

    Elle caressa sa cuisse et il se tendit. Pardieu, qu’était-elle en train de faire ? Elle se comportait comme une fille de joie, pas comme une noble possédant terres, richesses et pouvoir.

    — Je suis heureux qu’il vous plaise, madame, répondit Angus en s’efforçant de desserrer les dents.

    C’était un guerrier. Un protecteur. Pas un diplomate. Comment se tirerait-il de cette situation sans l’offenser ?

    — Un homme capable de faire de tels délices pour la bouche… Vous n’êtes point marié, mon seigneur, aye ?

    Pardieu !

    — Nenni.

    — Moi non plus. Je suis deux fois veuve.

    Le comte de Ross, qui écoutait Laomann, tourna la tête vers Angus avec un petit rire.

    — L’un des pauvres sots est mort par sa décision.

    Angus fronça les sourcils.

    — N’avez-vous point ouï ? dit sombrement William. Elle a ordonné que son deuxième mari soit décapité.

    — C’est vous qui en avez donné l’ordre, mon frère.

    — Je craignais que vous ne me tuiez si je ne le faisais point.

    Elle retira sa paume de la cuisse d’Angus et prit sa coupe à deux mains. Un petit soulagement.

    — J’avais une raison.

    — Qu’est-il arrivé à votre premier époux ? demanda Angus.

    — Il est mort au combat aux côtés de William Wallace lors de la bataille de Falkirk, répondit-elle avant de boire sa coupe d’une traite. Nos clans étaient du même côté à l’époque, n’est-ce pas ?

    Angus opina du chef.

    — Il y a douze ans.

    — Je me demande si nous pourrions de nouveau l’être. Je me demande si ainsi, votre dette pourrait être remboursée… ou plutôt, oubliée.

    Le silence tomba sur la table. Tout le monde la fixa. Angus n’aimait pas la direction que prenait la conversation. Une sombre prémonition lui serra les entrailles.

    — Madame ? demanda-t-il.

    — Et si au lieu de vous démener pour payer votre dette, vous deveniez mon époux ? dit Euphemia.

    — Angus, non ! cria Catrìona.

    Un sourire espiègle et paresseux étira les lèvres d’Euphemia.

    — Qu’en dites-vous ?

    La femme le désirait manifestement. Peut-être se sentait-elle seule. Peut-être voulait-elle Kintail, et établir des liens familiaux la rapprocherait autant que possible d’obtenir ces terres. Elle n’attaquerait pas sa famille.

    Il prit conscience de la portée de cette décision. Il ne protégerait pas seulement ses frères et sa sœur, mais aussi les centaines d’hommes du clan ainsi que leur épouse et leurs enfants. C’était son devoir de protéger son clan. En outre, il devrait se marier un jour ou l’autre pour renforcer les liens de son clan. Et si un mariage par amour ne faisait pas partie de son avenir, il n’y avait aucun mal à trouver une épouse maintenant.

    Et quelle meilleure raison y avait-il que d’assurer la sécurité de sa famille ?

    Il poussa un vif soupir sonore et fit rouler ses épaules, tentant de chasser la sensation de corde au cou.

    — Aye, répondit-il.

    Les lèvres d’Euphemia se pressèrent comme un fruit sec.

    — Angus ! cria son frère.

    Des diables dansèrent dans les yeux d’Euphemia tandis qu’elle croisait les bras. Elle le parcourut lentement du regard et s’humecta les lèvres. Angus agrippa le bord du banc. Pourquoi le dégoûtait-elle autant ?

    — Le mariage aura lieu en mai, déclara-t-elle. Après le carême.

    — Et le contrat ? demanda Laomann. Nous devons négocier la dot et le paiement avant…

    Elle balaya sa demande d’un geste de la main, les yeux rivés sur Angus.

    — Plus tard, ces détails. Puis-je vous parler, mon seigneur ?

    Angus acquiesça d’un mouvement de la tête et finit son uisge.

    Il la laissa ouvrir la marche alors qu’ils sortaient de la grande salle. Elle tourna brusquement à un angle et le tira dans une alcôve sous l’escalier. Là, dans la pénombre, elle l’attrapa par le col de sa tunique et attira son visage vers le sien. Son souffle était chaud dans son cou, chargé de l’odeur d’uisge. Un parfum de roses riche et intense envahit ses narines. Mais il résista à sa tentative de le rapprocher.

    — Madame…

    — Point besoin de s’inquiéter à l’idée d’attendre notre nuit de noces, mon seigneur, murmura-t-elle avec passion. Je ne suis point vierge. J’ai eu deux époux. Je sais ce qui se passe entre un homme et son épouse, et j’ai fortement envie que cela se produise entre nous.

    Elle le tira encore plus, mais il tourna la tête.

    — Madame, je ne puis.

    Elle marqua une pause et se pencha en arrière.

    — Vous ne pouvez ?

    Il s’éclaircit la voix.

    — Je ne le ferai point. Pas tant que nous ne sommes pas mariés.

    Elle secoua la tête.

    — Je n’en ai cure.

    — C’est important pour moi, madame. Vous serez mon épouse devant Dieu, et ce sera cette nuit-là que je vous prendrai comme un homme prend une femme. Point avant.

    Elle émit un bruit moqueur et posa une main sur sa mâchoire. Sa paume froide lui brûla la peau.

    — Je comprends, Angus. Vraiment. C’est votre droit. Vous êtes un homme croyant, déclara-t-elle, ses yeux se transformant en deux petits morceaux de granite. Mais comprenez bien, mon doux promis, que si vous changez d’avis, les conséquences seront sérieuses. Je n’aime guère être repoussée. Je prendrai Kintail par la force et vous serez incapable de m’en empêcher.

    — Madame, je vous donne ma parole, elle est plus dure que l’acier.

    — Bien. Mais même l’acier peut être brisé.

    — Je vous assure que cela ne se produira point.

    Elle hocha la tête et il s’écarta, le cœur lourd. Comment vivrait-il sa vie avec une femme telle qu’Euphemia ? Cependant, alors qu’il retournait à la grande salle, il savait que c’était son destin de choisir le chemin du devoir. Tout en valait la peine tant que son clan était en sécurité.

    1 Terme archaïque et régional utilisé pour acquiescer.

    2 Mot de gaélique écossais signifiant « eau » à l’origine du nom « whisky ». La locution « uisge beatha  » signifie littéralement « eau de vie ».

    CHAPITRE 1

    Château d’Eilean Donan, mai 2021

    Rogene Wakeley disposa soigneusement deux longues bougies côte à côte sur le buffet ancien poli. Prenant une profonde inspiration, elle se dit qu’elle était heureuse à quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent pour son amie.

    Karin allait se marier à Eilan Donan ; elle vivrait le mariage de ses rêves avec l’amour de sa vie dans le plus beau château d’Écosse.

    Rogene jeta un coup d’œil aux magnifiques tableaux sur le mur en pierre brute au-dessus de la table. Les portraits de générations du clan MacRae observaient les invités depuis les murs de la salle de banquet, entourés par des meubles rococo et néoclassiques. Rogene sortit la bouteille de whisky de son sac et la posa près du quaich en argent, un récipient traditionnel peu profond dont le couple se servirait pendant la cérémonie.

    Elle regarda par-dessus son épaule pour s’assurer que les invités allaient bien. Une cinquantaine de personnes étaient installées sur des chaises de style Chippendale et chuchotaient : des femmes élégamment vêtues avec de petits chapeaux ornés de fleurs, de résille et de plumes, et la plupart des hommes étaient en kilt. Les quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent d’elle à être heureux avaient été bien contents de serrer la main de chaque personne qui arrivait et de sourire jusqu’à en avoir mal aux zygomatiques.

    Les quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent d’elle à être heureux se réjouissaient d’être demoiselle d’honneur, de veiller à ce que tout était conforme aux standards allemands de Karin : c’est-à-dire parfait et pile à l’heure. Ce qui était bien, car Rogene était quelqu’un de responsable. C’était elle qui avait pratiquement élevé son frère, David, alors qu’elle n’avait que douze ans, même s’ils vivaient avec leur oncle et leur tante.

    David était en train de discuter avec l’un des membres de la famille de Karin assis au premier rang. Le tissu de son costume était tendu sur ses larges épaules. Il était à deux doigts d’être accepté à l’université Northwestern et allait probablement recevoir une bourse sportive grâce à ses résultats au football américain. Bon sang, quand s’était-il mis à tant ressembler à leur père ?

    Les yeux de Rogene la piquèrent.

    C’était le dernier zéro virgule un pour cent.

    Pour se distraire, elle se retourna vers la table et plaça le chandelier près du quaich.

    Le zéro virgule un pour cent lui rappelait qu’elle ne pouvait compter sur personne. Que les gens pouvaient disparaître à tout moment. Qu’ils pouvaient mourir. Que les gens ne pouvaient pas prendre soin d’elle quand elle avait le plus besoin d’eux.

    Qu’elle était bien mieux seule.

    Elle prit le vase contenant un magnifique bouquet de chardons, de roses blanches et de freesias et le posa au centre de la table. Alors qu’elle prenait une rose sur le côté pour la mettre au centre, le zéro virgule un pour cent malheureux se demanda si elle aurait un bouquet comme celui-ci à son mariage. Probablement pas. Elle n’arrivait pas à s’imaginer se marier. Comment les autres arrivaient-ils à être heureux et amoureux, et à faire confiance à un autre être humain ?

    Tandis qu’elle tournait légèrement le vase, elle se figea.

    Le bouquet !

    Elle pivota en direction de la sortie voûtée, son cœur martelant dans sa poitrine.

    — Qu’est-ce qu’il y a, Rory ? demanda Anusua, sa collègue de l’université d’Oxford.

    Elle se tenait à l’entrée de la salle, prête à saluer les nouveaux arrivés. Petite et pulpeuse, elle était époustouflante dans sa robe couleur lilas similaire à celle de Rogene.

    — Le bouquet…

    Rogene s’agrippa les cheveux, ce qui mit probablement le désordre dans ses tresses complexes et le chignon chic aussi sec que de la croûte de pain sous ses doigts. Elle se sentait nue dans la longue robe sirène lilas au profond décolleté. Habituellement, elle portait d’élégants chemisiers et pulls à col roulé avec un pantalon de costume ou un jean noir, ce qui la faisait ressembler à une professeure avant même qu’elle en soit réellement une.

    — J’ai oublié de récupérer le bouquet.

    — Oh, merde ! marmonna Anusua, abandonnant son poste. Je vais aller le chercher. C’est quoi l’adresse ?

    Anusua était indo-britannique et assurément plus habituée qu’elle à conduire du « mauvais » côté de la route. Mais Rogene était demoiselle d’honneur, et si Anusua faisait une erreur, Karin serait dévastée. Il y avait aussi un joueur de cornemuse qui devait arriver d’une minute à l’autre…

    — Allez, Rory. Donne-moi les clés de la voiture.

    Anusua avait raison, Rogene pouvait déléguer des responsabilités, faire partie d’une équipe.

    Mais le zéro virgule un pour cent l’arrêta.

    David s’approcha d’elles et ouvrit la belle porte massive sous l’arche pour laisser passer une femme âgée. Dommage que la porte ne soit qu’une réplique faite pendant la grande restauration du château dans les années 1920, pensa distraitement l’historienne en Rogene.

    — Est-ce que tout va bien ? demanda David.

    Il était si beau dans son costume ; ses cheveux châtain clair coupés dans un style simple et classique le faisaient paraître plus âgé.

    Ou peut-être qu’il avait grandi plus vite qu’il n’aurait dû, en particulier après qu’elle l’avait abandonné à Chicago pour faire son doctorat à Oxford.

    — Tout va bien, répondit Rogene d’une voix tendue.

    — Tu ne vas pas me laisser t’aider, hein ? dit doucement Anusua. Tu sais que tu peux compter sur les gens pour te donner un coup de main.

    Anusua soupira et rejoignit la femme âgée qui venait d’entrer, sans doute pour voir si elle avait besoin d’aide. David tapota l’épaule de Rogene.

    — Qu’est-ce qui se passe ?

    — Je dois aller chercher le bouquet, mais le joueur de cornemuse n’est toujours pas arrivé.

    — Laisse-moi aller chercher le bouquet. Tu t’occupes du joueur de cornemuse.

    — Est-ce que ton permis est valable ici ?

    S’il lisait mal le nom d’une

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