Un roman dont vous êtes la victime - Hantée
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À propos de ce livre électronique
Rose, Charles et leur fille Tamara sont en vacances dans un tout-inclus au Mexique. Un drame survient, et la petite famille est déchirée à jamais.
Dix ans plus tard, Rose tente de reconstruire sa vie. On l’invite à monter en avion. Ce serait son premier vol depuis la tragédie. Destination : le Nord-du-Québec, dans le chalet d’un ami millionnaire.
Après des jours de réflexion, elle accepte de partir. Que pourrait-il bien arriver cette fois?
Le voyage se passe à merveille… jusqu’à ce que l’avion tombe en panne.
Dominic Bellavance
Dominic Bellavance est bachelier multidisciplinaire en création littéraire, en littérature québécoise et en rédaction professionnelle. Il est lauréat d’un prix Aurora Awards et a été finaliste aux Prix littéraires Bibliothèques de Québec — SILQ.
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Avis sur Un roman dont vous êtes la victime - Hantée
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Aperçu du livre
Un roman dont vous êtes la victime - Hantée - Dominic Bellavance
Chapitre 1
Quand Tamara avait une idée derrière la tête, rien ne pouvait la faire dévier de son objectif ; elle devait se rendre jusqu’au bout, et c’était bien ce qui faisait le charme de cette enfant joliment entêtée. Accroupie le long de la bordure de la rocaille pleine d’arbustes exotiques, elle ne bougeait pas d’un poil, observant le lézard gros comme un doigt qu’elle voulait attraper de ses mains nues, juste pour le plaisir d’accomplir ce défi, juste parce que maman lui avait dit, avec un soupçon de moquerie dans la voix, qu’elle n’y arriverait jamais et que les minuscules reptiles qui pullulaient dans ce tout-inclus du Mexique étaient trop rapides.
Sourire aux lèvres, lunettes fumées piquées dans sa chevelure blonde, Rose surveillait sa progéniture de huit ans à partir d’un siège de la salle à manger du buffet Alegría del Mar. Devant elle reposait une assiette avec des carcasses de langoustes qui avaient été badigeonnées de beurre et grillées sur le feu, un café tiède, et une portion de gâteau que Tamara avait gobé à moitié avant d’apercevoir le lézard courir sur le sable, par petites impulsions — il s’arrêtait pour lever la tête et goûter l’air à chaque dix pas. Vraisemblablement, l’animal n’avait pas considéré la fillette québécoise comme une menace ; le reptile restait à l’ombre des plantes, dans la rocaille, pendant que Tamara avançait à quatre pattes avec une lenteur calculée, sans faire de bruit, le regard braqué sur la cible.
Rose prit une gorgée de son rhum and coke. L’alcool était d’excellente qualité… dommage qu’on ne pût en dire autant de la boisson gazeuse qui composait le mélange.
Un bruit dans les buissons fit sursauter Rose : Tamara venait de se lancer sur le petit lézard.
— Ah ! Je l’avais presque ! As-tu vu, maman ? Je l’avais presque !
— T’as le temps de te reprendre. On repart chez nous dans trois jours.
— J’ai faim.
— On a fini de manger il y a quinze minutes !
— Je le sais, mais j’ai faim.
Elle invita Tamara à venir s’asseoir à l’ombre, à sa table qui n’avait pas encore été desservie. Rose en profita pour appliquer une nouvelle couche de crème solaire à sa fille et celle-ci, fidèle à son habitude, réagit comme si elle se faisait étendre de l’acide à batterie sur le corps.
— Bouge pas, s’il te plaît. On s’en va faire un tour de jeep sur la plage tantôt. L’auto aura pas de toit. Si tu attrapes un coup de soleil, ça va faire mal, et tu vas trouver le temps long.
— Est-ce que ça va aller vite ?
— Ça dépend du chauffeur.
— Tu lui diras d’aller vite, OK ? dit-elle tout sourire, sans doute avec l’idée de sentir ses cheveux battre au vent comme lorsque son grand-père l’amenait faire des promenades de quatre-roues en Beauce.
Quand l’opération « beurrage de crème solaire FPS 60 » fut accomplie, Rose se leva et navigua entre les tables pour aller chercher un yogourt à l’orange et une cuillère au buffet. Un employé du complexe la salua en espagnol à partir de l’arrière du comptoir alimentaire. Tout le monde était tellement gentil.
— Tiens, mange, dit-elle à sa fille une fois de retour.
Tamara dévora son deuxième dessert à grosses bouchées.
Depuis janvier, elle était un véritable puits sans fond. « C’est parce que je grandis, maman, je suis une préado. » Préado. Tamara était si fière de s’attribuer ce titre. Et dire que dans cinq ou six ans, elle enlèverait le « pré » et deviendrait une vraie peste, si elle marchait dans les pas de sa mère — Rose en avait fait subir des vertes et des pas mûres à ses parents quand elle avait quatorze ans, et pour le moment, tout laissait croire que l’hérédité poussait sa progéniture dans la même direction : Tamara et elle se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, et pas seulement sur le plan physique — à part les yeux ; elle avait les yeux bleus de son père.
Mais inutile de penser à ça. Il fallait savourer l’instant présent.
— Fini ! clama Tamara en déposant son pot vide au milieu de la table. Quand est-ce qu’on part en jeep ?
— Ben pas tout de suite, là ! Tu voulais pas aller voir le spectacle de magie ?
L’enfant se mit à sautiller sur place en s’accrochant à l’accoudoir de sa chaise.
— Oui-oui-oui-oui-oui !
— OK, chut ! OK.
Habillé de son éternel t-shirt de Green Day, Charles monta les marches qui menaient à la salle à manger.
— Alors, mon amour ? demanda Rose en le voyant arriver. On part toujours à l’heure prévue ?
Charles s’assit à l’autre bout de la table. Il prit le pot de yogourt vide de Tamara, regarda à l’intérieur en fermant un œil, puis le redéposa.
— Ça se peut qu’ils aient une heure de retard, ils ont eu un ennui mécanique avec le char qu’on aurait dû avoir, mais ils en ont emprunté un de la compagnie voisine. Paraît qu’ils ont un arrangement. Je sais pas trop. J’entendais pas super bien dans le téléphone du lobby.
— Est-ce qu’ils ont essayé de renégocier le prix ?
— Non ? Pourquoi ? Ils étaient supposés faire ça ?
Rose termina sa boisson jusqu’à la dernière goutte, et les cubes de glace qui collaient au fond du verre s’abattirent sur ses lèvres.
— Tu te souviens pas ? La maudite brochure…
Les documents promotionnels de ¡ Hola Panorama !, compagnie spécialisée en « escapades en jeep sur les plus belles plages du Mexique », spécifiaient que les excursions étaient gratuites pour les enfants de dix ans et moins. Quand Rose avait appelé pour prendre rendez-vous, on s’était entêté à vouloir lui facturer pour trois personnes, et elle avait dû argumenter pour obtenir un prix conforme à ce que les publicités annonçaient. C’était, semblait-il, toujours comme ça dans les pays chauds, lorsqu’on s’aventurait à l’extérieur des tout-inclus. Les locaux savaient que les Nord-Américains avaient du fric, et ils tentaient leur chance.
— De toute façon, avec une run de jeep, qu’on soit deux ou quatre, ça change quoi pour eux ? Ça prend un char et un chauffeur.
— C’est ça que je me suis dit.
Rose observa sa montre.
— Bon, si on décolle pas maintenant, on va manquer le spectacle de magie. Vous venez ?
— Yé ! s’écria Tamara en bondissant hors de sa chaise comme si elle avait le feu au cul.
***
La petite famille navigua dans les méandres des chemins qui sillonnaient le tout-inclus. Charles gardait ouverte la carte des lieux avec l’espoir d’atteindre un jour la scène Caliente. Sa montre indiquait 13 h 05. S’ils n’avaient pas perdu dix minutes à tourner en rond, ils seraient arrivés à temps.
Après avoir longé une piscine remplie de vacanciers à moitié ivres, Rose reconnut une musique tribale qui surgissait de l’autre côté d’une haie de petits palmiers. Selon la carte, le spectacle se trouverait là, et justement, une voix crépitante — fournie par un micro et des haut-parleurs bas de gamme — commençait à se faire entendre.
Tamara partit comme un chat dans cette direction.
— Attends ! cria Rose.
Elle courut avec ses gougounes pour rattraper sa fille.
Plus loin, une trentaine de personnes, surtout des enfants de l’âge de Tamara, étaient assises en demi-cercle devant un décor et une collection d’accessoires qui laissa Rose un tantinet perplexe. La mère de famille avait imaginé une thématique classique avec des capes, des baguettes, des hauts-de-forme, le tout assorti d’un présentateur qui exhibait une moustache abondamment cirée. Or, l’apparence de la scène se situait à l’extrême opposé de ce qu’elle avait imaginé. Des imitations de crânes — humains et animaux — constituaient la majeure partie du décor, et ces crânes étaient plantés sur des branches torsadées, qu’on avait peintes avec des motifs cabalistiques, comme pour évoquer les arts occultes exercés par les shamans dans la jungle. L’arrière de la scène était dominé par une façade de cabane en vieux bois dont l’apparence donnait l’impression qu’elle sortait tout droit des marécages. Et le présentateur n’avait rien d’un magicien moustachu ; c’était une véritable armoire à glace : il était torse nu, et ses muscles saillants suggéraient que l’haltérophilie était sa deuxième passion. Il devait être d’origine haïtienne — son accent ne laissait aucun doute là-dessus —, et il avait le visage couvert de maquillage noir et blanc qui rappelait, encore une fois, cette thématique des arts occultes.
— WelcÔme ladies and gentlemen, boys and girls. My name is Asthouf, and I am one of zhe mÔst powerful magician in zhe world. Beware !
— Cibole, dit Charles à l’oreille de sa conjointe. Sa voix est tellement grave qu’il doit déplacer des plaques tectoniques quand il parle.
Elle lui donna une tape sur le bras.
— T’es con.
Tamara se fraya un chemin dans la foule modeste pour s’asseoir à l’avant, et le magicien commença son spectacle. On était loin des tours clichés avec des lapins qui sortaient des chapeaux ; les animaux de prédilection de cet artiste étaient plutôt des grenouilles et des serpents bien vivants. Au moment d’exécuter ses numéros, il lisait des incantations dans un vieux livre dont l’épine semblait constituée de petits os. Il n’avait jamais prononcé le mot « vaudou », mais l’ambiance en était clairement inspirée.
Était-ce approprié pour des enfants ? Si le magicien n’avait pas eu l’air aussi sympathique, Rose se serait dépêchée d’aller chercher Tamara en courant.
— And now, for one of my greatest tricks, I am gonn need a volunteer.
Rose savait que Tamara était intrépide et connaissait bien son anglais ; ainsi, elle ne fut pas surprise de voir la main de sa progéniture fuser en l’air.
— Me ! Me ! Me !
Le magicien la pointa du doigt.
— YOU, young girl. Come here.
Tamara se leva d’un bond et rejoignit Asthouf sur la scène.
— What’s your name, young girl ?
Il plaça son micro devant la bouche de la fillette, la foule obtint une réponse :
— Tamara.
— Tamara. What a beautiful name. Come a little closer. Yes, like that. Now, Tamara, do you know what zhis is ?
Le magicien sortit une petite fiole de la poche de son pantalon.
— I don’t know. C’est du apple juice ?
— Ha ! ha ! Yes, it lÔÔks like apple juice. But I swear, it’s not. No. It’s a potion. A VERY powerful potion. If you drink zhis, you will vanish before my eyes. You will become… invisible.
— Cool !
Rose secoua la tête. Sa fille avait vraiment le sens du spectacle. Peut-être un peu trop.
— But it’s no use today. I don’t want you to disappear, you are FAR too beautiful for zhat.
Il lui toucha gentiment le nez en prononçant son dernier mot. Asthouf rangea la potion dans sa poche et en sortit une deuxième.
— Zhis one… is different. It’s a charm. Anyone who drink it will INSTANTLY see me as his trusted friend. Like someone he knows for many years. It is a friendship pÔtion. VERY powerful.
Tamara ne répondit rien, le discours du magicien étant probablement trop complexe pour ses connaissances en anglais. Tout le monde avait ses limites.
— But I don’t need zhis one eithâh, as you are, young Tamara, alrrready my friend.
Asthouf ne fit pas de cas de l’absence de réaction de son invitée. Il rangea cette fiole et en présenta une troisième, puis parla plus lentement, cette fois, pour être certain d’être compris :
— Zhis is something special. It’s a mind control pÔtion. Do you know what is a mind control pÔtion, Tamara ?
La fillette haussa les épaules.
— I drink zhis. And I focus my mind on you. And then, you do everything as I please. You understand ?
— Yes !
— Zhis is VERY rare and dangerous ! But don’t worry, it is just for me. If I drink too much of it, my little brain could melt. I could become blind, I could become mute, maybe for a while, maybe forevâh. Do you want me to try it anyway ?
— Yes !
Les enfants dans la foule rirent, tout comme le magicien, visiblement satisfait du nouvel aplomb de sa participante.
— You are not afraid. You sure ?
— Yes !
— Good ! Okay, zhen, we will try it togethâh. Now, clÔse your eyes, Tamara. Yes. Veeeery good. Now, I drink my mind control pÔtion.
Il déboucha la fiole et versa un liquide semi-visqueux à l’intérieur de sa bouche. Il l’avala d’un trait et agita ses bras comme s’il voulait chasser un mauvais goût de son palais. Il ferma les yeux et tendit sa main de manière très théâtrale vers Tamara.
— Now, young girl, do you feel me in your head ?
Tamara ne répondit pas.
— Do you FEEL me in your head ?
— Je m’excuse, je comprends pas…
Les jeunes dans l’assistance recommencèrent à rire un tantinet.
— Ha ! ha ! No worries, young girl. Okay, now listen well. Close your eyes. Like zhat, yes. Now, I want you to dance… a ballet.
Charles chuchota à nouveau à l’oreille de Rose :
— Pauvre magicien. Tamara est vraiment ostineuse. C’est clair qu’elle va jamais…
Et aussitôt, Tamara s’éleva sur la pointe des pieds et exécuta quelques mouvements particulièrement aériens et gracieux, à la grande surprise de Rose, qui savait que sa fille n’avait jamais suivi de cours de danse. Sa performance suscita des applaudissements instantanés.
— Very well. Veeery well. Now, Tamara, you will howl like a wolf.
Elle arrêta immédiatement sa danse et commença à hurler, avec les jambes accroupies et les mains posées au sol. L’interprétation était plutôt convaincante.
Nouveaux applaudissements.
— Excellent, young girl. And now, my last cÔmmand. Are you ready ?
Elle se remit debout et hocha de la tête.
Rose trouvait que ce magicien prenait quand même de grands risques en invitant des participants de cet âge sur scène. Qu’aurait-il fait si Tamara avait refusé d’obtempérer ? Avait-il une carte cachée pour se sortir du merdier ?
— Now, you will greet me… in japanese !
Tamara fléchit le torse.
— Kon’nichiwa, prononça-t-elle, tête baissée, avant de reprendre une posture verticale.
Le cœur de Rose fit un tour. Sa fille n’avait jamais appris le japonais. Pas à sa connaissance. Le magicien lui avait-il montré cette salutation en douce, juste avant l’intervention ?
— Now, a good hand of applause for zhe little Tamara. Zhank you very much. You can go to your parents, now. Zhank you.
Tamara avait le visage tout rouge. Au lieu de se rasseoir devant la petite assemblée, elle marcha entre les membres de l’assistance et retrouva ses parents à l’arrière.
— J’ai bien fait ça, hein ?
Rose était encore perplexe.
— Tu connais le japonais, toi ?
— Un peu. J’entends ça souvent dans mes dessins animés sur Netflix.
— Ah ! bon ?
Elle échangea un regard avec Charles, qui ne sut quoi ajouter.
— Tu ne voulais pas voir la fin du spectacle ?
— Non, répondit Tamara. J’ai un peu mal à la tête. Est-ce qu’on peut aller faire du jeep, là ?
Charles fut bien d’accord, lui qui avait toujours peur d’être en retard à ses rendez-vous. La petite famille prit donc la direction du lobby. Tamara se plaignit qu’elle avait soif, et Charles lui promit de lui acheter un jus de pomme dans une machine distributrice aussitôt qu’ils en verraient une.
Marchant sur le sentier, Rose lança un dernier regard en direction du magicien qui avait continué son spectacle.
C’était quoi, ça ? pensa-t-elle.
***
Le taxi déposa la petite famille devant un bâtiment en briques blanches avec une toiture recouverte de paille, comme on en voyait si souvent sur les établissements touristiques de ce coin de pays. La compagnie d’excursions sur la plage en jeep ¡ Hola Panorama ! devait se trouver à une dizaine de kilomètres du tout-inclus. Charles et Rose auraient pu opter pour une escapade en catamaran, fournie directement par le resort, mais comme Tamara avait peur d’entreprendre une sortie en bateau, il avait fallu s’orienter vers les solutions de rechange. « C’est pas vraiment un voyage si on reste clôturés dans le tout-inclus toute la semaine », disait Rose, et Charles était absolument d’accord. Ils avaient fait leurs petites recherches sur le Web avant de partir en avion et avaient même regardé les dépliants publicitaires à l’intérieur du lobby de leur complexe, question de trouver des deals de dernière minute. L’offre de ¡ Hola Panorama ! leur était tombée dans l’œil. Deux heures de jeep avec guide, qu’ils passeraient à foncer sur la plage et à parcourir les espaces verts au-dessus des escarpements rocheux de la côte est du Mexique, où l’on aurait une vue imprenable sur les villages de l’État de Yucatán et sur des vestiges mayas. L’entreprise était cotée 4,3/5 sur TripAdvisor, avec plus de 300 avis.
Charles paya le taxi en monnaie américaine, comme c’était la coutume pour les touristes. Il ouvrit la portière à ses deux « dames », qui se dirigèrent ensuite vers l’établissement surplombé d’un panneau où l’on pouvait lire « ¡ Hola Panorama ! » en grosses lettres. À l’intérieur, l’air était tellement climatisé que Rose en eut des frissons. Elle avait beau venir du Québec, elle trouvait toujours que les Mexicains exagéraient quand ils tempéraient leurs espaces publics. Il devait faire 15 degrés Celsius dans de cette bâtisse… De quoi finir les vacances avec un rhume.
Les murs étaient couverts de photos grand format de paysages paradisiaques, et bon nombre de palmiers miniatures en pot étaient entassés aux quatre coins du lobby. Le seul employé sur place, un Mexicain maigrichon qui devait faire 95 livres mouillé, salua la famille avec un traditionnel « ¡ Hola ! ». Charles le rejoignit devant le comptoir ; il s’assura que tout était en règle et que la réservation au nom de Charles Bouchard était en vigueur. Surtout, il voulut s’assurer que le prix négocié au téléphone n’avait pas changé.
— Maman, j’ai froiiiiiiid.
— Moi aussi, ma poulette. On va sortir bientôt. Charles ! On peut t’attendre dehors ?
— Oui, oui, j’ai presque fini.
Rose guida sa fille vers les portes vitrées qui donnaient sur la cour arrière de ¡ Hola Panorama !, où une demi-douzaine de jeeps couleur jaune vif étaient stationnées ; les véhicules arboraient tous des logos défraîchis de la compagnie ; sur la moitié d’entre eux, on n’arrivait même plus à lire les numéros de téléphone, étant donné que les chiffres étaient décollés.
Un seul tout-terrain se démarquait des autres. Garé au bout du stationnement près de la passerelle qui menait directement à la plage, il était peint en noir et ne portait aucun vinyle publicitaire. Les portes étaient maculées de traces de boue en éventail, que les roues avant avaient projetées sur la carrosserie.
Rose préférait nettement ce 30 degrés Celsius à la climatisation intérieure.
Après une minute d’attente, la porte s’ouvrit derrière elle : Charles et l’employé en sortirent.
— Soooo… You’re ready for a magnificent trip ? clama ce dernier en frottant ses mains de manière enthousiaste.
Rose se tourna vers Charles.
— C’est lui qui va conduire ?
— Je pense bien.
— Il va rester personne à l’intérieur.
— Il dit qu’un autre va le remplacer dans quelques minutes.
Le chauffeur se présenta comme étant Miguel. Il marcha devant les capots des jeeps en essayant de décrire, dans un anglais plutôt approximatif, les endroits qu’ils visiteraient dans les deux prochaines heures. « Beautiful sea, drive on a bed of rocks ! », « Will see beautiful wildlife all around, yes ! yes ! », « Great old pyramids ! Your friends will be jealous ! »
Il se rendit vers le tout-terrain noir et ouvrit la portière arrière, invitant ses clients à entrer dans le véhicule.
Rose eut un mouvement de recul.
— Why don’t you use the company jeeps ? Why do you drive this one ?
Il plaça sa paume derrière son oreille.
— What ?
— There are six company jeeps just behind us. Why don’t we use one of them ?
Miguel s’avança près de Rose et désigna de la main la demi-douzaine de VUS jaunes stationnés à l’arrière du bâtiment principal de ¡ Hola Panorama !
— These vehicles. Maintenance. The maintenance guy will come today. Spoke to you by telephone, no ?
Cette explication concordait effectivement avec ce que Charles avait annoncé en la rejoignant au buffet, plus tôt dans la journée. « Ils ont eu un ennui mécanique avec le char qu’on aurait dû avoir. » Devait-elle comprendre que toutes les voitures de la compagnie avaient le même problème ? Rose eut un mauvais pressentiment, elle regretta d’être venue jusqu’ici. Cette escapade sentait l’arnaque à plein nez, elle avait l’impression que des deux heures qu’on lui avait promises, elle n’obtiendrait qu’une courte virée sur la plage d’à peine 30 minutes, et qu’on lui chargerait le double de ce qui avait été négocié.
— On s’en va-tu, Charles ?
— Hein ? Pourquoi ?
Elle lui fit part de ses inquiétudes à l’oreille, en français, pendant que Miguel faisait des petits « saluts » à Tamara du bout des doigts ; cette dernière se cacha derrière sa mère en souriant à pleines dents, un peu gênée.
— Ça nous a déjà coûté 30 piastres de taxi. Aussi bien faire le
