À propos de ce livre électronique
acharnement pour la dignité des plus démunis.
~
Une brillante étudiante militante amoureuse d’un
homme qu’elle vénère autant qu’elle craint.
~
Un sergent-détective désabusé qui enquête
sur le meurtre d’un avocat associé aux
grosses pointures de la pègre.
~
Un ancien tueur à gages redouté de tous,
forcé de sortir de sa paisible retraite
afin de régler des comptes…
Au fil des siècles, le personnage de Robin des Bois a incarné
différents rôles : voleur gentlemen au grand coeur, ancien noble
qui prend aux riches pour redonner aux pauvres, criminel
détroussant et massacrant les mieux nantis pour son propre
bénéfice… Quel masque ce personnage aussi célèbre que
complexe portera-t-il dans ce Conte Interdit ?
Simon Rousseau
Né en 1993 à Trois-Rivières, résidant aujourd’hui à Québec, Simon Rousseau a écrit et publié son premier livre de façon indépendante alors qu’il n’était âgé que de 18 ans. En 2013, il part vivre au Royaume-Uni pendant près d’un an, et c’est là-bas qu’il écrit Les pages perdues de Kells. Ce dernier, ainsi que sa suite Les sacrifiés inconnus, sont publiés aux Éditions ADA en 2016. Depuis, il enchaîne les publications ; création des Contes Interdits et de Peter Pan en 2017, La bête originelle en 2018, puis son deuxième Conte Interdit, La reine des neiges, finaliste au prix Aurora-Boréal 2019 du meilleur roman. Il est aussi l’un des instigateurs du collectif Héros Fusion, visant cette fois un public beaucoup plus jeune. Il publie en 2020 ses deux premiers romans jeunesse, Héros-Fusion: Shaman-Man et Dead: Le plus nul des chevaliers.
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Avis sur Les Contes Interdits - Robin des bois
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Aperçu du livre
Les Contes Interdits - Robin des bois - Simon Rousseau
Ce roman est une œuvre de fiction.
Toute vraisemblance avec des gens, des événements existants ou ayant existé est totalement fortuite.
« Je suis bon avec les bons et méchant avec les méchants,
je donne un coup de main
à mes amis et un coup de bâton à mes ennemis,
je chante la ballade pour rire et la chanson à boire à qui aime à rire, à qui aime à boire,
je prie avec les dévots, j’entonne des Oremus
avec les bigots, et j’ai de joyeux contes à raconter
à ceux qui détestent les homélies. »
— Robin des Bois, prince des voleurs,
Alexandre Dumas
À ma petite puce Livia.
CHAPITRE 1
Thomas Brunelle gagnait sa vie en défendant des bandits. Et il la gagnait très bien, sa vie. Trop, disaient certains. Il s’en contrefichait.
Installé confortablement dans sa marquise en cuir véritable, il revenait tout juste de son cabinet situé dans Outremont et achevait d’inspecter ses courriels. La journée avait été longue, mais lucrative. Depuis le récent procès du gangster notoire Johny Roy, Thomas et son équipe croulaient sous les demandes de clients qui souhaitaient être représentés par ce jeune avocat à grande gueule vu à la télévision, dégoulinant d’éloquence et d’arrogance. Les procédures ayant été fortement médiatisées, le Québec entier avait pu assister à la catastrophique débâcle de la Couronne ainsi qu’à la victoire totale de la défense. Grâce à Thomas, non seulement l’État s’était fait humilier, mais l’un des plus dangereux criminels de la province avait été remis en liberté. Nonobstant les lourdes accusations pesant sur lui, Roy s’en était sorti quasiment indemne ; il avait même gagné en notoriété, surtout auprès de ses « partenaires d’affaires ». Et pour cela, Thomas avait remporté un gros pactole. Un criminel de la trempe de Roy ne lésinait pas sur les frais d’avocat quand des décennies de son existence étaient en jeu.
Ce fait, Thomas l’avait compris très tôt dans sa carrière. Les pires coupables payaient mieux que les innocents malchanceux. Il préférait donc accepter un meurtrier pédophile aisé pour client qu’un enseignant lambda accusé à tort d’agression sexuelle. Pour lui, une éventuelle défaite en cour était d’ailleurs plus digérable avec cette stratégie : mieux valait rater une tentative de raccourcir la peine d’un psychopathe qu’échouer à absoudre un individu blanc comme neige.
Bizarrement, la nuit, il jouissait malgré tout d’un sommeil qualitatif.
Thomas ferma sa boîte courriel. En cette fin d’après-midi pluvieuse qui ruinait les cinq à sept des mille et une terrasses de Montréal, il avait annulé son apéritif entre collègues afin de s’adonner à l’une de ses activités solitaires favorites : explorer, sur les réseaux sociaux, les sections commentaires des articles à son sujet. Il ne manquait d’ailleurs pas de contenu, depuis le dossier Johny Roy. Les journalistes, éditorialistes et autres commentateurs des affaires légales avaient rédigé une quantité astronomique de papiers sur le procès et, parfois plus spécifiquement, sur le personnage public qu’était devenu Thomas Brunelle. Bien qu’ils admettent sans gêne ses talents de jeune avocat, ils remettaient à peu près tous en question son éthique, sa morale. Puis une armée de faux curés offensés s’en donnait à cœur joie dans les commentaires pour l’insulter. « Espèce de vidange corrompue », « Petite merde qui pense juste au cash », « C’est lui qu’on devrait sacrer en prison ! », le tout évidemment garni d’innombrables fautes d’orthographe… Paradoxalement, chacune de ces insultes le faisait jubiler. Qu’est-ce qu’il adorait lire la lie de la société s’insurger de son succès ! Le fiel d’inconnus assez misérables pour cracher sur des personnalités publiques sur Internet avait pour lui la saveur d’un sirop onctueux. Armé d’une coupe de vin blanc et de sa tablette électronique, Thomas s’enivrait avec joie d’alcool et de critiques venimeuses, comme si la haine des va-nu-pieds à son égard n’était au fond que le reflet de leur évidente jalousie, une preuve manifeste de sa réussite.
Au bout de trente minutes, la cervelle enflée de dopamine, il inspecta sa Blancpain Villeret, une montre suisse hors de prix qu’il s’était offerte après son premier gros procès juteux, et constata qu’il était temps d’aller changer de chemise et de se rafraîchir. Dans moins d’une heure, dans un restaurant de sushis du Mile End, il devait rencontrer une jolie brune — de neuf ans sa cadette — avec qui il avait eu un match sur une application de rencontres. Il s’apprêtait à monter à l’étage quand on sonna à la porte. Intrigué, il fit demi-tour et se rendit jusqu’à son hall d’entrée, aussi vaste que le salon d’une maison de la classe moyenne.
Sur le seuil se dressait un homme affublé d’un ample habit complètement noir, hormis la croix immaculée du Christ tissée au niveau de la poitrine. Son front dégarni, mouillé par la pluie, ses oreilles farcies de poils et ses rides profondes trahissaient une soixantaine bien affirmée.
— Bonjour, monsieur… Excusez-moi de vous déranger, mais auriez-vous quelques minutes à accorder à un vieux prêtre qui souhaite aider son prochain ?
— On vous apprend à quêter mais pas à lire, au séminaire ? répondit sèchement Thomas.
Il pointa de l’index un insigne collé à sa porte sur lequel on pouvait déchiffrer, en gros caractères : « AUCUN COLPORTEUR TOLÉRÉ, MERCI ».
— Oh, hum, désolé… Faut dire que je suis pas là pour vous vendre des oranges ou vous parler de Jésus…
— Bonne soirée.
Thomas fit mine de fermer la porte, mais l’homme insista.
— Je ramasse des dons pour les plus démunis de ma paroisse, dans Parc-Extension… Je suis associé à l’organisme des Joyeux Compagnons, vous avez dû en entendre parler sur les réseaux sociaux ?
Thomas inspecta le bonhomme. La main que ce dernier avait levée pour l’empêcher de refermer la porte tremblait. Il avait le dos légèrement voûté, le ventre bombé. Le milieu de son visage buriné semblait plus rougeâtre que le reste. Et, surtout, la sclère de ses yeux avait davantage la teinte de l’urine que celle du lait.
— Brûlez un peu moins de votre budget en vin de messe pis vous devriez pouvoir aider votre prochain sans l’argent des autres, cracha Thomas en claquant la porte au pif du soi-disant curé.
Sans prendre la peine de vérifier le départ du bonhomme, il grimpa à l’étage pour se préparer et ressembler un minimum à sa photo de profil Bumble.
***
Le rendez-vous fut un terrible échec. Dès les premières salutations, Thomas avait deviné qu’il ne ramènerait pas la jolie Sophie chez lui après le souper et qu’il ne la reverrait probablement jamais. Lorsqu’elle avait constaté que le regard de l’avocat arrivait au même niveau que le sien, quelque chose s’était brisé. Le dossier était déjà clos, la lutte pour la séduction, perdue.
Dans sa description physique sur les applications de rencontres, Thomas trichait. Il écrivait cinq pieds huit pouces, alors qu’il ne faisait que cinq pieds six pouces. Sans cette menterie, il craignait de n’obtenir que trop peu de correspondances. Néanmoins, cela signifiait qu’il devait, à chaque première rencontre, travailler très fort pour faire oublier ce menu mensonge. Ses efforts étaient la plupart du temps récompensés ; son charisme, ses beaux habits et sa générosité suffisaient généralement à compenser les quelques centimètres manquants. Mais parfois, il n’y avait rien à faire. Comme si, chez certaines femmes, le fait de ne pas devoir lever les yeux pour observer un homme annihilait toute chance d’élire celui-ci pour partenaire sexuel. Cela avait justement été le cas pour Sophie.
Frustré, humilié et allégé de quelques centaines de dollars qu’il aurait dû investir ailleurs, Thomas était reparti la queue entre les jambes. Heureusement que les sushis avaient été bons…
Il faisait noir dehors quand il pénétra chez lui. Fatigué, il ne prit pas la peine d’ouvrir les lumières. Familier avec la configuration de sa demeure, il jeta son veston italien sur le banc dans le hall d’entrée, se versa un verre d’eau à la cuisine, le cala d’une traite, puis se dirigea vers l’escalier ; sa chambre se situait à l’étage. Tout en déboutonnant sa chemise, le menton renfoncé par l’agacement des dernières heures, il gravit les marches lentement, avec peine, comme s’il était chaussé de bottes en acier. Lorsqu’il atteignit le palier supérieur, il se figea. Quelque chose l’avait perturbé, durant son ascension. Quelque chose que son cerveau n’avait pas su définir dans son champ de vision sur le coup, mais qu’il avait bien enregistré pour une importante analyse ultérieure.
À la troisième marche, de façon presque imperceptible, son œil avait tiqué. Quelque chose d’inhabituel s’était immiscé dans le décor obscur du rez-de-chaussée. Une forme étrange, brumeuse.
Puis le souvenir oculaire, rapidement, s’éclaircit dans la tête de Thomas. Les contours de la chose devinrent discernables, suffisamment pour qu’il comprenne qu’il s’agissait… d’une silhouette humaine.
Une silhouette humaine munie d’un visage artificiel. Un masque, sans doute.
Et elle semblait fixer Thomas depuis la cuisine, là où il venait tout juste de se servir un verre d’eau.
Il y avait un intrus dans la maison.
Et vu son accoutrement, il ne devait pas vouloir du bien à son propriétaire…
Thomas hésita quelques secondes. Que devait-il faire, au juste ? Appeler la police ? Il tâta les poches de son pantalon, toutefois il se rappela vite qu’il avait laissé son cellulaire dans son veston. Quel idiot ! Et pas question de redescendre pour aller le chercher… Pouvait-il alerter les autorités depuis le PC dans son bureau ? Ou valait-il mieux se réfugier dans une pièce verrouillable de l’intérieur ? Oui, cette option semblait la plus sécuritaire ; il devait en outre choisir une pièce dotée d’une fenêtre, de préférence, au cas où… À moins qu’il confronte directement l’indésirable ? Non, Thomas avait beau souvent se mettre sur un piédestal, il était aussi conscient de ses médiocres capacités martiales et physiques. Sa parole et l’argent étaient ses armes de prédilection, pas ses poings. Il se précipita vers son opulente salle de bain en espérant émettre le moins de bruit possible. Il ferma doucement la porte derrière lui, la verrouilla, et tendit l’oreille. La lumière demeurée fermée, il ne trahissait pas sa position ; cela pourrait lui faire gagner de précieuses secondes.
Immobile, il attendit quelques instants. Les seuls sons qui lui parvenaient étaient ses propres palpitations cardiaques, tambour organique frénétique dans la noirceur silencieuse. Qu’est-ce que l’intrus fichait encore au rez-de-chaussée ? À moins qu’il fût dans la maison seulement pour dérober des objets de valeur ? Cette théorie s’avérait plausible ; des biens qui coûtaient trop cher, Thomas en possédait des tonnes. Et il ne s’en cachait pas. Il se jura toutefois que s’il s’en sortait indemne, son penchant pour l’exhibitionnisme matérialiste prendrait fin.
Au bout de trois interminables minutes d’angoisse et de frayeur, Thomas se mit à douter. Avait-il halluciné ? La silhouette n’avait été qu’entraperçue en périphérie, en dehors de son champ de vision direct, dans la semi-obscurité en plus… Oui, c’était sûrement cela. Sinon, pourquoi n’entendait-il pas l’intrus se mouvoir à l’étage du dessous ? Cet indésirable n’allait tout de même pas demeurer planté comme un piquet dans la cuisine encore longtemps… Se serait-il enfui de la maison en constatant que Thomas était là ?
L’envie de sortir vérifier si l’intrus était parti ou s’il n’avait tout bonnement jamais existé l’étranglait. Tentation qui pouvait soit le sauver d’une attente aussi effrayante qu’inutile, soit causer sa perte. Il évaluait le ratio risque-récompense quand un craquement sur sa gauche, dans son angle mort, le fit tressaillir. Par réflexe, il tourna la tête.
Ce qu’il repéra tout à coup dans la semi-obscurité le pétrifia au point de l’empêcher de hurler.
L’intrus… il n’était pas venu seul.
Un véritable géant se dressait au fond de la pièce, à côté de l’unique fenêtre laissant filtrer le clair de lune. Un colosse en noir dont le sommet du crâne atteignait presque le plafond.
Malgré la panique et la pénombre, Thomas put mieux discerner, sous la capuche relevée du deuxième intrus, le masque sûrement identique à celui qui l’avait alerté dans l’escalier.
De couleur foncée sans être tout à fait ébène, l’accessoire semblait similaire à un masque de théâtre souriant, avec des faux sourcils en accent circonflexe et deux trous en forme de demi-cercle pour les yeux. Toutefois, il se distinguait des traditionnels masques d’art dramatique à deux endroits. D’abord, son faux nez, pointu et aquilin, paraissait minuscule. Puis il y avait cette fente en forme de U, interminable fissure scindant quasiment le masque en deux, qui lui servait de lugubre rictus…
Au cours de sa carrière, Thomas avait conversé et travaillé avec les pires criminels imaginables. Des tueurs sanguinaires, des violeurs, des psychopathes, des gangsters, même un cannibale, une fois… Pourtant, cela ne l’avait en rien préparé à la terreur qui, en cet instant, rongeait chaque parcelle de son corps. Il constata qu’il venait d’uriner dans son pantalon quand le Goliath masqué fit un premier pas vers lui. Puis un second. Au troisième, il remarqua qu’une lame courbée scintillait au poing du colosse.
Thomas souhaitait puiser dans le peu de volonté qu’il lui restait pour supplier le géant de ne pas lui faire de mal et promettre monts et merveilles en échange. Il n’en eut pas l’occasion ; son cœur faillit lâcher quand on frappa bruyamment à la porte dans son dos.
Il voulut crier. Appeler à l’aide.
Il en fut incapable.
Paralysé, il passa à deux doigts de s’évanouir lorsqu’il entendit quelqu’un déclarer d’une voix sinistre :
— Très cher Maître Thomas Brunelle… La bourse ou la vie ?
CHAPITRE 2
L’image de la vidéo était nette malgré le ciel gris du centre-ville de Sherbrooke. On devinait que la scène était tournée à la manière d’une caméra cachée ; la personne en possession du téléphone intelligent — on filmait avec un appareil en position verticale — maintenait une distance raisonnable avec sa cible principale, un homme châtain vêtu d’un pull vert olive et d’une veste noire.
La caméra suivit son dos quelques secondes, jusqu’à ce qu’il pénètre à l’intérieur d’un dépanneur à l’allure crade. À partir de ce moment, le cadre fut nécessairement plus serré.
L’homme au pull s’empara de divers articles puis s’approcha du caissier, un monsieur maigre et plus âgé, souffrant d’une toux trop régulière pour s’avérer bénigne. Une fois les articles déposés sur le comptoir, l’homme à l’épaisse crinière châtaine fit mine de fouiller dans ses poches.
— Oh non… C’est pas vrai…
— Qu’est-ce qu’il y a, m’sieur ? demanda le caissier.
— Je pense que j’ai oublié mon portefeuille. Merde !
— Ah…
— Je suis vraiment pressé pour la job en plus, j’ai zéro le temps de retourner chez moi… Bon, tant pis, je me débrouillerai, faut croire…
L’employé parut jauger son client un instant avant de répliquer :
— Pas de trouble, m’sieur, je peux vous laisser partir avec tout ça si vous me promettez de revenir payer plus tard, quand vous aurez le temps.
— Sérieux ? Vous feriez ça pour moi ?
— Pourquoi pas ?
— Mais on se connaît même pas… Vous
