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Pater ego: Récit d'une fille à son père
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Pater ego: Récit d'une fille à son père
Livre électronique120 pages3 heures

Pater ego: Récit d'une fille à son père

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À propos de ce livre électronique

Les mots pour dire ce que l'on n'a pas eu le temps dire...

La maladie éprouve moins l'amour que l'amour n'éprouve la maladie. L'amour est le fil rouge qui conduit ce récit. Le récit d'une mise à mort. Celle de la maladie. Une mygale qui s'est infiltrée dans ton cerveau, Papa, un soir d'automne. Un poison sournois qui a recouvert de noir toutes les couleurs sur son passage. Sauf celles de l'amour. Pendant un an, tu as trompé la maladie sans l'anéantir. Pendant un an, il nous manquait les mots, impuissants face à l'indescriptible. Les mots qui expriment la colère, qui fustigent la maladie, qui traduisent la tristesse. Et puis soudain, j'ai écrit. Soudain, les mots sauvent, apaisent la reviviscence des souvenirs, réconcilient avec la douleur. Face aux maux de la maladie indicible, les mots de l'amour ineffable.
Un cri d'amour pour éteindre la révolte.

Laissez-vous toucher par le récit poignant et plein d'optimisme d'une jeune femme s'adressant à son père, atteint d'une tumeur. 

EXTRAIT

Tu parcours la lecture de ces mots avec émotion. Je reconnais ton visage près du sanglot. Je connais tes traits par cœur. Je connais l’œil pétillant et rieur annonciateur d’un fou rire, je connais tes sourcils poivre et sel froncés quand tu es proche de l’expression de la colère contenue, et je connais ce visage dont le menton tremble, dont les lèvres se pincent comme pour en retenir le souffle qui risquerait de s’échapper et te trahir. Tes yeux s’humidifient mais tu n’aimes pas pleurer. Tu n’aimes pas pleurer devant nous. Tu es ému par les mots, tu ne sais pas toujours les exprimer, mais tu sais bien les écrire.
Deux ans auparavant, nous avions fêté tes 53 ans dans un restaurant parisien, et à la fin du repas, tu avais saisi ton téléphone afin d’y écrire quelque chose. J’ai pensé que tu répondais aux nombreux messages de vœux qui t’avaient été envoyés, mais non, le message que tu rédigeais nous était destiné. Tu avais écrit Je vous aime dans une note, et avait passé ton téléphone à Maman, afin qu’elle le lise, puis qu’elle nous le donne, comme une ronde et un relais d’amour.
Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. C’est à mon tour de t’exprimer le mien. Je ne veux pas que tu m’abandonnes, et tu ne souhaites pas m’abandonner non plus. Nous fêtons tes 55 ans, ton dernier anniversaire. Toi qui aimes la symétrie, tu es servi. Cette bougie que tu souffles, nous l’allumerons bientôt en ta mémoire.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Sophie Moreau a 25 ans.Elle a effectué des études de droit et de philosophie à la Sorbonne et l'Université Panthéon-Assas; un M1 de droit pénal et un M2 de philosophie du droit et droit politique, et elle est actuellement éducatrice dans le champ de la Protection de l'Enfance.
Elle travaille également depuis plusieurs années dans un théâtre. Elle est passionnée par l'art sous toutes ses formes : musique : 10 ans de piano, écriture : lauréate de 2 concours de littérature, chant... L'art est une seconde nature pour elle.
LangueFrançais
Date de sortie11 sept. 2018
ISBN9782378774141
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    Aperçu du livre

    Pater ego - Sophie Moreau

    Prologue

          À défaut de pouvoir te parler, Papa, j’ai décidé de t’écrire. Faute de pouvoir te toucher encore, j’ai décidé de donner corps à l’imagination de mes souvenirs, qui se dessinent sous le tracé de mon stylo. Mon encre n’est pas un poids, elle est mon guide. Et à défaut de pouvoir m’allonger près de toi, j’ai décidé de coucher mes ressentis sur cette page blanche, vierge de tout liquide noir mais déjà si chargée de larmes humides. Si lire les écrits d’un mort le fait renaître, écrire à un disparu le fait revivre. S’adresser à quelqu’un, c’est toujours lui donner vie.

        L’écriture possède ce précieux pouvoir d’intemporalité, écrire à l’absent est possible chaque heure, chaque minute. De jour, de nuit, elle échappe à tout repère spatio-temporel tout en nous renvoyant à la question du temps, elle nous fait ressentir l’excitation de l’émotion qui monte graduellement à l’idée de rédiger un texte, tout en ayant la sourde prise de conscience qu’il ne sera pas lu. Texte destiné mais pas découvert, c’est avec un vague à l’âme certain que l’on se plaît à écrire à l’égard de ceux qui ne nous liront désormais jamais plus. Si l’écriture est une activité en position statique, elle demeure une attraction mettant la tête et les tripes à l’envers.

          J’ai timidement décidé d’y monter les deux mains dedans afin d’offrir aux miens et aux autres, les émotions, les images, les confessions d’une épreuve qui nous a marqués au fer. L’amour que je vous porte est le fil rouge conduisant ce récit. Car, si Christian ne pourra plus jamais nous lire, vous, le pouvez encore. J’ai écrit pour ne pas oublier, pour me rappeler à quel point la vie est courte. C’est du devoir des vivants de faire vivre, pour toujours, leurs mentors. J’ai décrit car notre mémoire nous trahit toujours, enjolive ce qui est laid et ne restitue jamais fidèlement ce qui est beau. J’ai écrit car je ne pourrai plus te voir. Alors je t’ai imaginé à nouveau.

    I

    12 novembre 2013

    « Sophie, Papa a un empêchement (réunion) et ne pourra venir te chercher à la fac. Prends le RER et je te récupère au centre commercial. »

    La vie ne tient qu’à un fil, parfois qu’à un coup de fil ou encore qu’à un message à l’autre bout du fil. Texto furtif maternel signalant absence fortuite paternelle, confronté au sixième sens féminin ou personnel détectant aussitôt une incohérence, une faille, un problème et c’est tout qui s’emmêle, s’entrechoque, s’envole et s’enchaîne dans un tourbillon de pensées et d’incertitudes, signant ainsi le point de départ et le début de l’épreuve la plus douloureuse et la plus intense de ma vie de jeune adulte, à peine sortie d’une adolescence que je n’ai jamais réellement voulu quitter, et déjà confrontée aux coups du sort et aux méandres de l’existence et des responsabilités.

    Le portable constamment sous les yeux tel le prolongement de ma main, me donnant ainsi la sensation d’être amputée lorsque je suis privée de batterie, c’est avec étonnement que j’ouvre ce message de ma mère. Surprise, n’en recevant presque jamais de sa part, mais surtout dubitative face à son contenu. Pourquoi se faire le messager de quelqu’un qui peut prévenir directement de lui-même le principal intéressé ? Depuis ma chaise d’étudiante noyée dans un amphithéâtre de 300 personnes, je fixe le tableau noir accroché au mur central face à moi, cherchant du regard un point lumineux, une trace de craie, une poussière. Rien. L’obscurité la plus totale.

    Le scepticisme s’empare de moi, m’habite et m’enrôle comme la tristesse qui nous inonde quand elle s’abat sur nous. Mon père étant l’une des personnes les plus dépendantes à son Smartphone de sa génération, pourquoi n’a-t-il pas pris le temps de m’informer personnellement de son absence ? La cinquantaine dans l’âge et autant d’applications au sein du portable. Abonné aux notifications des sites sportifs, très actif sur Tweeter et boulimique d’informations, mon père est l’un de ceux que l’on appelle avec un air moralisateur les accros. Son téléphone est à son cerveau ce que le pacemaker est à un cœur : un stimulateur qui maintient dans l’éveil permanent et foisonnant de la vie. Même lancé à cent trente kilomètres-heure sur l’autoroute au volant de sa voiture de fonction, celui-ci prendrait le risque d’un accident pour ouvrir un point exclusif sur l’actualité ou saisir l’instant de beauté d’un paysage en l’immortalisant par une photo. Celui-là encore m’envoie une vingtaine de messages par jour, sur tout, sur rien, me demande comment je vais ou me dit d’aller chercher du pain. Manque des réunions pour passer des appels. Se libère discrètement de conférences pour venir me chercher tous les jeudis soir à la faculté. Comment pourrait-il sommer ma mère de me prévenir à son tour de son indisponibilité ?

    Illogique. Impossible. Absurde.

    Je suis déconcentrée, je ne prends plus aucune note du cours qui se déroule sous mes oreilles dérangées par le sifflement du doute. Mes pensées sont ailleurs. Les messages que je t’envoie demeurent sans réponses. Je monte dans le train, chargée de mon code pénal et de mon ordinateur mais surtout accompagnée du poids de mes questions. Papa, où es-tu ?

    Arrivée à ma station, ma mère me récupère pour me déposer jusqu’à mon appartement. Je sens dès mon entrée dans le véhicule un sentiment de malaise et un vent d’hésitation, dignes de ces moments de flottements où l’air semble pollué par les particules des non-dits. La cachotterie, visible, palpable, rapidement décelable, manque son but louable de protection. Papa, que fais-tu ?

    Ma mère maintient la version de sa présence en réunion mais se trompe maintenant de prestataire. L’intuition va plus vite que le mensonge. Non Papa, je suis certaine que tu n’es pas au travail. J’essaie inlassablement de l’appeler, mais tombe à chaque fois sur son répondeur. La promiscuité permanente et instantanée permise et engendrée par les nouvelles technologies a créé et installé un bouton angoisse dans notre cerveau, s’allumant dès que l’interlocuteur visé ne nous répond pas. Ce soir-là, je n’ai pas le temps de mener des investigations, mon travail d’ouvreuse dans un théâtre me contraint à ne pas jouer le rôle de flic. Alors je garde mon masque. Je ne montre pas ma crainte. Elle se montre à ma place. La gorge serrée, la tête ailleurs, le ventre noué, la bouche se tait là où le corps parle. J’accumule bourdes et étourderies. J’ai hâte d’achever ma tâche et quitter ces lieux afin de tenter de joindre enfin mon père. Mais, lorsqu’une fois encore je tente de le rappeler, c’est ma mère qui décroche et prétexte désormais que celui-ci se trouve sous la douche. C’en est trop. Je m’énerve et déverse mon impatience, m’agace de ces évitements et fuites successives. Il ne faut pas trop compter sur les autres pour avoir des explications aux questions que l’on se pose, on n’y répond jamais mieux que par soi-même. 

    Mon impulsivité me conduit à débarquer chez mes parents. Ma mère, surprise et confuse de me voir devant elle, comme une femme gênée et honteuse cachant son amant dans sa chambre et ouvrant la porte à son mari censé être en déplacement professionnel ; ou comme un parent embarrassé devant l’enfant découvrant avant l’heure des cadeaux censés être apportés par le père Noël, bafouille, balbutie des mots inaudibles, murmure des phrases incomplètes. Désarmée devant ma réaction hébétée face à l’absence manifeste de mon père dans la maison, elle se met à pleurer et dans un sanglot expiré, m’avoue la vérité demeurant jusqu’alors, précieusement cachée derrière une obscure situation. 

    — Papa a fait un malaise, il est à l’hôpital. Il s’est évanoui, il a eu une perte de connaissance, il a vomi du sang, a été pris de convulsions. J’ai d’abord cru à un accident cardio-vasculaire mais il s’agissait d’une crise d’épilepsie.

    Les mots sont d’une violence inqualifiable, innommable. Malaise. Sang. Convulsions. Évanouissement. Perte de connaissance. Crise d’épilepsie.

    L’énumération produit un effet d’amplification indicible.

    La simple évocation de ces mots cumulés suit un cheminement automatique dans mon esprit analytique. Crise d’épilepsie, réflexe mécanique enclenché dans le cerveau ; réaction physique déclenchée par un dysfonctionnement, oui, mais lequel ? Signe provocateur du Destin, ce même jour du 12 novembre signe la Saint Christian, mais force est de constater que la fête a déjà eu lieu dans ton cerveau, Papa, sous la forme d’une décharge cérébrale, d’un feu d’artifice mental.

    Si j’en crois la légende historique de Jules César, l’épilepsie dont il était porteur était considérée dans la Rome antique comme une fatalité, une malédiction, parfois comme un mal nécessaire pour un être quasi divin.

    De quel crime t’es-tu rendu coupable pour être attaqué ainsi, si ce n’est celui d’être un homme bon et à la belle âme ? Quel est donc l’instigateur de cette conjuration ? Un malandrin pyromane a mis le chaos dans le ciel de ton cerveau, provoquant une tyrannie dysfonctionnelle. J’ignore qui il est, mais je le hais déjà, ce monstre invisible, qui a lâchement créé la tempête à bas bruit.

    — Maman, peut-il s’agir d’une tumeur ?

    — Il ne faut pas tout de suite penser au pire tu sais, laissons les médecins poursuivre leurs examens.

    Poursuivre des examens ? Des examens déjà commencés, donc. Et des examens visiblement non concluants puisque demandant à être poussés plus loin. La logique exacerbe ma peur mais n’y apporte aucune réponse certaine. Si la batterie de tests réalisée au service de réanimation ne permet pas d’identifier le mal dont mon père souffre et que l’incertitude incite les médecins à pousser

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