Penser le travail avec Simone Weil: Comprendre le monde
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À propos de ce livre électronique
Le travail est-il, quoiqu’on fasse, l’opposé de la liberté et de la « vraie vie », dont l’humanité pourrait, et devrait parvenir à se libérer ? Ou bien, est-il une modalité essentielle de l’accomplissement de soi, le lieu essentiel de la vie sociale en même temps que d’une transformation du monde capable de libérer l’homme du règne de la nécessité ? La modernité a exalté cette seconde perspective. Mais la crise de la modernité fait resurgir la première, et semble conduire à osciller entre ces représentations opposées.
Par rapport à ces tendances souvent enchevêtrées dans le débat contemporain, la pensée de Simone Weil (1909-1943) présentée dans ce livre Penser le travail avec Simone Weil peut apparaître paradoxale. D’une part, nul n’a davantage qu’elle, à partir de son expérience directe de la condition prolétarienne des années 30, analysé et dénoncé l’aliénation du travail. Mais d’autre part, aucun autre philosophe n’a sans doute affirmé autant la valeur humaine et spirituelle du travail authentique, et la possibilité réelle d’élaborer une « civilisation » et une « spiritualité » du travail.
Un grand thème associé à un auteur incontournable pour mieux comprendre notre monde moderne.
EXTRAIT
Le travail est-il, quoi qu’on fasse, l’opposé de la liberté et de la « vraie vie », dont l’humanité pourrait, et devrait parvenir à se libérer ? Ou bien, est-il, peut-il, doit-il être, une modalité essentielle de l’accomplissement de soi, le lieu essentiel de la vie sociale en même temps que d’un rapport au monde capable de libérer l’homme du règne de la nécessité ? La modernité a exalté cette seconde perspective, celle d’une humanité prométhéenne qui, par l’alliance de la science et du travail, se rendrait « maître et possesseur de la nature » et réaliserait ainsi enfin la liberté des hommes. Mais cette même modernité a engendré la condition prolétarienne, l’aliénation du travail et la crise écologique. Faut-il rompre avec la « valeur travail », ou continuer à l’affirmer ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Emmanuel Gabellieri, né en 1957, est philosophe. Il enseigne à l’Université catholique de Lyon où, après avoir été doyen de la faculté de philosophie et sciences humaines de 2005 à 2014, il dirige aujourd’hui le CRESO (Centre de recherches en entrepreneuriat social), tout en étant vice-recteur chargé de la recherche.
À PROPOS DE LA COLLECTION
La collection Penser avec propose de renouveler la réflexion sur les grands thèmes de l’économie et du management, en invitant à la lecture d’un auteur de référence. L’œuvre de l’auteur est exposée de manière à éclairer son contenu, ses apports et aussi ses limites pour appréhender la réalité du monde économique contemporain. La collection permet de se forger une culture critique en revenant aux auteurs classiques et en pensant avec eux.
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Aperçu du livre
Penser le travail avec Simone Weil - Emmanuel Gabellieri
Chapitre I
LE TRAVAIL, SIGNE DE LA « CONDITION HUMAINE »
La condition humaine ou la « loi de médiation »
Des Grecs aux Modernes, la philosophie, fascinée par la dimension de la pensée pure, n’a guère pris en compte la dimension du travail pour définir l’homme. Tout se passe comme si la recherche de l’essence de l’homme avait ignoré bien souvent sa condition. À l’inverse, Weil, dès ses premiers textes de jeunesse, définit l’homme par ses « conditions d’existence ». Une philosophie concrète doit partir, non de l’expérience de la pensée pure, mais « d’où nous sommes ». Il s’agit, à la différence par exemple du célèbre « cogito » de Descartes, d’interroger, non pas « ce que je suis, mais plutôt comment je suis, sous quelle condition j’existe » (OC I 141).
Ce point de départ rappelle celui de Marx, attentif aux conditions sociales et historiques de l’existence et de la pensée. On comprend ainsi d’emblée pourquoi Weil fera de la lecture de Marx et du débat avec le marxisme un enjeu décisif. Mais le premier débat, dans son Mémoire de DESS « Science et perception dans Descartes » (1930) a lieu avec l’idéalisme. Le point de départ de la pensée étant de s’interroger sur ses conditions d’existence, la première contrainte qui apparaît c’est le temps. Or, le temps est une modalité d’existence où le sujet apparaît toujours divisé d’avec lui-même, il est « cette séparation entre ce que je suis et ce que je veux être » telle que
« le seul chemin de moi à moi soit le travail, ce rapport toujours défait entre moi et moi que le travail seul renoue » (OC I 141-143).
Comme chez Bergson ou Heidegger, la temporalité apparaît comme une modalité fondamentale de l’homme, souvent oubliée par la tradition idéaliste en philosophie. Mais l’originalité est ici de penser cette condition temporelle d’abord par rapport à l’action et à la nécessité d’agir :
« Pour que la condition du temps ait un sens, il ne suffit pas seulement qu’elle se fasse sentir à moi quand j’en forme l’idée, mais qu’elle pèse sur chacun des actes par lesquels s’exprime mon existence » (OC I 142).
Se centrer ainsi sur les actes plutôt que sur les affections ou les pensées, fait alors apparaître
« la loi par laquelle rien pour moi n’est immédiat […] l’impossibilité de sauter par-dessus des intermédiaires » (OC I 377).
Étant soumis au temps, je suis en effet obligé d’agir par étapes pour obtenir ce que je désire, et ce sont ces nécessités « qui font de toute action un travail » (OC I 136). La loi du temps est ainsi la loi du travail, « par laquelle je ne me suffis point » (OC I 142), loi par laquelle l’homme n’est pas Dieu, mais seulement capable « de puissance indirecte » (OC I
