Le passé au présent: Voyage au 21e siècle avec mon ancêtre Pauline Viardot
Par Sandra Mamboury
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À propos de ce livre électronique
À PROPOS DE L'AUTEURE
Journaliste, Sandra Mamboury a travaillé au quotidien La Suisse et à la Radio Suisse Romande. En 1990, elle crée l’« Encre bleue » à la Tribune de Genève, billet quotidien qu’elle rédigera pendant vingt ans sous le pseudonyme de Julie. Elle a écrit et joué deux one woman shows, au P’tit Music’Hohl en 2007 et au Palais Mascotte en 2011. Aujourd’hui romancière, elle signe ici son quatrième ouvrage.
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Aperçu du livre
Le passé au présent - Sandra Mamboury
1
Cimetière de Montmartre, un après-midi d’automne. Arrivée de Genève quelques heures plus tôt, j’arpente l’avenue de la Croix. Les arbres sont aussi nus que les vers six pieds sous terre. Seules quelques feuilles persistantes colorent d’ambre et de rouille cette défunte nature. À deux enjambées de la division 28, je ralentis. Mon pouls s’accélère. Dans un instant, je me recueillerai sur la tombe de mon arrière-arrière-grand-mère. La compositrice et cantatrice Pauline Viardot, née Michelle Ferdinande Pauline Garcia à Paris le 18 juillet 1821, décédée dans la capitale le 18 mai 1910. J’apprenais, il y a quelque temps, qu’elle reposait ici et profitais de sauts de puce à Paris pour lui offrir des fleurs.
Un passage caillouteux longe les sépultures accolées les unes aux autres. Ainsi serrés, les défunts se sentent moins seuls. La voilà, la stèle pyramidale en granit gris de mon ancêtre, sa demeure depuis que la faucheuse l’obligea à abandonner son appartement du boulevard Saint-Germain. Son mari, Louis Viardot, partage son carré de terre orné d’un aucuba vert tendre.
La diva n’attire certainement pas autant de fans que Dalida à l’entrée nord du cimetière. Aujourd’hui, pourtant, je ne suis pas seule à rendre hommage à mon aïeule. Cheveux blancs relevés en chignon, robe de dentelle noire, une dame sans âge est adossée à la pierre, regard dans le vague. Une parente? Une admiratrice? Une musicienne?
Je la salue poliment: «Bonjour Madame.»
— À qui ai-je l’honneur? me répond-elle aimablement.
— Je me prénomme Sandra, je suis l’arrière-arrière-petite fille de Pauline Viardot.
Elle me dévisage, comme si je tombais d’une planète inconnue. Puis, le souffle court:
— Incroyable! Quel bonheur de te rencontrer Sandra. Je me présente, Pauline Viardot, oui, Pauline Viardot.
Éberluée, je bafouille.
— Enchantée euh… Ma… Madame Viardot.
— Pauline, s’il te plaît! Pas de cérémonies entre nous. Je suis ton arrière-arrière-grand-mère, ma fille.
Aussi surprises l’une que l’autre, nous faisons connaissance. Elle me bombarde de questions: «Quel âge as-tu? Où vis-tu? Quelle est ta profession? Es-tu mariée? As-tu des enfants?»
— Et vous, Madame Viardot, vous ne vous ennuyez pas trop en ces lieux?
— Ah, chère Sandra, le quartier de Saint-Germain où je vivais auparavant était autrement plus vivant. Heureusement, La Goulue repose à la 31e division, juste un peu plus bas, de l’autre côté de l’avenue. Une gaie luronne, La Goulue, de son vrai nom Louise Weber. À La Belle Époque, danseuse, elle travaillait au Moulin Rouge. Alors, les soirs de pleine lune, nous nous rejoignons dans l’allée centrale du cimetière et faisons tourbillonner nos jupes à volants dans des french cancans déchaînés.
— Je vous ai apporté quelques roses blanches pour célébrer le bicentenaire de votre naissance.
— Je t’en remercie. Assez de ces chrysanthèmes qui exhalent la mort et endeuillent nos monuments! Les roses blanches, j’adore. Lorsqu’Alfred me courtisait, il m’en offrait régulièrement.
— Alfred?
— Alfred de Musset. Ne le cherche pas alentour, il repose au Père Lachaise. Fou amoureux de moi, il demanda ma main. Mais je l’appréciais peu. De surcroît, incertaine de sa moralité, ma mère l’envoya au diable. Vexé comme un pou, il m’en voulut pendant longtemps. Sur les conseils de mon amie George Sand, j’ai épousé Louis Viardot, alors directeur de l’Opéra italien de Paris, de vingt ans mon aîné.
— Un canon, paraît-il.
— Un très bel homme! D’ailleurs, je me demande encore aujourd’hui comment il a pu s’éprendre d’une femme au physique aussi ingrat que le mien.
— «Une irrésistible laide», disait de vous Saint-Saëns. Il ajoutait: «Elle n’est pas belle, elle est pire.»
— Camille avait le sens de la formule!
Ma chère arrière-arrière-grand-mère! Visage ridé de bonté. Des prunelles noir ébène, le plus délicieux des sourires. Une bouche d’où s’envolent de si jolis sons ne peut être que dessinée par les anges. Du charme, du charme, du charme. Si la laideur se conjugue ainsi, je veux et j’exige d’être laide. Peut-être le suis-je?
— Tu ne peux renier tes origines, Sandra. Tu as hérité de mes yeux proéminents et de mes paupières pesantes. Au fait, en quel honneur, cette visite?
— L’envie d’être à vos côtés, Madame Viardot.
— Pauline! Dois-je te le répéter? Appelle-moi Pauline!
— Ma mère, votre arrière-petite-fille donc, m’a tant parlé de vous dans les dernières années de sa vie. Elle est née neuf ans après votre disparition. Mais tout ce qui avait trait à vous la concernait. Elle admirait l’artiste, elle adulait la femme.
— Et tu as suivi.
— Oh non, pas tout de suite! Sans vous offenser, une aïeule chantante me passionnait infiniment moins, alors, que les roucoulements de la gent masculine. Après le décès de Maman, j’ai cherché à comprendre pourquoi vous la fasciniez tant. Je me suis tout d’abord intéressée à vous afin de rester en contact avec elle. Votre fantôme planait sur nos chuchotements nocturnes. Vous étiez notre lien, notre cordon ombilical post mortem. Et puis, je vous ai découverte à travers maints écrits. Vous. Vous seule, sans elle. Votre parcours et votre incomparable don. Franz Liszt les résumait ainsi: «Avec Pauline, le monde avait trouvé une compositrice de génie.»
— Adulée au XIXe siècle, ma petite, mais oubliée par la suite. Qui connait le nom de Pauline Viardot aujourd’hui à part quelques musicologues avisés?
— Il faut dire qu’on ignore les intonations de votre voix. Vous ne chantiez plus quand le phonographe d’Edison arriva en France à l’occasion de l’Exposition universelle en 1889. Pas d’enregistrement! C’est la littérature qui nous éclaira sur votre timbre mezzo-soprano. Selon Saint-Saëns, il s’apparentait «au goût des oranges amères».
— Drôle de comparaison, ne trouves-tu pas?
— J’aimerais tant que vous me fredonniez quelques notes, Pauline.
— Je ne peux rien refuser à mon arrière-arrière-petite-fille.
Les vocalises de La Viardot s’élèvent alors dans le silence glacé du cimetière de Montmartre. Légères, vibrantes, bouleversantes.
Je suis triste, je m’inquiète,
Je ne sais plus que devenir.
Mon bon ami devait venir,
Et je l’attends ici seulette,
Hai luli, hai luli
Qu’il fait donc triste sans mon ami!
Hai luli! Le ciel rosit, les oiseaux se taisent, les arbres frémissent, les chats suspendent leurs errances. Les morts retiennent leur souffle.
J’ai la chair de poule.
