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Moi, maman ?
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Livre électronique352 pages4 heures

Moi, maman ?

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À propos de ce livre électronique

La fougueuse Rica Beausoleil est follement éprise de Gabriel Sanschagrin, un séduisant professionnel qui vient tout juste d'ouvrir son propre cabinet. Chroniqueuse pour un journal local, elle aime faire connaître haut et fort son opinion et avoir le plein contrôle sur sa vie.

Le matin de Noël, Rica, qui se dit elle-même « trop excessive » pour s'occuper convenablement d'un enfant, apprend à son grand désarroi qu'elle est enceinte. Tout un choc ! Le même jour, une annonce consternante assombrit les festivités alors que sa mère révèle à toute la famille un grave problème de santé.

A partir de ce moment, Rica envisage cette grossesse surprise non plus comme un drame, mais comme un cadeau du destin. Toutefois, les mois qui suivent sont difficiles, son caractère bouillant étant exacerbé par son récent état : dépression, fatigue, hypersensibilité et sautes d'humeur meublent désormais le quotidien de la jeune femme et de son compagnon. Sans oublier cette voisine au physique parfait qui avive sa jalousie…

Humour, tendresse et complicité pourront-ils calmer les crises hormonales de la très désespérée maman en devenir ?
LangueFrançais
ÉditeurLes Éditeurs réunis
Date de sortie25 mai 2016
ISBN9782895857525
Moi, maman ?
Auteur

Mélanie Cousineau

Auteure aux multiples talents, Mélanie Cousineau nous offre un roman riche en émotions dans lequel les personnages sont dépeints avec grande habileté. L'auteure a su y mettre en scène avec une justesse désarmante la souffrance et la détresse des jeunes adultes qui vivent un deuil éprouvant.

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    Aperçu du livre

    Moi, maman ? - Mélanie Cousineau

    Catalogage avant publication de Bibliothèque et

    Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

    Cousineau, Mélanie, 1979-

    Moi, maman ?

    ISBN 978-2-89585-752-5

    I. Titre.

    PS8605.O97G76 2016 C843’.6 C2016-940521-4

    PS9605.O97G76 2016

    © 2016 Les Éditeurs réunis (LÉR).

    Les Éditeurs réunis bénéficient du soutien financier de la SODEC

    et du Programme de crédit d’impôt du gouvernement du Québec.

    Nous remercions le Conseil des Arts du Canada

    de l’aide accordée à notre programme de publication.

    ReconnaissanceCanada.tif

    Édition :

    LES ÉDITEURS RÉUNIS

    lesediteursreunis.com

    Distribution au Canada :

    PROLOGUE

    prologue.ca

    Distribution en Europe :

    DILISCO

    dilisco-diffusion-distribution.fr

    LogoFB.tif Suivez Les Éditeurs réunis sur Facebook.

    Imprimé au Québec (Canada)

    Dépôt légal : 2016

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec

    Bibliothèque nationale du Canada

    Bibliothèque nationale de France

    Page3_Moi_maman_FINAL.jpg

    1

    Avec moi, il n’y a pas de demi-mesure. Tout est blanc ou tout est noir. Tout est petit ou tout est grand. Tout est triste ou amusant. Disons que je suis… intense. Et puis quoi ? Il n’y a pas de mal à ça, les autres n’ont qu’à s’y habituer et tout va bien aller. J’ai peur de tout et de rien, mais en même temps, j’ai un immense besoin de m’exprimer sur tout. J’aime qu’on m’écoute, mais surtout qu’on m’approuve, j’aime savoir que les gens sont derrière moi. Je ne peux pas tolérer de ne pas être aimée et de me retrouver seule, mais ma plus grande peur d’entre toutes, c’est assurément la mort. La Mort. Juste d’y penser, j’en ai des frissons. Elle est sournoise et sans égard pour personne et elle détruit tout sur son passage. Je garde donc mon cœur d’enfant en me disant que la fatalité me sera peut-être épargnée ! Aussi, je déteste que mes plans soient chamboulés et devoir tout réorganiser. J’aime prévoir la tournure des événements et pouvoir me préparer en conséquence et, quand ça ne se passe pas comme je l’avais prévu, je panique.

    Alors me voici, me voilà, je viens de me décrire en quelques lignes. Si peu de mots, mais une description si exacte. Je m’appelle Rica Beausoleil et j’ai vingt-neuf ans. J’ai les yeux bleus et de longs cheveux d’un noir très profond. Des fois, ils sont frisés, des fois ils sont lisses parce que j’ai la chance de pouvoir en faire ce que je veux et de toujours avoir l’air de sortir de chez la coiffeuse. Mais malgré cet atout des plus indispensables pour une fille, je ne me sens jamais parfaitement heureuse parce que… je suis une fille ! N’est-ce pas là la plus grande contradiction de la nature féminine ? Si vous croyez que, vu mon nom de famille si lumineux, je suis une fille rayonnante qui mène une vie paisible et tranquille, détrompez-vous. Ma vie est tout sauf relaxante ! Je suis tout sauf une fille calme et détendue !

    Je n’ai pas d’enfant et je ne suis pas certaine d’en vouloir un jour parce que je suis une personne tellement intense que je ne sais pas si je pourrai supporter la grossesse. Les incertitudes, les pleurs et les nuits blanches, ce n’est rien pour me convaincre d’en avoir. Je suis peut-être égoïste, mais je n’ai pas envie de mettre ma vie dans un grand coffre et de le cadenasser pendant dix-huit ans. J’ai envie de vivre ma vie à cent milles à l’heure, de profiter de tout ce qu’elle a à m’offrir, de donner libre cours à mes désirs et surtout, d’essayer de réaliser le plus de rêves possible. C’est tout un défi que de vivre de cette façon et peut-être bien que je trouverai un petit trou pour avoir des enfants dans tout ça. Sinon, la vie se chargera de m’apporter autre chose qui compensera. De toute façon, je suis bien trop tourmentée pour élever un enfant. Pauvre petit qui aurait à essayer de comprendre sa mère !

    — Alors Rica, as-tu choisi lequel des deux chandails tu préfères ? me demande mon amoureux, un peu impatient.

    — Ahhhh, je suis incapable de me décider mon bichon. Choisis, toi !

    Bon d’accord, il a peut-être raison d’être un peu exaspéré, j’ai tellement de difficulté à prendre des décisions. Que ce soit pour un simple chandail, comme en ce moment, ou pour choisir une nouvelle voiture, un instant j’ai envie d’une chose et l’instant d’après, je ne suis plus certaine de ma décision. Pas facile ma vie n’est-ce pas ?

    — Ça va, je vais prendre le noir !

    Finalement, je décroche rapidement l’objet de mon désir et je me dirige vers la caisse d’un pas décidé. Je me dépêche avant de changer d’idée encore une fois ou de commencer à douter de mon choix.

    — Bon enfin, madame se décide, fait Gabriel de son ton sarcastique qui me donne des boutons.

    C’est fou ce que les hommes ne sont pas faits pour comprendre les femmes. Rien ne semble fonctionner de la même manière entre les deux genres humains. Gabriel me laisse donc seule dans la file d’attente pour payer mes achats et il décide d’aller patienter à l’extérieur du magasin afin de s’éloigner de tout le brouhaha qui règne dans la boutique de vêtements pour dames. Comme la période des fêtes approche à grands pas, les magasins sont bondés aujourd’hui. Mon amoureux et moi n’ayant pas terminé nos achats de Noël, nous avons décidé, bon je veux dire, J’AI décidé, de braver la foule et de terminer cette tâche afin de pouvoir nous installer confortablement dans notre condo pour emballer la montagne de cadeaux que nous avons choisis. C’est quand même incroyable les sommes d’argent que nous pouvons dépenser pour gâter les gens qui nous entourent, vous ne trouvez pas ? Ce qui est le plus surprenant, c’est surtout la vitesse avec laquelle ces montants exorbitants s’envolent de notre compte bancaire. L’argent prend des mois à s’accumuler, mais est si vite dépensé ! C’est une des contradictions de la vie que je n’arriverai jamais à comprendre. Quelque vingt minutes plus tard, mon tour est finalement arrivé. Je règle ma facture avec ma carte de crédit (je ne sors jamais sans elle) et je quitte la boutique avec empressement. Dès que Gabriel m’aperçoit, il me regarde avec un sourire, me demande si le supplice est terminé et nous quittons le centre commercial main dans la main et fiers d’être prêts pour Noël.

    Gabriel et moi sommes en couple depuis maintenant cinq ans. Nous nous sommes rencontrés dans des circonstances un peu spéciales, c’est-à-dire au salon funéraire. Je venais de perdre mon meilleur ami que je connaissais depuis plus de vingt ans des suites d’une maladie subite et sournoise qui est venue gruger tout ce qu’il avait de vie en lui. Il mourait à petit feu le pauvre et nous ne pouvions rien faire pour lui sauf le soutenir jusqu’à la fin et l’accompagner dans la lumière.

    J’étais en petite boule sur le sol de l’entrée du salon funéraire où était exposée la dépouille d’Antoine, celui avec qui j’ai fait les quatre cents coups durant mon enfance. J’étais confrontée à ma peur de la mort et j’étais incapable d’aller plus loin dans la pièce. Je voyais bien du coin de l’œil que quelqu’un se trouvait à mes côtés, mais j’étais figée sur place, incapable de bouger et extrêmement attristée de me trouver auprès de mon grand ami pour la dernière fois ; je ne me suis donc pas attardée à cette présence. J’ai voulu me relever et rejoindre ma copine Florence, qui avait eu la gentillesse de m’accompagner, afin de me jeter dans ses bras et d’y verser toutes les larmes de mon corps. Ce faisant, je suis entrée en « légère » collision avec Gabriel. Le contact avec son corps a été si fort que j’en suis restée étourdie pour quelques instants, ne comprenant pas trop ce qui venait de m’arriver. Heureusement, il a eu la présence d’esprit d’étendre ses bras pour me rattraper et c’est ainsi que nous avons eu notre premier contact visuel. Plutôt spéciales comme circonstances n’est-ce pas ? J’ai tout de suite été subjuguée par la profondeur de ses yeux noirs et ses cheveux couleur ébène qui encadraient magnifiquement son beau visage au teint basané. Pour quelqu’un comme moi qui suis une admiratrice finie de la série Twilight, il avait plusieurs ressemblances avec Jacob, le beau loup-garou au corps de dieu grec. De plus, il avait de magnifiques mains, des mains d’homme comme je les aime. C’est peut-être stupide, mais pour moi, la virilité d’un mâle passe par ses mains. Grosses, robustes et charnues, voilà celles que je préfère, car elles révèlent souvent un homme fort, énergique et capable de défendre ceux qu’il aime de tous les dangers.

    Florence et moi étions ensuite sorties du salon funéraire afin que je reprenne mes esprits et que je me calme. En quelques instants à peine, Gabriel nous avait rejointes. Nous avons ainsi appris qu’il était venu expressément de la Gaspésie pour rendre un dernier hommage à son cousin Antoine. Une fois revenue à moi-même, nous avons fait les présentations officielles et nous avons discuté longuement de ma relation privilégiée avec mon ami d’enfance. Le bel homme avait souvent entendu parler de moi, pas nécessairement pour mes bons coups, mais je n’avais jamais eu la chance de le rencontrer auparavant puisqu’il habitait à plusieurs centaines de kilomètres de mon patelin. Plus tard, Florence et moi avons quitté les lieux suivies de notre nouveau compagnon et il n’est jamais sorti de ma vie depuis. D’ailleurs, lors du premier anniversaire de notre rencontre, il m’a offert en blague une bague en plastique avec une pierre bleue qu’il avait achetée au Dollarama en signe de notre engagement et malgré le fait que c’était juste pour rire, je la porte toujours au doigt. Il arrive même que les gens me questionnent sur cette dernière et ne remarquent pas sa piètre qualité. Elle me plaît, je la garde, un point c’est tout.

    Aux alentours de l’heure du souper, Gabriel et moi sommes de retour dans notre superbe condo, chargés comme des mulets de nos « derniers » achats pour Noël.

    — Hé Gab, c’est plate dans un sens que j’aie une si grosse famille, dis-je en riant. Si ça continue, nous allons bientôt devoir réhypothéquer notre appartement pour arriver à tout payer.

    — J’ai la solution alors : on a juste à déménager dans un endroit plus petit. Comme ça, tu seras triste et amère, mais au moins, ta famille sera heureuse de recevoir autant de cadeaux.

    — Jamais de la vie mon cher, tu peux t’enlever cette idée de la tête ! Jamais je ne déménagerai de ce petit coin de paradis. C’est notre petit nid d’amour et j’ai la ferme intention de rester ici pour un sacré bout de temps.

    Gabriel et moi avons emménagé dans ce condo un an auparavant et quand nous l’avons visité, nous avons immédiatement eu un coup de cœur. Nous avions envie d’un endroit douillet, tranquille, avec une superbe vue sur le centre-ville de Montréal. En regardant les petites annonces dans le journal local, nous avons vu celle de cet appartement situé à L’Île-des-Sœurs, dans un magnifique édifice très moderne, avec de grandes baies vitrées et un panorama splendide (le spectacle qu’offrent les lumières le soir est juste époustouflant). Comme j’aime beaucoup la décoration intérieure, en le visitant pour la première fois, je visualisais la manière dont je disposerais les meubles, la couleur dont je peinturerais les murs, bref je me sentais déjà chez moi. Le plus merveilleux dans cet endroit qui est maintenant notre repaire, c’est le foyer au gaz qui s’y trouve. Il est situé au centre du salon, mais comme les pièces sont à aire ouverte, nous le voyons peu importe où nous sommes dans le condo, même de la mezzanine menant à notre chambre.

    — Mon petit bichon d’amour, allumerais-tu le foyer s’il te plaît ? demandé-je.

    — Ne m’appelle pas comme ça, tu sais bien que je déteste ça !

    — Pourquoi ? Tu le sais bien que c’est juste un petit mot d’amour, ça ne devrait pas te choquer !

    Franchement, je ne comprends pas trop pourquoi Gabriel n’accepte pas ce surnom qui est juste pour rire. Je le sais que c’est affreusement laid et que ça fait idiot, mais je trouve ça drôle.

    — Il y a plein d’autres surnoms que tu pourrais me donner. Il me semble que tu as choisi le plus laid d’entre eux et je n’apprécie pas vraiment de me faire appeler comme ça, surtout quand on est en public.

    — Oui grand chef, dis-je avec un salut militaire.

    Sans un mot, il dépose le restant des paquets qu’il a dans les mains et se dirige vers l’interrupteur du foyer au gaz situé sur le mur en face de lui. Ensuite, il allume la chaîne stéréo à notre fréquence préférée. On entend les premières notes d’une chanson d’amour de notre groupe de musique favori, Bon Jovi. Gabriel se dirige amoureusement vers moi en me regardant de ses yeux si doux et il m’embrasse tendrement dans le cou.

    — Viens donc faire un petit tour dans ma chambre à coucher ma belle dinde, me chuchote-t-il doucement à l’oreille.

    Puis il éclate d’un rire grave et sonore afin de me signifier clairement qu’il se moque de moi. Sans même lui répondre, je me jette littéralement sur lui et nous n’avons même pas le temps de nous rendre à notre chambre à coucher que je me mets à l’embrasser partout afin de me faire pardonner le surnom que je m’amuse à lui donner. Nous faisons l’amour comme des amoureux éperdus pendant près d’une heure avant que je réalise que le temps passe, que nous n’avons même pas encore allumé une seule lumière dans le condo, que le souper n’est pas encore commencé et que nos projets d’emballage de cadeaux pour la soirée risquent d’être reportés parce qu’il y a eu un léger contretemps. Par contre, ça valait grandement la peine, alors je décide de ne pas m’en faire pour une fois. Comme on dit que les plus beaux moments sont souvent ceux qui sont improvisés, il ne faut surtout pas se priver pour en profiter de temps en temps. Après tout, on n’a qu’une seule vie alors aussi bien y aller à fond !

    Après nos ébats dignes de jeunes étudiants insouciants, nous nous rhabillons en riant de notre spontanéité et de la force de notre désir. Je regarde l’horloge accrochée au mur peint en gris acier.

    — Gab, il est tard et je n’ai pas le goût de préparer le souper. Est-ce que ça te tente qu’on se fasse livrer une grosse pizza double fromage ?

    — Tes désirs sont des ordres ! Mais tu es sûre ? Autant de calories en un repas… ?

    — Je le sais, mais ce soir, j’ai vraiment envie d’une bonne grosse pointe de pizza. Alors je passe la commande et tu paies ?

    Bon, on peut bien s’offrir de petits cadeaux de temps en temps ! Ce soir, je fais la grève de la préparation du souper et je me laisse gâter par mon amoureux. Il est vrai que l’initiative vient de moi et je ne suis plus trop certaine qu’il ait finalement envie de manger ce tas de gras trans concentrés, mais je m’empresse de téléphoner au restaurant avant qu’il ne change d’idée. C’est un beau dimanche soir qui s’annonce. Pizza et emballage de cadeaux en regardant un bon film avec mon amoureux, voilà le plan parfait. Plutôt profiter de ces doux moments quand ils passent.

    2

    Il me semble que je suis loin dans mes rêves quand la sonnerie de mon réveille-matin retentit dans mes oreilles. Comme je déteste les lundis matins ! J’essaie tant bien que mal d’éteindre l’alarme avec mon poing et je me retourne pour profiter de quelques instants de plus dans les bras de Gabriel. Bah, encore quelques petites minutes, ça ne fera pas de mal à personne ! Son corps est tout chaud, sa peau est douce comme celle d’un bébé, je n’ai vraiment aucune envie de quitter le confort de mon lit pour aller travailler. Puis tout à coup, sans m’en rendre compte, mes paupières se font lourdes, mes yeux se ferment et je retourne tranquillement au pays des rêves.

    Quand je les ouvre de nouveau, le soleil est déjà levé. Oh, oh, ce n’est pas bon signe il me semble ! En plein mois de décembre, il fait habituellement encore noir à six heures trente du matin. Je m’étire et me tourne vers mon réveil. En apercevant les chiffres, je me frotte les yeux vigoureusement, me disant que j’ai sûrement mal vu. Je fais une nouvelle tentative : peine perdue, c’est toujours les mêmes numéros qui s’affichent devant moi.

    — Oh, mon Dieu, il est huit heures et demie ! Gabriel, vite, réveille-toi ! Tu vas être en retard au travail toi aussi !

    — Voyons Rica, tu ne te souviens pas que je suis en congé aujourd’hui ? Je te l’ai dit la fin de semaine dernière, tu ne m’écoutes donc pas quand je te parle ?

    — Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié. Ne te fâche pas, je t’ai écouté ! Tu le sais bien que ma mémoire a une capacité maximale de deux secondes. Après ça, il n’y a plus rien qui s’enregistre.

    — Alors si tu es en retard, arrête de placoter et va vite te préparer ma chérie. Je vais en profiter pour continuer à dormir pour toi.

    — Ah, tu m’écœures…

    J’entre dans la penderie, je ramasse le premier pantalon que mes yeux rencontrent, choisis un chandail assorti, donne un petit baiser rapide à Gabriel et je cours dans la salle de bains pour finir de me préparer. Mon patron va encore me gronder, ça fait deux fois que je suis en retard ce mois-ci. La semaine dernière, c’est parce que j’ai eu un accrochage avec ma voiture et de plus, ce n’était même pas de ma faute. La conductrice de l’autre véhicule a été aveuglée par le soleil et elle n’a jamais vu que la lumière était rouge alors elle a embouti mon véhicule. Tu parles d’une manière de commencer la journée ! Habituellement, je commence à travailler à huit heures et je dois calculer facilement vingt minutes avec le trafic pour me rendre au bureau.

    Une fois ma toilette rapide faite, je descends à la cuisine et comme je n’ai pas le temps de déjeuner, je ramasse une barre de céréales et une boîte de jus dans le réfrigérateur et j’enfile mon manteau et mes bottes avant de me diriger à l’extérieur. Plus que jamais, j’ai hâte aux vacances. Je n’aurai pas besoin de me dépêcher le matin et je pourrai me prélasser dans mon lit avec Gabriel. Il ne me reste plus qu’un petit coup de cœur à donner et dans quelques jours, je serai en congé et ce sera bien mérité. Je prends l’ascenseur pour me rendre dans le stationnement souterrain où ma voiture est garée, bien au chaud. Un autre point positif et convaincant de notre condo : quand il neige comme ce matin, je n’ai pas besoin de déneiger mon véhicule avant de partir. Vive les stationnements intérieurs !

    Je quitte en trombe l’édifice où j’habite et je me jette dans la circulation. Il y a donc bien des véhicules qui circulent sur les routes de nos jours ! J’ai peine à croire que le phénomène risque d’augmenter. Comment cela sera-t-il possible ? Ils devront faire des routes à deux étages ! Une fois de plus, je me dis qu’il faudrait bien que je fasse du covoiturage, mais comme je suis fréquemment sur la route et que je dois me déplacer dans le cadre de mon travail, il est difficile pour moi d’envisager sérieusement cette option, de même que le transport en commun. Je perdrais un temps fou en déplacements !

    Je vous ai dit ce que je fais pour gagner ma vie ? Je suis chroniqueuse pour un journal local et je dois me tenir continuellement informée de tout ce qui touche l’actualité afin de pouvoir donner mon point de vue. Ça me ressemble vraiment ce travail, ce besoin essentiel que j’ai de toujours poser mon commentaire sur tout et en même temps, ça me comble parce que j’ai un lectorat déjà bien établi et je reçois régulièrement des tas de commentaires positifs et d’encouragements. Pour mon emploi, je me fais un devoir d’être nuancée, car je suis consciente que les gens qui me lisent peuvent être en désaccord avec moi, mais j’assume pleinement mes opinions. Au moins, mes années à me prélasser sur les bancs d’école et à dormir littéralement sur mon bureau m’auront apporté quelque chose d’utile. Aujourd’hui, j’exerce un métier que j’aime. Mon but est d’apporter aux gens une vision humaine de mon sujet et d’essayer de les toucher en plein cœur. Je crois y arriver assez bien, même si certains sujets sont plus difficiles que d’autres.

    Quelque vingt-deux minutes plus tard, j’arrive enfin devant l’édifice où je travaille. Je me gare, je franchis le hall d’entrée et, en m’engouffrant dans l’ascenseur, je prends une grande inspiration afin de me préparer mentalement à l’accueil glacial qui me sera assurément réservé. La dame qui se trouve à mes côtés me jette un drôle de regard. Quoi ? Sait-elle que je suis en retard ? J’ai une mèche de cheveux déplacée ? J’ai une trace de dentifrice séché au coin des lèvres ? Finalement, je décide de l’ignorer et je fixe la porte en acier inoxydable devant moi. Après un moment qui me semble une éternité, j’arrive enfin au cinquième étage. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent avec ce petit son de cloche que je trouve tellement agressant. Ding. Hé ho, tout le monde, regardez-moi, je suis en retard ! Contrairement à ce que je croyais, personne ne semble remarquer mon arrivée. Finalement, ça sera peut-être moins pénible que je ne le pensais.

    Telle une petite souris, je me dirige vers mon bureau tout au fond du couloir et une fois rendue, je ferme la porte pour me faire le plus discrète possible. J’ai à peine le temps de poser mes fesses sur ma chaise que quelqu’un tambourine à ma porte. En fait, le mot tambouriner est mal choisi, car la force avec laquelle on frappe sur le bois mince comme une feuille de papier se rapproche plus d’une fanfare au grand complet.

    — Entrez, dis-je, avec la même voix qu’un enfant qui a fait un mauvais coup et qui sent la terrible sentence arriver.

    — Tu es en retard !

    Voici Harold, mon patron. D’habitude, il est super gentil, mais aujourd’hui, il ne prend pas le temps d’entrer dans mon bureau avant de m’adresser la parole.

    — Bon matin Harold ! Ça va bien en ce beau lundi ?

    — …

    Le regard qu’il me lance me dit que l’introduction n’était pas nécessaire. J’observe un moment l’homme qui se trouve devant moi : petit, trapu, avec ses cheveux blancs fournis et ses yeux bleu acier qui me lancent des éclairs en ce moment. Harold est quand même un bel homme et il vieillit plutôt bien.

    — Je le sais, je le sais, je suis en retard et j’en suis vraiment désolée ! C’est que…

    — Laisse tomber les excuses Rica, depuis le temps que tu travailles pour moi, tu devrais savoir que s’il y a une chose que je ne tolère pas, c’est les retards… et les mensonges, me crie-t-il par la tête.

    Bon, là je me sens coupable. Ça ne paraît peut-être pas comme ça, mais Harold est un excellent employeur. Voilà déjà deux ans que nous travaillons ensemble, et j’ai pu découvrir une personne très tolérante et qui fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. Quand ça lui tente. Par contre, quand quelqu’un franchit la limite, il ne se contrôle plus vraiment, ce qui explique la scène qui se déroule actuellement sous mes yeux.

    — Harold, je suis sincèrement désolée. Ça ne se reproduira plus, dis-je, piteuse.

    — Tu es mieux de faire attention à ça, me répond-il, affichant un demi-sourire à travers sa barbe blanche. J’espère que je peux te faire confiance Rica, parce que même si tu travailles bien et que tu rédiges des articles très appréciés des lecteurs, si jamais ça se reproduit, je vais devoir sévir et ça risque de ne pas te plaire.

    — D’accord patron. On fait la paix ?

    Sans un mot, nous nous serrons la main et Harold sort de mon bureau avec un air satisfait. Il crie fort, mais ne mord jamais. Je vais tout de même m’assurer de ne plus être en retard, car je n’ai pas envie de goûter à ses sanctions. Le reste de la journée se déroule dans le calme et la tranquillité dans le petit local qui

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