Les Fomenteurs de l'Ombre: Trouble
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À propos de ce livre électronique
Une quête acharnée, fantastique. Une ère du soupçon. Une période trouble, en plein cœur d'une nation à terre, les mœurs soumises aux tractations diverses. Une aventure humaine où les apparences induisent une méfiance totale. Où le surnaturel est peut-être la clé d'une conquête de pouvoir absolu.
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Les Fomenteurs de l'Ombre - Philippe Laguerre
Avant-propos
Il m’a fallu du temps, et tout un pan de ma vie pour comprendre le père que je n’étais pas encore et celui que je voulais ramener à la vie. Qui puis-je juger aujourd’hui que le tendre père qu’il n’était pas ? Il m’a fallu cette phase ultime où la fiction dépasse la réalité : Comment le fanatisme a-t-il détruit l’Allemagne de ma mère ? Un élément qui remet en cause l’ensemble des préconçus en termes de vie sociale et de politique. Car au sein de la famille, tout est déjà constitué pour nous faire vivre notre première aventure dans la politique. Des négociations, des clans, des confrontations qui induisent forcément des prises de positions de celui qui occupe la place suprême de chef des armées du domicile. Un pouvoir qu’il ne prendrait jamais.
Au XVI ème siècle, on attribue des avocats à certains animaux qui se sont rendus coupables de crimes contre les hommes : Les rats des champs qui dévastent les cultures, les charançons qui naissent des silos à blé. Tout un tas de procès jugés par contumace bien évidemment, puisque les animaux ne se présentaient pas au tribunal. Le juge dans l’absurde, rétablissait un ordre dit « cosmique », un ordre naturel qui avait été transgressé.
Je n’étais pas un animal et pourtant, bien des doutes sur ma présupposée culpabilité : Je n’avais pas connu mon père, et cette douce impression m’avait poussé à croire tout ce que ma mère voulait bien me transmettre à son sujet. Dans mon imaginaire, cet homme était d’une grande taille et d’un aplomb à toute épreuve. Franz, je ne connaissais que son nom mais déjà enfant, le fait que la dernière lettre de ce prénom orienté se termine par « Z » suffisait à irriguer un ensemble de pensées tournées vers ce pirate éternel célibataire. Il était parti ce soir-là, même en sachant que maman était enceinte. Comme pour évoquer un parallèle avec le grand Général De Gaulle, il a construit sans le savoir, une famille à la mesure de ses ambitions : chacun à sa place et personne dans ses pattes. Les choix stratégiques comme possibilités pour lui de désirer intensément la liberté. Il voulait mais ne savait quoi. Il n’en avait jamais fini. Les réponses, il les cherchait encore. Plus j’avais besoin de cet autre, et plus on désire et inversement. Désirer sur le même type de fonctionnement, mécaniquement pour un beau jour, se retrouver sur cette plage niçoise en ne sachant que faire de ce bandit des grands chemins.
La richesse, il la cherchait encore, l’avait-il trouvé ? Pas de réponses. J’avais tant voulu qu’il invente mon bonheur. En contrepartie, nous avions ma mère et moi, une figure de l’autorité qui excellait dans le conte pour enfants. Témoin juvénile et candide, lors de mes repas pris avec maman, les thématiques ne dépassaient pas le cap des invectives habituelles. Craindre pour le lendemain, pour les autres qui ne vous veulent pas forcément du bien. « Attention à ne pas te faire faucher tes chaussures neuves au centre sportif. Le vélo, tu l’attaches correctement afin de ne pas te le faire voler ! ». Un monceau de préconisations dont je n’avais que faire selon la génération du moment, mais qui pourtant, à ses yeux, relevait de l’essentiel, voire de l’éducation nécessaire.
Pourtant les bons chefs ne veulent pas le pouvoir. Ma mère et ses principes acharnés : tantôt présidente de l’amicale des arts du quartier, tantôt responsable du club littéraire d’Antibes qu’elle assurait une fois par semaine. Auprès d’elle, les rares fois où je me retrouvais responsabilisé, il naissait au fond de moi le sentiment d’être protégé. Immaculée cette minute où je percevais son regard dans ses prises de paroles lors des multiples réunions. Des anecdotes. Elle avait toujours cette bienveillance que je n’avais pas chez moi, mais que je retrouvais parmi les autres. Alors non ! Ce beau matin de juin 1946, je me suis levé. En pleine possession de mes moyens, la majorité civile en poche, je pris la route qui me mène à mon établissement d’enseignement supérieur presque sans efforts. Aussi facilement qu’une lettre sans affranchissement préalable, jetée dans une boite aux lettres du quartier, et j’ai compris. Ce regard paternel me manque. Peut-être avais-je été le seul, de ma mère ou de moi, à le percevoir. Et encore ! Nous ne disons et lisons qu’entre les mots qui nous animent. Faste d’une fierté sans nom puisqu’elle est réflexive. Elle n’aurait pas de peine à nous vendre à l’ennemi. Lisser le visage et les actes insupportables pour porter aux nues les quarts, demies, pleines secondes où cet être fait de chair et d’imaginaire était mon allié. Par-delà les disputes, bien au-delà des rancœurs, l’amour d’une mère ne se vit qu’une fois. La passion d’un fils en retour peut-être aussi pour elle, une juste récompense, mais non ! Cet homme à mon encontre est bienveillance sans mal, sans bien, sans matière. Sans jugement terrestre que je n’accepte aujourd’hui. Je suis à travers lui, car il n’a pu me voir parmi les autres et c’est la preuve que j’attendais. Elle se suffit à elle-même. Le mal et le bien ne coïncident-ils pas dans le visage de Dieu ? Il pourrait bien neiger que l’ordre du monde ne pourrait plus être bouleversé.
Comme je n’ai jamais connu le point d’orgue qui fomenta ce caractère sans origine paternelle, voici l’histoire extraordinaire de « Maman Valentine ». Sa jeunesse dans l’Allemagne du début des années vingt qui l’a vu s’embarquer bien malgré elle, dans la recherche acharnée de son unique amour. Une ère du soupçon. Une période trouble, en plein cœur d’une nation à terre, les mœurs soumises aux tractations diverses. Une aventure humaine où les apparences induisent une méfiance totale. Le naturel ne l’a jamais été. Où le surnaturel est peut-être la clé d’une conquête du pouvoir absolu.
Chapitre 1
Pour moi, ce fut pensionnat à sept ans, nourrit aux illusions. Ne pas se faire voir. Ne pas être une charge pour la seule parente encore saine d’esprit qui avait décidé d’un commun accord que je devais devenir quelqu’un de respectable. La femme plantureuse aux formes généreuses qui ne cessait de soliloquer sur ce possible « retour à la normale » dans un proche avenir : une famille reconstituée et chaleureuse. J’avais sept ans. En pensionnat à St Flour, je cumulais les réprimandes comme collections d’attentions que ma mère se refusait à me donner.
Teinturière. Couturière dans une petite boutique niçoise. Une sorte de bouge sordide où le précieux estivant prenait pour cible la devanture décorée selon la mode du moment. Tout ce qu’elle gagnait suffisait à peine à payer mes études, mais elle y tenait à son projet. Pourtant, elle se souvenait de son Franz. Cet amour qu’elle me présentait comme un ami par pudeur sans doute. La rencontre de sa vie qu’elle connut dans un Berlin soumis à la pauvreté allemande de l’entre-deux guerres, et les luttes fratricides entre organisations extrémistes. Ce soir-là, où ils se promirent d’être fidèles l’un envers l’autre. La rue regorgeait de monde pour l’ancienne fête des alliances. Une sorte de Saint-Jean qui célébrait les couples mariés de moins de cinq ans. Des camelots, de nombreuses attractions qui s’étalaient jusqu’à la porte Brandebourg. Valentine avait dix-neuf ans. Ses parents étaient morts tous deux dans un accident de voiture. Cruelle destinée. Elle avait été placée depuis ses dix ans dans un orphelinat près de Neuenhagen. Un patelin qui faisait office de lieu-dit. Des hectares de champs. Un bourgmestre et quelques échoppent que l’hyperinflation en 1923, avait vidé de ses clients. Un orphelinat de filles où Hannah, jeune étudiante en médecine, s’était prise d’amitié pour cette malheureuse. Elle-même ayant perdu ses parents dans un accident de voitures.
– « Nous sommes les sœurs du destin et ne nous quitterons jamais ! ».
Elles semblaient heureuses, mais la surveillante générale n’avait d’yeux que pour Hannah.
– Valentine n’est qu’une sotte ! Elle devrait
