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La maîtresse des éléments: La maîtresse des éléments
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Livre électronique340 pages4 heuresLes Auris

La maîtresse des éléments: La maîtresse des éléments

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À propos de ce livre électronique

Ce n’est pas parce qu’Ella peut carboniser quelqu’un avec son esprit qu’elle doive le faire. Pourtant, elle le veut. Pendant 10 ans, depuis sa toute jeune enfance, Ella a été gardée prisonnière. Maintenant qu’elle s’est échappée, elle veut connaître la vérité. Qui est-elle? Pourquoi a-t-elle été emprisonnée? Et qui est ce jeune homme aux beaux yeux verts qui hante ses souvenirs? Ella est-elle la Destructrice annoncée par la prophétie… ou est-ce plutôt elle qui sera détruite?
LangueFrançais
ÉditeurÉditions AdA
Date de sortie21 juil. 2014
ISBN9782897339036
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    Aperçu du livre

    La maîtresse des éléments - Emily White

    Chapitre 1

    S’échapper de l’enfer

    Je refermai les yeux pour planer dans ce monde vide situé entre le sommeil et l’éveil. Dans cet engourdissement, je ne pouvais ignorer le silence et faire comme s’il me calmait. Dans le monde des rêves, l’obscurité me libérait au lieu de me torturer, et j’étais seule parce que je le voulais et non pas parce que cet état m’était imposé. Le sommeil agissait comme une drogue sur mon âme.

    Mes rêves m’appartenaient, car ils étaient l’endroit où je refusais d’être prisonnière. Sho’ful, le vaisseau qui flottait dans l’espace avec à son bord un nombre incalculable d’âmes dont il suçait la vie, ne réussissait pas à me tourmenter en ce lieu.

    — Lève-toi.

    Une voix dans l’obscurité m’arracha de ma torpeur en me perçant les oreilles de son âpreté soudaine. J’ouvris la bouche, me griffai les oreilles comme si cette nouvelle gale me brûlait la base de la mâchoire.

    — Ouvre la porte et sors.

    La voix s’était estompée comme dans un rêve ou le souvenir d’un rêve. Dix ans s’étaient écoulés depuis qu’ils m’avaient plongée dans cette obscurité froide. Dix ans. J’avais arrêté de demander pourquoi il y a longtemps. Soit ils l’ignoraient, soit ils ne pouvaient pas supporter l’idée d’avoir jeté une enfant dans un cachot.

    Partir ? J’étouffai un fou rire avant de me plaquer la main sur la bouche. Personne n’avait jamais quitté Sho’ful, et seuls les imbéciles pensaient à essayer. Aucune lumière ne brillait à la fin de ce tunnel. Je restai là, refusant de me lever. Cette voix n’était que le produit de mon imagination. Elle ne pouvait être rien de plus que cela.

    Un grincement rompit le silence. Puis un gros objet froid et dur me fit glisser sur le plancher rouillé. Quand je redevins immobile, je saisis la chose qui m’avait poussée et passai les doigts le long de sa surface. Certaines parties étaient rudes et écaillées, et tout l’objet était glacé.

    Je restai couchée là, à ruminer sans cesse la possibilité que la porte soit bel et bien déverrouillée. Impossible. Pourtant... peut-être. Quelque chose m’avait poussée. Cela aurait pu être la porte.

    Je tendis la main et saisis la chose que je crus toujours plus fermement qu’il s’agissait réellement de la porte. Je me redressai. Je plaçai les pieds de façon à trouver un appui sur le sol. Ils glissèrent le long de sa surface lisse, palpitant de douleur. Ma frustration me fit gémir.

    Les dents serrées, je posai les pieds à plat sur le sol et forçai mes jambes tremblantes à me lever. Mon dernier repas datant de 23 cycles d’atmosphère, j’eus du mal à me mouvoir. Je m’appuyai contre la porte et poussai un soupir que j’ignorais que je retenais.

    Il était temps de sortir d’ici et de quitter Sho’ful. Je m’appuyai sur ma jambe droite et me préparai à franchir mon premier pas pour sortir de ma cellule.

    Puis je m’arrêtai.

    Les chiens.

    Les précieuses bêtes des gardes, qui surveillaient les corridors, provoquaient la terreur chez les prisonniers qui auraient osé sortir. Un frisson parcourut mon épine dorsale à la pensée de toutes les fois où je m’étais appuyée contre le coin arrière de ma cellule, à me tenir aussi loin que possible d’un chien qui venait renifler à ma porte. Je me rappelai parfaitement bien le bruit de ses griffes grattant contre le métal, assez tranchantes pour en marquer la surface.

    Aucune personne saine d’esprit n’aurait quitté sa cellule, même si elle l’avait pu. Mais cela n’empêchait pas les gardiens de sortir des détenus, de temps en temps, pour les donner en pâture aux bêtes.

    Je frémis. Ils avaient fait cela à l’homme dans la cellule voisine de la mienne, quelques repas auparavant. Je pouvais encore entendre ses cris, le bruit de sa chair lorsqu’elle fut arrachée de ses os, et le craquement des dents des chiens qui le démembraient en le rongeant.

    Non.

    Je secouai la tête, d’une part pour éloigner ce souvenir, et d’autre part, en réponse à mon plan stupide. Je ne pouvais pas sortir. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine en alerte. La décision la plus intelligente et la plus sûre consistait à refermer la porte et à continuer à vivre ma vie comme je l’avais fait pendant les 10 dernières années. Un cœur qui battait dans ma poitrine, noyé dans un néant dépressif, valait mieux qu’un cœur qui répandait mon sang sur le sol, lequel aurait été lapé par ces monstres.

    Les minutes passèrent lentement alors que je luttais pour prendre une décision. Cette lueur, cet espoir fantôme qui réchauffait ma poitrine, était la première de ma vie. Je ne pouvais pas l’ignorer et la laisser mourir comme tout le reste de mon existence.

    La vérité sur ce que je devais faire me frappa à cet instant. Je mourais à petit feu depuis bien assez longtemps.

    Je fis mon premier pas vers la vie.

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    Plusieurs heures et quelques ecchymoses plus tard, j’avais réussi à franchir péniblement 6 étages et au moins 20 couloirs. Mes efforts n’avaient par contre pas été récompensés. Je n’étais pas plus près de sortir de cet enfer que lorsque j’y avais fait mes premiers pas. Je commençais à penser que j’avais été folle d’avoir écouté la voix dans ma tête.

    Non, j’étais maintenant convaincue que j’avais été idiote.

    J’appuyai les paumes contre mes yeux et me frappai la tête contre le mur. Les choses n’allaient pas si bien. Je devais sortir. Le poids du néant noir m’écrasait et me faisait suffoquer. Je devais sortir. Je devais sortir !

    « Respire, Ella. Respire. »

    Je ne pouvais même plus respirer. Qu’avais-je fait ? Il n’y avait pas de porte de sortie dans un vaisseau interstellaire. Pourquoi m’étais-je imaginé que c’était le cas ?

    J’inspirai profondément et laissai l’air m’envahir. Mon rythme cardiaque ralentit jusqu’à ce que je puisse à peine le sentir. Le métal froid apaisa mon front. J’avais simplement besoin de rester là pendant un moment, la tête appuyée contre le mur et les bras ballants à mes côtés. La situation allait s’arranger. Tout irait bien.

    Toutefois, me répéter cela ne m’aidait pas réellement.

    Je tournai le dos au mur, glissai vers le sol et posai la tête sur les genoux. Chaque cellule de mon corps voulut pleurer. Si je n’avais pas eu tant peur de faire du bruit, je me serais laissée aller. Je ne m’étais jamais sentie si perdue de toute ma vie. L’espoir que j’avais ressenti plus tôt avait pratiquement disparu. Si les chiens ne me retrouvaient pas, les gardes, eux, le feraient. Et je deviendrais le festin des chiens de toute façon. J’avais été assez folle pour quitter ma cellule. Une larme brûla le long de ma joue, et je pressai les mains sur mes yeux pour empêcher d’autres larmes de sortir.

    Bon, je devais réfléchir à tout cela. Je levai la tête de mes genoux et m’essuyai les mains trempées de pleurs sur mon uniforme en mousseline de la prison en lambeaux. Je devais former un plan, ne serait-ce que pour garder mon esprit occupé.

    Si je continuais à descendre des escaliers, je finirais bien par arriver à la carlingue. Et puis quoi, après ? Y aurait-il une porte vers l’extérieur ? C’est comme ça que sont construits les vaisseaux spatiaux, non ? Bien sûr, même si c’était ainsi dans les vaisseaux spatiaux, il n’y avait rien d’autre dehors que le vide de l’espace. Je gémis.

    Mon plan était nul.

    Je me frottai les jambes pour y activer la circulation sanguine, et me relevai. Un mauvais plan valait mieux qu’aucun plan du tout. Un, deux, trois. Un pas, puis un autre et encore un autre. Après mes premiers pas, je découvris que marcher à une cadence rythmée sur de petites sections me permettait de mesurer les distances. Jusqu’à présent, j’avais descendu 38 séries de marches triples ; la plupart des couloirs faisaient 43 séries de 3 pas et étaient suivis d’un escalier.

    Un pas, un autre... eh merde !

    Mon visage heurta le sol en produisant un horrible craquement. Je me pris la tête à deux mains en gémissant. Sho’ful secoua et gémit alors que mon corps heurta d’abord un mur et puis un autre. J’essayai de m’accrocher à quelque chose pour éviter de rouler, mais les murs lisses n’offrirent aucune prise.

    Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Quelque chose avait certainement changé. Au cours de mes 10 ans sur le vaisseau, je n’avais senti rien d’autre qu’un paisible voyage. Maintenant, Sho’ful tremblait. Le grattement du métal et les cliquetis déchirèrent mon crâne et résonnèrent dans tout mon corps.

    Ensuite, le sol s’affaissa sous moi. Il tomba si soudainement que mon corps resta dans les airs pendant quelques secondes avant de s’écraser. Je sentis ma bouche se remplir de sang.

    Oh non, pas du sang. Tout sauf du sang, non de non. Je tournai subitement la tête et tendis l’oreille, à la recherche de tout autre bruit que les cliquetis métalliques et les claquements d’engrenages. Bien que je n’eus aucun moyen d’en être sûre, je soupçonnais que les chiens reniflaient très bien l’odeur du sang.

    Mon cœur qui battait maintenant à tout rompre ne m’aida probablement pas non plus. Même au-dessus de tout ce bruit abrutissant, je pouvais l’entendre dans mes oreilles. J’essayai de respirer profondément pour me calmer.

    Le vaisseau se stabilisa et se posa. J’eus effectivement le sentiment que nous avions atterri. Malheureusement, maintenant que les tremblements avaient cessé, mon cœur tonna dans le lourd silence.

    Je déglutis et j’attendis en tendant l’oreille. Je perçus le bruit d’un tuyau qui fuyait, goutte à goutte, quelque part au loin. Encore plus loin, j’entendis les voix étouffées des gardes. Le vaste couloir sombre et vide où je m’étais assise était silencieux. Je ne bougeai pas. Je sentis que quelque chose n’allait pas — comme si tout était trop silencieux.

    Je me concentrai, m’efforçant à écouter davantage, mais je ne perçus que le silence et le goutte à goutte du tuyau qui fuyait.

    Une goutte, puis une autre, et une autre...

    Je pris une grande respiration et fis un effort pour me mettre à genoux, puis pour me relever. C’est alors que j’entendis une expiration. Elle me glaça le sang.

    Je ne pouvais pas faire grand-chose, car j’étais aussi aveugle dans ce couloir sombre que je l’avais toujours été, mais maintenant, un chien se tenait quelque part derrière moi. Je me levai en faisant preuve d’une atroce prudence dans mes mouvements lents, mais constants.

    Je me redressai en m’appuyant sur le mur. Quelque chose racla contre le sol métallique. Une griffe. Je fis un pas en avant. Un bruit étouffé, comme de la fourrure qui se hérissait, rompit le silence. Je ravalai ma terreur.

    Loin, très loin à l’autre bout du corridor, quelque chose attira mon attention. Cela m’apparut bizarre parce que je ne voyais rien depuis si longtemps. Je reconnus cette sensation étrange. J’accueillis toute l’aide que je pouvais obtenir. À l’autre bout du couloir brillait une faible lumière pâle qui menaçait de s’éteindre à tout moment. Mais elle était là, et elle me redonna espoir.

    Le bruit de poils qui se hérissaient se rapprocha. J’entendis ensuite le bruit insupportable de dents acérées qui glissaient les unes contre les autres. Mon esprit fonctionnait à une lenteur ridicule alors que mon corps me criait de courir. J’avais des fourmis dans les jambes tellement elles voulaient s’élancer, et pourtant, mon cerveau refusait d’en donner l’ordre. Je restais coincée là, attendant que la réalité de la situation s’ancre dans mon crâne, alors que mon corps spastique semblait déjà avoir tout compris des années-lumière auparavant.

    « C’est trop loin, me dis-je. Même s’il y avait quelque chose après le coin, il faudrait quand même que j’y arrive. »

    Mais mon corps en avait assez, et je me mis à courir.

    La réaction du chien fut immédiate. L’air fut propulsé devant moi quand il s’élança. Je serrai les dents, attendant le coup. Il ne vint pas. Le staccato de ses griffes sur le sol se rapprocha — il était plus loin que je ne l’avais cru.

    Pas assez loin, cependant.

    Une haleine chaude et musquée souffla sur ma tête, fouettant mes cheveux épais et crépus sur mon visage. Je recrachai mes mèches de cheveux de ma bouche et courus encore plus vite. Des crocs acérés se refermèrent sur mon épaule et déchirèrent ma chemise. Je tombai en criant. La respiration du chien mouilla mes joues en se mêlant à mes larmes.

    Je me dégageai en me roulant, et la manche de ma chemise s’arracha quand le chien referma la gueule. J’eus le bras et le cou couvert de bave mousseuse.

    J’ignore ce qu’il me prit alors — peut-être le fis-je sans réfléchir —, mais j’assénai un coup de poing sur la mâchoire du chien, ce qui le fit trébucher en arrière. J’en profitai pour rejoindre en courant le fond du couloir et la lumière éclatante.

    La lumière, qui me parut miraculeuse, me brûla les yeux. Chacune de mes respirations me rapprochait de ses promesses chaudes, mais ma vue, qui avait été tant maltraitée, protesta. En fait, mes yeux refusèrent carrément d’obéir. J’avais les yeux et le nez qui brûlaient, et des larmes et de la morve coulaient sur mon visage. Pour aggraver la situation, le molosse s’était remis du choc, puis avait recommencé à me pourchasser, et il gagnait du terrain. La lumière ne sembla pas le dérouter.

    Il y avait une pièce au bout du couloir. Je le savais parce que la lumière devint plus brillante dans le coin de mon œil gauche. Je me retournai et glissai sur le sol, mais en gardant mon équilibre. Je sentis alors le souffle humide du chien dans mon cou ; ses mâchoires étaient à quelques centimètres de ma tête. Ses griffes raclaient contre le sol.

    Une chaleur collante émanait d’un endroit dans la pièce. L’air froid du vaisseau lutta vaillamment avec elle, mais perdit la bataille. Pour une raison que j’ignore, j’eus le sentiment que je devais me diriger vers cette chaleur, tout comme j’avais su que je devais aller vers la lumière. La lumière et la chaleur étaient liées, et elles étaient les éléments salvateurs que je cherchais. Je devais simplement m’en rapprocher. Peu importe d’où venait cette lumière, elle était bonne et protectrice. Elle représentait la vie. Je savais cela, mais j’ignorais comment je le savais.

    Un vague souvenir traversa mon esprit, et l’espace d’une fraction de seconde, j’imaginai le soleil, les brises et l’herbe vaporeuse, et moi, me trouvant à côté d’un garçon aux yeux verts.

    Puis, trois choses se produisirent : d’abord, j’entendis le chien ouvrir grand sa gueule humide et je sentis son souffle torride près de moi. Ensuite, une griffe effleura mon dos et déchira ma chemise en m’ouvrant la peau. Finalement, je tombai dans un trou et criai tout au long de la chute.

    Chapitre 2

    Meir

    La douleur envahit mes jambes et ma colonne vertébrale. Les genoux appuyés contre la poitrine et les dents serrées pour m’empêcher de crier, je me tournai et heurtai mon visage contre quelque chose de dur et d’anormalement chaud, si chaud en fait que l’objet roussit ma joue à son contact. Je roulai à quelques centimètres de là et restai sur le dos. J’essayai d’ouvrir les yeux assez grands pour voir de quoi il s’agissait, mais l’éclat les brûla mille fois plus que lorsque j’étais tombée. Des larmes me piquèrent les joues.

    Les grondements du chien envahirent l’air au-dessus de moi. Je serrai les dents et me couvris le visage. J’attendis très longtemps, la respiration haletante. J’appréhendais la douleur de ses crocs me déchirant la peau, mais elle ne vint jamais. Je pressai les paumes contre mes paupières et me forçai à les ouvrir pour voir. J’eus vite les larmes aux yeux, mais je les essuyai. À environ trois ou quatre mètres au-dessus de moi, le chien me regardait, les dents découvertes. Il avait introduit presque tout son museau à travers une fente longue et étroite dans l’extérieur lisse du vaisseau. Étroite pour lui, mais parfaite pour mon petit corps décrépit. Une pièce métallique pendait de la fente juste à côté de moi et se terminait par une espèce de patte. Un train d’atterrissage.

    Si mon visage n’avait pas déjà été trempé de larmes, j’aurais pleuré de joie à cet instant. J’eus l’impression que tout mon corps aurait pu éclater tellement je fus incroyablement soulagée. Je sus alors immédiatement que j’étais une personne différente, une Ella qui n’avait pas simplement une lueur d’espoir en elle, mais qui s’en était servie comme d’un carburant. À ce moment, je me sentis totalement invincible. J’avais voulu atteindre l’impossible et j’étais sortie avec des blessures de guerre pour prouver mon succès. En fait, je me fichais bien d’être brisée et ensanglantée. J’étais trop contente de pouvoir ressentir quelque chose.

    Un petit murmure de raison s’infiltra alors dans mon esprit et menaça d’étouffer ma joie.

    « Tu dois faire preuve d’intelligence, Ella. Sois futée. »

    Je ne voulus pas l’écouter. Je ne voulus que rester là, les yeux fermés, à sentir l’air doux contre ma peau, lequel était le remède parfait contre la mort froide que j’avais endurée. Ma peau en profita, et je me prélassai dans cette douce chaleur.

    Je soupirai. La partie raisonnable de mon cerveau avait raison. Je devais bouger. Les circonstances, si étonnantes que je n’avais jamais osé en rêver auparavant, faisaient maintenant de moi une ex-taularde en cavale. Et une prisonnière fraîchement évadée qui ne réussit pas à s’éloigner le plus possible de sa geôle est une idiote.

    Je me remis à quatre pattes pour me relever. Quelque chose remua l’air près de ma tête. En levant les yeux, je vis que le chien avait passé une patte à travers le trou étroit. Il essayait de m’attraper. Il avait aussi enfoncé la tête dans le trou et essayé de me mordre. Je lui souris avant de me détourner.

    Le sol brûla mes pieds nus. Je m’en fichais. J’ouvris la bouche pour mieux respirer l’air collant et épais qui puait la pourriture et la fumée. Une douleur violente me déchirait le dos et l’épaule, mais malgré tout cela, je me sentis plus heureuse que je ne l’eusse jamais été. J’avais réussi à m’enfuir de Sho’ful.

    D’une certaine manière, j’avais réussi à m’enfuir.

    Mais j’étais toujours aveuglée par la lumière, et c’est pourquoi ma joie fut de courte durée. L’éblouissement ne diminuait pas du tout. Il empirait avec le temps. Mes yeux brûlaient encore plus que mon dos alors qu’ils tentaient de s’habituer à la lumière du jour pour la première fois en 10 ans.

    Je pressai les mains sur mes yeux et forçai mes paupières à s’ouvrir à nouveau. Ils se battirent contre moi, mais ma volonté était plus forte. Cela fonctionna, en quelque sorte. Depuis que j’avais quitté l’ombre du vaisseau, je n’avais aucune protection contre le soleil. Un grand nombre de petites taches sombres et floues se regroupaient à ma droite et à gauche. Devant moi, une lumière bleue aveuglante se transformait en une lumière blanche tout aussi aveuglante. Je supposai qu’il s’agissait d’une prairie. Je décidai de tenter ma chance en allant tout droit. Les espaces flous indiquaient probablement des habitations, et c’était précisément ces dernières que je tenais à éviter.

    En me protégeant les yeux d’une main et en me pressant le haut de mes côtes de l’autre, je recommençai à courir. Je n’avais pas franchi quatre petits mètres que quelque chose à ma droite attira mon attention. Je m’arrêtai et me retournai. Devant moi, une petite lumière jaillit comme un phare. Malheureusement, elle provenait des petites taches sombres, et je n’avais toujours pas l’intention d’aller dans cette direction. Je me retournai pour continuer à courir vers la prairie quand j’entendis la voix.

    — Suis la lumière.

    Mon cœur battit dans mes oreilles. La voix n’était pas dans ma tête. Elle retentit dans l’air autour de moi et était transportée par le vent. Malgré la chaleur du soleil qui s’abattait sur moi et mes blessures brûlantes, je ressentis du froid.

    Des mains invisibles m’attrapèrent les épaules et me poussèrent vers le phare. Je trébuchai quelques pas avant de retrouver mon équilibre, puis je tournai la tête.

    Il n’y avait personne. Je me pinçai les lèvres et serrai les poings pour empêcher la terreur de m’envahir.

    Je savais que j’avais un choix à faire maintenant. Soit j’écoutais la voix qui me glaçait le sang et me dirigeais vers le phare, en espérant y être en sécurité, soit je reprenais mon plan initial qui consistait à m’éloigner le plus possible de cet endroit. Cette dernière solution était tentante. Très tentante, même.

    Je regardai Sho’ful en frissonnant. La monstruosité se dressait comme une créature de cauchemar, plus grande que je ne l’avais imaginée. La forme foncée atteignait une hauteur que je ne pus mesurer en raison du soleil brûlant derrière elle qui s’étendait à travers l’horizon. Non, je ne voulais pas rester près de cette chose.

    Mais je ne pouvais pas nier que la voix m’avait aidée jusqu’ici. Si ce n’avait pas été de ses exhortations, je serais encore assise dans ma cellule, attendant la mort avec impuissance. Je me mordis les lèvres et regardai la lumière clignotante.

    « D’accord, la voix. Dis-moi où aller. »

    Je courus en trébuchant jusqu’à la lumière clignotante.

    — Entre ici, tout de suite.

    Un homme me poussa à travers une porte. Ses manières grossières n’apaisèrent pas exactement mes nerfs, et je me demandai alors si j’avais fait le bon choix.

    Une fois à l’intérieur, je m’arrêtai net, car je ne fus plus aveuglée par l’éclat de la lumière du jour. La lumière tamisée fut comme un baume pour mes yeux, et je poussai un soupir de soulagement. L’immense pièce était vide, sauf pour ce qui était d’un canapé rouge, bleu et or et d’une petite table ronde. Et pourtant, je n’eus pas l’impression qu’elle était vide. Elle respirait la vie, mais elle me parut froide et sombre après la canicule de l’extérieur. J’eus la chair de poule. Je battis des cils et essuyai mes larmes.

    L’homme ferma la porte, plongeant davantage la pièce dans l’obscurité, et me frôla. Je reculai et me retournai pour lui faire face.

    — Je ne pense pas qu’ils t’ont vue.

    Il traversa la pièce et ferma les rideaux de la seule fenêtre.

    — Mais je pense que tu devrais te cacher ici pendant un certain temps, malgré tout.

    J’avalai. Il n’était pas question que je reste là. J’avais besoin de m’éloigner le plus possible de Sho’ful. Je savais que c’était une mauvaise

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