À propos de ce livre électronique
Coleen Houck
Le troisième roman de Colleen Houck, La malédiction du tigre, a déjà obtenu un grand succès populaire sous publication numérique et a été finaliste pour le 2010 Next Generation Indie Book Award, romans pour jeune public, comme livre numérique autoédité. La malédiction du tigre est le premier de la série La saga du tigre. Colleen habite à Salem, en Oregon, avec son époux et un tigre blanc en peluche.
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Avis sur Le voyage du tigre
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Aperçu du livre
Le voyage du tigre - Coleen Houck
Prologue
Du sang dans l’eau
D errière les vitres épaisses de son bureau de l’appartement-terrasse à Bombay, Lokesh tenta à nouveau de contrôler la rage incroyable qui circulait dans ses veines. Rien ne s’était déroulé comme prévu au camp de Baiga. Même les villageois s’étaient avérés faibles et infidèles. Il est vrai qu’il avait capturé Dhiren, le prince tigre blanc, et qu’il s’était emparé d’une pièce essentielle de l’amulette Damon de la jeune fille, mais il n’avait pas pu terminer ce qu’il avait commencé.
Respirant profondément pour calmer sa rage, il pressa ses doigts ensemble et les frappa délibérément contre sa lèvre inférieure alors qu’il réfléchissait au combat. Ils possédaient des armes spéciales. Ses sous-fifres avaient découvert que les armes étaient en quelque sorte liées à la déesse Durgâ. De toute évidence, une sorte de magie était impliquée, et ce n’était pas la magie faiblarde de la tribu.
La magie était un outil, un don qui ne devait être utilisé que par ceux qui étaient suffisamment sages pour la comprendre et la manier. Une astuce de l’univers que quelques-uns seulement recherchaient et qu’un nombre encore plus restreint était en mesure d’exploiter. Lokesh possédait cet outil, et il s’en servirait pour obtenir encore plus de puissance. D’autres le pensaient maléfique. Il ne croyait ni au bien ni au mal, seulement en la puissance et en l’impuissance. Lokesh était déterminé à choisir la première.
Pourquoi Durgâ ? Peut-être que la déesse est en quelque sorte en train de les guider.
Il ne croyait pas plus au bien et au mal qu’il ne croyait aux dieux. La foi était une béquille, un moyen pratique de contrôler les masses qui allaient devenir des esclaves stupides, choisissant de ne pas utiliser le maigre intellect qu’ils pouvaient posséder. Les croyants restaient chez eux et pleuraient et priaient, se prosternant pour obtenir une aide divine qui ne viendrait jamais.
Un homme intelligent prend les choses en mains. Lokesh fronça les sourcils alors qu’il se souvenait de la fille qui avait glissé de ses propres mains. Elle avait dû croire qu’il s’enfuyait. Il avait envoyé des renforts, mais les idiots étaient revenus les mains vides. Le centre de commandement avait été détruit. Les caméras et les enregistrements vidéo avaient disparu. On ne pouvait trouver nulle part les Baiga, le tigre ou la fille. C’était extrêmement… vexant.
Un carillon retentit tandis que son assistant entrait dans la pièce. Lokesh écouta l’homme lui expliquer qu’on avait retrouvé le dispositif de suivi qu’il avait implanté dans le prince. L’homme ouvrit sa main tremblante et en laissa tomber les restes brisés sur le bureau. Sans un mot, Lokesh ramassa la puce brisée et, en utilisant la puissance de l’amulette, il la lança en même temps que l’assistant frémissant par la fenêtre du 60e étage. Il écouta les hurlements de l’assistant alors qu’il tombait, étage après étage. Juste au moment où l’homme était sur le point de toucher le sol, Lokesh murmura quelques mots qui firent ouvrir un trou dans la terre sous son assistant, l’enterrant vivant.
S’étant occupé des décevantes distractions, il tira son prix durement gagné de sa poche. Le vent fouetta à travers la fenêtre brisée et le soleil monta au-dessus de la ville animée, jetant un faisceau de lumière sur la quatrième partie de l’amulette récemment acquise. Bientôt, il unirait tous les morceaux de l’amulette, et il aurait enfin les moyens d’accomplir ce dont il avait rêvé depuis qu’il avait appris son existence. Il savait que l’amulette complète lui permettrait d’accomplir quelque chose de nouveau… quelque chose… de plus. Quelque chose de… parfait. Même s’il avait délibérément prolongé le délai avant de faire démarrer le processus et qu’il avait savouré l’anticipation presque autant que la victoire, il était temps.
Le moment était venu.
Un crépitement de plaisir parcourut son sang alors qu’il mettait le quatrième segment en contact avec sa précieuse collection d’amulettes.
Il ne correspondait pas.
Il tourna, tordit et inclina le quartier, mais il ne se moulait pas aux autres. Pourquoi ? Je l’ai arraché du cou de la fille dans le camp de Baiga. C’était la même pièce de l’amulette qu’elle portait dans les deux visions.
Instantanément, une ombre noire et épaisse de dégoût s’empara de lui. Grinçant des dents, il écrasa l’imitation d’amulette offensante et laissa le filet de poudre circuler à travers son poing serré alors que chaque cellule de son corps éclatait dans tempête embrasée. Des éclats de lumière bleue éclatèrent et craquelèrent entre ses doigts.
Des vagues de colère envahirent son esprit, cognant contre la mince barrière de sa peau. Sans une cible pour assouvir ses violents besoins, il serra les poings et enterra le pouvoir au plus profond de lui. La fille ! Elle m’a trompé !
La colère vibra dans ses tempes alors qu’il réfléchissait à Kelsey Hayes. Elle lui rappelait une autre femme qu’il avait connue, plusieurs siècles plutôt : Deschen, la mère des tigres. Il y avait là une femme remplie de feu, se souvenait-il — à la différence de sa propre femme, qu’il avait tuée lorsqu’elle lui avait donné une fille, Yesubaï. Il avait voulu un fils. Un héritier. Mon fils et moi aurions gouverné le monde.
Après sa déception face à la naissance de sa fille, il avait mis au point un nouveau plan — tuer Rajaram et faire de Deschen sa propre épouse. Une partie du plaisir aurait été de briser son esprit. Le combat aurait été exquis.
Deschen était partie depuis longtemps, maintenant, et heureusement, les tigres lui avaient emmené Kelsey. Elle était plus que ce qu’il aurait pu souhaiter. Beaucoup plus. Lentement, sa rage bouillonnante se transforma en quelque chose d’autre. Elle cuisait et bouillonnait dans son esprit, des pensées se formant et éclatant comme des vésicules chancreuses jusqu’à ce que sa détermination se transforme en un désir sombre et fou.
Kelsey avait le même courage ardent qu’avait possédé Deschen, et il se ferait un plaisir pervers de la prendre aux fils de Rajaram. Soudainement, ses doigts démangèrent d’envie de toucher à nouveau sa peau fine. Comme il serait agréable de poser son couteau contre sa chair. Alors qu’il réfléchissait à cette pensée, il passa un doigt le long du bord tranchant de la vitre cassée. Peut-être même laisserait-il les tigres vivre pour qu’il puisse se délecter de la tourmente que cela leur causerait. Oui. Mettre les princes en cage et les laisser regarder alors que je soumettrai la jeune fille à ma volonté sera très agréable. Surtout après ceci.
Si longtemps. J’ai attendu si longtemps.
Une seule pensée l’apaisait : la bataille était loin d’être terminée. Il la trouverait. Son équipe était déjà en train d’effectuer des recherches à travers toute l’Inde, surveillant les temples de Durgâ et examinant chaque plaque tournante de transport par voie terrestre, aérienne et maritime. Il était un homme qui ne prenait aucun risque et ne laissait aucune pierre non retournée. Il frapperait à nouveau. Après tout, ce n’était qu’une fille.
Bientôt, pensa-t-il. Lokesh frémit en s’imaginant la toucher à nouveau. Il pouvait presque la sentir. Je me demande à quoi ressembleront ses hurlements. Il fut surpris de voir qu’il avait presque plus hâte de capturer la jeune fille que d’obtenir l’amulette. La nécessité de l’avoir était vicieuse. Ce besoin recommençait à le déchirer alors que ses doigts lui démangeaient. Bientôt, il aurait la jeune fille et il réunirait les morceaux de l’amulette. Mais une fois que je mettrai la main sur elle, je devrai être patient. Chaque fois que j’ai précipité les choses, cela a causé ma perte.
Il tordit l’un des anneaux sur son doigt. Peut-être n’aurait-il pas dû croire qu’il serait facile de mettre la main sur les tigres. Ils lui avaient causé tant de problèmes, la première fois. Mais ce n’étaient pas les seuls prédateurs en Inde. Lui aussi était une créature à craindre. Il était semblable à un requin, nageant vers ses proie en silence et avec une rapidité fatale.
Lokesh sourit. Le requin était une créature qu’on se devait d’admirer, l’ultime prédateur, le poisson dominant dans l’océan. Dans le monde animal, on naît prédateur. Mais l’homme, lui, choisit d’être un prédateur, déchirant en morceaux ceux qui s’opposent à lui, faisant craquer l’échine de tous ceux qui voudraient lui résister, et avalant ses ennemis. Il choisit d’être le prédateur, ou il choisit d’être la proie.
Il y a bien longtemps, Lokesh avait décidé d’être au sommet de la chaîne alimentaire. Maintenant, il ne restait qu’une seule famille et une seule fille sur son chemin. Et une fille n’a aucune chance lorsque je sens l’odeur de son sang dans l’eau.
Lokesh caressa pensivement sa barbe et sourit alors qu’il se voyait en train de tourner autour d’elle dans l’océan. Les eaux étaient remplies d’appâts. On ne le verrait jamais arriver.
1
Vivre sans amour
V a-t-il le faire ?
Je regardai Ren, à la recherche d’un soupçon d’émotion.
Une longue minute s’écoula. Au moment où il fit son choix, je le sus.
Ren étendit la main pour s’avancer.
— Je gagne.
Il sourit alors qu’il donnait un coup au pion de Kishan pour le faire sortir de la planche et qu’il faisait avancer le sien. Il se rassit sur sa chaise et croisa les bras sur sa poitrine.
— Je te l’avais dit, dit-il. Je ne perds jamais au Parchési.
Il y avait maintenant plus d’un mois que nous avions sauvé Ren de la torture et de la détention au camp de Lokesh à Baiga, et trois semaines depuis ma terrible fête d’anniversaire — et la vie ressemblait à un purgatoire. Même si je lui avais remis mon journal et utilisé toute la farine disponible pour préparer les fameux biscuits aux pépites de chocolat et au beurre d’arachides de ma mère, Ren n’avait malheureusement aucun souvenir de moi. Lokesh avait fait quelque chose qui avait rendu Ren amnésique. Maintenant, nous étions réunis, mais nous n’étions pas ensemble.
Pourtant, je refusais de renoncer à l’espoir qu’il pourrait en quelque sorte miraculeusement retrouver le souvenir de notre passé, et j’étais déterminée à le libérer. Même si Ren ne pouvait jamais m’appartenir à nouveau, j’avais pris l’engagement de chercher les deux autres présents pour accomplir la prophétie de la déesse Durgâ et pour briser la malédiction du tigre afin que les deux princes puissent redevenir des hommes normaux. Le moins que je pouvais faire pour l’homme que j’aimais, c’était de ne pas le laisser tomber.
Chaque jour passé en compagnie de Ren, sans toutefois pouvoir être avec lui, était plus difficile que le précédent. M. Kadam faisait tout son possible pour me distraire, et le frère de Ren, Kishan, respectait mes sentiments et me tenait compagnie comme un ami rassurant, même si chaque regard et chaque contact disaient clairement qu’il voulait toujours quelque chose de plus.
Ni Ren ni moi ne savions comment agir l’un envers l’autre. Tous les quatre, nous semblions marcher sur des œufs, attendant que quelque chose, quoi que ce soit, se produise. Seule Nilima, l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de M. Kadam semblait nous permettre à tous de respirer, de nous nourrir et de demeurer sains d’esprit.
Pendant une nuit particulièrement remplie de larmes, je trouvai M. Kadam dans la salle de paons. Il lisait un livre à la douce lumière d’une lampe. Je m’assis près de lui, posai ma tête sur ses genoux et pleurai doucement. Il me tapota le dos et fredonna une berceuse indienne. Finalement, je me calmai et lui confiai mes craintes. Je lui dis que j’étais inquiète que Ren soit perdu pour moi, et je lui demandai si un cœur brisé pouvait vraiment guérir.
— Vous connaissez déjà la réponse à cette question, Mlle Kelsey. Votre cœur était-il rempli et heureux avant, quand vous étiez avec Ren ?
— Oui.
— Votre cœur n’était pas trop endommagé pour que vous soyez capable d’aimer Ren après la mort de vos parents ?
— Non. Mais ce sont deux genres d’amour différents.
— C’est différent à certains égards, mais c’est la même chose à d’autres. Votre capacité d’amour n’a pas disparu. Vous aimez toujours vos parents, n’est-ce pas ?
— Bien sûr.
— Alors, je dirais que ce que vous ressentez, ce n’est pas la blessure ou la diminution de votre cœur, mais plutôt l’absence de l’être que vous aimez.
Je regardai le sage homme d’affaires indien et je soupirai.
— C’est plutôt triste que je ressente l’absence de mon bien-aimé alors qu’il se tient dans la même pièce que moi.
— C’est vrai, admit M. Kadam. Peut-être serait-il préférable de ne rien faire.
— Vous voulez dire le laisser aller ?
Il caressa mon bras et, après avoir réfléchi un instant, il poursuivit :
— Un fois, un de mes fils a attrapé un petit oiseau dont l’aile était blessée. Il a eu envie d’en prendre soin et de le garder comme animal de compagnie. Puis, un jour, il m’a apporté son oiseau. Il était mort. Il m’a alors expliqué que l’oiseau s’était remis de sa blessure et avait battu des ailes. Mais mon fils avait paniqué, et il avait attrapé l’oiseau avant qu’il ne s’envole. Il l’avait tenu si fort que l’animal avait suffoqué.
» L’oiseau aurait pu choisir de demeurer avec mon fils, ou peut-être aussi de s’envoler. Chacun de ces événe-ments aurait conduit à une conclusion heureuse. Si l’oiseau était parti, mon fils aurait été triste, mais il s’en serait souvenu en souriant. Au lieu de cela, mon fils a été dévasté par la mort de son animal de compagnie, et nous avons passé un dur moment à nous remettre de l’expérience.
— Alors, ce que vous dites, c’est que je devrais laisser aller Ren.
— Ce que je veux dire, c’est… que vous serez plus heureuse si lui est heureux.
— Eh bien, je ne veux absolument pas étouffer Ren à mort.
Je soupirai et je ramenai mes jambes sous moi.
— Je ne veux pas non plus l’éviter. J’aime sa compagnie, et l’éviter signifierait qu’il serait difficile de terminer ensemble la quête de Durgâ.
— Puis-je vous conseiller d’essayer d’être son amie ?
— Il a toujours été mon ami. Peut-être que si je pouvais ravoir cette partie de lui, je n’aurais pas l’impression d’avoir tout perdu.
— Je crois que vous avez raison.
Amie avec Ren ? Je réfléchis tout en retirant le ruban qui retenait ma tresse, et je grimpai l’escalier pour aller me coucher. Bien, avoir quelque chose est mieux que de ne rien avoir, et en ce moment, j’ai beaucoup de rien.
Le lendemain, M. Kadam et Nilima avaient prévu un brunch. Ils avaient déjà mangé et étaient repartis, mais je trouvai Ren dans la cuisine en train de remplir un plateau de fruits et de brioches. Chaque jour, il ressemblait de plus en plus à ce qu’il était avant. Sa haute stature se remplissait et ses cheveux foncés avaient retrouvé leur éclat brillant. Ses magnifiques yeux bleus me regardaient avec une impression inquiète alors que je prenais une assiette.
Lorsque j’arrivai aux fraises, je cognai ma hanche contre lui et il se figea sur place.
— Peux-tu t’avancer un peu, s’il te plaît ? demandai-je. J’aimerais avoir accès à ces danoises au fromage avant que Kishan arrive.
Ren s’arracha brusquement de sa surprise.
— Bien sûr. Désolé.
Il posa son assiette sur la table, et je pris le siège en face de lui. Il me regardait en même temps qu’il enlevait lentement le papier d’un muffin. Mon visage brûlait légèrement sous son attention.
— Est-ce que ça va ? commença-t-il d’un ton hésitant. Je t’ai entendue pleurer, la nuit dernière.
— Je vais bien.
Il grogna et commença à manger tout en gardant les yeux fixés sur moi. Quand il eut à moitié terminé, il détourna son regard.
— Es-tu certaine ? Je suis désolé si je t’ai encore… contrariée. Je ne me souviens tout simplement pas…
Je l’arrêtai immédiatement en levant ma main.
— Tu te sens comme tu te sens, Ren.
— Mais quand même, je m’excuse de blesser tes sentiments, dit-il doucement.
Je poignardai mon melon avec ma fourchette. Malgré mes protestations et ma tentative d’être nonchalante, j’avais du mal à suivre les conseils de M. Kadam. Je sentais la chaleur qui remplissait mes yeux.
— Quand ? À mon anniversaire, quand tu as dit que je ne suis pas séduisante et que tu ne pouvais supporter d’être dans la même pièce que moi, ou quand tu as dit que Nilima est magnifique, ou…
— D’accord, je comprends.
— Bien, parce que j’aimerais ne plus aborder le sujet.
Après un moment, il précisa sa pensée.
— En passant, je n’ai pas dit que tu n’étais pas séduisante. J’ai dit que tu es jeune.
— Nilima est jeune, elle aussi, selon tes critères. Tu as plus de trois cents ans !
— C’est vrai.
Il sourit de travers dans une tentative de me faire sourire.
— Techniquement, tu devrais fréquenter une très vieille dame.
Un petit sourire passa sur mes lèvres.
Il fit la grimace.
— Je veux aussi que tu saches qu’il est tout à fait facile d’être en ta compagnie et que tu es très sympathique. Je n’ai jamais eu une telle réaction avec qui que ce soit. Je m’entends bien avec presque tout le monde. Il n’y a aucune raison légitime pour que je sente le besoin de m’enfuir quand tu entres dans une pièce.
— Autre que la pression de te souvenir, tu veux dire ?
— Ce n’est pas la pression. C’est quelque chose… d’autre. Mais j’ai décidé de l’ignorer.
— En es-tu capable ?
— Bien sûr. Plus je reste longtemps près de toi, plus la réaction est intense. Ce n’est pas de parler avec toi qui est difficile, c’est seulement d’être à côté de toi. Nous devrions essayer de nous parler au téléphone et de voir si cela fait une différence. Je travaillerai tout simplement à me bâtir une immunité.
— Je vois. Donc, ton objectif est de développer une tolérance envers moi.
Je soupirai.
— D’accord.
— Je vais continuer d’essayer, Kelsey.
— Ne te force pas trop, parce que ce n’est plus important. J’ai décidé d’être tout simplement ton amie.
Il se pencha vers l’avant et dit d’un ton conspirateur :
— Mais n’es-tu pas, tu sais, encore amoureuse de moi ?
Je me penchai moi aussi en avant.
— Je ne veux plus en parler.
Ren croisa les bras sur sa poitrine.
— Pourquoi pas ?
— Parce que Lois Lane n’a jamais étouffé Superman.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Il faudra que nous regardions le film. Le fait est que j’en ai fini de te retenir, alors si tu veux sortir avec Nilima, vas-y.
— Attends une minute ! Tu vas tout simplement couper les ponts avec moi ?
— Est-ce un problème ?
— Je n’ai pas dit que c’était un problème. C’est juste que j’ai lu ton journal et que pour une fille qui est censée être folle de moi, tu abandonnes plutôt rapidement la partie.
— Je n’abandonne pas quoi que ce soit. Il n’y a plus rien entre nous à abandonner.
Il me regarda fixement alors que je harponnais un autre morceau de fruit.
— Alors, me dit-il en se frottant la mâchoire, tu veux qu’on soit amis.
— Ouais. Pas de pression, pas de larmes, pas de rappels constants de choses que tu as oubliées, rien. Nous recommençons, tout simplement. Table rase. Nous apprendrons comment être amis et comment être ensemble malgré ton réflexe de t’enfuir en courant. Qu’en dis-tu ?
J’essuyai ma main sur une serviette et la lui tendis.
— On s’entend là-dessus ?
Ren réfléchit, sourit et me prit la main. Je la secouai de haut en bas.
— On va s’entendre sur quoi ? demanda Kishan alors qu’il entrait durant ce qui était la plus longue conversa-tion que Ren et moi avions eue depuis sa capture.
— Kelsey a tout simplement accepté de me faire une démonstration de sa capacité de lancer des éclairs, mentit habilement Ren. Être capable de lancer du feu avec sa main, c’est quelque chose que je dois voir.
Je le regardai en levant un sourcil. Il sourit et me fit un clin d’œil, puis il se leva et alla porter nos deux assiettes dans l’évier de la cuisine. Les yeux dorés de Kishan me lancèrent un coup d’œil soupçonneux, mais il s’assit et arracha la moitié de ma danoise au fromage. Je donnai un coup sur sa main d’un air taquin avant de prendre une serviette pour aider Ren. Quand nous eûmes terminé, il m’enleva la serviette, la faisant claquer légèrement contre ma cuisse. Je me mis à rire, heureuse d’avoir retrouvé notre sens de l’humour, et je me retournai pour trouver Kishan qui nous regardait en fronçant les sourcils.
Ren posa légèrement son bras autour de mes épaules et plongea la tête plus près de mon oreille.
— « Ce Cassius, là-bas, a un visage hâve et décharné ; il pense trop. De tels hommes sont dangereux. » Mieux vaut le tenir à l’œil, Kelsey.
Je me mis à rire, heureuse qu’il se souvienne de son Shakespeare, à défaut de se souvenir de moi.
— Ne t’inquiète pas pour Kishan, César. Son grondement est pire que sa morsure.
— T’a-t-il mordu, récemment ?
— Pas récemment.
— Hum, j’aurai l’œil sur toi, dit Ren en quittant la pièce.
— C’était quoi, tout ça ? grogna Kishan, me donnant un aperçu du tigre noir sauvage se cachant derrière ses yeux.
— Il est en train de célébrer son émancipation.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je lui ai dit que j’aimerais que nous soyons amis.
— Est-ce là ce que tu veux ?
— Ce que je veux n’est pas pertinent. Être mon ami est quelque chose qu’il peut faire. Être mon petit ami n’est pas écrit dans les étoiles en ce moment.
Heureusement, Kishan demeura silencieux. Je pouvais dire qu’il avait envie de s’offrir pour le remplacer, que ce soit sérieusement ou en plaisantant, mais il se mordit la langue. Et parce qu’il l’avait fait, je lui embrassai la joue en sortant.
Puisque la glace était finalement rompue entre Ren et moi, nous pûmes enfin tous passer à autre chose et nous installer dans une routine. Je communiquais chaque semaine avec mes parents adoptifs, Mike et Sarah, ne leur disant presque rien, sinon que j’étais très occupée à aider M. Kadam. Je les assurai que j’avais terminé ma première année à la Western Oregon University en ligne et que je passerais les vacances d’été à faire un stage en Inde.
Je pratiquais les arts martiaux avec Kishan le matin, prenais un déjeuner tardif avec Ren et, l’après-midi, j’aidais M. Kadam dans ses recherches sur la troisième partie de la prophétie de Durgâ. Le soir, M. Kadam et moi préparions le repas ensemble — sauf quand il voulait cuisiner du curry. Ces soirs-là, je me concoctais mon propre souper en me servant du Fruit d’Or.
Après le souper, nous jouions à des jeux, regardions des films, et lisions parfois dans la salle de paons. Kishan ne restait dans la bibliothèque que si je racontais une histoire, puis il se recroquevillait à mes pieds sous sa forme de tigre noir. Nous avions commencé à lire Le songe d’une nuit d’été ensemble. M. Kadam acheta plusieurs copies de la pièce pour que nous puissions chacun lire les différents rôles. J’aimais pouvoir partager ces moments avec Ren.
Comme d’habitude, M. Kadam avait eu raison. Ren semblait effectivement heureux. Tout le monde réagissait à l’amélioration de son humeur, y compris Kishan, qui était en quelque sorte passé d’un frère cadet rancunier et broyant du noir à un homme confiant. Kishan gardait ses distances, mais ses yeux dorés aguicheurs posaient des rougeurs sur mon visage.
Parfois, le soir, je trouvais Ren dans la salle de musique en train de jouer de la guitare. Il jouait des chansons et riait quand je lui demandais de jouer « Les choses que je préfère » de La mélodie du bonheur. L’un de ces soirs, Ren joua la chanson qu’il avait écrite pour moi. Je le regardai attentivement, espérant le retour d’un souvenir. Il se concentrait profondément alors qu’il jouait doucement les notes. Il se trouva souvent bloqué et recommença à plusieurs reprises.
Quand il capta mon regard, il laissa tomber ses mains et sourit timidement.
— Je suis désolé. Je n’arrive pas à me souvenir de cette pièce. As-tu une demande, ce soir ?
— Non, répondis-je sèchement, et je me levai.
Ren prit ma main, mais il la laissa tomber rapidement.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es triste. Plus que d’habitude.
— Cette chanson… C’est…
— La chanson ? L’avais-tu entendue avant ?
— Non, mentis-je en souriant d’un air triste. C’est… très joli.
Je lui serrai la main et je m’éloignai en chancelant avant qu’il ne puisse me poser d’autres questions. En montant l’escalier, j’essuyai une larme sur ma joue. Je pouvais l’entendre travailler à nouveau sur la chanson, essayant de comprendre où allaient les notes.
Un autre soir, j’étais en train de me détendre sur la véranda, humant le jasmin de la nuit et levant les yeux vers les étoiles, lorsque j’entendis Kishan et Ren qui parlaient.
— Tu as changé, fit remarquer Ren à son frère. Tu n’es pas le même homme qu’il y a six mois.
— Je peux encore botter ta croupe blanche, si c’est là où tu veux en venir.
— Non, ce n’est pas ça. Tu es toujours un puissant combattant. Mais maintenant, tu es plus détendu, plus sûr, plus… calme.
Il se mit à rire.
— Et beaucoup plus difficile à irriter.
— Elle m’a changé. J’ai travaillé dur pour devenir le genre d’homme dont elle a besoin, le genre d’homme qu’elle croit déjà que je suis.
Ren ne répondit pas, et les deux entrèrent dans la maison. Je m’assis tranquillement, réfléchissant profondément aux paroles de Kishan. Qui aurait cru que la vie et l’amour seraient si compliqués ?
2
Réapprendre à se connaître
Q uelques jours plus tard, M. Kadam nous rassembla dans la salle à manger. Alors que nous prenions tous place autour de la table, j’espérai qu’il n’y ait pas de mauvaises nouvelles et que Lokesh ne nous ait pas retrouvés.
— Je voudrais vous proposer une idée, commença M. Kadam. J’ai trouvé un moyen de nous assurer que nous puissions nous retrouver les uns les autres si, par hasard, l’un d’entre nous était de nouveau enlevé. Ce ne sera pas confortable, mais j’ai l’impression qu’un peu d’inconfort est un faible prix à payer pour s’assurer qu’aucun de nous n’est perdu.
Il ouvrit une boîte et en sortit un paquet enveloppé de film à bulles d’air. À l’intérieur, il y avait un paquet de velours noir qu’il déroula pour révéler cinq seringues avec d’épaisses aiguilles de la taille d’un piquant de porc-épic géant.
— Hum, M. Kadam ? demandai-je nerveusement ? Que voulez-vous dire par un peu d’inconfort ?
Il ouvrit la première seringue et en sortit une bouteille de solution saline et des tampons imbibés d’alcool.
— Avez-vous déjà entendu parler d’étiquettes RFID ?
— Non, répondis-je avec inquiétude, alors que je le voyais prendre doucement la main gauche de Kishan, tamponner la zone entre le pouce et l’index à l’aide d’un tampon imbibé d’alcool, puis appliquer une pommade topique jaune au même endroit.
— Cela signifie étiquette d’identification par radiofréquence. On les emploie sur les animaux.
— Vous voulez dire pour suivre les baleines et les requins ? Des trucs comme ça ?
— Pas exactement. Ceux-là sont de plus grande taille et ils disparaissent après avoir perdu leur puissance.
Ren se pencha vers l’avant et ramassa une puce de la taille d’un grain de riz.
— Cela ressemble à ce que Lokesh avait implanté en moi.
Il déposa la puce et se frotta les mains lentement, regardant au loin.
— Est-ce que ça a fait mal ? Pouvais-tu la sentir à l’intérieur de ta peau ? lui demandai-je avec hésitation, en essayant de le ramener du quelconque endroit sombre où il était parti.
Ren laissa échapper un soupir et me fit un petit sourire.
— La douleur était minime sur le moment, mais oui, je pouvais le sentir sous ma peau.
— Cet émetteur est quelque peu différent.
M. Kadam hésita.
— Nous ne sommes pas obligés de les utiliser, ajouta-t-il, mais je crois qu’ils nous protégeront.
Ren acquiesça de la tête, et M. Kadam poursuivit.
— D’une certaine manière, ils ressemblent aux étiquettes RFID dont on se sert chez les animaux de compagnie. Ils émettent une fréquence, généralement un nombre de dix chiffres, que l’on peut numériser à travers la peau.
Les puces sont enveloppées de verre biocompatible pour les empêcher d’entrer en contact avec l’humidité. Les étiquettes RFID ne sont pas encore couramment utilisées chez les humains, mais on commence à les approuver à des fins médicales. Ils identifient les antécédents médicaux, les allergies et les types de médications que prend effectivement une personne.
Il tira une solution saline dans la seringue et remplaça la petite aiguille par une aiguille géante. Il pinça la peau de Kishan entre le pouce et l’index et inséra soigneusement l’aiguille. Je détournai les yeux.
— Maintenant, poursuivit M. Kadam, imperturbable, dans le cas des grands animaux marins dont vous parliez, les chercheurs utilisent des balises satellites qui transmettent toutes sortes d’informations, de l’emplacement actuel en longitude et latitude, jusqu’à la profondeur où se trouve l’animal, la durée de la plongée et la vitesse de nage. Ce type d’émetteur est externe et est attaché à une pile qui s’use au fil du temps par la transmission d’informations. La plupart d’entre eux ne durent qu’un certain laps de temps, mais d’autres, parmi les plus dispendieux, peuvent avoir une vie de quelques mois.
Il pressa une boule de coton sur la main de Kishan, retira l’aiguille et recouvrit l’emplacement d’un diachylon.
— Ren ?
Kishan et Ren changèrent de place et M. Kadam recommença l’opération avec Ren.
— Il existe des émetteurs internes insérés dans les animaux marins qui peuvent enregistrer le rythme cardiaque, la température de l’eau, la température du corps et la profondeur de l’animal. Plusieurs d’entre eux transmettent l’information à des satellites lorsque l’animal refait surface.
Il choisit une nouvelle seringue, tira un peu de solution saline, remplaça la petite aiguille par la plus grande et déposa une autre puce dans la rainure de l’aiguille. Lorsqu’il pinça la peau et s’approcha, je fis la grimace. Ren leva les yeux et établit un contact visuel avec moi. Il sourit.
— C’est du gâteau. Comme un gâteau aux pêches.
Gâteau aux pêches. Mon visage se vida de sa couleur. Il tenta de me rassurer.
— Non, vraiment. Ce n’est pas si mal que cela.
Je souris faiblement.
— Je ne suis pas certaine que ta tolérance à la douleur et la mienne soient les mêmes, mais je vais survivre. Vous disiez, monsieur Kadam ?
— Oui. Donc, le problème avec les puces RFID et les émetteurs satellites, c’est le pouvoir. Ce que nous avons ici n’est pas disponible sur le marché et ne le sera probablement jamais, en raison de la crainte du public par rapport au vol d’identité et à la possibilité d’être surveillé par les organismes gouvernementaux.
» Presque chaque développement technologique peut être utilisé au bénéfice ou au détriment de l’humanité. Je comprends la peur associée à un tel dispositif, mais il existe beaucoup de raisons valables pour l’exploration de technologies comme celle-ci. Heureusement, j’ai des contacts militaires, et ils s’aventurent souvent là où d’autres n’osent pas le faire. Nos émetteurs peuvent accomplir toutes ces choses, et beaucoup, beaucoup plus, transmettant des données en permanence, même bien au-dessus et au-dessous du niveau de la mer.
Il termina avec Ren et me regarda. Hésitante, je repoussai ma chaise et changeai de place avec Ren. Lorsque je m’assis, M. Kadam me tapota brièvement la main. Je me trouvai à regarder fixement l’aiguille alors qu’il l’avait changée à nouveau. Il choisit la main qui n’était pas marquée par le tatouage au henné de Phet et répéta le processus d’application de pommade.
— Je vous administre un médicament topique pour engourdir légèrement la région, mais l’injection sera quand même douloureuse.
— D’accord.
Il posa une puce dans la pointe de la grosse aiguille. Lorsqu’il pinça ma peau, je fermai les yeux et je pris une inspiration à travers mes dents serrées pendant qu’il cherchait le bon endroit.
La main chaude de Kishan prit la mienne.
— Serre aussi fort que tu le veux, Kells.
M. Kadam inséra lentement l’aiguille. C’était douloureux. On aurait dit qu’il poussait l’une des aiguilles à tricoter géantes de ma grand-mère dans ma main. Je serrai la main de Kishan et je commençai à respirer rapidement. Plusieurs secondes s’écoulèrent, mais elles ressemblaient à des minutes. J’entendis M. Kadam dire qu’il devait aller un peu plus profond.
Je ne pus retenir un gémissement de douleur et je m’agitai dans mon fauteuil alors qu’il tournait l’aiguille et la poussait plus loin. Mes oreilles se mirent à sonner, et les voix de chacun devinrent plus denses. J’allais m’évanouir. Je ne m’étais jamais crue froussarde, mais les aiguilles, j’en prenais maintenant conscience, me rendaient malade. Au moment où j’allais chavirer, j’ouvris les yeux pour regarder Ren.
Il me regardait avec inquiétude. Lorsque nos regards se croisèrent, il sourit de mon sourire de travers préféré, l’expression de douceur qu’il n’employait qu’avec moi, et pendant un moment, la douleur disparut. Durant ce bref instant, je me permis de croire qu’il m’appartenait encore et qu’il m’aimait. Tout le monde dans la pièce avait disparu pour ne laisser que nous.
J’aurais aimé pouvoir toucher sa joue et brosser vers l’arrière ses cheveux noirs satinés, ou tracer l’arc de son sourcil avec mes doigts. Je regardai son beau visage en laissant ces sentiments me submerger et, en ce moment fugace, je sentis le fantôme de notre lien affectif.
C’était à peine un murmure, comme un parfum qui passe trop rapidement sur la brise qui souffle, emportant un souvenir de quelque chose que vous ne pouvez pas tout à fait comprendre. Je n’étais pas certaine s’il s’agissait d’un jeu de lumière, d’une lueur de quelque chose de réel ou que je m’étais fabriqué, mais cela capta toute mon attention. Tout mon être était axé sur Ren, au point où, lorsque M. Kadam retira l’aiguille et la remplaça par une boule de coton, je réalisai que j’avais complètement laissé tomber la main de Kishan.
Les voix revinrent à ma conscience, se précipitant. Je hochai la tête en réponse à une question de Kishan et je regardai ma main, puis Ren à nouveau, mais il avait quitté la pièce. M. Kadam demanda à Kishan de l’aider à placer son propre dispositif. Il se mit à expliquer la différence entre notre technologie et les autres qu’il avait décrites.
Je ne l’écoutais qu’à moitié, mais je l’entendis effectivement dire que nous pourrions avoir accès les uns aux autres au moyen de nouveaux téléphones cellulaires, qu’il distribua ensuite. Il expliqua comment fonctionnait la source d’alimentation. Je m’assis, hochant légèrement la tête, mais je ne sortis de ma transe que quand Kishan se leva quelques minutes plus tard. M. Kadam m’offrit de l’aspirine et de l’eau. J’avalai la pilule et je me dirigeai vers ma chambre.
Agitée et mal à l’aise, je m’étendis au-dessus de mes couvertures essayant en vain de m’endormir. Ma main me faisait mal et il était hors de question de dormir en la mettant sous ma joue.
J’entendis un léger coup à la porte.
— Entrez.
— Je t’ai entendue remuer et j’ai deviné que tu étais encore éveillée, dit Ren, en fermant doucement la porte derrière lui. J’espère que je ne te dérange pas.
Je m’assis et j’allumai la lampe de chevet.
— Non. C’est très bien. Quel est le problème ? As-tu envie de sortir sur la véranda ?
— Non, Kishan semble y avoir établi sa résidence permanente.
— Oh.
Je regardai par la fenêtre et j’aperçus une queue noire qui remuait paresseusement d’avant en arrière alors qu’elle pendait au bord de la causeuse.
— Je lui en parlerai. Je n’ai pas besoin de gardien. Je suis parfaitement en sécurité, ici.
Ren haussa les épaules.
— Il aime veiller sur toi.
— Alors, de quoi voulais-tu me parler ?
Il s’assit sur le bord de mon lit.
— Je… Je ne sais pas exactement. Comment va ta main ?
— Ça pique. Et la tienne ?
— La mienne est déjà guérie.
Il leva la main pour que je l’inspecte.
Je pris sa main dans la mienne et je l’examinai. Je ne pouvais même pas dire qu’il y avait quelque chose sous sa peau. Il enveloppa brièvement ses doigts autour des miens. Je rougis, et il frotta légèrement le dos de ses doigts contre ma joue chaude, ce qui la rendit encore plus brûlante.
— Tu rougis.
— Je sais. Je suis désolée.
— Ne sois pas désolée. C’est… ça te va plutôt bien.
Je m’assis sans bouger et j’observai son expression, alors qu’il se concentrait sur mon visage. Il leva la main et toucha une mèche de mes cheveux. Il glissa ses doigts sur toute la longueur. Je pris une grande respiration et lui aussi… mais pour une raison différente. Une goutte de sueur traîna sur son front le long de sa tempe, lorsqu’il recula.
— Ça va ?
Il ferma les yeux et prit une profonde respiration.
— C’est pire quand je te touche.
— Alors, ne me touche pas.
— Il faut que je me débarrasse de ça. Donne-moi ta main.
Je posai ma main droite dans la sienne et il la couvrit de sa main gauche. Il ferma les yeux et me tint la main pendant une minute entière. Je sentis un léger tremblement dans son bras, alors qu’il prenait doucement ma main entre les siennes. Finalement, il lâcha prise.
— Est-il temps pour toi de redevenir un tigre ?
— Non, il me reste du temps. Je peux garder ma forme humaine pendant douze heures, maintenant.
— Alors, qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi trembles-tu ?
— Je ne sais pas. J’ai l’impression que quelque chose me brûle quand je te touche. J’ai des crampes d’estomac, ma vision est brouillée, et j’ai des palpitations dans la tête.
— Essaie de t’asseoir là-bas.
Je pointai le canapé.
Il s’assit obstinément sur le sol avec le dos contre le lit et remonta un genou pour y poser son coude.
— Est-ce que c’est mieux ? demandai-je.
— Oui. La brûlure a disparu, mais la vision floue, les maux de tête et le haut-le-cœur sont toujours là.
— Ressens-tu de la douleur quand tu es dans une autre partie de la maison ?
— Non, c’est seulement quand je te touche que je ressens cette douleur fulgurante. Te voir et t’entendre apporte d’autres symptômes à des degrés divers. Si tu es assise très loin, c’est à peine un pincement. C’est seulement inconfortable, et je dois lutter contre l’envie de sortir. Quand je tiens ta main ou que je touche ton visage, c’est comme si je manipulais des charbons ardents.
— Au début, quand tu es revenu et que nous avons parlé, tu as posé mon pied sur tes genoux. Est-ce que cela t’a fait mal ?
— Ton pied était sur un oreiller. Je l’ai touché seulement quelques secondes, et de toute manière, j’avais déjà tellement de douleurs, que j’ai à peine remarqué qu’il y en avait plus.
— Nous allons faire un test. Tiens-toi là près de la porte de la salle de bain et je me rendrai de l’autre côté de la chambre.
Il s’avança.
— Alors maintenant, comment te sens-tu ?
— Je me sens comme si j’avais besoin de sortir d’ici. Le malaise a diminué, mais plus je resterai, plus il empirera.
— Est-ce que le besoin de partir est un sentiment qui t’effraie, comme si tu avais besoin de courir pour sauver ta vie ?
— Non, c’est comme un désespoir qui se construit, comme lorsque tu retiens ton souffle sous l’eau. C’est très bien au début, peut-être même agréable, mais bientôt j’ai l’impression que mes poumons hurlent pour trouver de l’air, et je dois faire de grands efforts pour ne pas paniquer pour me frayer un chemin à la surface.
— Hmm, peut-être que tu as le ESPT.
— Qu’est-ce que c’est ?
— État de stress post-traumatique. C’est une condition qui est causée par l’exposition à un traumatisme terrible et à des niveaux de stress élevés. En général, les soldats au combat en souffrent. Rappelle-toi quand tu as dit à Kishan que lorsque tu entendais mon nom, tout ce que tu pouvais imaginer, c’était Lokesh en train de te torturer et de te questionner.
— C’est vrai. Il y a un peu de cela, je suppose. Mais maintenant que je te connais mieux, je ne t’associe plus du tout avec lui. Je peux différencier l’expérience par rapport à toi maintenant. Ce n’était pas à cause de toi que c’est arrivé.
— Il se peut qu’une partie de tes symptômes quand tu es avec moi soient liés à cela. Peut-être as-tu besoin d’un thérapeute.
Ren fit un petit rire.
— Kelsey, tout d’abord, un thérapeute m’enfermerait dans un asile parce que je prétends être un tigre. Ensuite, je ne suis pas étranger aux combats sanglants ou à la douleur. Ce n’était pas la première fois que Lokesh me torturait. Ce n’était certainement pas une expérience que je voulais revivre, mais je sais que tu n’es pas à blâmer.
— Ça ne te diminue pas en tant qu’homme de demander de l’aide de temps en temps.
— Je n’essaie pas d’être héroïque, si c’est ce à quoi tu veux en venir. Cela te rassurera peut-être de savoir que j’ai déjà commencé à en parler avec Kishan.
Je clignai des yeux.
— Est-ce que ça a été utile ?
— Kishan est… étonnamment sympathique. C’est un homme différent, maintenant. Il a dit qu’il a changé à cause de toi. Tu as une influence sur lui. Tu as fait ressortir chez lui un côté que je n’avais pas vu depuis la mort de notre mère.
Je hochai la tête.
— C’est un homme bon.
— Nous avons parlé de plusieurs choses. Non seulement à propos de Lokesh, mais aussi au sujet de notre passé. Il m’a parlé de Yesubaï, et de la façon dont vous vous êtes rapprochés tous les deux.
— Oh.
Pendant un moment, prise de panique, je me demandai si Kishan avait partagé d’autres choses avec Ren ; des choses comme, peut-être, ses sentiments. Je n’étais pas certaine de vouloir en parler ; je changeai donc de sujet.
— Je ne veux pas que tu ressentes de la douleur ou que tu souffres quand tu es près de moi. Peut-être que ce serait préférable d’éviter ma compagnie.
— Je ne veux pas t’éviter. Je t’aime beaucoup.
— Vraiment ?
Je ne pus m’empêcher de sourire.
— Oui. J’imagine que c’est pour cela que je suis sorti avec toi, dit-il sèchement.
Il se glissa sur le plancher et il appuya son dos contre la porte de la salle de bain.
— Voyons combien de temps je peux durer. Viens plus près.
Obéissante, je fis quelques pas vers l’avant. Il fit à nouveau un geste vers moi.
— Non, plus près. Assieds-toi sur le lit.
Je m’assis sur le lit et je regardai son visage pour chercher un signe de douleur.
— Est-ce que ça va ?
— Oui.
Il étendit ses longues jambes et les croisa au niveau des chevilles.
— Parle-moi de notre premier rendez-vous.
— Es-tu certain ?
— Oui. C’est tolérable maintenant.
Je me poussai au bord du lit, plus loin de lui, je rampai sous les couvertures et je posai mon oreiller sur mes genoux.
— D’accord, notre premier rendez-vous, c’était probablement celui où tu m’as dupée.
— Quand était-ce ?
— Juste après notre départ de Kishkindha. Dans le restaurant à l’hôtel.
— Le restaurant ? Est-ce que cela c’est passé juste après que j’aie retrouvé six heures de temps sous cette forme ?
— Oui. De quoi te souviens-tu à ce sujet ?
— Rien, à part avoir pris un souper pour la première fois depuis des siècles dans un beau restaurant avec une table remplie de nourriture. Je me sentais… heureux.
— Ha ! Bien, j’imagine que tu te sentais heureux. Tu étais très suffisant, et tu as flirté d’une façon éhontée avec la serveuse.
— J’ai fait ça ?
Il se frotta la mâchoire.
— Je ne me souviens même pas de la serveuse.
Je grognai.
— Comment se fait-il que tu saches toujours ce qu’il faut dire même si tu ne te souviens de rien ?
Il sourit.
— Ce doit être un don. Ainsi, à propos de la serveuse… était-elle jolie ? Donne-moi plus de détails.
Je décrivis notre rendez-vous et notre dispute au cours du dîner. Je lui dis qu’il avait commandé un festin et avait convaincu M. Kadam de m’emmener à cet endroit. Je décrivis comment il paraissait beau, comment nous nous étions querellés et comment j’avais écrasé son pied lorsqu’il avait fait un clin d’œil à la serveuse.
— Que s’est-il passé après le dîner ?
— Tu m’as raccompagnée à ma chambre.
— Et ?
— Et… rien.
— T’ai-je au moins embrassée pour te souhaiter bonne nuit ?
— Non.
Il leva un sourcil.
— Ça ne me ressemble pas.
Je me mis à rire.
— Ce n’est pas que tu ne le voulais pas. Tu voulais me punir.
— Te punir.
— D’une certaine manière. Tu voulais que j’admette mes sentiments.
— Et toi, tu ne voulais pas le faire ?
— Non. Je suis plutôt têtue.
— Je vois. Ainsi, la serveuse a flirté avec moi, hein ?
— Si tu ne cesses pas de sourire à l’idée de la serveuse, je te donnerai un coup sur le bras et je te rendrai physiquement malade.
Il se mit à rire.
— Tu ne ferais pas cela.
— Je le ferais.
— Je suis trop rapide pour que tu puisses seulement t’approcher.
— Tu veux parier ?
Je rampai sur le lit tandis qu’il me regardait avec une expression amusée. Je me penchai sur le côté, je fis un poing avec ma bonne main, et je la balançai, mais il fila rapidement plus loin, se leva, et se tint maintenant au pied du lit. Descendant du lit, j’en fis le tour, essayant de coincer Ren. Il se mit à rire doucement et me fit signe de m’approcher. Je le suivis lentement.
Il demeura sur ses positions avec un léger sourire de confiance, et il me laissa m’approcher de lui. Quand je fus à cinq pas de lui, il perdit son sourire. À trois pas, il fit la grimace. À un pas, il gémit et chancela. Il s’éloigna de quelques mètres et serra le dos du canapé pour se soutenir alors qu’il prenait de profondes respirations.
— Je pense que c’est tout ce que je peux gérer ce soir. Désolé, Kelsey.
Je reculai de plusieurs pas.
— Je suis désolée, moi aussi, lui dis-je doucement.
Il ouvrit la porte et me fit un petit sourire.
— Je crois que c’était pire cette fois-ci parce que j’ai touché ta main pendant tellement longtemps. La douleur s’est développée trop rapidement. Normalement, être debout à côté de toi ne m’affecte pas autant.
Je hochai la tête.
Il sourit.
— La prochaine fois, je devrai tout simplement me souvenir de te toucher à la fin de la soirée. Bonne nuit.
— Bonne nuit.
Quelques jours plus tard, notre aventure contre la malédiction du tigre recommença. Nous nous préparâmes à rendre visite au chaman Phet qui avait enfin répondu au courrier de M. Kadam et avait indiqué qu’il voulait voir « les tigres, Kahl-see et les présents spéciaux de Durgâ ». Il insista pour que seulement nous trois fassions le voyage.
Bien que je n’aie pas exprimé la pensée, j’espérais que Phet, avec ses moyens mystiques bizarres et ses potions à base de plantes, soit en mesure de renverser la perte de mémoire de Ren.
Même si Ren et moi fonctionnions maintenant sur des bases plus solides et que les deux frères semblaient mieux s’entendre depuis notre dernière virée, je me sentais toujours un peu mal à l’aise d’être coincée dans un petit espace avec deux tigres impétueux. Eh bien, s’ils font les idiots, je leur lancerai un petit éclair. Ça leur apprendra à ne pas se battre quand je suis avec eux, pensai-je avec un petit sourire ; et je m’avançai dans le soleil du matin.
Les hommes étaient debout près de la Jeep nouvellement lavée et remplie d’essence lorsque je sortis par la porte avant. M. Kadam déposa un sac à dos rempli d’armes sur la banquette arrière, me fit un clin d’œil et me serra dans ses bras. À côté de nos armes, je balançai un autre sac contenant la courtepointe de ma grand-mère, qui jusqu’à maintenant s’était révélée être un vrai porte-bonheur.
Nous portions tous des bottes de randonnée et de doux pantalons cargo sans coutures que Ren avait fabriqués au moyen de l’écharpe divine. Il avait regardé les styles sur Internet et les avait fait créer par l’écharpe en plusieurs couleurs. Il prétendait que ma chemise vert pomme protégerait mon corps des rayons ultra-violets et éloignerait l’humidité tout en étant perméable à l’air. Je dus admettre que le chemisier était confortable, et pour lui montrer à quel point je l’aimais, j’avais coiffé mes cheveux en deux longues tresses françaises et j’avais attaché un ruban vert pomme au bout de chacune des tresses.
Kishan portait une chemise rouge brique du même tissu, mais avec une poche sur la couture latérale, tandis que Ren portait une chemise bleu céruléen sans coutures qui se moulait à son corps musclé. Il était encore mince, mais il avait commencé à prendre du poids durant les semaines, depuis son retour à la maison, et son entraînement quotidien avec Kishan montrait des résultats. Évidemment, le retour de sa musculature ne s’était pas fait attendre.
— Peux-tu même respirer dans cette chemise, Ren ? le taquinai-je le cœur léger. Tu aurais probablement pu obtenir une taille plus grande.
— La chemise est serrée pour ne pas nuire au mouvement.
Mon reniflement se transforma en un petit rire. Puis, stimulée par Kishan, mon rire se changea en de forts éclats de rire.
— Ce n’est pas comme s’il y avait de jolies serveuses là-bas, dans la jungle, Ren. Il n’y a aucune raison que tu montres tes muscles.
Toujours en riant, Kishan revendiqua le siège du conducteur.
Comme j’attrapais la poignée de porte, Ren se pencha et murmura à mon oreille.
— Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, ta blouse est aussi assez serrée, Kelsey.
J’ouvris la bouche.
— Et la voilà.
Je lui donnai un coup sur le bras et je sifflai.
— Qu’est-ce que tu veux dire « la voilà » ?
Il grimaça et se frotta le bras, mais il sourit.
— La jolie rougeur qui te monte aux joues.
Il sauta dans la voiture et poussa joyeusement Kishan de côté pour pouvoir aussi écouter les instructions de M. Kadam à propos du trajet, de même que son plaidoyer pour que Kishan manœuvre prudemment la voiture et ne cause pas d’accident.
Je m’installai à l’arrière et je bouclai ma ceinture de sécurité, décidant d’ignorer les frasques des frères. Ils tentèrent de m’inclure dans la conversation, mais enfouissant plutôt mon nez dans un livre, je ne fis pas attention à eux.
Ils parlèrent tout le long du trajet et j’étais fascinée par leur conversation. Je ne les avais jamais entendus se parler ainsi auparavant… aussi poliment. Ren raconta à Kishan la première fois où nous avions rendu visite à Phet et il me demanda poliment de combler les vides. Il se souvenait de beaucoup de choses concernant cette visite. Il avait simplement en quelque sorte oublié tout ce qui s’appliquait à moi.
Je parlai de l’amulette que je portais autour de mon cou, du tatouage au henné que Phet avait dessiné sur ma main et de la façon dont nous avions compris que cela me donnait la possibilité d’accéder aux villes mystiques. Ren ne s’en souvenait pas du tout et n’avait aucune idée de la façon dont il était arrivé dans ces divers lieux sans que je fasse partie du décor. Il faisait tout simplement chou blanc.
Lorsque nous arrivâmes au sanctuaire Yawal, Ren était plutôt désespéré de sortir de la voiture et de s’éloigner de moi. Il partit à pied, marchant parmi les arbres.
Kishan le regarda partir et tendit le bras autour de moi pour attraper le sac à dos avec toutes les armes. Il le glissa sur ses épaules avant de verrouiller la Jeep.
— On y va ?
— Bien sûr.
Je soupirai.
— Il est assez loin en avant, maintenant, n’est-ce pas ?
— Oui. Mais pas trop. Je peux facilement suivre sa trace.
Nous marchâmes en silence pendant quelques minutes. Les tecks se dressaient au-dessus de nous, ce qui était agréable, car ils nous fournissaient de l’ombre contre la chaleur du soleil.
— Nous allons marcher jusqu’à Suki Lake, puis nous déjeunerons, et nous nous reposerons pendant la partie la plus chaude de la journée.
— Parfait !
J’écoutais le crissement de mes pas alors que je marchais sur la fougère couvrant le sol de la jungle. Kishan était une présence silencieuse et stable à côté de moi.
— Ça me manque, dit-il.
— Qu’est-ce qui te manque ?
— Les randonnées à travers la jungle avec toi. C’est paisible.
— Ouais, quand nous ne courons pas pour nous enfuir de toutes sortes de choses.
— C’est agréable. Ça me manque d’être seul avec toi.
— Je déteste être obligée de te contredire, mais même maintenant, nous ne sommes pas seuls.
— Non. Je le sais. Pourtant, c’est plus seul que je n’ai été avec toi depuis des semaines.
Il se racla la gorge.
— Je vous ai entendus, l’autre soir, quand Ren est venu dans ta chambre.
— Oh. Alors tu es au courant que ma compagnie le rend malade. Il ne peut pas me toucher.
— Je suis désolé. Je sais que ça te fait souffrir.
— C’est plutôt lui qui souffre.
— Non. Il ne souffre que physiquement. Tu souffres émotionnellement. Il est difficile de passer à travers cela. Je voulais juste que tu saches que je suis là, si tu as besoin de moi.
— Je le sais.
Kishan tendit la main et prit la mienne alors que je regardais ses yeux dorés.
— Pourquoi fais-tu cela ? lui demandai-je.
— Je voulais tenir ta main. Ce n’est pas tout le monde qui souffre en te touchant, tu sais.
— Merci.
Il sourit et déposa un baiser sur le dos de ma main. Nous marchâmes encore quelques heures en silence, nous tenant tout le temps la main. Je réfléchis à nouveau aux différences entre Kishan et Ren. Ren était toujours en train de parler ou d’écrire. Il aimait penser à voix haute. Il disait que ne pas pouvoir communiquer était la chose la plus frustrante quand il se trouvait sous forme de tigre.
En Oregon, Ren me bombardait de questions tous les matins. Il répondait à des questions que j’avais oubliées depuis longtemps, et il me parlait de choses auxquelles il avait pensé tout l’après-midi pendant qu’il était un tigre et qu’il n’avait pas pu me dire.
Avec Kishan, c’était le contraire. Il était immobile, silencieux. Il aimait tout simplement être, ressentir, et expérimenter les choses autour de lui. Quand il buvait un flotteur à la racinette, il se délectait de l’expérience et y portait attention à cent pour cent. Il s’imprégnait de son environnement, et il était heureux de garder ses impressions pour lui-même.
J’étais à l’aise avec les deux hommes. Je pouvais apprécier davantage le calme et la nature avec Kishan, mais auprès de Ren, j’étais tellement occupée à parler avec lui et, je l’avoue, à le regarder fixement, que tout le reste avait moins d’importance.
Lorsque nous arrivâmes à Suki Lake, nous trouvâmes Ren debout au bord de l’eau, occupé à faire sauter des cailloux sur la surface. Il se tourna vers nous avec un sourire et vit nos mains jointes. Son sourire faiblit brièvement, mais il me taquina et sourit à nouveau.
— Il était à peu près temps que vous me rattrapiez. Vous bougez plus lentement que le miel qu’on a mis au réfrigérateur. Je suis affamé. Qu’y a-t-il pour dîner ?
J’enlevai mon sac à dos de mes épaules. Ma blouse était collée à ma peau. Je la décollai et je m’accroupis pour ouvrir le sac.
— Que veux-tu ?
Ren s’accroupit à côté de moi.
— Peu importe. Fais-moi une surprise.
— Je croyais que tu n’aimais pas ma cuisine.
— Non. Je l’aime bien. Je n’aime juste pas quand tu me regardes fixement, t’attendant à ce que chaque bouchée réveille un souvenir. En fait, ça ne me dérangerait pas de prendre de ces biscuits aux pépites de chocolat et au beurre d’arachides.
— D’accord. Et toi Kishan ?
J’ombrageai mes yeux et les levai vers lui. Il regardait Ren.
— La même chose que pour lui.
Les frères allèrent lancer des cailloux sur le lac, et je les entendis rire alors qu’ils étaient en compétition l’un contre l’autre. Je demandai au Fruit d’Or de nous créer un panier de pique-nique rempli de limonade ; de
