Explorez plus de 1,5 million de livres audio et livres électroniques gratuitement pendant  jours.

À partir de $11.99/mois après l'essai. Annulez à tout moment.

Le destin du tigre
Le destin du tigre
Le destin du tigre
Livre électronique660 pages8 heuresLa saga du tigre

Le destin du tigre

Évaluation : 0 sur 5 étoiles

()

Lire l'aperçu

À propos de ce livre électronique

Trois des quêtes de la déesse Durgâ se trouvant maintenant derrière eux, il ne reste plus à Kelsey, Ken et Kishan qu’une seule prophétie à réaliser pour conjurer la malédiction du tigre. Mais le plus difficile des défis les attend : une poursuite aux îles Andaman, dans le golfe du Bengale, où ils risquent leur vie, à la recherche du dernier présent de Durgâ, le Cordon de feu. Dans ce quatrième volume de la série à succès La malédiction du tigre, attendu avec tant d’impatience, commence une course contre le temps — et contre le diabolique sorcier Lokesh —, où s’opposent le bien et le mal, où sont mises à l’épreuve les limites de l’amour et de la loyauté, et où l’on découvre enfin, une fois pour toutes, le véritable destin des tigres.
LangueFrançais
ÉditeurÉditions AdA
Date de sortie10 févr. 2015
ISBN9782897521417
Le destin du tigre
Auteur

Coleen Houck

Le troisième roman de Colleen Houck, La malédiction du tigre, a déjà obtenu un grand succès populaire sous publication numérique et a été finaliste pour le 2010 Next Generation Indie Book Award, romans pour jeune public, comme livre numérique autoédité. La malédiction du tigre est le premier de la série La saga du tigre. Colleen habite à Salem, en Oregon, avec son époux et un tigre blanc en peluche.

Auteurs associés

Lié à Le destin du tigre

Titres dans cette série (4)

Voir plus

Livres électroniques liés

Romance fantastique pour vous

Voir plus

Catégories liées

Avis sur Le destin du tigre

Évaluation : 0 sur 5 étoiles
0 évaluation

0 notation0 avis

Qu'avez-vous pensé ?

Appuyer pour évaluer

L'avis doit comporter au moins 10 mots

    Aperçu du livre

    Le destin du tigre - Coleen Houck

    Louanges pour La saga du tigre

    « J’ai été enveloppée par la douce romance et l’aventure palpitante de La malédiction du tigre. J’ai applaudi, j’ai crié, et je me suis mordu les ongles — tout cela en quelques pages. Bref, c’était magique. »

    — Becca Fitzpatrick, auteure de Hush, Hush

    « Formidable aventure épique enrobée dans une histoire d’amour captivante… »

    — Sophie Jordan, auteure de Lueur de feu

    « De temps en temps, on publie un ouvrage qui me fait souhaiter être en mesure de lire plus lentement pour pouvoir mieux savourer chaque page. En quelques chapitres, j’avais l’impression d’être tombée à l’intérieur du livre tellement j’étais emportée par l’histoire… Houck tisse harmonieusement la mythologie à l’intérieur de l’intrigue. »

    — Junipersjungle.com

    « Un triangle amoureux épique qui m’a poussée à tourner frénétiquement les pages ! »

    — Alexandra Monir, auteure de Timeless

    « WOW ! Ce livre, La malédiction du tigre par Colleen Houck, est absolument merveilleux — rempli d’émotions, de personnages extraordinaires, d’action et d’aventure. »

    — Flutteringbutterflies.com

    « Si vous êtes un admirateur de Stephenie Meyer ou d’Amy Plum, vous adorerez Colleen Houck ! »

    — Thepewterwolf.blogspot.com

    « J’ai été captivée, hypnotisée. J’ai lu ce roman en quelques heures, et j’ai très hâte de lire le prochain. »

    — Bookgirlsbooknookblog.blogspot.com

    « Colleen Houck devient rapidement l’un de mes auteurs préférés. Si vous n’avez pas encore commencé la série, je vous la recommande fortement. »

    — Feelingfictional.com

    « Un roman ancré dans la richesse de la culture, de l’histoire, de la mythologie et de l’imagerie de l’Inde. Le décor exotique ne fait que mettre en valeur les scènes délicieusement romantiques. Le livre nous entraîne autant dans la romance que dans les aventures. »

    — Evesfangarden.com

    « Si je devais donner une note à ce livre sur une échelle d’un à cinq, je lui donnerais un dix. »

    — Sellerslibraryteens.blogspot.com

    « C’est un conte si merveilleux que j’espère que vous aurez la chance d’en faire l’expérience. Cinq sur cinq. »

    — Cryhavocreviews.com

    « Après avoir lu La malédiction du tigre, je dirais que c’est pour moi le livre de l’année. Je suis tombé amoureux de celui-ci… deux fois plus. Dix sur dix. »

     Theparanormalworldandreviews.blogspot.com

    Copyright © 2012 Colleen Houck

    Titre original anglais : Tiger’s Destiny

    Copyright © 2014 Éditions AdA Inc. pour la traduction française

    Cette publication est publiée en accord avec Sterling Publishing Co., Inc.

    Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

    Éditeur : François Doucet

    Traduction : Renée Thivierge

    Révision linguistique : Nicolas Whiting

    Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Catherine Vallée-Dumas

    Conception de la couverture : Matthieu Fortin, Sylvie Valois

    Illustration de la couverture : © Cliff Nielsen

    Mise en pages : Sylvie Valois

    ISBN papier 978-2-89752-139-4

    ISBN PDF numérique 978-2-89752-140-0

    ISBN ePub 978-2-89752-141-7

    Première impression : 2014

    Dépôt légal : 2014

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec

    Bibliothèque Nationale du Canada

    Éditions AdA Inc.

    1385, boul. Lionel-Boulet

    Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7

    Téléphone : 450-929-0296

    Télécopieur : 450-929-0220

    www.ada-inc.com

    info@ada-inc.com

    Diffusion

    Canada : Éditions AdA Inc.

    France : D.G. Diffusion

    Z.I. des Bogues

    31750 Escalquens — France

    Téléphone : 05.61.00.09.99

    Suisse : Transat — 23.42.77.40

    Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99

    Imprimé au Canada

    Participation de la SODEC.

    Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.

    Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.

    Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

    Houck, Colleen

    [Tiger’s destiny. Français]

    Le destin du tigre

    (La saga du tigre ; 4)

    Traduction de : Tiger’s destiny.

    Pour les jeunes de 12 ans et plus.

    ISBN 978-2-89752-139-4

    I. Thivierge, Renée, 1942- . II. Titre. III. Titre : Tiger’s destiny. IV. Collection : Houck, Colleen. Saga du tigre ; 4.

    PZ23.H68De 2014 j813’.6 C2014-941750-0

    Conversion au format ePub par:

    Lab Urbain

    www.laburbain.com

    À mon frère, Jared, et à son épouse, Suki, qui m’ont soutenue en tant qu’admirateurs et qui me procurent un soutien technique, un soutien pour les scènes de bataille, un soutien moral et, le plus important, qui se sont organisés pour que tout cela reste amusant.

    L'envol du phénix

    par Colleen Houck

    Le Phénix, dans son envol, connaît-il son destin ?Il naît, prend des forces et apprend à voler.Il construit un nid et cherche une compagne,Il dort, il a soif, et il chasse dans le ciel.

    Connaît-il ses futurs embrasements ?Sait-il qu’une flamme étouffante prendra sa vie ?Que la chaleur purifiante du bûcher funéraire s’élèvera,Consumant tous ses combats terrestres ?

    Des picotements de peur pénètrent-ils sa poitrine ?Regrette-t-il les choix du passé ?Le chagrin remue-t-il les plumes de sa crête ?Est-il conscient du prix qu’il doit payer ?

    Jadis exquis, son corps brûle Alors qu’il crie de douleur et de peur.Ses plumes deviennent noires et calcinées,Et, délaissant la vie, il verse une larme.

    D’une mort si terrible émerge Une âme toute neuve pour prendre sa place.Avec un destin et un but qui lui sont propres,Une aube glorieuse commence rapidement !

    Le Phénix dans son envol remercie-t-il celui qui l’a engendré,Les braises noires qui lui ont donné naissance ?Sait-il aussi que le feu est son destin ?Peut-il profiter de son temps sur Terre ?

    Prologue

    L'espace et le temps

    S oudainement, ils étaient perdus, virevoltant à travers le tourbillon du temps noir comme de l’encre. Des secondes s’écoulèrent. Des éons passèrent. Des molécules se déplacèrent et s’agitèrent. Puis, une lumière perça la poussière cosmique, et tout aussi soudainement, il fut submergé par une vague de compréhension.

    Par essais et erreurs, il avait appris comment maîtriser le vortex et traverser les années. S’il courait trop vite, il entrait dans un avenir inconnu. S’il reculait à la hâte, le monde cessait d’exister. Le temps exigeait une main délicate, un contact rigoureux. Au début, il rebondissait brutalement à travers les millénaires, comme une pierre lisse qui ricoche sur la surface d’un lac. Mais bientôt, il avait appris à exécuter une danse avec le cosmos, effectuant les pas qui l’emmèneraient aux endroits qu’il avait besoin de voir.

    Il scruta les siècles comme s’il s’agissait de livres dans une bibliothèque. Lorsqu’il eut terminé, il connaissait sa place dans l’univers et la façon de mieux servir ceux qu’il aimait.

    Sentant qu’elle était prête, il sourit et lui serra la main. Puis, il la serra fermement et les entraîna à travers les étoiles, les emmenant vers le commencement de la fin et vers la fin qui conduirait à un commencement.

    1

    Poursuivie

    M e laissant bercer sur les flots de l’océan, je rêvais que je nageais en compagnie d’un très grand dragon qui me fit un clin d’œil. Alors qu’il me dépassait d’un coup de queue, mon corps fut bousculé . Je gémis, et je me débattis pendant que des mains rugueuses me tordaient les membres. Le vrombissement d’un moteur remplaça le bruit des vagues, et mon rêve se transforma. Soudain, je me trouvai dans une forêt, et je pus entendre clairement, accourant vers moi, le grondement régulier de pattes de tigres contre les feuilles de la jungle.

    C’est ensuite que les cauchemars commencèrent. Des requins dans l’eau, des pirates sur le Deschen, ma capture par les hommes de Lokesh.

    Au loin, une voix murmura avec insistance :

    — Réveillez-vous, Kelsey.

    Saisie de vertiges, j’entrouvris les yeux. J’étais allongée sur un lit à baldaquin. Tout cela n’était qu’un épouvantable rêve, songeai-je avec gratitude.

    Le soleil couchant déversait ses derniers rayons par la fenêtre au-dessus du lit. La vitre de la fenêtre était épaisse et garnie de barreaux, empêchant quiconque d’entrer ou de sortir.

    — Non ! criai-je à la chambre vide.

    Ce n’était pas du tout un rêve. J’essayai de me souvenir de tout. J’avais entrepris trois quêtes pour libérer Ren et son frère, Kishan, de la malédiction du tigre. Nous devions encore trouver un présent pour la déesse Durgâ afin de conjurer le sort. Alors que nous étions sur un bateau, il y avait eu une bataille contre Lokesh. Cela, je le savais. Puis, trois minuscules piqûres (des flèches tranquillisantes ?), un bateau à moteur… Fanindra et l’amulette déposées dans l’eau, puis l’obscurité.

    J’étais enfermée dans une chambre étrange, une prisonnière en cage. Je courus à la porte, et je tirai sur la poignée, sans succès. Me concentrant sur mon énergie intérieure, je levai le bras pour ouvrir le verrou en le faisant exploser, mais sans résultat. Confuse, ma main vola vers ma gorge pour toucher le collier de perles noires de la déesse Durgâ.

    Comment ai-je pu perdre mon pouvoir de l’éclair ? Où suis-je ? Où sont mes tigres, Ren et Kishan ? Fanindra les a-t-elle trouvés ? Qu’est-il arrivé à M. Kadam et Nilima ? Sont-ils en route pour me sauver ? Comment vais-je sortir d’ici ?

    Je tentai de faire le point sur la situation. J’avais le collier de perles, et l’écharpe divine était encore enfilée à travers les boucles de ceinture de mon jean, mais je ne voyais nulle part l’arc et les flèches de Durgâ, ni le Fruit d’Or de l’Inde. Étouffant un rire amer, je pris conscience du fait que je pouvais fabriquer toute l’eau et tout le tissu que je voulais avec ce qu’il restait des présents de Durgâ — comme si cela pouvait m’aider.

    Je touchai nonchalamment l’espace entre mes doigts pour trouver le dispositif de repérage que M. Kadam y avait péniblement implanté. Il s’y trouvait encore, ce qui signifiait qu’il restait une chance que la cavalerie se précipite pour me sauver. La chance était mince, mais c’était tout ce que j’avais.

    J’avais mal à la tête, et j’avais l’impression que ma bouche était remplie de coton. J’essayai d’avaler, et je finis par tousser, ce qui augmenta mon malaise.

    Ressaisis-toi, Kelsey Hayes ! Je réfléchis, et je m’obligeai à donner un sens à ce qui m’entourait. À travers la fenêtre, je voyais des arbres et de la neige, et je me trouvais à au moins trois étages de haut. Je crus pouvoir distinguer quelques montagnes, mais je n’avais aucun moyen de connaître le lieu de ma détention.

    J’eus un haut-le-cœur, et je me précipitai dans la salle de bain. Après m’être rincé la bouche, je fixai mon reflet dans le miroir. Une femme froissée et effrayée aux yeux hagards me renvoya mon regard. Qu’est-il arrivé à la fille de l’Oregon ?

    Juste à ce moment, une voix soyeuse perça mes pensées. Je restai figée. C’était mon ravisseur, Lokesh.

    — S’il vous plaît, habillez-vous pour un souper de bonne heure, ma chère. Comme vous pouvez le constater, vous ne pouvez vous enfuir, et j’ai confisqué vos armes. Il est temps que nous nous revoyions. J’ai une proposition à vous faire, Kelsey Hayes. Je crois que vous devez maintenant accepter votre destin.

    Mes entrailles vacillèrent à nouveau alors que je réfléchissais au genre de destin que Lokesh avait en tête pour moi. Je ne pouvais voir de caméra ni de haut-parleurs dans la chambre, mais je savais que j’étais surveillée. Bizarrement, je me sentais détachée par rapport à ma situation. La peur froide que j’avais éprouvée envers Lokesh dans chacune de mes visions avait été remplacée par une détermination incertaine.

    J’examinai mes options. Tout d’abord, il me fallait sortir de cette pièce et faire l’inventaire des possibilités d’évasion. Cette situation ne pouvait se terminer que par l’une de ces quatre façons : j’en sortirais par moi-même (possible), Ren et Kishan me sauveraient, je mourrais (certainement pas mon premier choix), ou je finirais par devenir une femme retenue de force par un psychopathe, ce qui ne semblait pas beaucoup plus amusant. Il me fallait aussi récupérer le Fruit, ainsi que mon arc et mes flèches. Durgâ m’avait prévenue que si ses armes tombaient entre de mauvaises mains, les résultats seraient catastrophiques. Je me mordis la lèvre, et j’espérai ne pas avoir à choisir entre me sauver moi-même ou sauver les armes.

    S’il me faut souper avec le diable pour sortir de cette chambre, ainsi soit-il. Pour l’instant, je jouerai son jeu, mais si je dois tomber, je tomberai en me battant.

    Instinctivement, je savais qu’il me serait inutile de jouer la demoiselle en détresse. Pour battre Lokesh à son propre jeu, je devais devenir quelque chose que je n’étais pas — une femme forte, magnifique, puissante et sûre d’elle.

    Après avoir soigneusement examiné le placard et trouvé seulement une robe fourreau ajustée avec décolleté plongeant, je décidai de prendre un risque calculé. Je demandai à l’écharpe de me créer des vêtements le plus discrètement possible, et je lui donnai comme instruction de ne pas exécuter de changements de couleur kaléidoscopiques.

    Tirant la nouvelle tenue de l’armoire, je fus émerveillée par ses détails. L’écharpe avait créé un ensorcelant lehenga or et bleu cobalt. Le haut de jacquard à manches courtes sanglait ma taille, et la longue jupe lehenga soulignait mes courbes. En portant les couleurs de Ren et de Kishan, je me donnais une dose de courage bien nécessaire, et je songeai que cette tenue de soirée pourrait m’aider à incarner le rôle que j’avais l’intention de jouer. L’écharpe m’avait même confectionné une paire de pendants d’oreille qui ressemblaient à du saphir à partir d’un tissu léger.

    Juste au moment où je finissais de m’habiller, un grand serviteur mince à l’allure mauvaise ouvrit la porte de ma chambre. Je le suppliai de me laisser partir, mais il hocha la tête et me répondit quelque chose d’inintelligible en hindi. Je glissai l’écharpe dans ma manche, j’essayai de me souvenir des quelques mots en hindi que je connaissais, et je répétai ma demande d’aide :

    — Trahi !

    Mais l’homme me conduisit à travers un corridor dont les fenêtres étaient garnies d’encore plus de barreaux. Le sol était couvert d’une épaisse moquette, et les murs étaient tapissés de lambris.

    Ensuite, nous traversâmes une série de portes ver­rouillées, chacune gardée par une sentinelle. Alors qu’une autre porte claquait derrière moi et se verrouillait, je me souvins soudainement que c’était ainsi que la cage de Ren au cirque avait été installée — des portes à l’intérieur de portes pour protéger les humains du tigre. Il sera difficile de m’échapper de mon propre chef, voire impossible, remarquai-je rapidement. Le côté positif, c’est que Lokesh croit qu’il a besoin d’un haut niveau de sécurité pour me contenir. Je peux peut-être trouver une façon de me servir de cela contre lui.

    La dernière porte s’ouvrit sur une salle à manger où une table pour deux avait été dressée. Le serviteur tira une chaise et, avant de quitter tranquillement la pièce, il m’indiqua d’un geste que je devais m’asseoir. En attendant, je jouai avec mon couteau à beurre. La nervosité me tordait l’estomac, et je me demandai comment j’allais pouvoir faire face à Lokesh en étant seule. Lors de nos quêtes antérieures pour conjurer la malédiction du tigre, j’avais combattu un kraken et un méga requin. Mais d’une certaine manière, ces bêtes ne m’avaient pas semblé aussi dangereuses que le mal contre lequel je me battais maintenant, le monstre qui avait transformé mes deux princes indiens en tigres plus de trois siècles plus tôt.

    — Comme c’est gentil à vous d’accepter mon invitation à souper, dit Lokesh, apparaissant soudain sur le siège en face de moi.

    Il paraissait différent de la dernière fois où je l’avais vu. Plus jeune. Bien que je reconnusse toujours la malice sombre qui tourbillonnait derrière ses yeux noirs, je pus me ressaisir. Lokesh me prit la main et la baisa rudement.

    — Ce n’est pas comme si j’avais eu le choix, répondis-je.

    — Oui.

    Il sourit et pressa ma main un peu trop fort.

    — Je ne vous ai pas donné un choix de vêtements non plus, poursuivit-il, et pourtant, vous êtes ici, portant une tenue différente. Puis-je vous demander où vous vous l’êtes procurée ?

    D’un mouvement souple, je couvris mon couteau avec ma serviette de table, la déposai sur mes genoux et fis glisser soigneusement l’ustensile dans ma poche. Espérant qu’il ne l’avait pas noté, je remarquai ironiquement :

    — Quand vous me direz d’où vient votre pouvoir, je serai heureuse de vous montrer comment créer une garde-robe à partir de rien.

    Maintenant que j’étais en quelque sorte en possession d’une arme, un nouvel élan de courage me parcourut.

    À ma grande surprise, Lokesh se mit à rire.

    — Quel plaisir de se retrouver en compagnie d’une femme d’esprit ! Je crois que je serai tolérant envers vous, pour l’instant. Mais il ne faut pas tester ma patience.

    Son sourire se transforma en une grimace. De près, Lokesh semblait plus asiatique qu’indien. Ses cheveux noirs étaient courts : il y avait une raie sur le côté, et ils étaient lissés à la nuque. Il était très différent de Ren, dont les yeux bleus étaient toujours couverts par ses cheveux.

    Les épaules et le dos raide, le sorcier bougeait en maîtrisant consciemment ses mouvements. Il était plus musclé et plus beau que les fois précédentes ; il était même frappant. Mais je savais que le fou se cachait sous cette apparence, et ses traits comportaient toujours une obscurité sous-jacente.

    On nous apporta de la nourriture, et nos assiettes furent rapidement remplies d’un choix de mets indiens épicés. Les domestiques étaient efficaces et absolument silencieux. Je picorai mon assiette, m’efforçant de trouver l’appétit.

    — Avez-vous employé la sorcellerie pour paraître plus jeune ? demandai-je prudemment.

    Ses yeux noirs s’assombrirent, mais il sourit.

    — Oui. Me trouvez-vous beau ? Est-ce que cela vous rend plus à l’aise de me voir plus près de votre âge ?

    Curieusement, cela me rendait plus à l’aise.

    Je haussai les épaules.

    — Je serais mal à l’aise, peu importe votre apparence. Pourquoi vous en souciez-vous, de toute façon ? Je suis ­surprise que vous ne m’ayez pas enchaînée dans le sous-sol, vous préparant à faire passer des clous torsadés à travers mes pouces.

    Un crépitement de lumière bleue attira mon attention, et je levai les yeux. Mais s’il avait été là avant, il avait disparu. Lokesh fronça les sourcils et se frotta les doigts.

    — Préféreriez-vous être enchaînée dans le sous-sol ? demanda négligemment Lokesh, employant un ton lubrique inquiétant.

    — Non, je suis tout simplement curieuse. Pourquoi ­recevrais-je un traitement spécial ?

    — Vous obtenez ce traitement spécial parce que vous êtes unique, Kelsey. Comme vous l’avez montré ce soir, vous possédez des pouvoirs qui vous sont propres, et je préfère ne pas les étouffer.

    Il gloussa de déception.

    — Il semblerait que vous ne me comprenez pas du tout. Je suis sûr que ma cause a été détournée de son sens. Maintenant que vous avez la chance d’apprendre à mieux me connaître, je crois que vous découvrirez que je suis un homme à qui il est facile de plaire.

    Voyant une occasion de le défier, je me penchai en avant.

    — D’une certaine façon, je doute que Ren soit d’accord avec cette évaluation.

    Lokesh laissa tomber sa fourchette avec fracas, puis il dissimula sa rage avec de la douceur.

    — Le prince se révoltait à chaque occasion. C’est pourquoi il a été traité aussi… durement. J’espère que votre réaction sera différente.

    Je me raclai la gorge.

    — Je suppose que tout dépend de ce que vous voulez de moi.

    Lokesh prit une gorgée de son verre tout en me regardant d’un œil perspicace par-dessus le bord.

    — Ce que je veux, ma chère, c’est l’occasion de vous montrer ce qu’est vraiment un homme de pouvoir. Ce serait une erreur que de continuer de vous allier aux tigres. Ils n’ont aucun pouvoir réel, pas comme vous et moi. En fait, l’amulette les a maudits. Elle n’a jamais été conçue pour eux. Je suis celui qui est destiné à en réunir les pièces. Je suis celui que l’amulette Damon appelle.

    Je tamponnai mes lèvres avec ma serviette, essayant de gagner du temps alors qu’un plan fou commençait à voir le jour. Si ce qu’il veut, c’est un adversaire puissant, je lui en servirai un. C’est le temps de profiter de mon unique cours d’art dramatique. Acte I : Souper avec une fille mystérieuse dotée de pouvoirs surhumains, d’un sale caractère et de nerfs d’acier. Le temps du spectacle est arrivé…

    — Comme vous le savez sans doute, je n’ai plus ma partie d’amulette. Si vous espériez me flatter dans le but de me l’enlever, vous serez très déçu.

    — Oui, vos précieux tigres doivent l’avoir en leur possession. Peut-être l’apporteront-ils lorsqu’ils essaieront de vous sauver.

    Surprise, je m’arrêtai, mais seulement pour une fraction de seconde.

    — Et qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils viendront ?

    — Allons, ma chère Kelsey. J’ai vu comment ils vous regardent. Vous les avez séduits encore plus efficacement que ma fille Yesubaï. Vous n’êtes pas aussi belle que ­Yesubaï, mais vous avez de l’audace et du défi dans les yeux. Je suppose que la seule raison pour laquelle Dhiren a survécu à mes techniques d’interrogatoire, c’est parce qu’il voulait revenir vers vous. Les deux princes sont paralysés par leur amour pour vous. Cela les rend faibles et stupides.

    Je n’ai rien à perdre. Je lui servis un sourire minaudier.

    — Peut-être allez-vous tomber dans le même piège qu’eux, le menaçai-je.

    — Êtes-vous en train de dire que vous avez piégé les princes pour qu’ils tombent amoureux de vous ? Car si c’est ce que vous avez fait, mon évaluation de vous a monté d’un cran.

    Même si cela me terrifiait au début, effectivement, ce jeu théâtral renforçait mon esprit. Ma crainte fondit pour devenir un petit nœud dans mon estomac, juste assez petit pour que je puisse l’ignorer. Je me léchai les lèvres dans une tentative délibérément lente de le distraire.

    — Une femme intelligente se sert de tous les outils à sa disposition pour obtenir ce qu’elle désire.

    Lokesh plissa les yeux, croisant mon envolée verbale.

    — Et que désirez-vous, Kelsey ?

    Jouant une Scarlett O’Hara effrontée, je fis un petit rire de la gorge.

    — Vous ne vous attendez certainement pas à ce que je vous révèle tous mes secrets à notre première rencontre. Je ne suis pas aussi naïve. Mais… si vous voulez que nous mettions nos cartes sur la table maintenant, dites-moi : que voulez-­vous de moi ?

    — Que vous vous alliez à moi plutôt qu’aux tigres.

    — De quelle manière ? demandai-je, essayant désespérément de ne pas frémir à cette pensée.

    Soudain, je sentis une sensation de picotement se glisser sur ma peau. Ce n’était pas douloureux, mais c’était intime, invasif. Une légère brise s’attarda sur mes bras nus et encercla ma gorge. Des doigts invisibles se glissèrent sur mon cou et dans mes cheveux, puis traînèrent jusqu’à ma clavicule. Bien qu’il n’ait pas bougé, j’étais certaine qu’il ­fallait en blâmer Lokesh. Je fis de mon mieux pour l’ignorer.

    Le sorcier se pencha vers l’avant avec un rire menaçant.

    — Mon but ici est double : je serai heureux de vous enlever aux princes. Il est gratifiant d’imaginer leur détresse. Mais la véritable raison, c’est que je veux combiner nos pouvoirs de toutes les façons possibles… avec un fils.

    — Un fils, lui répondis-je avec douceur, malgré le fait que mon estomac était en train de se retourner. Pourquoi moi ? Je veux dire, pourquoi, après toutes ces années ? Je suis plutôt surprise que vous n’ayez pas trouvé la Bonnie pour votre Clyde, la Morticia pour votre Gomez. N’était-ce pas suffisant de vous lier à la mère de Yesubaï ?

    Lokesh siffla.

    — La mère de Yesubaï était une minaudière idiote. Elle était belle, mais elle tremblait de peur devant moi. Elle n’était pas mon égale.

    — Le fait que vous l’ayez tuée n’a probablement pas aidé non plus.

    Cette fois, il ne prit pas la peine de dissimuler la colère bleue qui craquelait au bout de ses doigts.

    — Attention, le prévins-je, si vous montrez vos griffes, je devrai vous montrer les miennes, et nous gâcherons cette charmante conversation.

    Il ferma les yeux et se maîtrisa à nouveau.

    — Supposons que je sois d’accord avec votre proposition, que je vous donne un héritier et que je partage mon pouvoir avec vous. Je veux quelque chose en retour. Vous avez dit que si je restais volontiers avec vous, vous permettriez aux tigres de vivre. Tiendrez-vous parole ?

    — Que vous soyez d’accord ou non est sans importance.

    Il est temps de passer au deuxième acte : la mystérieuse jeune fille montre ses pouvoirs. Je tirai l’écharpe de ma manche. La tenant dans ma main, je lui demandai de modifier ses couleurs. Elle m’obéit, devenant d’abord rouge, puis bleue lorsque je la pressai contre ma joue. Lokesh regardait l’écharpe avec fascination. Je haussai un sourcil, et l’écharpe tira des fils à travers la pièce, créant une grande toile. Puis, elle se rétrécit pour devenir un mouchoir blanc que je pliai et déposai à côté de mon assiette.

    — Et si je partage ce pouvoir avec vous ? demandai-je nonchalamment.

    S’il était impressionné, ce ne fut que pour un moment. Lokesh plissa les yeux, jeta sa serviette sur son assiette, puis s’approcha de mon côté de la table. Brutalement, il attrapa mon bras pour que je me lève, et il sourit lorsqu’il vit l’expres­sion de terreur sur mon visage.

    — J’envisagerai d’autoriser les tigres à vivre si vous faites volontiers ce que je vous demande.

    Comme pour sceller l’accord, Lokesh caressa ma joue et se pencha pour murmurer à mon oreille :

    — Dites-moi, Kelsey, quelles sont les choses qui vous amusent ? Qu’est-ce qui — il respira lourdement — vous fait peur ?

    Comme je ne répondais pas, il éclata de rire, puis il m’attira brusquement plus près et m’embrassa sauvagement, me mordant durement la lèvre. Alors qu’il me laissait finalement partir, j’essuyai ma lèvre meurtrie avec mon pouce, et je le foudroyai du regard.

    Lokesh se mit à rire joyeusement.

    — Et vous êtes toujours rebelle. Vous me donnerez beaucoup de plaisir, Kelsey.

    — Heureuse de voir que vous pensez ainsi, lui crachai-je, maintenant plus en colère qu’effrayée.

    — Vous voyez, ma chère, les tigres ne m’intéressent pas, sauf en ce qui a trait à l’obtention de leurs amulettes. Si vous me donnez un fils et m’aidez à gagner le pouvoir que je recherche, je laisserai les tigres tranquilles. Maintenant que les termes ont été réglés, je vous raccompagnerai à votre chambre pour que vous puissiez réfléchir à votre décision. J’ai très hâte de mieux vous connaître, dit-il avec une grimace qui me fit frissonner.

    Prenant une profonde inspiration, je saisis l’écharpe, posai délicatement ma main sur ma poche et laissai Lokesh me reconduire à ma prison.

    — Nous parlerons plus en profondeur d’alliances demain, ma protégée, chuchota-t-il dans mon oreille. Et veuillez rendre le couteau que vous avez pris sur la table.

    Le commentaire me prit par surprise, mais j’essayai de maintenir une expression neutre. Souriant, je sortis le couteau à beurre de ma poche, et j’en pressai délicatement le bout contre sa poitrine.

    — Vous ne pouvez reprocher à une fille d’essayer.

    Ravi, il enroula ses doigts autour des miens, et il tira le couteau de ma main, la lame raclant durement contre ma paume. Voyant qu’il en avait tiré du sang, Lokesh porta à sa bouche ma main qui brûlait douloureusement. J’observai la vile extase qui le possédait alors qu’il embrassait ma paume et léchait les gouttelettes rouges qui se trouvaient sur ses lèvres.

    Enfin, il me laissa partir avec une dernière menace.

    — Je surveillerai chacun de vos mouvements, ma chère. J’ai très hâte à nos… futurs échanges.

    La porte se referma derrière moi, et j’entendis le clic d’une lourde serrure, heureuse, cette fois-ci, d’être séparée de lui par des dizaines de barreaux métalliques épais.

    Le rideau est tombé, songeai-je, et je m’effondrai sur mon lit, complètement vidée, me demandant comment diable ­j’allais me sortir de ce dernier pétrin.

    2

    L'ascension

    L e lendemain, Lokesh devint encore plus téméraire, et je me sentais mentalement épuisée par l’incessante danse verbale aux enjeux si élevés. Je n’entretenais aucune illusion. Même s’il me laissait vivre assez longtemps pour avoir un enfant, je savais que je ne serais pas là pour l’élever.

    Je fus libérée de ma chambre pendant la journée, mais jamais sans un garde ou Lokesh lui-même à mes côtés. L’endroit était une forteresse, ses éléments de décoration peu nombreux. Il n’y avait aucune photographie, et le mobilier minimaliste était lourd et d’allure dispendieuse. Plus important encore, il ne semblait pas y avoir de porte donnant sur l’extérieur.

    Tandis que nous marchions, il se limitait à des pincements et des serrements qui me causaient des ecchymoses. Chaque fois que Lokesh saisissait mon bras ou me tirait trop près, je fermais les yeux et je pensais à la façon dont Lokesh avait torturé Ren et lui avait brisé les doigts dans le camp Baïga, et je me disais que j’avais de la chance.

    Pour le distraire, je lui montrai d’autres « pouvoirs » que j’avais.

    Je demandai à l’écharpe de confectionner une réplique de l’amulette, je fis remplir un verre d’eau par le collier de perles, et je fis fabriquer un magnifique manteau garni d’or. Au début, Lokesh était joyeux, mais il se lassa rapidement de cet étalage. Il était évident qu’il commençait à s’impatienter.

    Alors que nous étions en train de souper, ce soir-là, je songeai avec nostalgie au Fruit d’Or, et je souhaitai que Lokesh ne me l’ait pas enlevé. Les délicieuses crêpes de M. Kadam me vinrent à l’esprit… et à ma grande surprise, une assiette de crêpes aux petits fruits garnies de crème fouettée apparut devant nous.

    J’examinai rapidement le salon, à la recherche de cachettes possibles. Le Fruit d’Or doit être à proximité !

    Lokesh bondit de son siège.

    — C’est un autre de vos pouvoirs ?

    — Oui, répondis-je, levant les yeux pour croiser son regard. Je peux créer toutes les boissons et tous les aliments que vous désirez.

    Le coup arriva très rapidement ; je n’y étais pas du tout préparée. Lokesh me gifla au visage et tira brusquement mon menton vers lui, m’étirant douloureusement le cou.

    — Vous auriez dû me le dire avant. Ne me mentez plus jamais, menaça-t-il.

    Une larme coula sur ma joue. Je serrai les dents, et je tremblai de rage. Je pensai à toutes les choses que je pourrais lui faire, mais aucune d’entre elles ne serait mortelle. Elles ne serviraient qu’à le rendre encore plus furieux.

    Ma joue brûlait et démangeait à l’endroit où il l’avait giflée, mais je refusai de la frotter ou de montrer que c’était douloureux. Pour le distraire de sa colère, je tentai de changer de sujet. Songeant qu’un homme comme Lokesh n’aimerait rien de plus que de parler de lui-même, je me détendis dans mon fauteuil, sirotant mon eau.

    — Parlez-moi de votre passé. Si nous devons avoir un fils, je voudrais qu’il connaisse son héritage. Je sais déjà qu’il sera à moitié américain.

    — Un fait que je préfère éliminer de mon esprit.

    — Alors, parlez-moi de votre histoire. Ne ressentez-vous pas assez de fierté concernant votre héritage pour vouloir le transmettre ?

    Son visage devint à nouveau tacheté de rouge, et il se mit à parler entre des dents serrées.

    — Personne ne nous jugera, ma progéniture et moi, en nous trouvant des défauts.

    Je haussai un sourcil.

    — Très bien. Alors, racontez-moi.

    Lokesh m’examina pendant un moment, puis il se rassit sur sa chaise.

    — Je suis né à l’époque des Trois Royaumes, commença-t-il, et j’étais le fils aîné illégitime de l’empereur Shu. Ma mère était une esclave indienne qui avait été capturée dans une caravane en l’an 250 de notre ère. Elle était très belle, alors l’empereur se l’était réservée. Elle s’est tuée, un an après ma naissance.

    — Un empereur ?

    — Oui, sourit Lokesh d’un air espiègle. Notre fils aura du sang royal.

    — Comment était-ce ? Je veux dire, grandir en étant le fils d’un empereur ?

    Il grogna.

    — Dans un geste inhabituel de bonté humaine, mon père m’a pris sous son aile et m’a enseigné ce que signifiait le pouvoir. Il m’a dit qu’un homme vraiment puissant n’écoute que lui-même parce qu’il ne peut faire confiance à quiconque, il prend ce qu’il veut parce que personne ne le lui remettra librement, et il utilise des armes que d’autres craignent d’employer. Je l’ai observé attentivement au fil des années, retenant bien ses enseignements. Il portait un morceau de l’amulette, et il m’a enseigné son pouvoir.

    Je clignai des yeux et baissai ma fourchette, oubliant les délicieuses crêpes, pendant que Lokesh poursuivait.

    — Il m’a dit que je ne pourrais exercer son pouvoir que s’il mourait sans avoir d’héritier légitime. Dès que j’ai appris l’existence de l’amulette, je l’ai convoitée, et je n’ai pensé à rien d’autre.

    » Quand je n’étais qu’un petit garçon, la guerre a éclaté dans notre empire et, pour la première fois, nous étions du côté des perdants. Désespéré, mon père a tenté une négociation de dernière minute et a offert de prendre pour épouse la fille adolescente d’un chef barbare. Il espérait que ce geste pourrait sauver son empire. J’étais dégoûté. Il était devenu faible et craintif. Il n’était plus l’homme qui inspirait la peur aux autres.

    » Son épouse barbare lui a donné un fils, et alors que le garçon grandissait, j’ai été rejeté par mon père. Il ne se confiait plus à moi. Je ne pouvais plus prétendre à la tête de l’empire. Je me suis alors juré que je prendrais les vies de mon demi-frère et de mon père. J’avais dix ans.

    » Lorsque mon frère a eu sept ans et que j’en avais dix-sept, je l’ai emmené à la chasse. Renvoyant les gardes, nous nous sommes éloignés à cheval pour suivre les traces d’un cerf. Il fut facile de le faire tomber de son cheval. Je suis passé encore et encore sur son corps en me servant de son propre cheval jusqu’à ce qu’il soit tout à fait mort. Ensuite, j’ai tué sa monture, et j’ai rapporté le corps brisé de mon frère à mon père.

    » J’ai raconté à l’empereur que le cheval avait projeté mon jeune frère hors de sa selle, puis qu’il s’était déchaîné, le piétinant jusqu’à ce qu’il soit mort. Pour le rassurer, j’ai dit que j’avais tué la bête de ma propre main. Le fait qu’il ait cru mes mensonges témoignait de sa faiblesse.

    » Quelques mois plus tard, j’ai planté un couteau entre les côtes de mon père pendant qu’il dormait, et j’ai pris son amulette. Il ne s’est même pas réveillé. En montant sur le trône, j’ai immédiatement fait tuer l’épouse barbare de mon père, et j’ai pris les anneaux de l’empire. Mon père en avait porté un, et la princesse barbare portait l’autre, celui qu’il avait donné à mon demi-frère à sa naissance. Cela symbolisait qu’il devait être le prochain empereur.

    Lokesh tordit un anneau sur son index droit.

    — Voici l’emblème de l’empire Shu, et ceci — il agita son petit doigt — est l’anneau du prince héritier. La bague que portait mon demi-frère.

    Dégoûtée, j’avalai ma salive.

    — Combien de temps avez-vous été empereur ? lui demandai-je.

    — Pas longtemps. La faiblesse de mon père était devenue une excuse pour les autres chefs de guerre de constamment essayer de nous combattre. Je n’avais aucun intérêt à gouverner du siège de pouvoir de mon père, et quand mes armées ont fui lâchement, je me suis échappé. Déjà, seule l’obtention des autres parties de l’amulette m’intéressait.

    — Alors, l’amulette vous a gardé en vie tout ce temps ?

    — Ceci en plus d’une certaine magie noire que j’ai apprise au fil des ans.

    — Je vois. Mais comment… ?

    — Assez de questions, m’interrompit Lokesh. C’est à mon tour. Je tiens à vous voir faire une démonstration de l’utilisation de votre arme.

    — Mon arme ? demandai-je avec hésitation.

    — Votre arc et vos flèches d’or.

    Lentement, je chiffonnai ma serviette entre mes paumes soudainement moites. L’arc et les flèches de Durgâ étaient aussi ici, quelque part !

    — Très bien, acceptai-je.

    Il frotta sa mâchoire et fit venir un garde. Je calculai combien de temps il fallut au garde pour apporter l’arc. Soixante secondes.

    Lorsque l’arme fut de retour entre mes mains, j’encochai une flèche, en même temps que Lokesh me mettait en garde.

    — Ne cherchez même pas à les utiliser contre moi. J’ai déjà fait dévier vos flèches, et je peux facilement recommencer.

    Imaginant qu’il avait sans doute raison, je visai une statue de l’autre côté de la pièce, et j’observai la flèche qui s’enfonçait dans le marbre.

    — C’est un présent de la déesse Durgâ, expliquai-je. Les flèches se réapprovisionnent magiquement et disparaissent de la cible de sorte qu’on ne peut pas connaître leur trajectoire.

    — Intéressant.

    Lokesh indiqua la cible et me demanda de recommencer.

    Cette fois-ci, j’essayai d’imprégner la seconde flèche avec mon pouvoir de l’éclair pour rendre l’effet plus impressionnant. Ma main commença à luire, puis elle cessa rapidement d’étinceler. Toujours pas de pouvoir de l’éclair.

    Fasciné, Lokesh regardait fixement ma main qui luisait.

    J’inventai un mensonge le plus rapidement possible.

    — Lorsque je suis sur le point de tirer une flèche, ma main se met à briller. Je crois que c’est pour m’aider à mieux viser.

    — Très intéressant. Alors, dites-moi comment vous avez trouvé ceci, dit-il en déposant le Fruit d’Or sur la table.

    Je mis de côté l’arc et les flèches, et je lui parlai de la cité perdue de Kishkindhâ. Je lui expliquai que Durgâ nous avait demandé de localiser quatre objets, chacun doté de propriétés magiques et, qu’en échange, les tigres deviendraient à nouveau des hommes. Je ne lui racontai pas toute la vérité ni n’allai trop dans le détail, pensant qu’il valait mieux que Lokesh ne sache pas tout.

    — Pourquoi vous préoccupez-vous du fait que les hommes soient des tigres ou pas ?

    — Lorsque j’ai découvert les présents que Durgâ a partagés avec moi, je voulais plus encore, lui dis-je en mentant doucement, jouant avec la soif de Lokesh pour le pouvoir.

    Il hocha la tête pensivement et fit rouler le Fruit d’Or entre ses paumes.

    — Peut-être que nous allons terminer vos quêtes ensemble et offrir ses présents à Durgâ. En échange, nous gagnerons tous les deux le pouvoir que vous cherchez.

    Je souris. Ce plan fou pourrait vraiment fonctionner…

     Ce serait un… privilège pour moi de partager ses pouvoirs avec vous.

    Lokesh fit venir un serviteur pour m’enlever le Fruit, ainsi que l’arc et les flèches. Impulsivement, je demandai à l’écharpe d’attacher un fil invisible à l’arc, et je lui dis de le suivre dans sa cachette. Je lui fis attacher l’autre extrémité à la statue et demandai au fil de s’enfouir dans le tapis en s’y mêlant.

    Prenant un risque, j’élevai le niveau du défi.

    — Maintenant que j’ai partagé certains de mes pouvoirs avec vous, peut-être pouvez-vous me retourner la fav…

    Avant que je puisse terminer la phrase, un froid glacial m’envahit, et je fus figée sur place, sans pouvoir bouger, parler ou me battre.

    Lokesh toucha ma joue, sourit méchamment et se rapprocha.

    — Vous avez si généreusement partagé avec moi certains de vos talents que j’ai pensé que je devais vous rendre la pareille.

    Il déchira l’épaule de ma robe, puis gémit et couvrit mon épaule nue de baisers qui me meurtrissaient, remontant ainsi jusqu’à mes lèvres glacées. Il passa rudement ses mains de haut en bas sur mon dos et tira sur mes cheveux. J’aurais voulu vomir, mais j’en étais incapable. Son haleine chaude et épicée était tout ce que je pouvais respirer.

    Haletant, il se redressa. Ses yeux brillaient d’un plaisir sauvage. Lokesh fit légèrement glisser ses doigts sur ma clavicule et joua avec le tissu déchiré sur mon épaule.

    — Vous me plaisez beaucoup, Kelsey.

    Il déposa un dernier baiser sur mon épaule nue, puis il recula en souriant.

    — Si je le voulais, je pourrais vous tuer en vous gelant en un instant, exulta Lokesh. La seule raison pour laquelle vous respirez toujours, c’est que je n’ai pas gelé vos poumons ni votre système cardio-vasculaire.

    Il me prit presque amoureusement le menton.

    — Là, n’était-ce pas une démonstration efficace ?

    Lokesh me lâcha ; je clignai des yeux, et je m’aperçus que je pouvais bouger à nouveau. Mon épaule me faisait mal. Je serrai le morceau déchiré de ma robe sur mon épaule et hochai la tête, avalant difficilement.

    — Très efficace.

    — Avez-vous d’autres questions ? demanda-t-il.

    — Je vous le ferai savoir, murmurai-je, essayant désespérément de maîtriser mes membres tremblants.

    J’avais espéré qu’en le poussant à me montrer sa main, je pourrais trouver son talon d’Achille, mais je n’étais pas préparée à cela.

    Alors que je me ressaisissais, Lokesh se dirigea vers le manteau de la cheminée et attisa le feu. Les flammes se mirent à crépiter et à danser. J’étais reconnaissante de voir qu’il se trouvait à une plus grande distance.

    Je lui parlai d’autres quêtes de Durgâ sans divulguer les véritables présents pour me donner le temps de me remettre de son inquiétante agression. Il était très intéressé par le trésor du dragon d’or. Je lui expliquai que la théorie de M. Kadam voulait que ces présents aient été volés à Durgâ et qu’elle réclamait leur retour.

    — Quel âge a votre M. Kadam ? Je sais qu’il porte l’autre partie de l’amulette, dit Lokesh.

    — Quelques années de plus que Ren et Kishan.

    Espérant en apprendre plus sur l’amulette, je poursuivis.

    — Comment pouvez-vous prendre l’apparence d’un jeune homme ? Est-ce à cause de l’amulette ?

    — En partie. Peu de temps après avoir trouvé la ­deuxième partie, je me suis rendu compte que ma vie était prolongée. Bien que, dans mon état naturel, je paraisse avoir cinquante ans, je peux modifier ma forme à volonté pour prendre l’apparence d’un jeune homme. Souvent, je choisis l’âge en fonction de l’objectif à atteindre.

    — Je sais que l’amulette a empêché M. Kadam de ­vieillir, mais il n’a pas la capacité de paraître plus jeune comme vous, commentai-je, faisant de nouveau dévier la conversation vers l’amulette.

    — Il n’a qu’une partie de l’amulette, et ses ancêtres ne l’ont jamais portée.

    — Quelle différence cela fait-il ?

    — Plus vous avez de parties de l’amulette, plus votre pouvoir est augmenté, expliqua Lokesh. Les descendants de ceux qui ont porté des amulettes vivent une très longue vie, même s’ils ne les ont jamais portées.

    J’ai besoin d’en savoir plus. C’est la seule façon de comprendre ce casse-tête.

    — Oui, M. Kadam a mentionné que ses enfants et les enfants de ses enfants vivent plus longtemps que la moyenne. Croyez-vous que c’est pour cette raison que Ren et Kishan ont vécu si longtemps sans même porter l’amulette ?

    — L’amulette les a maudits. En me défiant, ils sont condamnés à une éternité de vie en tant que bêtes.

    La malédiction. Je me mordis la lèvre, et je repensai à tout ce que nous avions appris de nos quêtes antérieures. L’amulette ne protège-t-elle pas Ren et Kishan ? J’ai besoin d’en savoir plus.

    — Est-ce que cette expression signifie que vous vous préoccupez toujours des bêtes, ma chère ?

    — Ce n’est pas cela. Je crains seulement qu’ils reviennent et essaient de prendre vos parties d’amulette, mentis-je avec une expression d’inquiétude plâtrée sur mon visage.

    — Ne vous inquiétez pas. S’ils revenaient, nous pourrions facilement leur tendre un piège avec vos fils magiques, et il est évident que j’en connais plus qu’eux sur le pouvoir des amulettes.

    Je souris timidement, mettant le paquet à travers des lèvres menteuses.

    — Puis-je vous demander comment vous avez trouvé les parties d’amulette, mon… seigneur ? Je suis désolée si c’est impertinent de ma part de vous désigner ainsi, mais vous étiez empereur, et on doit s’adresser convenablement à un homme de votre importance.

    Souriant, il m’examina d’un œil perspicace.

    — J’ai erré pendant de nombreuses années, dit-il ensuite, et j’ai interrogé des universitaires, des moines et des rois au sujet d’une grande bataille qui avait uni les royaumes de l’Asie. Durant ce temps, j’ai commencé à étudier la magie noire et la sorcellerie. J’ai cherché ceux qu’on disait être des sorciers de magie noire, et j’ai appris tout ce qu’ils m’ont volontiers enseigné, et je leur ai soutiré tout ce qu’ils me cachaient. J’ai suivi de nombreux indices qui n’ont abouti qu’à des impasses. Mais l’une après l’autre, j’ai découvert les cinq

    Vous aimez cet aperçu ?
    Page 1 sur 1