À propos de ce livre électronique
Certaines personnes feraient n’importe quoi pour l’éviter. Même échanger leur âme immortelle contre une existence infinie.
Spectres
Secrètement, inexorablement, ils infiltrent notre monde, suçant l’essence de victimes qui ne se doutent de rien par leur hideuse parodie d’un baiser.
Segue
Adam Thorne a fondé l’Institut Segue pour étudier et détruire son monstre de frère, mais la clé de son succès repose entre les mains pâles et menues d’une femme en fuite. Il y a quelque chose d’envoûtant et de différent chez Talia O’Brien, sa sensualité inconsciente, sa façon mystérieuse de se glisser dans l’Ombre.
Twilight
C’est l’endroit entre la vie et ce qui arrive ensuite — une forêt sombre et fantaisiste, remplie de beauté, de péril, de mystère. Et Talia est sur le point d’ouvrir la porte.
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Avis sur Les liens de l'Ombre
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Aperçu du livre
Les liens de l'Ombre - Erin Kellison
Mot de l’éditrice
titro.tifCher lecteur, chère lectrice,
Bienvenue au Crépuscule… non, pas ce Crépuscule¹. Celui-ci est plus sombre, plus suggestif, en partie suspense, en partie fantastique et en partie conte de fées. C’est le royaume de l’Entre-deux, où la contrée de la Mort déborde dans le monde des vivants.
C’est lors d’un concours d’écriture que j’ai lu Les liens de l’Ombre pour la première fois. Dès les obsédantes premières pages, je me suis redressée et j’y ai prêté attention. J’ai immédiatement su qu’il s’agissait d’un livre original. Qui était ce mystérieux Homme de l’Ombre, si protecteur et si dangereux en même temps ? Comment expliquer qu’une femme puisse survivre alors qu’elle se fait pourchasser par une horde de spectres gobeurs d’âmes ? Que faire pour anéantir un frère qui est devenu un monstre tordu ? La vive imagination d’Erin Kellison vous garantit d’être surpris à chaque tournant.
Avec les fantômes, les fées de l’Autre Monde et une Belle au bois dormant insérée ici pour le plaisir, Les liens de l’Ombre est un début de série exceptionnel qui mène les romans d’amour dans de nouvelles directions fantastiques.
Et maintenant, glissons-nous dans l’Ombre…
Tous mes vœux,
Lea Hultenschmidt
Éditrice
Bienvenue dans l’Ombre
Talia entendit Adam qui prenait une inspiration pendant qu’elle enveloppait le voile autour d’eux. Le jour passa d’un bleu ensoleillé à une obscurité de rêve. Ils se tinrent parmi les couches de brouillard, alors que les voiles de l’Ombre léchaient sensuellement leurs corps. Les arbres, la prairie au-delà et l’imposante silhouette de l’Institut Segue étaient toujours là et semblaient pourtant transitoires, comme si un bon coup de vent aurait pu transporter le tout au loin.
La main d’Adam se réchauffa dans la sienne. Il la remplit de son émerveillement, ce qui était mieux que tout le reste. Cela lui permit aussi de comprendre à quel point l’Ombre était belle.
— Un peu plus, dit-il.
Talia tendit le bras, et le jour s’obscurcit pour devenir le crépuscule, l’orbe du soleil passant du jaune flamboyant au violet foncé. Le monde prit d’innombrables nuances de violet, de pourpre et de noir. Les sons s’étirèrent, et, ainsi, les stridulations des grillons et les gazouillis des oiseaux se firent plus aigus, des notes étranges déformées par l’obscurité. L’Ombre se déposa sur les épaules de Talia et glissa délicieusement contre sa peau en signe de bienvenue.
L’émerveillement d’Adam se transforma en une crainte mêlée d’admiration, et son excitation décupla.
Talia jeta un coup d’œil sur son visage, afin de voir quelle proportion de ce qu’il ressentait elle pourrait y lire.
Il baissa les yeux vers elle, sur le point de dire quelque chose, mais il s’arrêta et la regarda fixement. Cette sensation était de retour, un filet dans sa découverte à lui, puis une inondation qui balayait tout… le désir.
1. « Crépuscule » se traduit par Twilight en anglais. Une référence à la série du même nom de Stephenie Meyer.
130790.jpgCopyright © 2010 Clarissa Ellison
Titre original anglais : Shadow Bound
Copyright © 2015 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée en accord avec Dorchester Publishing Co., Inc., New York, NY.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Renée Thivierge
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Katherine Lacombe, Catherine Vallée-Dumas
Conception de la couverture : Matthieu Fortin
Photo de la couverture : © Matthew Ellison, © BigStock.com
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89752-585-9
ISBN PDF numérique 978-2-89752-586-6
ISBN ePub 978-2-89752-587-3
Première impression : 2015
Dépôt légal : 2015
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque Nationale du Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7
Téléphone : 450-929-0296
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Diffusion
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Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada
43599.pngParticipation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Kellison, Erin
[Shadow Bound. Français]
Les liens de l’Ombre
(Série de l’Ombre ; t. 1)
Traduction de : Shadow Bound.
ISBN 978-2-89752-585-9
I. Thivierge, Renée, 1942- . II. Titre. III. Titre : Shadow Bound. Français.
PS3611.E44S5214 2015 813’.6 C2015-940562-9
Conversion au format ePub par:
Lab Urbainwww.laburbain.com
À Matt, avec tout mon amour.
Remerciements
Je suis extrêmement reconnaissante à Lea Hultenschmidt, mon éditrice, pour son soutien et son enthousiasme, à Alicia Condon, qui a fait cet incroyable appel un matin de janvier, et à Jessica Faust, mon agente, pour ses conseils d’experte et une semaine mouvementée que je n’oublierai jamais. Merci à mon mari, Matt, d’avoir enlevé tous les obstacles de la route et d’avoir lu avec tant de soin chaque mot de chaque version du livre, à maman et papa, pour leur amour et leur soutien, à ma sœur géniale, Deborah, avec qui j’ai appris à écrire, et au reste de ma famille, pour leurs encouragements et leur bon sens de l’humour. Merci à Brian Anderson, pour ses renseignements détaillés sur les armes et les situations tactiques. S’il y a des erreurs, ce sont les miennes. Et, bien sûr, merci à mes copines de sorties entre filles, Jill, Jen et Jeni. Enfin, merci à mes critiques et aux merveilleux écrivains de WriteSpot : Julie Ellis, Jo Gregory, Kathleen Grieve, Tes Hilaire, jj Keller, KC Klein, Lynnette Labelle, Theresa Sallach, Jenn Thor et Dee Ann Williamson, et à mes bêta-lecteurs fantastiques, Kris Tualla et Nora Needham.
Prologue
Une lumière jaillit au plus profond de l’Ombre.
Le seigneur des fées tira son manteau autour de son visage, afin d’atténuer l’intense rayonnement. Futile ! Dans son esprit, la femme était toujours là et elle brillait comme de l’or en fusion. La chaleur du feu de son âme pénétrait les voiles qui séparaient le monde des mortels et le Crépuscule, et se glissait contre la peau du seigneur en une caresse. Elle, le soleil, était assez puissante pour stimuler même ce seigneur.
De son poste dans l’obscurité, il regardait dans sa chambre. Son lit était fait, et l’oreiller intact. Il était venu trop tôt, afin de surfer sur les vagues rugueuses de ses rêves, d’adoucir ses vifs accès de douleur et d’inquiétude pour qu’elle puisse se reposer. Depuis qu’elle était enfant, il avait fait de son mieux. Il était heureux de voir le matériel de la chambre de malade qui reposait dans un coin, encore inutilisé, l’oxygène dans un réservoir. Les machines somnolaient, leurs fils électriques enroulés en attente.
Un pinceau à la main, elle était assise sur un tabouret en face de son chevalet, à l’intérieur d’un profond triangle de ténèbres coupé par la lumière qui s’échappait de la lampe de chevet. Elle contemplait son monde de l’Ombre, tout comme il s’émerveillait devant le sien. Sur la toile devant elle, elle avait peint un paysage de conte de fées : collines luxuriantes éclairées par la lueur des étoiles, bordure de forêt noire et vaste mer grise au-delà.
Le cœur de la femme battit plus fort, et les voiles entre eux s’amincirent alors que son heure approchait. En même temps qu’il s’arqua contre elle, il accueillit la douleur soudaine qui faisait écho à travers lui, quelque chose d’elle à ressentir.
Elle s’arrêta, afin de reprendre son souffle, et ses mains tombèrent sur ses genoux. La pointe du pinceau déposa une goutte de vert sur la jupe de sa robe. Il s’émerveilla de sa force de volonté alors qu’elle serrait les dents et contraignait son corps à retrouver un rythme régulier. Il était étrange de voir comme elle s’accrochait si fort à la vie, tout en utilisant son art pour rendre une image du Crépuscule.
Il se rapprocha et plongea dans les ténèbres gris bigarré de sa chambre, jusqu’à ce qu’il puisse capter son odeur. Les parfums vifs dansaient sur sa peau et imprégnaient ses cheveux ; sur ses doigts apparaissait le musc de la peinture, qui ne partait jamais vraiment, et quelque chose de plus dense, de plus sombre, qui tenait de la femme et de la mortalité.
Il sentit sa triste détermination, teintée de désespoir, dans un esprit vigilant qui maintenait son jeune cœur en vie, et lui ordonnait d’exercer ses fonctions assez longtemps pour qu’elle puisse embrasser la vie, faire quelque chose de durable, laisser sa contribution au monde. Même si son émotion coulait sur lui comme un fleuve sauvage, il ne pouvait démêler ses pensées structurées, les composantes de base de son intelligence, de sa motivation et de sa création alors qu’elle transformait son monde d’une façon à la fois subtile et grandiose. Telle était la beauté et la puissance de la mortalité. Si seulement elle savait…
Elle se domina. Elle ramassa son pinceau, posa la pointe sur la toile, puis s’arrêta et inclina la tête.
— Es-tu là ? appela-t-elle, sa voix à peine plus qu’un murmure.
Sa sœur se trouvait dans une chambre plus loin, hors de portée, en train de fixer une fenêtre argentée à travers laquelle se reflétaient des lumières mouvantes et on entendait des rires.
— Je sais que tu es là, dit-elle, même si elle regardait sa peinture.
Son pinceau reprit sa course.
— Tu pourrais bien sortir et me parler, pour une fois.
Alors, elle me cherche. C’est enfin arrivé, et pourtant, c’est encore trop tôt. Une petite flamme étincela dans sa poitrine, mais il s’obligea à se retirer dans l’Ombre en tirant son manteau autour de ses épaules.
Elle soupira.
— Je ne voulais pas te faire peur.
Elle s’arrêta de nouveau, afin de balayer la pièce du regard, et ses yeux se posèrent sur le coin et la chaise vide, puis ils l’observèrent furtivement, pour finir par regarder plus intensément dans les gris qui s’intensifiaient de l’autre côté.
Elle se mit à rire, un rire sec et lourd d’ironie.
— Imagine, toi, tu as peur de moi. Ça doit être une première.
En effet, la plupart frissonnaient rien qu’à penser à lui, mais pas elle.
— Et après tout ce temps que nous avons passé ensemble. Eh bien, pas exactement ensemble, mais tu sais ce que je veux dire. J’aimerais que nous puissions parler, pour une fois. Mais alors, je suppose que ce ne sera pas long avant que nous nous rencontrions. Après, il y aura plus que suffisamment de temps.
Ce n’est pas vrai. Elle traverserait le Crépuscule, mais brièvement, avant de se rendre dans l’autre monde. Le Crépuscule était seulement la frontière. Elle ne pourrait pas attendre longtemps à cet endroit, peu importe ses efforts pour retarder son passage. Et il le ferait. Il ne pouvait pas la laisser passer devant lui comme une bougie qui se consume, pas sa Lumière vive.
L’obscurité pesait lourdement sur son dos, et il lui démangeait de lancer sa cape au loin. Déjà, elle était consciente de sa présence. Et sa peinture était la preuve que sa vision du Crépuscule s’éclaircissait.
Quel mal y aurait-il, vraiment ? S’il ne pouvait pas la garder longtemps au Crépuscule, peut-être pourrait-il voler un moment ici, maintenant.
Il déchira une fine couche du voile, la seule qui restait avant son passage, puis il sortit du Crépuscule et entra dans la demi-obscurité de la chambre. Les odeurs du monde des mortels se pressèrent autour de lui. Il y en avait trop pour qu’il puisse les discerner individuellement, sauf la sienne. Elle le remplit d’un seul souffle.
Son regard se précipita vers lui. Le pinceau tomba au sol. Sa peau, déjà pâle, tourna au blanc. Ses paupières battaient comme des ailes de papillon, dévoilant des yeux bleus avec des cercles concentriques indigo bordés de cils noirs recourbés.
— Chut, dit-il, et il tendit la main, la paume tournée vers le bas pour calmer le choc soudain et surprenant qui lui avait coupé le souffle.
Ses yeux se remplirent de larmes, alors qu’elle considérait sa présence, et son esprit utilisa son pouvoir de mortelle afin de façonner sa forme selon la conception qu’elle se faisait de lui au plus profond de son âme. Cela ne modifiait pas son essence ; maintenant et pour toujours, il serait le Messager final, l’Hôte ultime, le capitaine du bateau qui l’emmènerait du monde des mortels pour lui faire traverser les eaux du Crépuscule, pour la libérer sur le rivage au-delà.
Mais la forme qu’il prenait était quelque chose dont elle était responsable. Si seulement les mortels étaient conscients de leur pouvoir, ils pourraient remodeler les trois mondes avec une seule pensée. Peut-être qu’un jour, ils le feraient.
Que vit-elle quand elle le regarda enfin ? Un cauchemar concocté de peur, vieilli jusqu’à être méconnaissable et grotesque ? Cela se passait souvent de cette manière. Ceux chez qui la crainte du passage sombre créait une terreur venue d’on ne sait où et dont les cerveaux lui donnaient la forme d’une créature malfaisante.
Non ! Elle ne craignait ni le temps ni la mort. Elle ne trembla pas lorsqu’il s’approcha un peu plus d’elle, quand il s’avança pour voir sa peinture.
Certaines de ses idées étaient erronées : la forêt noire était plus sombre, très sombre, et aussi noire que l’encre, comme une peur extrême. Elle avait aussi omis le pilier de fumée qui s’élevait du centre du feu de rage. Mais il était là, accroupi à l’avant-scène, un personnage enveloppé dans un vent gris, un vent de tempête, le genre qui tourmente ou qui entrave, une force en soi. Elle l’avait très bien compris, mais elle n’avait pas représenté son visage.
Qu’avait-elle vu ? La question le tiraillait.
— Est-ce une bonne ressemblance ?
L’anxiété donnait un son aigu à sa voix.
Il déplaça son regard vers elle.
— Oui.
Elle inspira profondément et se calma un peu.
— Qu’y a-t-il au-delà de la mer ?
Il avait lui-même souvent contemplé cette question.
— Je ne sais pas. Je ne peux pas y aller.
— Mais moi, j’irai.
Ce n’était pas une question, mais il hocha la tête de toute façon en guise de confirmation.
Elle frotta ses larmes avec un poignet. Puis, elle leva une main légèrement tremblante vers lui.
— Je suis Kathleen O’Brien. Ravie de te rencontrer enfin en personne.
Ah, un ami, alors, un compagnon ! C’était bien. Il ne savait pas s’il aurait pu supporter qu’elle ait peur de lui, qu’elle le voie comme un monstre.
Il connaissait la coutume, car il en avait été témoin pendant un millénaire ou plus, mais il s’en émerveillait toujours alors qu’il tendait la main et saisissait la sienne dans un lent glissement entre la peau d’un être du Crépuscule et celle d’une mortelle. Elle était chaude, douce et, malgré toute sa fragilité, aussi forte que la marée. Les battements de son cœur atteignaient l’extrémité de ses doigts et soulevaient en lui quelque chose qui lui était étranger, curieux.
Elle respira longuement.
— Et quel est le tien ?
On lui avait donné plusieurs noms au fil des ans, mais il les avait tous rejetés. Il ne voudrait pas ces noms sur ses lèvres à elle.
— Je n’en ai pas.
— Tout le monde a un nom.
— Alors, je l’ai oublié. Choisis-en un autre pour moi. Je jure de ne jamais l’oublier.
Il s’exposait à elle, et attendait le mot qui nommerait son âme, le son par lequel elle le revendiquerait.
Un lent sourire s’épanouit sur son visage, la joie emportant le dernier de ses malaises. Pour cela seulement, il avait valu la peine de transgresser la frontière, advienne que pourra.
— Je t’appelais l’Homme de l’Ombre, en fait… depuis toujours.
— Alors, je suis l’Homme de l’Ombre pour toujours.
Elle tenait toujours sa main. Il ne lâcha pas la sienne. Ils étaient ancrés ensemble ; pourtant, ils dérivaient… des âmes sœurs de mondes différents.
La lumière de l’esprit de la jeune femme s’obscurcit.
— Est-il temps ?
— Non. Pas maintenant.
Son esprit glissa le long du voile chatoyant. La membrane était mince, mais toujours impénétrable pour un mortel.
— Pas aujourd’hui, je crois.
Des rides se formèrent sur son visage alors qu’elle fronçait les sourcils.
— Je ne suis pas certaine d’être prête à y aller, mais je suis fatiguée d’attendre.
Il fit un léger sourire. Pour les mortels, l’impatience était un trait universel. Pour eux, tout avait un début et une fin, comme des points fixes dans le paysage de la vie. Cette connaissance incitait chez eux une attente obstinée de ce qui allait venir. Ce n’était pas le cas au Crépuscule, où tout s’étirait dans tous les sens et où le temps était quelque chose que les gens tissaient dans leur musique de minuit.
— Quand ? Le sais-tu ?
— Non. Personne ne peut le savoir. Voudrais-tu vraiment en être informée ?
Son regard s’élança vers le haut, son front serré.
— Non. Et oui. Je veux savoir ou comprendre quelque chose. J’ai été malade toute ma vie. À quoi sert-il d’être en vie si je n’arrive jamais à vivre ? Je veux…
Ses paroles s’étouffèrent. Elle prit une profonde inspiration, afin de se stabiliser.
— Je suppose que tout ce que je veux, c’est une raison.
La frustration et la solitude traversèrent son corps, son bras, ses doigts et sa main. C’était presque insupportable, certainement inacceptable.
— La beauté n’a pas besoin de raison. Elle est, tout simplement.
Peu réconfortant, il le savait.
— Peut-être que tu trouveras une meilleure réponse dans l’Autre Monde.
Il leva la main vers la ligne d’horizon sur sa peinture.
— Dans le monde au-delà de la mer.
— Et tu ne peux y aller ?
— Seulement toi. C’est interdit aux fées.
— Alors, c’est tout.
Elle se retourna, les yeux scintillant d’une nouvelle douleur.
— C’est tout le temps que j’obtiens ?
En réponse, il inclina la tête, mais légèrement, prudemment. Il ne savait pas précisément ce qu’elle voulait dire. Il ne pouvait donc pas vraiment acquiescer, pas avec cette étrange lumière qui brillait dans ses yeux, pas avec ce dessein inconnu qui émanait d’elle et le traversait… ce désir velouté qui s’accumulait dans ses entrailles.
— Touche-moi, dit-elle soudainement. C’est-à-dire… tu veux bien ?
Alors, ce n’était pas un ami, ou pas seulement un ami. Qu’est-ce qu’elle voyait ?
Elle se leva, son corps à un souffle du sien.
— Je veux sentir quelque chose de réel, pendant que je le peux. Toute ma vie, tu étais là, à attendre. Dissimulé. J’ai espéré que nous serions… que toi et moi…
Elle baissa les yeux et secoua la tête, frustrée.
Toi et moi… oui, il n’y avait rien d’autre à dire ; elle avait capté la vérité dans un mariage de mots qui étaient aussi puissants d’un côté du voile que de l’autre.
Il la sentit se durcir à l’intérieur, et elle leva lentement la tête afin de croiser son regard.
— S’il te plaît, touche-moi.
Non ! Être dans cette pièce et lui parler de cette façon avait déjà brisé les lois du Crépuscule. Au point où en étaient les choses, il y aurait des répercussions. Mais les battements du cœur de la jeune femme, qu’il ressentait jusque dans sa tête, repoussaient toute pensée. La chaleur avait augmenté dans sa poitrine. Intérieurement, il se mit à chercher à l’aveuglette pour trouver la fraîcheur de l’Ombre. Il n’aurait pas dû venir ici ; les lois du Crépuscule n’existaient pas pour rien. Maintenant, il le comprenait.
— Homme de l’Ombre
Le son de son nom l’arrêta net.
Elle lui lâcha la main, leva le bras vers son visage et plongea la main dans son capuchon noir. Elle trouva sa joue et recula juste assez pour frôler ses lèvres des doigts.
— Je ne peux pas, dit-il.
Il fallait qu’il se mette immédiatement hors de son atteinte et qu’il enveloppe les Ombres des fées bien serrées autour de ses épaules. Il ne devait jamais revenir ici. Il la rencontrerait au Crépuscule, bientôt, peut-être, et ce devrait être suffisant.
Pourtant, il caressa son visage contre sa paume, et sa peau douce consuma ce qui lui restait de fermeté. Sa volonté humaine était plus forte que tout ce qu’il pouvait mobiliser.
Il ne pouvait pas déterminer le moment où il était tombé, peut-être lorsqu’il était sorti de l’Ombre, ou dans ce souffle tiré pour modeler le son de son premier mot, « chut », ou encore des années plus tôt, quand il était venu la regarder de sa position privilégiée à l’abri, dans les Ombres, alors qu’il n’avait pas été appelé à le faire.
— Homme de l’Ombre ?
Mais maintenant, il était perdu. Il baissa la tête et goûta ses lèvres pour la première fois. Leur saveur était comme un vin sombre et humide dans sa bouche, plus délicieuse que tout ce qui existait dans n’importe quel monde ou entre les deux. Un soupçon, une gorgée, puis il partirait.
Son cœur à elle battait fort, un bruit sourd sur le pont qu’ils avaient créé, mais pas vraiment faible. Peut-être que s’il la touchait de cette manière, elle pourrait vivre éternellement.
Il s’écarta, et cet éloignement creusa comme un trou en lui.
— Il existe des règles que même toi tu sais, profondément en toi, qu’il ne faut pas briser.
— Je ne m’inquiète pas. J’ai été prudente bien trop longtemps.
Seul un mortel pouvait être si courageux. Ils savent qu’une fin viendra et, de ce fait même, un nouveau départ. Mais pour un immortel, les répercussions étaient simples et sans fin. Elle n’en avait aucune idée.
— Tu l’as dit toi-même, insista-t-elle. Ce ne sera pas aujourd’hui. Peut-être demain ou le jour suivant, mais j’ai le moment présent. Peux-tu comprendre ?
— Kathleen…
Son argument mourut sur ses lèvres. C’était la première fois qu’il prononçait son nom.
— Toute ma vie, tu as été là à améliorer le pire, à rendre plus supportables les moments les plus effrayants. Pourquoi ? Tu dois m’aimer.
— C’est vrai.
Au-delà de la raison.
Elle s’immobilisa, cessa de respirer, en attente d’une lueur d’espoir de sa part. Pour lui, c’était incompréhensible.
Comment les mortels supportaient-ils l’attente ? En l’espace d’un seul battement de ses cils, il en avait assez de patienter. Pour s’étendre avec elle, pour une seule fois percer l’obscurité de lumière, il oserait n’importe quoi. Il n’y avait aucune sanction qui ne pouvait atténuer le besoin, aucun châtiment qu’il n’avait déjà payé à attendre dans les coins sombres de sa chambre.
Ses entrailles se contractaient, réclamaient de la toucher, de fusionner son corps au sien ; si c’était ce que les hommes appelaient la passion, alors il pouvait le faire, se verser en elle, donner et prendre un moment de cette beauté.
Et oui ! Il le comprenait maintenant : le temps s’écoulait rapidement. Son impatience était contagieuse. Il n’avait été ici que quelques moments, et déjà un courant lancinant d’empressement teintait son sang, causait une démangeaison sous ses doigts.
Il tendit la main vers le coton de sa jupe, juste au-dessous de sa taille. Sous ses doigts, le tissu avait une texture grossière : aucune ressemblance avec les soies de son côté de la frontière, qui imitaient maladroitement la chute et la fonction du tissu des mortels. Celui-ci était dense — l’étrange magie de la masse. Si léger soit-il, il fallait un effort physique pour tirer le tissu vers le haut, dans un miracle de mouvement qui agitait l’air et allait chercher le parfum doux et sombre de sa peau. Sans cette forme, ce don d’un corps, il n’aurait pas pu le faire.
Kathleen… son pouvoir était vraiment formidable, dangereusement formidable. Ordonne-moi de venir, et je suis ici. Forme mon être, et pour un court instant, je peux déplacer l’air mortel dans et hors de ma poitrine. Demande-moi de t’aimer, Lumière vive, et tu réaliseras le plus profond désir d’un donneur de rêves.
Elle trembla lorsqu’il souleva sa robe, mais elle leva les bras, afin de lui permettre de la retirer facilement. La peau en dessous était d’un blanc pur. Elle avait vu si peu de soleil. Il enleva sa cape noire, qui se souleva de son corps comme de la fumée. Pour la première fois, sa peau sombre d’être du Crépuscule fut entièrement révélée.
Les lèvres de la jeune femme s’ouvrirent, mais la pensée qui étincela dans son esprit n’avait aucune forme structurée.
Qu’est-ce qu’elle voyait ? Le craignait-elle, maintenant ?
Il baissa les yeux, suivant sa ligne de mire.
Elle avait fait de lui un homme solide et bien formé, excité et désireux, si une telle chose était possible. À quel point chacun d’eux désirait l’autre, il l’ignorait. Ce n’était pas important pour lui. Tout ce qui importait, c’était qu’une sorte de magie mortelle avait conspiré pour lui permettre de l’aimer.
— Tu es magnifique, dit-elle en rougissant.
Un sourire se crispa sur la bouche du seigneur des fées. Elle devrait savoir ; elle l’avait façonné selon ses fantasmes.
Il déplaça sa main sur la longue ligne de son bras jusqu’au pli de son coude, un repli secret de peau sensible. Un arc-en-ciel de sensations se répandit en elle et fit écho à travers lui. C’était la première fois que quelqu’un la touchait de cette manière… seulement lui, juste cette fois-ci.
— Ma sœur…, commença-t-elle.
— Elle est endormie et elle le restera toute la nuit.
Elle se mordit la lèvre inférieure, qui se gorgea de couleur. Rouge, enivrante. Elle lui prit les mains et l’attira vers le lit. Elle se défit du reste de ses vêtements et s’assit au bord du lit.
Malgré l’audace qu’elle montrait, son tremblement redoubla. La dernière chose qu’il voulait, c’était qu’il y ait de la peur entre eux. Déjà, son existence en avait été trop marquée. Il ne souhaitait que de la lumière, seulement Kathleen. Il couvrit son corps du sien et posa les coudes de chaque côté de sa tête. De ses pouces, il essuya les larmes qui avaient rapidement rempli ses yeux et qui ruisselaient sur ses joues. Elles étaient humides et merveilleuses.
— Chut, maintenant, dit-il encore.
Un tourbillon de peur monta en elle et le saisit soudainement.
— Peux-tu me montrer comment ? Je ne sais pas…
Il sourit.
— Je ne sais pas non plus.
— Alors, il faut juste…, commença-t-elle.
— S’aimer tous les deux, je pense.
Avant que sa peur devienne plus intense, il baissa la tête pour l’embrasser à nouveau. Il ignorait les subtilités de l’acte, mais cela semblait insignifiant. Il se délecta dans sa bouche, chaude et luxuriante, librement offerte.
Les doigts de Kathleen s’enlacèrent dans les cheveux du seigneur, sur sa nuque, et son courage augmenta.
Elle releva le menton sous son baiser et enroula une jambe autour de son corps avec laquelle elle le caressa de la hanche au mollet. Il frissonna. Elle émit un petit rire rauque contre sa bouche. Elle était bien vivante.
Il s’installa dans la douce vallée de son corps. Il la façonna de ses mains, fit chanter chacun de ses nerfs. Il prit la cerise de son mamelon dans sa bouche et la suça comme un bébé, né à elle, né à lui-même, né dans ce monde enfin. Les mains de Kathleen attrapèrent ses cheveux par la racine, le maintenant en place.
Pas nécessaire. Même s’il l’avait voulu, il était incapable de bouger, sauf peut-être pour donner un peu d’attention à l’autre sein. Et au creux de son cou, pour descendre à nouveau jusqu’à la plaine lisse de son ventre… Il dépassa cet endroit, et ses pensées se fragmentèrent en sensations insensées. Les mains de la femme s’emmêlèrent librement dans ses cheveux, frémissant au sommet de sa tête alors qu’il s’inclinait devant la sienne.
Un moment, ils se cambraient, bassin contre bassin ; l’instant d’après, il était en elle. Il y eut de la douleur des deux côtés, sa douleur un écho de la sienne, mais vite oubliée dans un jaillissement de plaisir intense, de sens baignés qui pleuraient de plaisir charnel.
Un tambour s’éleva dans sa poitrine, puis tomba plus bas dans un endroit sans raison, un lieu de sensations sombres et chaudes, d’avidité à donner. Le tambour battait un rythme ancien, encore plus vieux que lui, et soulignait la mélodie de ses soupirs. Son désir donnait le ton au sien. Il la menait et la dirigeait jusqu’à ce que son corps lui réponde, battement pour battement.
Il se déplaçait comme l’océan, poussé par des forces intérieures et extérieures, par la lune, et les étoiles, et le noir profond de l’espace, par un pouvoir sans nom que les hommes en quelque sorte connaissaient, mais que lui, malgré sa sagesse ancienne, ignorait.
Il explora la pente et la descente subtile de ses hanches, le renflement de ses seins. Il se déversa sur son corps comme une inondation qui faisait éclater son barrage. L’eau se précipita pour la remplir, pour ne laisser aucun endroit sombre non stimulé.
C’était une eau nourricière, et lorsque la tempête fut terminée, il savait qu’il avait laissé en elle une parcelle de lui-même. Pourtant, il demeurait intact. Il s’était même enrichi, portant une connaissance à la fois chaude et douce, une seule pensée incandescente qui voyait le jour : Kathleen.
Il la tint tendrement près de lui, couché sur le dos ; elle était recroquevillée sur son côté, sa jambe négligemment drapée sur la sienne. L’odeur des eaux mêlées flottait dans l’air.
Des coins sombres de la pièce, l’Ombre apparut pour le saisir, le lier et le ramener de l’autre côté. Ce n’était pas étonnant que ce monde ait fait de lui un monstre. Les Ombres qui s’étaient intensifiées, son lieu de pouvoir, semblaient maintenant le menacer.
Une langue de noirceur glaciale s’enroula autour de sa cheville. Son esprit repoussa l’Ombre avec véhémence. Elle tint bon et défila le long de sa jambe vers le haut.
Il leur restait peu de temps ensemble, lui et sa bien-aimée flottant doucement sur un écho de plaisir.
Ils n’étaient pas seuls. Quelque chose d’autre avait vu le jour et luisait faiblement dans l’œil de son esprit. Il tendit la main entre eux, afin de trouver la source.
Là. Une étincelle instable.
— Il se passe quelque chose, dit-il en touchant le bas-ventre de la femme.
Ses yeux s’arrondirent. Elle leva la tête, afin d’examiner son ventre nu, puis déplaça son regard vers son visage.
— Que veux-tu dire ?
— Je ne sais pas. Une vie, peut-être. Je ne sais pas grand-chose là-dessus.
Un fouet de ténèbres se tortilla le long de son autre jambe. Il avait l’impression d’être en train de se désagréger. Dans le monde des mortels, il lui était difficile de maintenir sa forme longtemps.
— Ne bouge pas pendant que j’essaie de l’arrêter. Il ne me reste pas beaucoup de temps.
— Non, souffla-t-elle, et sa main protectrice se posa sur l’endroit. Non.
Elle s’écarta de lui, se glissant hors du lit pour se tenir au bord de la noirceur menaçante.
Il tendit la main vers elle.
— Je ne sais pas ce que c’est. Ce que ce sera.
Une étincelle pourrait se transformer en feu, et le feu pourrait devenir une force transformatrice de la nature.
— Je ne sais pas si cela devrait être, ajouta-t-il lorsqu’il vit qu’elle était toujours aussi déterminée.
— Si cela ne devait pas être, alors pourquoi est-ce que ça arrive ?
— En venant ici, j’ai brisé une règle. Et encore plus pour être avec toi de cette manière. J’ai perdu le compte du nombre de règles brisées et je ne m’en inquiète pas. Mais ceci… ceci pourrait être le début des conséquences.
La pensée le tenait à la gorge. C’était une chose de supporter les effets de sa faute, mais qu’elle, sa belle Kathleen, les subisse seule lui était intolérable. Il devait y mettre fin.
— Non, dit-elle.
L’obscurité avide envahissait son corps… plus de temps.
— Kathleen, tu ne peux pas savoir ce que c’est. Ou ce qu’il en coûtera.
— Je ne m’inquiète pas. C’est nous. Toi et moi, ensemble, répondit-elle.
Elle prit sa main tendue et la posa sur son bassin.
Il pourrait supprimer l’étincelle maintenant, en finir avec elle. Mais le cœur de Kathleen balbutia, et le seigneur s’arrêta. Les yeux de Kathleen se remplirent de nouveau d’espoir, d’un monde digne d’espoir, son sourire aux prises avec une joie douloureuse.
— Tu ne comprends pas, dit-il.
Et il n’avait pas le temps de la convaincre. Quelque
