Catalogue raisonné des livres d'Heures conservés au Québec
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À propos de ce livre électronique
Les livres d’Heures, ces ouvrages de dévotion privée nés au XIIIe siècle, ont été en Europe les plus populaires des livres de piété destinés aux laïcs. Véritables best-sellers jusqu’au XVIe siècle, ces œuvres ont traversé la res christiana en se moulant aux variantes régionales de cultes, de langues et de styles artistiques. Les plus anciennes nous sont parvenues au temps de la Nouvelle-France. À partir du XIXe siècle, le Moyen Âge et la Renaissance ont fortement intéressé des connaisseurs éclairés qui ont créé des collections substantielles d’ouvrages de ces périodes au Québec. Les années 1920 ont même vu un début de projet de musée du livre à l’Université McGill qui a influencé la politique d’achat des livres anciens de la bibliothèque de cette université.
Ce catalogue raisonné dévoile ce précieux patrimoine européen, couvrant la période allant de 1225 à 1583 et conservé en Amérique du Nord. Les livres d’Heures, presque tous manuscrits, sont remarquables par leur diversité textuelle et iconographique. Une attention particulière est portée à leur histoire complexe et à l’identification des artistes responsables des enluminures, car ces miniatures élèvent les livres d’Heures au rang d’œuvres d’art uniques et de grande qualité.
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Avis sur Catalogue raisonné des livres d'Heures conservés au Québec
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Aperçu du livre
Catalogue raisonné des livres d'Heures conservés au Québec - Brenda Dunn-Lardeau
Figure 1.1.
Femme lisant dans un studiolo
MBAM, 1957.1368
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[1957.1368, Femme lisant dans un studiolo; 1962.1356, Déposition du Christ (recto) et Descente aux limbes (verso)]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Deux folios d’un livre d’Heures manuscrit: Office de la Vierge (?) et Office de la Passion.
LANGUE
Latin
USAGE LITURGIQUE
Indéterminé
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1375, Veneto (Venise?, Padoue?)
ARTISTE OU ATELIER
Enlumineur du Veneto
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, MBAM, 1957.1368 et 1962.1356
NOTICE 1
Femme lisant dans un studiolo; Déposition du Christ; Descente aux limbes
MONTRÉAL, MBAM, 1957.1368 ET 1962.1356
PRÉSENTATION
Aux XVIIIe et XIXe siècles, une pratique répandue consistait à découper et à démembrer des manuscrits enluminés ou contenant des textes anciens pour les céder à des collectionneurs et autres acteurs du marché du livre ancien. Certes malheureuse, cette pratique correspondait néanmoins à un goût esthétique et à une volonté de «sortir» les peintures des livres, les transformant de ce fait en petits tableaux de chevalet, rivalisant avec les tableaux de maîtres et contribuant à faire connaître et reconnaître les maîtres enlumineurs comme des artistes à part entière¹. Aussi, non contents de démembrer un manuscrit donné, les vandales ont souvent découpé des éléments du décor, parfois au détriment du texte, pour les remonter et les coller sur divers supports². La pratique de découpage et marouflage a été poussée très loin, car on trouve des remontages et des compositions fabriquées de toutes pièces à partir de morceaux provenant parfois de manuscrits différents.
Les deux feuillets conservés au MBAM sont le résultat de cette pratique «biblioclaste»: la dispersion qui en résulte permet seulement de reconstituer virtuellement ce livre d’Heures démembré en rassemblant les folia fugitiva³ qui en proviennent. Ces feuillets ont appartenu à un livre d’Heures italien du Trecento, certainement des plus luxueux: malgré les défauts et les pertes, la palette demeure lumineuse, et l’emploi d’or bruni à foison confère une splendeur presque byzantine à ces feuillets⁴.
Les livres d’Heures italiens du XIVe siècle sont toujours précieux pour leur ancienneté, leur rareté et surtout, une iconographie souvent peu canonique. Un groupe conséquent de ces livres d’Heures a été étudié magistralement par Francesca Manzari, ce qui a ouvert la voie à l’analyse des feuillets du MBAM⁵.
Par ailleurs, l’originalité iconographique des deux feuillets italiens du MBAM a pu empêcher de reconnaître que le second feuillet était bel et bien un extrait de livre d’Heures, même si le texte est sans conteste celui d’un livre d’Heures⁶. Un élément d’identification déterminant a été l’incipit de chaque Heure, copié sur trois lignes, ainsi que la disposition des enluminures autour⁷.
Le premier feuillet (MBAM, 1957.1368) est le plus insolite (figure 1.1), car il représente une femme assise dans son studiolo, lisant dans un environnement dépouillé, simple décor architectural avec deux colonnes de part et d’autre de la table et du tabouret qui occupent l’espace. Cette femme est vêtue de rouge, avec une robe de dessus à larges manches laissant apparaître la cotte de dessous à travers une fente latérale: elle porte sur la tête une coiffe blanche (sorte de guimpe) et tourne les pages d’un livre ouvert. À première vue, cette scène n’est pas celle que l’on attend dans un livre d’Heures: il pourrait s’agir d’une représentation allégorique ou de la personnification d’une vertu⁸. De surcroît, son cas est compliqué par le fait que son emplacement dans le livre d’Heures démembré n’est pas aisé à déterminer.
Une identification du texte inscrit au verso de ce feuillet (lisible avec difficulté par transparence, car le feuillet est contrecollé sur une feuille de papier) permet de déterminer qu’un extrait du Salve Regina se trouve au dos de la miniature. Ainsi, ce feuillet serait à replacer parmi les prières annexes communément trouvées dans les livres d’Heures. Toutefois, il faut se prémunir de toute affirmation intempestive, car l’examen scientifique réalisé par le MBAM a révélé que ce feuillet a été découpé et ses morceaux marouflés ont été remontés sur un support de papier. Ainsi, les deux lignes de texte placées au recto sous la miniature de la «Femme lisant»: Per signum crucis de inimicis nostris libera nos deus⁹ proviennent sans doute d’une tout autre section du livre démembré, faisant vraisemblablement partie de l’Office de la Passion. On notera aussi qu’un examen minutieux permet de distinguer un chiffre «130» dans le coin inférieur droit de la miniature: s’agit-il d’un numéro d’inventaire ancien, apposé lorsque le manuscrit fut démembré et découpé, avant le montage marouflé des pièces pour reconstituer l’apparence originelle du feuillet? À peu de choses près, le feuillet remonté reprend la même mise en page, mais des frises losangées supplémentaires viennent combler les manques et compenser les pertes. Ce qui est intéressant dans le montage de ce feuillet, c’est le souci du «biblioclaste» de reconstituer aussi fidèlement que possible la mise en page d’origine.
Cet aspect collage du premier feuillet ne s’applique pas au second feuillet (MBAM 1962.1356), qui est plus canonique, avec une représentation de la Déposition du Christ (ou Descente de la Croix), illustrant les Vêpres de l’Office de la Passion (figure 1.2). Il importe d’insister sur la très grande qualité de cette deuxième miniature, lumineuse avec une utilisation généreuse d’or bruni et des plages de couleur vive, notamment les longs mantels bleus des personnages féminins. La restauration et le conditionnement de ce feuillet par le MBAM auront permis de découvrir son verso et de faire resurgir une troisième miniature (figure 1.3), heureuse trouvaille augmentant le corpus d’enluminures connues de ce livre d’Heures.
Figure 1.2.
La Déposition du Christ
MBAM, 1962.1356, recto
Figure 1.3.
La Descente aux limbes
MBAM, 1962.1356, verso
La découverte du verso du feuillet permet de camper avec certitude l’heure liturgique: une rubrique indique que nous sommes à Vêpres, suivie du texte Per signum crucis… introduisant toutes les heures de l’Office de la Passion. À la suite, le peintre a représenté une scène peu commune dans les livres d’Heures, la Descente aux limbes (ou aux Enfers): selon la légende, pendant les trois jours de sa mise au tombeau, avant sa Résurrection, le Christ effectue un voyage dans les limbes (ou aux Enfers)¹⁰ pour délivrer les premiers parents et les patriarches. L’ordre liturgique rétabli permet de statuer que le verso du feuillet précède le recto et que le programme d’illustration avait prévu au moins deux miniatures pour cette heure de l’Office de la Passion. Son aspect non découpé, sans collage, donne à voir la mise en page d’un feuillet avec texte: il est néanmoins frappant d’observer le peu de texte et le caractère compartimenté de la mise en page du verso avec les blocs de texte séparés par des frises de losanges répétées également en encadrements.
Les feuillets connexes aux feuillets du MBAM
D’autres feuillets connexes au livre d’Heures démembré du MBAM ont pu être identifiés¹¹: quatre feuillets complets et un fragment de bas de page (ramenant donc le corpus connu à six feuillets complets – pour sept grandes miniatures – et un fragment).
Ce fragment de bas de page des feuillets fait partie d’un important ensemble de fragments découpés, conservés à Londres¹², du Missel du Cardinal Antoniotto Pallavicini dont l’examen met au jour qu’il s’est glissé parmi les fragments du Missel Pallavicini et provient clairement d’ailleurs¹³.
Les quatre miniatures connexes recensées représentent respectivement une Visitation, une Assomption¹⁴, une Mise au Tombeau¹⁵ (figure 1.4), et enfin, une Ascension¹⁶ (figure 1.5). Pour l’heure, nous ne savons pas si ces quatre feuillets présentent, comme le feuillet du MBAM, des miniatures au verso. Par contre, ils n’ont fait l’objet d’aucun collage. Le fragment (3c) de la British Library¹⁷ apparaît sous la forme d’une bande rectangulaire (figure 1.6) avec deux apôtres ou saints dans des médaillons polylobés, les mêmes qui se trouvent dans les bas de pages de tous les feuillets recensés.
Les notices des catalogues décrivant les quatre miniatures connexes recensées (New York/Martello; La Spezia/Lia; Londres/Christie’s) s’accordent pour leur donner une origine vénitienne ou de la région plus étendue du Veneto; aucune ne connaissait l’existence des feuillets du MBAM. Le catalogue de la collection Martello rédigé par M. Boskovits est d’ailleurs le premier à reconnaître une origine vénitienne au feuillet figurant cette Ascension¹⁸. Ceci est repris par le catalogue de la collection Lia qui suggère aussi un miniatore veneto de la seconde moitié du XIVe siècle, mais insiste plus particulièrement sur l’influence bolognaise sur ce peintre du Veneto¹⁹.
Figure 1.4.
La Mise au tombeau du Christ
La Spezia, Museo Amedeo Lia., Inv. 584
Figure 1.5.
L’Ascension du Christ
New York, Collection Martello
Le point sur les différentes influences perçues dans notre groupe de miniatures et les livres d’Heures du Trecento peints dans le Veneto a été fait par Manzari (2013, p. 160-171). Cette dernière propose pour les enluminures connues du livre d’Heures examiné ici un certain nombre de rapprochements avec l’enluminure bolognaise et vénitienne. Il est clair que ces miniatures s’inscrivent dans un courant artistique néo-giottesque, à la gestualité emphatique, qui se propagea dans le Veneto dans le dernier quart du Trecento, fortement influencé par les œuvres du maître florentin, mais dont un des chefs-d’œuvre fut peint dans le Veneto: les fresques de la chapelle Scrovegni à Padoue qui furent peintes dans les premières années du Trecento, vers 1305. On y trouve sur les côtés latéraux des fresques des bandeaux où Giotto a fait figurer des médaillons polylobés figurant des portraits en buste de saints. Ces bandeaux rappellent le parti-pris adopté dans les feuillets vénitiens avec la reprise d’un bandeau doté de deux médaillons polylobés comportant des bustes de saints: la mise en page des feuillets du livre démembré présente effectivement, à échelle réduite, un aspect monumental qui rappelle l’art de la fresque. Par ailleurs, Manzari (2013, p. 169) relève aussi la proximité stylistique avec l’art de l’enluminure d’Émilie-Romagne et notamment son centre de production à Bologne.
Nos feuillets partagent certains traits stylistiques avec des livres d’Heures peints dans la région de Bologne, par exemple les Heures de Bartolomeo de’ Bartoli (1349)²⁰ dont les miniatures ont été attribuées à Andrea de’ Bartoli et surtout Nicolò di Giacomo, peintre de Bologne, actif durant la seconde moitié du XIVe siècle. Sa mise en page est aussi d’une grande originalité, et les portraits de saints se trouvent de nouveau dans des médaillons polylobés, mais cette fois inscrits dans les encadrements. Les feuillets du livre démembré peuvent aussi être rapprochés d’un livre d’Heures-missel, datable du second quart du XIVe siècle, provenant sans doute de la région de Padoue²¹. Il est très possible que ce livre soit associé à une confraternité ou à un couvent proche des Franciscains. Il présente une mise en page différente, mais qui fait également la part belle aux grandes miniatures rectangulaires.
Ce lien possible avec les confraternités permet d’évoquer une piste de recherche pour les feuillets démembrés du MBAM et les feuillets connexes qui s’y rattachent. En effet, un rapprochement avec les manuscrits peints pour les mariegole²² de Venise ayant déjà été suggéré par Boskovits (1985), il serait utile de pousser cette recherche plus loin: par exemple, avec la Mariegola de la Scuola de Santa Caterina dei Sacchi²³ (Venise, vers 1360), qui présente des points de comparaison dans la mise en page et certains détails.
Il reste que les feuillets du MBAM et les feuillets connexes identifiés ont un temps fait partie d’un livre d’Heures d’une grande originalité, dans un contexte où les confraternités, très puissantes dans la région du Veneto, faisaient enluminer des ouvrages de dévotion mêlant une ancienne esthétique italo-byzantine aux nouveaux modèles giottesques en vogue.
DESCRIPTION DES FOLIOS
FOLIO 1957.1368
Titre pour le folio ou la scène: [Femme lisant dans un studiolo]
Description matérielle
RECTO: parchemin (morceaux collés sur un support papier); 14 × 9,5 cm; aucune réglure apparente; deux lignes d’écriture; texte sur une colonne; encre brune, détrempe et feuille d’or; écriture gothique arrondie.
VERSO: écriture au dos visible par transparence du fait du marouflage des six morceaux de parchemin. Voir «État physique» ci-dessous.
Description abrégée du décor
RECTO: miniature (demi-page supérieure), bandeau avec deux médaillons polylobés ornés de portraits de saints ou apôtres et de médaillons inscrits dans un décor ornemental composé de feuilles d’acanthe colorées rehaussées de blanc; prolongement de décors filigranés blancs, initiale à l’or bruni sur fond bleu et rose foncé (deux lignes de hauteur), bordures en encadrement extérieur et intérieur composées de frises losangées de couleur noire et or bruni, avec motifs étoilés rehaussés de rouge (en encadrement extérieur) ou motifs circulaires rehaussés de rouge (en encadrement intérieur autour du bandeau avec médaillon). À noter que le décor décrit est recomposé à partir d’éléments découpés et remontés. Voir «État physique» ci-dessous.
VERSO: feuillet complet contrecollé sur papier.
Contenu textuel
RECTO: Per signum crucis de inimicis n[ost]ris libera nos d[eu]s.
VERSO: feuillet contrecollé ne permettant pas la lecture aisée du texte au verso. Par transparence, il est permis de reconstituer le texte suivant, extrait du Salve Regina: Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosœ Virginis Matris Mariæ corpus et animam, ut dignum Filii tui habitaculum effici mereretur, Spiritu Sancto cooperante præparasti: da, ut cuius commemoratione lætamur; eius pia intercessione, ab instantibus ma[lis, et a morte perpetua liberemur].
État physique
Examen au microscope par Johanne Perron, restauratrice du Service de restauration du MBAM, le 29 août 2015, qui a fait apparaître six morceaux de parchemin marouflés et deux types de bordures avec frises de losanges: la première frise est composée de losanges sertis d’un motif étoilé; la seconde, de losanges sertis d’un cercle souligné de rouge.
FOLIO 1962.1356
Titre pour le folio ou la scène: [Déposition du Christ (recto) et Descente aux limbes (verso)]
Description matérielle
RECTO: parchemin; 14,1 × 9,6 cm; aucune réglure apparente; trois lignes d’écriture; texte sur une colonne; encre brune, détrempe et feuille d’or; écriture gothique arrondie, miniature placée dans la partie supérieure du feuillet.
VERSO: identique au recto; six lignes d’écriture, texte sur une colonne; rubrique en rouge; miniature placée dans la partie inférieure du feuillet.
Description abrégée du décor
RECTO: miniature (demi-page supérieure), bandeau avec deux médaillons polylobés ornés de portraits de saints ou apôtres et de médaillons de part et d’autre d’un décor ornemental composé de feuilles d’acanthe colorées rehaussées de blanc, disposés en motif floral, initiale à l’or bruni sur fond bleu, avec deux feuilles d’acanthe rouge et vert (trois lignes de hauteur), initiale à l’or bruni avec rehaut bleu (une ligne de hauteur), bordures en encadrement extérieur et intérieur composées de frises losangées de couleur noire et or bruni, avec motifs étoilés rehaussés de rouge.
VERSO: miniature (demi-page inférieure), initiale ornée à l’or bruni sur fond bleu, avec deux feuilles d’acanthe rouge et vert (trois lignes de hauteur), initiale à l’or bruni avec rehaut bleu (une ligne de hauteur), rubrique en rouge, bordures en encadrement extérieur et intérieur composées de frises losangées de couleur noire et or bruni, avec motifs étoilés rehaussés de rouge.
Contenu textuel
Office de la Passion (Vêpres).
RECTO: Deus in adiutorium meu[m] intende. Domine ad adiuvan[dum] […].
VERSO: Benedicamus domino. [D]eo gratias; rubrique: Ad vesperas. Antiphona; texte: Per signum crucis de inimicis nostris libera nos deus n[oste]r (le verso du feuillet semble précéder le recto dans la séquence liturgique: ceci est suggéré par la présence de la rubrique au verso qui annonce Vêpres).
Figure 1.6.
Bordure ornée, fragment d’un livre d’Heures italien avec deux apôtres ou saints
Londres, Brit. Libr., Add. MS 21412, boîte 1, fol. 3c. © British Library Board
État physique
Feuillet complet d’un seul tenant sans marouflage apparent.
ÉLÉMENTS COMMUNS – 1957.1368 et 1962.1356
Provenance et marques de possesseurs
i)Achat, don de Madame F. Cleveland Morgan en 1957 du folio de la «Femme lisant», pièce acquise auprès de l’antiquaire new-yorkais Mathias Komor;
ii)Legs de F. Cleveland Morgan en 1962 du folio de la «Déposition du Christ», acquis auprès du même antiquaire.
La provenance des feuillets connexes aux feuillets du MBAM est donnée aux notes 14 à 17.
Exposition antérieure
36 objets du Moyen Âge au 18e siècle/36 objects from the Middle Ages to the 18th Century; prêts du MBAM au Musée des beaux-arts du Canada, du 1er juillet 1973 au 17 septembre 1975 où le folio de la «Femme lisant dans un studiolo» a été montré.
Bibliographie
Dossier de recherche des institutions
MBAM, Service des Archives.
Référence et illustrations publiées
Vie des arts, 1957, p. 45, rubrique «Nouvelles acquisitions», reproduction de la «Femme lisant dans un studiolo».
Ouvrages consultés
AVRIL, François et Marie-Thérèse Gousset, Les manuscrits enluminés d’origine italienne, t. 3: XIVe siècle, vol. II, Paris, Émilie-Romagne, 2013.
BOSKOVITS, Miklos, The Martello Collection. Paintings, Drawings and Miniatures from the XIVth to the XVIIIth Centuries, Florence, Centro Di, 1985.
CHRISTIE’S, A Catalogue of a Highly Valuable and Extremely Curious Collection of Illumined Miniature Paintings, of the Greatest Beauty, and of Exquisite Finishing, taken from the Choral Books of the Papal Chapel in the Vatican during the French Revolution; and subsequently collected and brought to this country by the Abate Celotti, Londres, 26 May 1825.
CHRISTIE’S, Valuable Illuminated Manuscripts, Books and Autograph Letters, Londres (King Street), 28 November 2001, lot 2.
DE HAMEL, Christopher et Joël Silver, dir., Disbound and Dispersed: The Leaf Book Considered, Chicago, The Caxton Club, 2005.
DE LAURENTIIS, Elena et Emilia Anna Talamo, The Lost Manuscripts from the Sistine Chapel. An Epic Journey from Rome to Toledo, Dallas, Meadows Museum, Southern Methodist University, 2011.
EGE, Otto, «I am a Biblioclast», Avocations, vol. 1, n° 6, mars 1938, p. 516.
EVANS, J. et J.H. Whitehouse, dir., The Diaries of John Ruskin 1848-1873, Clarendon Press, Oxford, 1958.
GWARA, Scott J., Otto Ege’s Manuscripts: A Study of Ege’s Manuscript Collections, Portfolios, and Retail Trade, with a Comprehensive Handlist of Manuscripts Collected or Sold, De Brailes Publishing, University of South Carolina, 2013.
HINDMAN, Sandra et Nina Rowe, Manuscript Illumination in the Modern Age: Recovery and Reconstruction, Evanston, Mary and Leigh Block Museum of Art, Northwestern University, 2001.
HUMPHREY, Lyle et Giordana Mariani Canova, La miniatura per le confraternite e le arti veneziane Mariegole dal 1260 al 1460, Venise, Fondazione Giorgio Cini, Cierre edizioni, 2015.
MANZARI, Francesca, «Italian Books of Hours and Prayer Books in the Fourteenth Century», dans Sandra Hindman et James H. Marrow, dir., Books of Hours Reconsidered, Turnhout, Brepols et Londres, Harvey Miller, 2013, p. 153-209.
PALLUCCHINI, Rodolfo, La pittura veneziana del Trecento, Florence, Istituto Per La Collaborazione Culturale Venezia-Roma, 1964.
SOTHEBY’S, Catalogue of the very Beautiful Collection of highly finished and illumined Miniature Paintings, the property of the late William Young Ottley, Londres, 11 mai 1838.
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TODINI, Filippo, Miniature, La Spezia. Museo Civico Amedeo Lia, Milano, Silvana editoriale, 1996, n° 23, p. 108-109.
WIECK, Roger, «Folia Fugitiva: The Pursuit of the Illuminated Manuscript Leaf», The Journal of the Walters Art Gallery, 54, 1996, p. 233-254.
RÉDACTION DE LA NOTICE
Ariane BERGERON-FOOTE.
Remerciements à Francesca Manzari (Rome, Université La Sapienza) et à Johanne Perron (MBAM, Service de la restauration).
1.On rappellera l’entrée du journal intime de John Ruskin (1819-1900), grand esthète, écrivain et critique d’art, qui affirme sans sourciller: «Set some papers in order and cut some leaves from large missal: took me till 12 o’clock» (30 décembre 1853) [Notre traduction: «J’ai mis des papiers en ordre et découpé des feuillets d’un grand missel, cela m’a pris jusqu’à midi»], cité dans Evans et Whitehouse (1958, p. 486). On consultera avec profit O. Ege (1888-1951) dont les propos controversés ont fait couler beaucoup d’encre: «Book-tearers have been cursed and condemned, but have they ever been praised or justified?… Surely to allow a thousand people to have and to hold
an original manuscript leaf, and to get the thrill and understanding that comes only from actual and frequent contact with these art heritages, is justification enough for the scattering of fragments. Few, indeed, can hope to own a complete manuscript book; hundreds, however, may own a leaf» [Les dépeceurs de livres ont été décriés et condamnés, mais ont-ils seulement été félicités ou justifiés?… Très certainement, ils ont permis à des milliers de personnes «de posséder et de toucher» un feuillet provenant d’un véritable manuscrit, et d’en tirer l’émerveillement et la compréhension qui découlent seulement du contact fréquent avec ces artéfacts: cela justifie la dispersion de fragments. Peu de personnes peuvent espérer posséder un manuscrit complet; par contre, des centaines pourront s’offrir un feuillet]. Extrait de «I am a Biblioclast», paru dans Avocations, 1.6 (March 1938), p. 516. Sur les questions du démembrement de manuscrits médiévaux, la littérature est vaste: voir Wieck (1996), Hindman et Rowe (2001), De Hamel et Silver (2005), De Laurentiis et Talamo (2011), Gwara (2013).
2.Consacré aux manuscrits dispersés et démembrés de la chapelle Sixtine de Rome, l’ouvrage de De Laurentiis et Talamo (2011) fait état de l’ampleur de ces pratiques de découpage et de marouflage. Citons l’exemple du Missel du pape Clément VII, découpé et remonté sans son texte, dont plusieurs exemples se trouvent conservés à Cambridge, Fitzwilliam Museum, MS Marlay Cutting It. 33-35 (voir De Laurentiis et Talamo, 2011, p. 333-334; figure A.I.11, p. 334); un autre exemple de montage à partir de fragments du Missel du pape Clément VII se trouve à Ecouen, Musée de la Renaissance, Ec. 1849 (anciennement New York, collection Breslauer).
3.Pour reprendre l’expression latine du titre de l’article de Roger Wieck (1996).
4.L’art vénitien du Trecento est parfois encore imprégné d’un byzantinisme dans les œuvres datables du Duecento, avec des modelés et un foisonnement d’or propres à la manière italo-byzantine.
5.Manzari (2013) en recense soixante vers environ 1300 et 1450, sans compter les témoins conservés dans des collections privées: «Italian Books of Hours are still comparatively little known. This is partly because of their vastly inferior numbers in comparison with French and Flemish examples, and partly because, throughout the fourteenth century and the first decades of the fifteenth century, Books of Hours made in Italy were far less standardized and therefore difficult to place within clear-cut schemes of classification.» [Notre traduction: «Les livres d’Heures italiens sont peu connus. Ceci s’explique en partie en raison de leur nombre très inférieur en comparaison des exemples français et flamands; en partie, parce que, au cours du quatorzième siècle et des premières décennies du quinzième, les livres d’Heures réalisés en Italie furent beaucoup moins standardisés et, du coup, plus difficiles à classer à l’intérieur de grilles bien définies.»]
6.Dans les fiches signalétiques produites par le Service des Archives du MBAM pour chacun des feuillets, lesquels ne furent pas offerts en même temps au Musée, celui de la «Femme lisant…» avait été identifié comme provenant d’un livre d’Heures, mais non celui de la «Déposition du Christ», réduit à la seule mention «enluminure».
7.Manzari (2013) avait relevé et commenté cette mise en page insolite pour quatre feuillets qui lui étaient alors connus (voir ci-dessous la section «Les feuillets connexes aux feuillets du MBAM»): «The layout of the four leaves is identical and differs from that in the Book of Hours already examined. The incipit of each Hour, written on three lines, is a thin strip on a sheet that is entirely covered with illuminations» (p. 169) [Notre traduction: «La mise en page des quatre folios est identique et se distingue de celle des livres d’Heures déjà examinés. L’incipit de chaque Heure, qui s’étend sur trois lignes, repose sur une mince bande de parchemin, entièrement recouverte d’enluminures.»]
8.On trouve des représentations de femmes lisant et de personnages allégoriques dans les livres d’Heures italiens du Trecento. Par exemple, Manzari reproduit dans son étude des images extraites des Heures ou Officiolum de Francesco da Barberino (Vente Christie’s, 5 déc. 2003, lot 404; coll. privée, datable vers 1304-1309), dont deux miniatures qui se font face, l’une figurant sur la gauche une femme lisant (sur le même modèle que la miniature du MBAM) et l’autre à droite représentant sainte Anne, la Vierge et l’Enfant (Manzari, 2013, p. 156, figure 2a). Les miniatures des Heures de Francesco da Barberino contiennent plusieurs représentations de personnifications et allégories, dénuées de références religieuses, attribuables à un atelier bolognais-padouan.
9.Ce verset est à dire au début de chaque heure de l’Office de la Passion et ne trouverait donc pas sa juste place dans le contexte du Salve Regina. Il est logique, par contre, que ce verset se trouve au-dessus de la miniature de la «Descente aux limbes» au verso du feuillet MBAM, 1962-1356: il s’agit du début de Vêpres pour l’Office de la Passion, ce que confirme la rubrique. Il a été suggéré que la répétition du Per signum crucis… au commencement de chaque heure de l’Office de la Passion serait lié à des dévotions au sein de confraternités (voir Manzari, 2013, p. 198, note 59). Sur l’Office de la Passion dans les livres d’Heures d’origine italienne, voir les travaux de B. Stocks (1998, p. 111-152).
10.On rappellera le tableau d’Andrea Mantegna figurant la Descente aux limbes (New York, collection Frick), avec le Christ flanqué de trois personnages masculins. Dans la miniature découverte au verso de MBAM 1962-1356, le Christ est représenté flanqué de trois personnages masculins, devant un édicule (entrée des limbes? des Enfers?) devant lequel se tiennent des personnages voilés (a priori féminins) agenouillés. Pour deux variantes de ce thème iconographique dans les manuscrits, voir dans le présent catalogue les notices 45 (ms. 100 de McGill) et 53 (folio détaché enluminé inséré dans les Heures à l’usage de Toul du MAF, où ce dernier fait face à une gravure en noir et blanc sur le même sujet).
11.Nous remercions F. Manzari de nous avoir signalé cet ensemble.
12.Cote Brit. Libr., MS Add. 21412, fol. 3, 5-7, 9-14, 16-19. Ces fragments découpés du missel du cardinal Pallavicini proviennent de la chapelle Sixtine et ont été peints par le Maître du Cardinal Antoniotto Pallavicini (actif 1492-1507). Voir De Laurentiis et Talamo (2011), p. 338.
13.Toutefois, l’association de ce fragment avec le Missel Pallavicini peut fournir des renseignements de provenance puisqu’il est dit que cet ensemble provient du «Samuel Rogers Album». Or, cet album fut constitué à partir des fragments acquis par le collectionneur et poète Samuel Rogers (1763-1855) dans la vente de Luigi Celotti (c. 1768-1846), célèbre abbé vénitien, bibliothécaire de la famille Barberigo à Venise, puis marchand d’art qui profita des spoliations et pillages de la chapelle Sixtine en 1798. L’abbé Celotti, un personnage controversé, découpait des manuscrits, puis les remontait pour les proposer à ses clients. Il fut l’organisateur en 1825 de la première vente aux enchères consacrée exclusivement aux feuillets enluminés, dont la rédaction fut confiée à William Young Ottley (1771-1836). Voir Christie’s (1825) à ce sujet; sur cette vente importante, voir De Laurentiis et Talamo (2011, p. 345-380). D’autres fragments furent achetés par Samuel Rogers dans la vente de William Young Ottley, historien de l’art et collectionneur avisé (voir Sotheby’s, catalogue de vente de 1838).
14.Localisation actuelle inconnue depuis la vente à Londres chez Christie’s du 28 novembre 2001, lot 2; illustration sans doute de Laudes de l’Office de la Vierge pour la Visitation et sans doute de Complies de l’Office de la Vierge pour l’Assomption. Comme souvent, l’Office de la Vierge est illustré de miniatures tirées du cycle de l’Enfance du Christ.
15.Miniature conservée à La Spezia, Museo Amedeo Lia, Inv. 584; illustration sans doute pour Complies de l’Office de la Passion (et donc à replacer à la suite de la Déposition du Christ du MBAM). L’Office de la Passion est le plus souvent illustré de scènes tirées du cycle de la Passion du Christ.
16.Feuillet conservé à New York, collection Martello (provenance: Christian Humann, New York; vente Sotheby Parke Bernet Inc., Old Master and Nineteenth Century Drawings and Watercolors, New York, 21 janvier 1983, lot 1); illustration pour un Office non identifié, sans doute l’Office des morts. Une scène d’Ascension illustre parfois l’Office des morts dans les premiers livres d’Heures italiens du Trecento, par exemple, dans les Heures conservées sous la cote Londres, Brit. Libr., MS Add. 15265, fol. 127v-128 (vers 1320-1330) où l’Office des morts est illustré d’une double page avec l’Ascension et la Pentecôte. Voir leur reproduction dans Manzari (2013, p. 161). Nous pensons cependant que l’Ascension ne pouvait illustrer l’Office de la Passion comme a pu le suggérer F. Manzari (2013, p. 168), car celle-ci n’avait pas encore connaissance de la Crucifixion pour Vêpres de l’Office de la Passion, lui «volant» en quelque sorte la place dans le livre d’Heures.
17.Fragment conservé à Londres, Brit. Libr., MS Add. 21412 (3c), box 1, fol. 3a et c (cuttings, «fragments de»), bordures avec saints (dimensions: 9,3 × 4,1 cm). Une mention de Frederic Madden conservée dans la boîte indique: i) «Purchased at the sale of pictures etc, of Samuel Rogers Esq. at Christie’s 6th May 1856. Lots 1002.1005.1006.1008.1009» / and «150 specimens»; ii) Pour des textes ou notices sur ce ms., voir le catalogue de vente de F.M. (Frederic Maden) chez Sotheby’s des 16 et 17 nov. 1925 (Collection Northwick, lots 104-162, pour une collection semblable de folios détachés et fragments, dont plusieurs par les mêmes artistes).
18.Boskovits (1985, p. 146): «Venetian illuminator, last quarter of the XIVth century […] This miniature, which originally belonged to a Book of Hours has not been the object of study so far. […] it is characterized by powerful figures, rich colouring and a dramatic sense of narrative, reminiscent of Emilian artists of the later Trecento such as Niccolo di Giacomo di Bologna and Tommaso de Modena.» [Notre traduction: «Enlumineur vénitien du dernier quart du XIVe siècle […]. Cette miniature, qui à l’origine a fait partie d’un livre d’Heures, n’a pas fait l’objet d’études jusqu’ici. […] elle est caractérisée par de puissantes figures, une riche palette de couleurs et un sens dramatique du récit, qui évoquent les artistes de l’Émilie-Romagne de la fin du Trecento, tels que Niccolo di Giacomo de Bologne et Tommaso de Modène.»]
19.La notice du catalogue de la collection Amedeo Lia (La Spezia) propose de voir l’influence des artistes hongrois formés à Bologne qui ont réalisé les miniatures du Leggendario angevin (BAV, Vat. lat. 8541).
20.Kremsmünster, Stiftsbibliothek, Cim 4.
21.Paris, BnF, lat. 1352. Voir la notice 90 consacrée au manuscrit dans Avril et Gousset (2013), laquelle attribue les enluminures de ce manuscrit au Maître de la Cronicha di Raffain Caresini.
22.Du latin matricula, les mariegole (singulier mariegola) étaient des registres où les confréries religieuses ou d’artisans (on les appelle encore de nos jours les Scuole) consignaient leurs statuts et les noms des confrères. La plupart des mariegole étaient illustrés de luxueux frontispices enluminés. Voir Humphrey et Mariani Canova (2015).
23.Venise, Museo Correr, ms. IV 118.
Figure 2.1.
L’Annonciation
MBAM, 188.2016, verso
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[L’Annonciation]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Miniature découpée appartenant aux Heures Ranshaw
LANGUE
Latin
USAGE LITURGIQUE
Usage champenois indéterminé?
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1400-1410, Champagne
ARTISTE OU ATELIER
Maître de Troyes
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, MBAM, 188.2016
NOTICE 2
L’Annonciation
MONTRÉAL, MBAM, 188.2016
PRÉSENTATION
Cette enluminure, entourée d’un double filet, représente la scène de l’Annonciation (figure 2.1), en général la plus recherchée du point de vue artistique dans un livre d’Heures. L’enlumineur s’inspire du récit de l’Annonciation de la Vierge dans l’Évangile selon saint Luc (1, 26-38).
L’enluminure montre Gabriel en messager, dont le regard intense posé sur Marie traduit un profond respect. Revêtu d’une tunique blanche sous un manteau rose pâle à bordure jaune clair, l’archange à la chevelure blonde et bouclée est auréolé d’un nimbe gravé au poinçon que soulignent trois cercles noirs. Ses ailes vertes bordées de rouge orangé sont repliées tandis qu’il met un genou à terre pour annoncer à Marie, par un geste la désignant, qu’elle est bénie entre toutes les femmes. Marie, assise sur un trône imposant de style gothique, a interrompu sa lecture du livre posé sur un lutrin rose qui déborde légèrement du cadre de l’enluminure. Surprise par la venue de l’ange, elle est troublée par cette salutation comme le trahit son jeune visage auréolé aux traits inquiets, car elle ne connaît pas encore d’homme. Son manteau bleu, couleur de la divinité, couvre sa robe rose et son corps dans un ample drapé sculptural dont des pans, qui retombent au sol, laissent entrevoir la doublure jaune pâle. Derrière eux, de part et d’autre du trône, se tiennent deux petits anges musiciens auréolés, vêtus de tuniques blanches: l’un joue de la vielle à archet, l’autre, au corps glissé entre les deux filets du cadre, fait résonner un triangle doré. En haut à gauche, dans le ciel, Dieu, entouré de trois anges, envoie vers Marie son souffle qui soulève au passage l’aile de l’ange à la vielle.
La composition de cette scène concentre l’attention sur les deux acteurs principaux, dans l’attente que Marie accepte la descente du Saint-Esprit sur elle. Les scènes de l’Annonciation avec des anges louangeurs sont relativement rares; contrairement à l’ange Gabriel, ceux-ci ne sont pas cités dans l’Évangile et trouvent plutôt leur origine dans la piété mariale au Moyen Âge.
Les visages expressifs, les mains aux gestes souples, comme le fond à la feuille d’or gravée au poinçon de fines arabesques, rattachent cette miniature au style gothique tardif. Elle faisait partie d’une série de 16 miniatures de l’ancienne collection Ranshaw¹. Cette série, datée d’environ 1400, a été attribuée par Rosy Schilling (1944, p. 24) à un artiste qu’elle situe entre le style et la technique de Jacquemart de Hesdin et le réalisme plus prononcé des frères Limbourg, tout en ajoutant que les scènes de l’Annonciation et du Couronnement de la Vierge, aux drapés délicats, étaient d’une autre main que les autres. Une trentaine d’années plus tard, cette même Annonciation a été attribuée à un artiste lié au Maître de Troyes² (actif entre environ 1390 et 1415) par Millard Meiss (1974) qui le considère comme un petit maître (minor master) travaillant avec des assistants, tandis que cinq autres scènes vont à un atelier lié de loin au Maître du bréviaire de Jean sans Peur³. Il faut noter que Meiss date l’Annonciation d’environ 1410 et l’attribue au Maître de Troyes dans le texte (1974, p. 406), mais à son atelier dans la rubrique de la planche la reproduisant (figure 814). Devant ces différentes attributions, à un artiste entre Jacquemart de Hesdin et les Limbourg (R. Shilling), à l’atelier de Jacquemart de Hesdin (A.D. Hedeman), au Maître de Troyes (Meiss), l’attribution au Maître de Troyes est maintenue, selon l’avis de François Avril.
Figure 2.2.
Péricope de Jean (fin)
MBAM, 188.2016, recto
En revanche, tous s’entendent pour dire que ce folio détaché appartenait à un livre d’Heures. Pourtant, le recto de l’image (figure 2.2) porte un texte latin en lettres gothiques associé à la fin de la péricope de Jean, chose plutôt inusitée, pour sa position immédiatement avant le début de l’heure de Matines, section qui ouvre les Heures de la Vierge avec l’Annonciation, car la séquence des péricopes suit habituellement l’ordre suivant: Jean, Luc, Matthieu, Marc.
Il reste que cette miniature est d’une grande beauté et d’une grande délicatesse dans son exécution.
DESCRIPTION
Description matérielle
RECTO: 9,3 × 6,1 cm; réglure très fine en rouge pâli; caractères gothiques de forme; texte à l’encre brune, rubriqué en rouge; 11 lignes conservées sur 1 colonne.
VERSO: parchemin; 9,3 × 6,1 cm; détrempe, encre grise, brune et noire; feuille d’or décorée au poinçon sur bol grisâtre.
Description abrégée du décor
RECTO: une initiale P bleue filigranée de blanc sur fond d’or sur deux lignes à la panse ornée de rinceaux de feuilles de vigne bleu et rouge rehaussées d’or. Un bout-de-ligne quadrilobé à l’encre noire en forme de fleurette légèrement filigranée à l’encre noire avec son centre rehaussé d’un point à l’or effacé.
VERSO: miniature de la scène de l’Annonciation.
Contenu textuel
RECTO: incipit: [bene]dictum. Ex hoc nunc jusque in seculum. Oremus. Oratio. Protector in te sperantium deus sine quo nichil est validum […]; explicit: […] per bonum temporalia ut non amittamus eterna. Per Christum dominum nostrum. Amen.
VERSO: sans texte.
État physique
D’après la photo en noir et blanc de la miniature parue dans l’article de Schilling (1944), la bordure inférieure du verso, sans doute en or, ornée de chevrons, a été excisée pour ne laisser que le double filet en or autour de la miniature. L’or du décor du texte au verso montre des signes d’usure.
Provenance et marques de possesseurs
La miniature découpée faisait partie des 16 miniatures de la collection de Mme E.M. Ranshaw jusqu’en 1943, année de sa mort à Londres. Selon le Museum of Fine Arts de Boston, lors de la vente posthume Ranshaw du 9 février 1943, ces miniatures furent vendues ensemble (lot 106). Grete Ring, Arthur Kauffmann et Raphael Rosenberg firent l’acquisition de ce lot, soit de quatre miniatures chacun et revendirent les quatre dernières à un collectionneur privé, F. Springell. Ces quatre dernières furent vendues chez Sotheby’s le 28 juin 1962 (lot 48). Puis, en 1974, la miniature de l’Annonciation se retrouve parmi les trois décrites comme faisant partie de la collection Fielding Marshall à Chicago (Meiss, 1974, p. 406 et figure 814).
Acquisition en 1975 par Michal et Renata Hornstein, Montréal.
En cours d’acquisition, en 2017, par le MBAM. Promesse de don des héritiers Sari et Norbert Hornstein en l’honneur de leurs parents.
Exposition antérieure
Aucune.
Bibliographie
Dossier de recherche des institutions
Aucun.
Références et illustrations publiées
MEISS, Millard, French Painting in the Time of Jean de Berry: The Limbourgs and their Contemporaries, New York, Braziller, 1974, vol. texte, p. 406 et vol. planches, figure 814.
SCHILLING, Rosy, «An Unknown French Book of Hours (c. 1400)», Burlington Magazine for Connoisseurs, vol. 84, n° 490, janvier 1944, p. 20-24.
Ouvrages consultés
HOFMANN, 2014.
HEDEMAN, Anne D., «Entry 76. Leaves from a book of hours. Attrib. to atelier of Jacquemart de Hesdin (illuminator)», dans HAMBURGER, Stoneman, Eze, Fagin Davis et Netzer, 2016, p. 100.
RÉDACTION DE LA NOTICE
Brenda DUNN-LARDEAU.
Remerciements à Mara Hofmann et à François Avril pour leur avis sur cette miniature découpée.
1.Dans son article, R. Schilling analyse les huit miniatures des Heures de la Vierge, les six des Heures de la Croix ainsi que les figures de David en prière et de saint Christophe.
2.De fait, cette Annonciation ainsi qu’une Visitation et un saint Christophe ont été attribués au Maître de Troyes par M. Meiss (1974).
3.Ces cinq miniatures ont été attribuées par Meiss (1974, p. 406) à un autre peintre, probablement de l’est de la France, lié de loin au Maître du bréviaire de Jean sans Peur. Elles se trouvent au Los Angeles County Museum (la Nativité, L.A. County Museum of Art, MS 47.19.1) et au Boston Fine Arts Museum (l’Annonce aux bergers, la Trahison de Judas, la Descente de la Croix et la Mise au Tombeau, Boston, Fine Arts Museum, MS 43.212-15). Ces quatre dernières miniatures ont récemment été réattribuées à l’atelier de Jacquemart de Hesdin, très proches du Pseudo-Jacquemart, un de ses collaborateurs, par Anne D. Hedeman dans le catalogue d’exposition Beyond Words (2016, notice n° 76, p. 100), laquelle mentionne 12 et non 16 miniatures vendues en 1943 comme l’indique pourtant le site du Museum of Fine Arts de Boston, lequel se fonde sur les recherches de 2003 de Lisa Fagin Davis, citées en détail dans le blogue de Peter Kidd du 16 mars 2016 (voir section «Provenance et marques de possesseurs» plus loin).
Figure 3.1.
La Présentation au Temple
MBAM, 191.2016.1-2v
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[La Présentation au Temple]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Folio d’un livre d’Heures manuscrit
LANGUE
Latin
USAGE LITURGIQUE
Usage de Besançon
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1400-1415, Paris
ARTISTE OU ATELIER
Atelier du Maître de Luçon (ou Maître d’Étienne Loypeau)
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, MBAM, 191.2016.1-2
NOTICE 3
La Présentation au Temple
MONTRÉAL, MBAM, 191.2016.1-2
PRÉSENTATION
Cette enluminure de la Présentation au Temple (figure 3.1) est un exemple du style gothique international, ou gothique tardif, apparu vers la fin du XIVe siècle et commun à plusieurs pays européens. D’après des enluminures comparables et identifiées comme étant du Maître de Luçon (ou Maître d’Étienne Loypeau)¹, la peinture de la Présentation est attribuable à son atelier, ce qui est confirmé ici par la couleur de la robe² de la Vierge.
L’Évangile selon saint Luc (2, 22-40) rapporte que Marie et Joseph, conformément à la loi juive, présentèrent Jésus au temple quarante jours après sa naissance. Pourtant, dans cette composition³ sur fond losangé, typique du Maître et de son atelier, Joseph est absent. Derrière l’autel blanc orné de feuilles d’acanthe peintes en or, Siméon, aux traits nets et à la longue barbe grise, fait office de grand prêtre. Vêtu d’une chape verte, il tend avec précaution ses bras drapés de blanc vers l’Enfant nu tenu par Marie. Mais celui-ci semble réticent. Peut-être craint-il la circoncision? La prophétesse Anne, vêtue de rouge et coiffée de la guimpe portée par les femmes âgées, tient un panier doré contenant trois colombes, même si l’offrande prescrite est de deux. Marie, au visage un peu inquiet, portait à l’origine un manteau bleu sur sa robe rose, bien que, pour une raison inconnue, une grande partie du bleu ait été enlevée par grattage.
Dans la mise en page du texte, la justification de droite n’est pas respectée par le copiste; les baguettes, tant au recto qu’au verso, doivent contourner un mot qui déborde de la réglure. Et selon un trait typique du début du XVe siècle, le décor de la bordure inférieure empiète sur l’espace normalement réservé au texte. Enfin, le texte latin en lettres gothiques du verso (figure 3.2) est celui de l’heure de None des Heures de la Vierge.
Le recto se termine par une oraison à saint Jean évangéliste, ce qui serait une particularité textuelle de Besançon, dont Jean est le saint patron. Chose à souligner, l’oracio de ce feuillet détaché se retrouve mot à mot dans Matines, Tierce et Vêpres du manuscrit régional 156 de McGill, alors que Prime, Sexte et None de ce même livre d’Heures en présentent des variantes⁴.
Connu pour avoir été actif à Paris, le Maître de Luçon a aussi travaillé, à partir de 1406, pour des patrons, tels que Jean, duc de Berry, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Outre cela, par rapport aux 21 livres d’Heures connus qu’il a réalisés⁵, l’existence de ce folio détaché, attribué à son atelier, offre un nouveau témoin, inconnu jusqu’ici, de l’étendue de sa renommée grâce à l’oraison finale à l’usage de Besançon qui clôt Sexte.
DESCRIPTION
Description matérielle
RECTO: parchemin; 18,5 × 13,3 cm; justification: 10,2 × 6,3 cm; réglure très fine; 16 lignes de réglure (mais 12 écrites, dont une rubriquée en rouge); une colonne; encres noire et rouge, détrempe, feuille d’or; écriture gothique.
Figure 3.2.
Heures de la Vierge, fin de Sexte
MBAM, 191.2016.1-2r
VERSO: support, dimensions, justification et réglure identiques au recto; cinq lignes d’écriture; une colonne; encre noire et encre d’or, détrempe, feuille d’or; écriture gothique.
Description abrégée du décor
RECTO: deux lettrines ornées bleu et rose sur deux lignes à la panse fleurie ornée de tiges de feuilles de lierre trilobées rouges ou bleues rehaussées de blanc, le tout posé sur un champ d’or; un bout-de-ligne en forme de baguette bicolore bleu et rose rehaussé de motifs filigranés blancs et orné d’une séparation à la feuille d’or en forme de pastille; deux rubriques à l’encre rouge. Décoration sur quatre marges sous forme de tiges de lierre à l’encre noire aux feuilles trilobées en feuille d’or et aux fleurs stylisées bleues aux extrémités. Dans la marge extérieure, les tiges s’élancent des extrémités des lettrines. Dans la marge intérieure, les tiges ont comme point de départ une baguette d’encadrement verticale champie en or, bleu et rouge aux extrémités trilobées.
VERSO: lettrine D rose ornée, sur trois lignes, à la panse fleurie ornée d’une tige bleue de feuilles de lierre trilobées rouges, le tout filigrané de blanc et posé sur un champ d’or. Deux initiales champies en or sur une ligne, à la panse rose et posées sur un champ bleu, le tout filigrané de blanc. Deux bouts-de-ligne en forme de baguettes bicolores rose et bleu rehaussés de filigrane blanc et ornés de séparations à la feuille d’or en forme de pastilles et de triangles. Décoration marginale sur quatre côtés: la lettrine D donne naissance à la baguette épaisse en or décorée d’une frise florale bleu et rouge rehaussée de blanc; la marge inférieure pénètre dans l’espace délimité par la baguette d’encadrement. Miniature de mi-page représentant la Présentation au Temple qui est encadrée d’un double filet bleu et or. Des extrémités de la baguette jaillissent des rinceaux d’or décorés de tiges filiformes et de vrilles à l’encre noire aux feuilles de lierre en or et fleurettes stylisées bleues qui remplissent les bordures.
Contenu textuel
RECTO: Heures de la Vierge, fin de Sexte. Incipit: Concede misericors deus; rubrique: oracio; explicit: ad dona perveniat sempiterna per.; rubrique: ad nonam.
VERSO: début de None. Incipit: Deus ad adiutorium; explicit: et spiritui sancto.
État physique
Feuillet complet avec pertes picturales à la suite du grattage du bleu.
Provenance et marques de possesseurs
Achat par Michal et Renata Hornstein en 1971. En cours d’acquisition par le MBAM en 2016. Promesse de don des héritiers Sari et Norbert Hornstein en l’honneur de leurs parents.
Exposition antérieure
Aucune.
Bibliographie
Dossier de recherche des institutions
Aucun.
Référence et illustrations publiées
DUNN-LARDEAU, Brenda, «Notice», dans Guide du Musée des beaux-arts de Montréal, t. III (à paraître).
Ouvrages consultés
HOFMANN, 2014.
MILMAN, Miriam, Les Heures de la prière. Catalogue des livres d’heures de la bibliothèque de l’abbaye d’Einsiedeln, Turnhout, Brepols, 2003.
VILLELA-PETIT, Inès, «Notice 171, p. 279-280», dans Élisabeth Taburet-Delahaye, dir., Paris-1400. Les arts sous Charles VI, catalogue de l’exposition, Paris, Fayard / Réunion des Musées nationaux, 2004.
Sources documentaires en ligne
DRIGSDAHL, Books of Hours.
Oxford pour «Luçon Master».
RÉDACTION DE LA NOTICE
Brenda DUNN-LARDEAU avec la collaboration d’Helena KOGEN.
1.Selon I. Villela-Petit, cet enlumineur «resta longtemps attaché à des formules de la fin du XIVe siècle (sobriété des compositions, fonds mosaïqués, sols nus) […]. Ses personnages sont vêtus de couleurs unies, en nombre limité, mais les drapés amples et chantournés leur donnent une élégance sculpturale» (Villela-Petit, 2004, notice 171, p. 280).
2.À propos du manuscrit de l’abbaye d’Einsiedeln 642 / 1282 associé à ce même maître, M. Milman relève «la nuance de rose du vêtement de la Vierge […], visible souvent dans des œuvres exécutées par son atelier ou par son entourage» (Milman, 2003, p. 108).
3.La composition de l’image est très proche de la tradition bisontine. Voir la notice 33 de ce catalogue.
4.Voir E. Drigsdahl (en ligne) pour les particularités de l’usage de Besançon et la notice 33 de ce catalogue (ms. 156 de McGill) pour cette oraison bisontine, partie finale des Suffrages à Jean, et ses autres variantes textuelles.
5.Voir par exemple les Heures à l’usage de Bourges (Londres, Brit. Libr., MS Yates Thompson 37) et celles à l’usage de Rennes (Philadelphie, Free Library, MS Widener 4).
Figure 4.1.
Extrait des Sept requêtes à Notre Seigneur
McGill, LRCS, MS 235v
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[Sept requêtes à Notre Seigneur (extrait)]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Folio d’un livre d’Heures manuscrit
LANGUES
Moyen français et deux incipits en latin
USAGE LITURGIQUE
Indéterminé
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1400-1420, Paris
ARTISTE OU ATELIER
Atelier anonyme de Paris
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, McGill, LRCS, MS 235
NOTICE 4
Extrait des Sept requêtes à Notre Seigneur
MONTRÉAL, MCGILL, LRCS, MS 235
PRÉSENTATION
Ce feuillet décoré de bordures aux rinceaux de lierre parsemés d’élégantes fleurettes contient un extrait en français des Sept requêtes à Notre Seigneur, une prière souvent ajoutée au contenu textuel typique d’un livre d’Heures, où elle suit d’habitude le texte des Quinze joies de la Vierge (Wieck et al., 1988, p. 103-104). Le dévot y implore la miséricorde divine en souvenir des moments de grâce qui ponctuaient le ministère du Christ, depuis l’Annonciation jusqu’à l’épisode du bon larron. Chaque requête débute par l’apostrophe «Biau sire dieu, regardes moy en pitié en l’onneur de celui regart…» et se termine par un Pater noster. Le présent folio contient la fin de la première requête, la deuxième dans son intégralité ainsi que le début de la troisième.
La décoration, notamment le mélange des tiges grasses de lierre aux feuilles multicolores avec des rinceaux plus minces à l’encre noire et aux feuilles dorées (figure 4.1), permet de dater ce folio des toutes premières décennies du XVe siècle, les feuilles de lierre en couleur disparaissant définitivement à partir des années 1420 (Hofmann, 2014, p. 92). La présence des séparations de formes diversifiées qui ornent les bouts-de-ligne corrobore cette datation. Des éléments de décor semblables peuvent être observés dans un folio détaché du MBAM, le manuscrit des Sulpiciens (voir notices 3 et 32 de ce catalogue), ou encore dans le livre d’Heures à l’usage de Paris conservé en Californie à San Marino¹, tous copiés en France au début du XVe siècle. Dans ce dernier manuscrit, il y a également des baguettes aux extrémités en fer de lance, des fleurs de forme conique tout comme dans le manuscrit de McGill (figure 4.2), même si ce dernier trait figure aussi dans la décoration brugeoise².
DESCRIPTION
Description matérielle
RECTO: parchemin; 12,0 × 16,3 cm; cadre de justification: 6,0 × 9,0 cm; réglure à la pointe sèche; 12 lignes sur 1 colonne; encre noire pâlie, détrempe, feuille d’or; écriture gothique.
VERSO: même style que le recto, nombre «27» écrit au crayon au coin inférieur droit.
Description abrégée du décor
RECTO: initiale «B» champie sur deux lignes, corps rouge, panse ornée de feuilles de lierre trilobées rouges, le tout rehaussé de filigrane blanc, sur un fond en or bruni rectangulaire; les anses de l’initiale se prolongent en formant une baguette latérale à une extrémité en fer de lance de la bordure; initiale «P» champie sur une ligne, corps en or à la panse rouge et le fond bleu; deux bouts-de-ligne champis sous forme de baguette mi-partie rouge et bleu avec des séparations en or de forme ronde, triangulaire et cordiforme. Décoration marginale sur trois côtés sous forme de rinceaux de lierre à l’encre noire aux feuilles trilobées, pignons hérissés, vrilles et minuscules besants en or bruni, ainsi que deux fleurettes bleu et vert qui fusent des extrémités de la baguette latérale de la bordure et de la grande initiale.
VERSO: initiale «B» champie sur deux lignes, corps bleu, panse ornée de feuilles de lierre trilobées rouge et bleu, le tout rehaussé de filigrane blanc, sur un fond en or bruni rectangulaire; les anses de l’initiale se prolongent en formant une baguette latérale dont une extrémité est en forme de fer de lance, tandis que l’autre est fourchue; initiale «P» champie sur une ligne, corps en or à la panse bleue et au fond rouge, le tout rehaussé de filigrane blanc; bout-de-ligne champi sous forme de baguette mi-partie rouge et bleu rehaussée de filigrane blanc, avec deux séparations rondes en or. Décoration marginale sur trois côtés, même style que le recto, avec une tige grasse de lierre en or aux feuilles dorées et multicolores et l’une des deux fleurettes bleu et vert se terminant par une forme conique rouge.
Figure 4.2.
Extrait des Sept requêtes à Notre Seigneur
McGill, LRCS, MS 235r
Contenu textuel
Extrait des Sept requêtes à Notre Seigneur, fin de la première requête, la deuxième requête et le début de la troisième.
RECTO: incipit: «[seg]neur et en la remembrance»; explicit: «en honneur de celui», suivi de l’incipit de la prière Pater noster.
VERSO: incipit: «regart dont vous»; explicit: «regardez ceulx qui», suivi de l’incipit de la prière Pater noster.
État physique
Feuillet rogné sur deux côtés; traces de colle et décoloration sur les contours extérieurs du feuillet.
Provenance et marques de possesseurs
Don vers 1984 de Richard Pennington, bibliothécaire universitaire de McGill de 1947 à 1965.
Exposition antérieure
Aucune.
Bibliographie
Dossier de recherche des institutions
Aucun.
Référence et illustrations publiées
Aucune.
Ouvrages consultés
HOFMANN, 2014.
WIECK et al., 1988.
RÉDACTION DE LA NOTICE
Helena KOGEN et Brenda DUNN-LARDEAU.
Remerciements à Richard Virr pour les renseignements sur la provenance de ce folio.
1.Ce manuscrit (HM1142), qui se trouve à la Huntington Library, est consultable en ligne:
2.Voir la notice 40 de ce catalogue (ms. 98 de McGill) pour des fleurs aux extrémités coniques.
Figure 5.1.
Extrait de Laudes. Lettrine L champie et chantournée
McGill, LRCS, MS 198v
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[Laudes (extrait)]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Folio d’un livre d’Heures manuscrit
LANGUE
Latin
USAGE LITURGIQUE
Usage de Rome
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1420-1430, Pays-Bas méridionaux
ARTISTE OU ATELIER
Anonyme
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, McGill, LRCS, MS 198
NOTICE 5
Extrait de Laudes
MONTRÉAL, MCGILL, LRCS, MS 198
PRÉSENTATION
Dans les livres d’Heures, Laudes est la prière du cycle de l’Enfance, dite la nuit ou en se levant, qui est accompagnée de la miniature de la Visitation où Marie rend visite à sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste.
Ce folio (figure 5.1 et 5.2) présente un extrait de la fin d’un cantique qui exalte la création divine et le début d’un psaume de louange cosmique à Yahvé¹. Même si ce folio ne comporte pas toutes les prières-clés qui permettent de déterminer son usage liturgique, cet extrait correspond mot à mot à celui de Rome.
Le décor secondaire du folio est caractérisé par une lettrine sur deux lignes avec ses saillies et des initiales filigranées sur une ligne (figure 5.1), ce qui le rapproche d’un livre d’Heures en latin et en flamand conservé à Paris². Toutefois, un autre rapprochement plus satisfaisant peut être fait avec le ms. 189 / 2v de ce catalogue (notice 12), car non seulement les filigranes qui débordent dans la marge possèdent-ils cette succession de petits nœuds avant la dernière grande boucle et la même alternance de couleur des initiales sur une ligne, mais ces deux manuscrits sont copiés en gothique rotunda³, ce qui permet de resserrer la datation du folio 198, malgré la longue période durant laquelle ce type de décor secondaire a prévalu.
DESCRIPTION
Description matérielle
RECTO: parchemin; 9,7 × 7 cm; justification: 5,4 × 3,5 cm; réglure à l’encre rouge pâle; 14 lignes d’écriture; une colonne; encre brune, rubrique à l’encre rouge, encres de couleur, feuille d’or; écriture gothique rotunda; foliotation moderne au crayon: 55.
VERSO: identique au recto.
Description abrégée du décor
RECTO: initiale sur une ligne en feuille d’or filigranée de noir; deux initiales bleues sur une ligne, filigranées de rouge; initiale légèrement rehaussée de rouge du mot Benedicta; bout-de-ligne en forme de tilde à l’encre rouge.
VERSO: initiale «L» sur deux lignes, cette lettre champie en feuille d’or est posée sur un fond rose pour le pourtour et bleu pour la panse; ces fonds sont rehaussés de blanc; trois des saillies de cette lettre chantournée se terminent avec un filigrane dont un très long se déployant dans la marge jusqu’au milieu du folio; deux initiales bleues sur une ligne filigranées de rouge; deux initiales sur une ligne en feuille d’or rehaussées de noir et dont le filigrane se déploie légèrement dans la marge tant vis-à-vis de ces initiales que par-dessus et sous ces dernières. Initiale légèrement rehaussée de rouge du mot Pulchra.
Contenu textuel
Extrait de Laudes (fin du Benedicite et début du psaume 148 Laudate Dominum).
RECTO: incipit: de D[omi]no. Benedicite Anania, Azaria, Misæl d[omi]no; explicit: vite co[mmun]icauimus; rubrique: ant[iphona].
Figure 5.2.
Extrait de Laudes
McGill, LRCS, MS 198r
VERSO: incipit: Ant. Pulchra; explicit: ipse mandauit; rubriques: an[tiphona], ps[almus].
État physique
Feuillet complet et traces des coutures de la reliure.
Provenance et marques de possesseurs
Acquis auprès de Dawson’s Book Shop à Los Angeles, grâce au fonds des «Friends of the Library» en 1941, au coût de 2 $ (Virr, 2016, p. 100).
Exposition antérieure
Aucune.
Bibliographie
Dossier de recherche des institutions
Notes de D. Hatzopoulos, McGill, LRCS.
Référence et illustrations publiées
VIRR, 2016.
Ouvrages consultés
MUZERELLE, 1985, p. 172-173 (point 561.15) et figure 275.
WATTEEUW, Lieve et Catherine Reynolds, dir., Catalogue of Illuminated Manuscripts Museum Plantin-Moretus Antwerp, Paris, Leuven, Walpole, MA, Peeters Publishers, 2013, n° 90.
RÉDACTION DE LA NOTICE
Brenda DUNN-LARDEAU.
1.Le cantique Benedicite omnia opera Domini, tiré du Livre de Daniel (3, 57-88), est cité à partir du verset 88. Ce chant aux reprises incantatoires est suivi du début de la louange à Yahvé du psaume 148 Laudate Dominum.
2.Le manuscrit Arsenal 565 daté du XIVe siècle, à l’usage de Gand, a appartenu au marquis de Paulmy et est accessible en ligne sur Gallica; voir le fol. 24v. Un autre exemple tardif, mais moins fin pour la lettrine et les initiales filigranées avec de petites boucles dans la marge, se trouve dans un manuscrit du milieu du XVe siècle des Pays-Bas méridionaux décrit dans Watteeuw et Reynolds (2013, p. 254-255, notice n° 90).
3.À la différence que le ms. 189 s’étend sur 15 lignes et le 198 sur 14.
Figure 6.1.
Extrait des Litanies avec plusieurs noms de saintes liées à la collégiale Sainte-Waudru de Mons et anciens bouts-de-ligne visibles
McGill, LRCS, MS 99, fol. IIr
TITRE POUR LE FOLIO OU LA SCÈNE
[Litanies (extrait)]
NATURE OU GENRE DE L’ARTÉFACT
Bifeuillet d’un livre d’Heures manuscrit
LANGUE
Latin
USAGE LITURGIQUE
Usage du Hainaut
DATE ET LIEU DE RÉALISATION
Vers 1420-1430?, Hainaut
ARTISTE OU ATELIER
Anonyme
LIEU DE CONSERVATION ET COTE ACTUELLE
Montréal, McGill, LRCS, MS 99
NOTICE 6
Extrait des Litanies
MONTRÉAL, MCGILL, LRCS, MS 99
PRÉSENTATION
Ce bifeuillet (folios I et II) provient du milieu d’un cahier d’un livre d’Heures et contient un extrait des litanies, qui offrent des indices déterminants pour la localisation et la datation des manuscrits des livres d’Heures¹. Tel est précisément le cas pour ce bifeuillet détaché².
Celui-ci, qui débute au milieu de la liste d’invocations aux martyrs (fol. Ir), se poursuit par celles aux confesseurs (fol. Irv), puis par une liste au nombre assez impressionnant de saintes vierges et veuves (fol. IIrv). L’extrait se termine (fol. IIv) par une série de trois suppliques relativement courtes en ab pour être délivré de tout mal, des pièges du diable, de la mort subite, ainsi que par six invocations en per³ qui demandent l’aide du Seigneur en rappelant les principaux événements de sa vie (sa nativité, sa passion, sa résurrection, etc.).
Dans ce cas-ci, les litanies contiennent les noms de plusieurs saints vénérés dans le Hainaut: Amand (de Maastricht ou de Wintershoven)⁴, Servais, évêque de Tongres, Remacle de Maastricht, Hubert de Tongres (ou de Liège). Plusieurs saints de cette litanie se rattachent à la légende dite du «cycle des saints de Maubeuge⁵» qui gravite autour de Vincent Madelgaire, abbé
