Les porteurs d'espoir
Par Gisèle Larouche
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À propos de ce livre électronique
À quinze ans, Rose choisit sa destinée en acceptant d’épouser le beau Léon Larouche, son voisin d’en face. Alors qu’elle espère un loyer en ville, avec toutes les commodités, son mari rêve de grands espaces, d’air pur et de liberté. Résignée, elle le suit au creux de la forêt, jusqu’au lot de colonisation qu’il a acheté
du gouvernement.
Dans leur rustique maison en bois rond, au cœur de la nature sauvage, les jeunes amoureux doivent s’inventer une vie avec bien peu de moyens. La solitude, la pauvreté et le dur labeur sont leur pain quotidien. Léon fait tout pour que sa femme s’adapte à sa nouvelle réalité, mais cette dernière se sent vite écrasée par l’ampleur du sacrifice. La terre est parfois si ingrate, si exigeante.
Au fil des saisons, Rose enchaîne les grossesses et apprend à composer avec ce qu’elle ne peut changer. Elle garde la foi, s’occupant vaillamment de son homme et de ses enfants, dégustant le bonheur à petites bouchées.
Dans le rang 8, à Saint-Nazaire, les Larouche se feront porteurs d’espoir. La terre qu’ils auront défrichée à la sueur de leur front sera celle de leurs racines, le legs de leur amour indélébile…
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Aperçu du livre
Les porteurs d'espoir - Gisèle Larouche
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre : Les porteurs d’espoir / Gisèle Larouche
Nom : Larouche, Gisèle, 1947- , auteure
Identifiants : Canadiana 20240011058 | ISBN 9782898043383
Classification : LCC PS8623.A7642 P67 2024 | CDD C843/.6–dc23
© 2024 Les éditions JCL
Illustration de la couverture : Maxime Bigras
Les éditions JCL bénéficient du soutien financier de la SODEC
et du Programme de crédit d’impôt du gouvernement du Québec.
Édition
LES ÉDITIONS JCL
editionsjcl.com
Distribution au Canada et aux États-Unis
MESSAGERIES ADP
messageries-adp.com
Distribution en France et autres pays européens
DNM
librairieduquebec.fr
Distribution en Suisse
SERVIDIS
servidis.ch
Imprimé au Canada
Dépôt légal : 2024
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Bibliothèque nationale de France
À toi, ma petite-fille.
À toi, mon petit-fils.
Je veux te dire d’où je viens, parce que toi aussi tu viens de là.
Je veux te dire notre terre, nos racines, la beauté d’un paysage,
la force et le courage d’ancêtres bâtisseurs d’un pays dont tu as perdu la trace.
Je veux comprendre avec toi d’où leur venait cette capacité de trouver le
bonheur malgré la pauvreté, le travail acharné, l’adversité et les rêves écorchés.
Je veux te proposer ce legs qu’ils m’ont transmis et qui me permet
d’aimer la vie et de faire face aux défis et aux mystères qu’elle pose.
C’est ce que j’ai de plus précieux pour toi.
Je veux t’entraîner sur la terre du rang 8 où je suis née
et t’y laisser t’asseoir sur une souche.
1918-1925
1
Saint-Cœur-de-Marie, Lac-Saint-Jean
Hiver 1918
Il neige à plein ciel dehors. Le vent se faufile par les petites fentes tout autour de la porte. La maison est silencieuse.
Une clochette retentit dans le matin glacial. Le son secoue Rose d’un long frisson qui n’a rien à voir avec le froid qui règne dans la pièce. Sûrement encore le corbillard.
Qui est la victime, cette fois ? Juste à y penser, son cœur se serre. À pas feutrés, en jaquette de coton blanc, Rose se précipite à la fenêtre :
— Viens voir, Cécile. Il arrive du fond du rang.
Allongée dans le lit que les deux fillettes partagent, Cécile, la cadette, remonte la courtepointe par-dessus sa tête avant de répondre :
— J’veux pas y aller. J’ai trop peur que ce soit Laura.
— Attends qu’y passe devant la maison et j’vas te dire si c’est elle.
Rose fait le guet, se dandinant d’un pied à l’autre pour se réchauffer. La tension est intolérable.
— Y’a le cheval qui tire une sleigh pis, dessus, y’a deux tombes : une toute petite blanche, trop petite pour ton amie, et une grande brune… J’crois pas que c’est Laura.
Rose remercie le ciel. Puis, elle se sent plutôt coupable d’être ainsi soulagée alors qu’un bébé et son parent viennent de mourir. Elle s’empresse de faire un signe de croix. Il n’y aura pas de service funèbre pour eux, juste une simple bénédiction dans le portique de l’église entre les deux portes. Il faut vite enterrer les dépouilles pour limiter la contagion. Quelle tristesse !
Depuis une semaine, les deux fillettes de six et huit ans sont fiévreuses malgré le sac de coton blanc attaché à leur camisole, avec une grosse épingle à couche. Leur mère avait placé ce morceau de camphre pour leur éviter cette terrible maladie qui se propage à une vitesse folle. On l’appelle la grippe espagnole, apportée par les soldats qui reviennent de la guerre. Quelques jours de fièvre qui dégénère en une pneumonie ou une pleurésie trop souvent fatale.
Devant l’ampleur de l’épidémie, les commissaires ont décidé de fermer l’école, mais trop tard pour Rose et sa petite sœur.
— Quel beau congé on aurait eu si on avait pu jouer ! avaient déploré les fillettes.
Occupée à suivre le passage du sinistre cortège devant la maison, Rose n’entend pas le bruit de pas annonçant l’arrivée de sa mère. Au crissement de la porte s’ajoute une exclamation :
— Rose ! Mais qu’est-ce que tu fais debout avec ta fièvre ? Retourne te coucher tout de suite. Tu vas empirer ton mal.
Après tous les efforts déployés par sa mère pour les soigner, Rose regrette de l’alarmer ainsi. Elle court si vite se cacher sous les couvertures qu’elle ne sent pas le plancher froid sous ses petits pieds nus. Blottie sous la courtepointe, elle se mordille la lèvre et baisse des yeux fautifs.
Pendant que Noémie change leurs cataplasmes de moutarde, Cécile ne peut taire sa peur.
— Maman, est-ce qu’on va mourir nous autres aussi ? pleurniche-t-elle.
— Je t’interdis de penser à ça. J’vas vous soigner et j’laisserai jamais ce mal-là vous emporter. J’prie pour vous et priez aussi. Et j’veux que vous dormiez.
— Mais c’est le matin ! réplique Rose.
— Vous en avez besoin pour gagner des forces alors pus un mot et buvez ce bouillon de poulet. Faites attention, c’est chaud !
Les petites obéissent en tenant les tasses de fer-blanc du bout des doigts. Rose ne voudrait pas troubler davantage sa sœur, qui semble être quelque peu réconfortée, ni contrarier sa mère, mais elle se demande comment celle-ci pourra garder le malin dehors.
Après un court silence, elle ose poser la question qui lui trotte dans la tête :
— Mais pour Rémi, vous avez laissé ça arriver…
— Quoi ?
— Ben, vous êtes allée le soigner tous les soirs la semaine dernière et vous disiez à papa : « Ce serait trop injuste que la grippe emporte l’aîné des Bergeron, y’est tellement beau et fort », mais y’est mort pareil.
— Ma petite fille, j’fais ce que j’peux, mais le reste est dans les mains du Bon Dieu. Ayez confiance. J’vous assure que vous allez guérir, mais pour ça, vous devez vous reposer. D’accord ?
— Oui, maman.
— Alors nous, on est protégées ? demande encore Cécile, mais ses mots se perdent dans une quinte de toux creuse.
* * *
Les deux petites semblaient d’abord reprendre des forces, mais, en fin de journée, leur température n’a cessé de monter. Elles n’ont presque rien avalé pour le souper. Elles se plaignent d’avoir la gorge en feu. Noémie fait la navette de la chambre à l’évier où elle garde des chiffons froids qu’elle leur dépose à tour de rôle sur le front.
Malgré la façade de courage qu’elle affiche devant ses filles, consciente de son impuissance, elle ne peut s’empêcher d’implorer le ciel dans un cri silencieux : Non, non, épargnez-les, mon Dieu, j’vous en prie ! Pas elles ! Pas elles.
Dans la garde-robe à la sortie de la maison, qu’elle a transformée en dispensaire, elle cherche un remède qui pourrait faire baisser la fièvre. Elle fait l’inventaire de son matériel, déplaçant les pots alignés sur les tablettes :
— Va falloir que j’aille au village pour racheter du sirop, de l’onguent camphré, pis du brandy. Une chance que j’ai des bonnes réserves d’herbes, annonce-t-elle à son mari qui vient de passer sa tête rousse dans l’embrasure de la porte.
— Noémie, y’est tard. T’as fait tout c’que tu pouvais. Reste pas là dans le fret, c’est toi qui vas tomber malade si tu continues. Viens me trouver.
La guérisseuse dépose le flacon qu’elle tenait à la main sur l’établi de fortune en s’écriant presque :
— Du bouillon ! Oréus, la moitié du rang est en train de mourir pis c’est tout ce que j’peux faire pour eux. Du bouillon ! Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter une calamité pareille ? J’peux rien faire. Rien !
— C’est pas vrai ! Tout le monde sait que tu te démènes, même trop à mon goût…
Il laisse sa phrase en suspens, comme s’il en avait long à dire.
La question de Rose résonne dans la tête de la soignante.
— Rémi avait seize ans, j’ai eu beau essayer des cataplasmes, des vapeurs d’eucalyptus, le frictionner avec de la boisson forte, lui donner du sirop. J’ai eu beau tout essayer, je l’ai juste regardé partir. Avec un être fragile comme le vieux Jérôme, qui n’avait pus de résistance, j’peux comprendre. Mais lui…
— T’étais là pour lui tenir la main, pour accompagner notre curé qui lui a administré les derniers sacrements, pour consoler la famille. Noémie, tu l’as aidé à partir tranquille.
L’espace d’un silence, un peu de sérénité ravive son regard, mais une larme glisse sur sa joue.
— Et mes filles, mes deux petites, ce que j’fais, c’est pas assez ! C’est pas assez !
Alors, il s’approche pour la serrer dans ses bras, des bras de fermier, solides, habitués de travailler. Juste au moment où elle commence à s’apaiser un peu, un vacarme les fait sursauter. Quelqu’un frappe à la porte comme s’il était pourchassé par le démon. Oréus ouvre en vitesse et un jeune homme se précipite dans la cuisine.
— Sapristi, Charles. T’as failli défoncer !
— C’est pôpa pis môman, madame Asselin. Ç’a empiré. Pis Denise fournit pus avec les petits qui pleurent. Ça fait plusieurs jours qu’a s’occupe de toute la trâlée, pis là, quand chus parti, était assise dans les escaliers, découragée. Jérôme sentait la couche à plein nez, mais a voulait pus y toucher, a avait trop peur de lui transmettre la maladie.
— Toi, tu peux l’aider. Changer une couche, ça s’apprend, mon gars.
— J’étais prêt à le faire, mais Denise dit qu’y faut que j’aille chercher le curé.
Le curé ! Les regards consternés de Noémie et Oréus se croisent.
— Jacqueline et Pierre, les deux ? Ça s’peut pas. Y’allaient pas si mal que ça à ma dernière visite.
— Madame Noémie, faut que vous veniez. Y’a juste vous dans le rang qui a le don de soigner. Le médecin est à Saint-Henri, y’est occupé.
Elle hésite. Oréus fait discrètement non de la tête.
— Charles, je voudrais t’aider, mais j’peux pas. Mes petites vont mal aussi, faut que j’reste icitte à soir. Dès qu’elles auront passé le pire, j’vas me rendre chez vous à’ course, j’te le promets.
Le garçon redresse les épaules. À douze ans, si ça continue, il sera bientôt chef de famille. Il en prend le rôle. Grand comme un homme, maigre comme une échalote, attriqué comme la chienne à Jacques, il toise à tour de rôle les adultes d’un regard vert intense.
— Demain, y seront pus là si vous venez pas, madame Noémie. Icitte, vous avez une grande fille qui peut veiller vos p’tites. Vous pouvez pas me dire non. Vous pouvez pas.
Noémie soutient ce regard implorant et désespéré le temps de quelques battements de cœur. Un battement pour Rose. Un battement pour Cécile. Et un dernier battement de plus pour elle-même, qui met toute sa famille en danger encore une fois en allant ainsi s’exposer à la maladie. S’il fallait que la santé de ses filles dégénère en son absence, elle ne pourrait jamais se le pardonner, et Oréus non plus. Il a les mâchoires serrées.
— J’ramasse mon sac et j’y vas. Toi, va chercher le curé. On va avoir besoin de sa connexion avec le Bon Dieu pour traverser cette nuit-là.
Les yeux embués, l’adolescent hoche la tête sans un mot, se coiffe de sa vieille tuque effilochée et, en sortant, se remet à courir.
* * *
Il est presque midi lorsqu’on entend enfin les pas lourds de Noémie dans le vestibule.
— Les enfants, allez au salon. J’veux personne dans’ cuisine.
Oréus n’a pas besoin de le répéter. Dans le temps de le dire, le seul bruit qu’on perçoit, ce sont les pleurs étouffés de Noémie qui se désinfecte de l’autre côté du mur. Il attend qu’elle ait remplacé sa jupe, son corsage et son tablier de soignante par une robe fraîchement lavée. L’eau de la pompe coule, elle se savonne les mains. En poussant un douloureux soupir, il la voit franchir la porte, les yeux rougis.
— Jacqueline et Pierre ?
Noémie hoche la tête puis l’interroge d’un air inquiet.
— J’crois que nos filles vont mieux. T’iras vérifier toi-même, mais Yvonne pense que la fièvre est tombée. Elle a épongé leurs fronts toute la nuit, notre grande, à ta place…
— Quoi ?
— Qui va nous protéger de c’te maudite maladie là, si tu vas partout où elle est en train de tuer ? Tu disais que tu pouvais rien pour eux pis t’as laissé nos gamines pareil. Tu veux savoir c’qui s’est passé ? Cécile a répété « Je veux ma maman » toute la nuit. Quand une enfant souffre, la seule personne qu’elle veut près d’elle, c’est sa mère. Ça, tu l’sais !
Oréus bien campé, les bras croisés, ses yeux bleus la défient de le contredire. Ses traits tirés prouvent qu’il vient de passer des heures d’inquiétude.
— Oréus, regarde-moi ben, pis dis-moi que tu penses que j’ai abandonné nos filles. Imagines-tu vraiment que j’leur avais pas déjà donné toutes les décoctions que j’connais ? Tu vois toutes les précautions que j’prends rien qu’pour rentrer dans’ maison. Dis-le-moi en pleine face si tu crois que j’néglige ma famille !
Le deuil, la fatigue et la rage la font trembler. Presque sans voix, elle ajoute :
— J’en ai mal au cœur, d’la souffrance, mais arrêter, j’peux pas. Comprends-tu ça ? J’peux pas les laisser mourir sans rien tenter !
D’un coup, le ton d’Oréus fléchit quand il avoue :
— J’me fais du mauvais sang. Si tu continues, j’vas finir par te perdre.
Il bat en retraite et se retourne sans un mot de plus. Il agrippe son chapeau sur le clou et sort.
Noémie entre dans la chambre où, au milieu du grand lit, reposent deux têtes ébouriffées, une brune et une châtaigne. Devant les yeux inquiets de ses petites malades qui la fixent, elle se demande si c’était une bonne idée de les installer au rez-de-chaussée pour faciliter les soins. Elles sont témoins de tant de choses… Elle fredonne quelques berceuses, espérant les calmer.
* * *
Le lendemain, Noémie profite de sa randonnée au village pour ramener M. le curé afin de prodiguer l’extrême-onction aux grands malades avec lui. Elle l’avait prévenu qu’elle viendrait le chercher après ses courses. Devant le presbytère, il l’attendait, en lisant son bréviaire. C’est avec empressement qu’il monte dans la carriole. Son air rigide, derrière ses lunettes noires, masque l’intérêt réel qu’il a pour ses paroissiens. Il se porte à leur secours au moindre appel.
En silence dans ce froid matinal, la drôle d’équipe circule devant les maisons toutes barrées. Le village est désert. Les gens se terrent. La peur les empêche de se déplacer, ce sont les aidants qui doivent le faire. Une imposante affiche est placardée sur le mur de la taverne : fermé. Le curé, avec un petit rictus qui le trahit, passe son doigt derrière son col romain et lance :
— À toute chose, il y a du bon. Je voulais depuis longtemps voir disparaître ce lieu de désordre qui provoque la brouille dans bien des ménages. Et voilà, c’est réglé.
Il n’est pas un grand psychologue, mais semble avoir saisi le trouble de Noémie parce qu’il lui fait remarquer :
— Il me semble que vous n’êtes pas jasante aujourd’hui. Est-ce que ça va ?
Sa question la prend de court. La vieille jument attire l’attention en renâclant, ce qui lui donne le temps de réfléchir. Elle décide d’aborder ce qui la tracasse. Les cordeaux en main, elle regarde droit devant elle et se lance. Après tout, qui mieux que le curé peut lui être de bon conseil ?
— J’trouve de plus en plus difficile de faire mon travail et de vous accompagner. J’vois pas comment refuser de porter secours à mon entourage, mais Oréus fait pression pour que j’arrête mes « dangereuses sorties », comme y dit. Justement, mes deux petites filles sont malades et leur père pense que mon devoir est auprès d’elles.
Le prêtre tend une oreille attentive. Maintenant que la confidence est commencée, elle continue de se vider le cœur :
— Bon. Autant le dire, hier, on s’est disputés. Il est allé jusqu’à me culpabiliser comme si j’étais une mauvaise mère. Ça m’a profondément blessée.
Elle attend, espérant obtenir quelques lumières. Il réfléchit, le front barré d’un pli, puis déclare tout de go :
— Je comprends, mais on ne peut pas se passer de vous, madame Asselin. Laissez-moi faire, je m’en occupe.
Déjà, elle se demande si elle a bien fait de se confier. Elle doute que son mari soit heureux qu’elle ait mêlé le curé à leur différend…
* * *
Deux jours plus tard, alors que Noémie s’affaire à préparer des tartes, on frappe à la porte. Rose, qui s’apprêtait à sortir de la chambre, fait un pas de reculons. Sa mère ouvre.
— Monsieur l’curé ! Vous me surprenez tout enfarinée, s’exclame-t-elle, tout en s’essuyant les mains sur son tablier blanc avant de replacer une mèche qui s’échappe de son chignon. Ma maison est en désordre. Si j’avais été prévenue, j’vous aurais mieux reçu.
— Ce n’est pas ça que je suis venu voir. Je veux savoir comment vont tes petites.
— Leur rétablissement est long, mais elles sont solides.
— Et votre mari ?
— Il est dans le salon en train de faire ses comptes.
— Ne vous dérangez pas, je vais le saluer, s’impose-t-il en traversant la cuisine d’un pas vif.
Rose n’en revient pas. Le curé qui est chez eux en pleine semaine, il se passe quelque chose de grave, de très grave !
Depuis quelque temps, la tension qui s’est amplifiée entre ses deux parents ne lui a pas échappé et le danger auquel Noémie s’expose lui a fait oublier sa propre misère. Mourir à son âge, ça ne veut rien dire, mais perdre sa mère, ça, c’est un drame réel qu’elle peut facilement imaginer. S’il fallait que sa maman parte, qui s’occuperait d’elle ? Qui serait là quand elle reviendrait de l’école ? L’inquiétude qui la rongeait déjà fait maintenant des nœuds dans son petit ventre.
Pendant que sa mère va à la laiterie, sans doute pour chercher les ingrédients qui lui manquent pour terminer sa recette, Rose s’avance et se tient près de la porte entrouverte. Elle doit savoir. Le curé, qu’elle aperçoit de dos, est en train de sermonner Oréus, assis à son bureau :
— Ta femme n’a pas fini sa mission. On a un seul médecin pour plusieurs villages et il ne suffit pas à la tâche. Et moi, qui va m’accompagner pour les derniers sacrements si tu la retiens à la maison ?
Rose voit son père froncer les sourcils. C’est lui, d’habitude, le chef de famille, qui décide, et là il doit obéir au représentant de Dieu qui a, dit-on, un pouvoir encore plus grand que le sien. Le combat intérieur qu’il semble livrer durcit ses traits. Sa résistance n’échappe pas à son interlocuteur puisqu’il demande :
— Oréus, as-tu la foi ?
— Ben sûr, monsieur l’curé. Vous l’savez.
— Bien alors, fais-moi confiance. Je te dis qu’elle ne mourra pas. On a trop besoin d’elle.
Son père est muet. Il se lève, fait quelques pas dans sa direction, mais ne la voit pas. Il se passe la main dans les cheveux. Adoucissant un peu son propos, le prêtre ajoute :
— Je comprends que tu t’inquiètes, Oréus, mais on n’a pas le choix.
Lentement, son père hoche la tête.
— Bon. D’accord. J’vous laisse ça.
Quand elle entend sa mère venir, elle retourne vite à sa chambre et saute sur son lit avec une nouvelle légèreté.
— Cécile, on mourra pas et maman non plus. M. l’curé l’a promis.
— Ah !
La couverture remontée jusqu’au menton, Cécile la regarde de ses yeux ronds tout cernés.
* * *
Les deux petites malades ont traîné encore quelques semaines en toussant, reniflant, puis un bon matin, Cécile crie, enroulée dans les couvertures. Rose a envahi son espace, les jambes en travers du lit.
— Tasse-toi, tu prends toute la place.
— Mais je gèle. T’as toutes les catalognes. Donne-moi-z’en une !
Le ton monte jusqu’à ce que Noémie se tienne, les bras croisés, dans le cadre de la porte de chambre. Devant le spectacle de ses filles agrippées chacune à un bout de la courtepointe, son visage se détend et son regard devient lumineux. Enfin !
— Bon, j’vois que vous êtes revenues à la normale. De toute évidence, vous êtes sauvées. Alors on va ouvrir la fenêtre pour faire sortir cette odeur de maladie et vous allez ranger vos jouets. Quand vous aurez terminé, habillez-vous et venez me retrouver dans’ cuisine, j’ai des tâches pour vous enlever l’goût d’vous chicaner.
Après avoir enfilé un chandail de laine et une jupe de taffetas, Rose rejoint sa mère qui s’affaire à couper des carottes sur sa grosse planche de bois taillée dans une bûche d’érable. Avec un air triomphant, elle affirme :
— Maman, nous autres, on s’en est sorties, hein !
Puis, devenue songeuse, elle secoue la tête en ajoutant :
— Mais d’autres, non…
Ce fameux virus a tracé un sillon profond dans son cœur de huit ans qui ne comprend pas ce qui s’est passé, mais elle n’a pas l’intention de rester dans l’ignorance.
— Peux-tu m’aider à écosser les pois ? réplique sa mère qui ne semble pas vouloir aborder ce sujet.
Elle s’assoit devant le sac rempli du légume vert et, de ses doigts agiles, elle en fend la peau rêche pour en soutirer les grains qu’elle s’amuse à laisser tomber dans un bruit sec au fond du bol de métal. Toc-toc-toc, font les billes. En même temps, le petit hamster tourne dans sa tête. Elle décide de plonger directement :
— Maman, dites-moi, est-ce que…
Cécile arrive et lui coupe la parole :
— Maman, j’trouve pas mes bas bruns. Les avez-vous vus ?
Fini le bel échange. Avec un soupir contrarié, elle lance à sa sœur :
— Toi, t’es vraiment pas d’adon, à matin.
Et elle reste là, suspendue à un grand mystère… la vie, la mort, la foi. Pourquoi certains prient et vivent et d’autres prient aussi et meurent ? Quel est ce super pouvoir qu’a le curé ? Elle aurait tellement voulu que Rémi s’en sorte, ainsi que le bébé de sa voisine ! Elle est contente d’avoir été épargnée, mais pourquoi elle ?
Que de grosses questions pour une si petite tête !
2
Le soleil printanier a fait reculer la maladie, et la routine a repris son cours. Le magasin général est ouvert à nouveau, la taverne est remplie de clients encore plus assoiffés et les enfants sont retournés à l’école.
Rose est assise à son pupitre en avant de la classe. À sa gauche, quatre fenêtres à guillotine laissent entrer la lumière. Elle a choisi cette place en début d’année, d’abord pour ne rien manquer des explications de la maîtresse, et aussi pour se tenir loin des grands qui sont regroupés à l’arrière et saisissent toutes les occasions pour importuner les jeunes devant eux. Profitant du moment où Mlle Bérubé est tournée pour écrire au tableau noir accroché au mur, ils tirent une tresse, lancent une boule de papier chiffonné. Elle se félicite chaque jour pour son choix judicieux.
Ce matin, c’est son jour préféré. Le mardi, ils ont droit à l’histoire d’une sainte ou d’un saint lors du cours de catéchisme. Ces récits la captivent parce qu’elle aussi veut faire quelque chose de grand et de beau avec cette vie qui est sortie indemne de la terrible épidémie.
Le poêle à bois crépite doucement. Une bonne chaleur l’enveloppe. Elle enlève son gros chandail de laine, le dépose sur le dossier de sa chaise, puis elle est tout yeux, tout oreilles.
La maîtresse descend avec solennité de l’estrade où trône son bureau, elle s’arrête devant la première rangée de pupitres, puis elle commence, le regard pétillant :
— Aujourd’hui, je vais vous raconter l’apparition de la Vierge Marie aux enfants de Fatima.
Rose apprend que le 13 juillet dernier, la Vierge a été vue par trois jeunes bergers à Fatima, un petit village au centre du Portugal : Lucie, Jacinthe et François. Malgré les interrogatoires serrés du clergé, les articles sceptiques des journaux, les enfants maintiennent qu’ils ont bel et bien été en présence de la Madone toute vêtue de blanc qui leur a demandé de revenir le mois suivant pour prier pour la paix avec elle.
Avec force détails, la conteuse finit d’étoffer son récit et termine en disant :
— À travers les nouvelles désastreuses rapportées par les soldats blessés qui reviennent de la guerre, celle-là sème l’espoir dans le monde entier.
Puis, elle se tait. Que c’est beau ! Trois enfants qui sèment l’espoir dans le monde entier. Ses élèves sont suspendus à ses lèvres, on pourrait entendre marcher une fourmi. Même les grands ont détourné leur regard de la fenêtre, oubliant leur rêve d’être aux champs avec leur père.
Satisfaite de son effet, Mlle Bérubé laisse son message envahir lentement les cœurs sensibles. Rose la fixe encore un moment, attendant un mot de plus, puis elle hoche la tête en lançant vigoureusement ses deux tresses derrière ses épaules ; elle sait maintenant quoi faire. Elle se tourne vers son amie Simone qui, comme elle, a un sourire béat sur les lèvres.
Au fil des jours, malgré ses prières et sa serviabilité, la Vierge n’est pas apparue à Rose, pas plus qu’à ses amies qui espéraient aussi obtenir cette faveur. Mais elle sait que ce silence ne signifie pas forcément qu’elle n’est pas vue, entendue et aimée. Elle reste confiante.
* * *
Quelques mois plus tard arrive un samedi qui aurait pu être bien ordinaire, et pourtant… Il y a toute une fébrilité dans l’air. Chacun a mis son linge du dimanche. La maison est impeccable et Noémie a cuisiné la veille et toute la matinée. De la grande visite s’en vient.
— Rose, sors la belle nappe blanche, la coutellerie et le service de vaisselle avec un contour doré. Avant de placer les verres sur la table, mire-les au soleil pour être sûre qu’il ne reste pas de taches. Les enfants, j’veux que vous soyez polis et tenez-vous comme du monde. Oréus va enfermer le chien dans’ grange, j’veux pas l’entendre japper après nos invités.
Noémie passe en revue ses jeunes : retrace bien droite la raie dans les cheveux de Laurent, redresse la cravate de Philippe, met une boucle sur la queue-de-cheval de Cécile. Tout est fin prêt !
— Ils arrivent ! crie Raoul, à qui on a confié la tâche de surveiller et qui se tient devant la fenêtre depuis une heure.
On se rue vers la vitre. C’est Rosanna qui s’en vient les visiter avec ses deux prêtres et une religieuse. Ils n’ont pas vingt ans. Ils sont tous habillés d’une longue robe noire. Même la grand-tante, pour être en harmonie, a mis son costume gris. Ils entrent. Le silence se fait.
Le plus vieux porte des lunettes derrière lesquelles il ne peut dissimuler son doux regard. Le suivant semble plus espiègle avec une couette rebelle qui tombe sur son front intelligent. C’est en vain qu’il secoue la tête pour la remettre en place.
La novice cache ses mains dans ses larges manches. Elle rougit et baisse rapidement les yeux chaque fois qu’Oréus lui adresse la parole. Elle a encore des permissions de sortie parce qu’elle n’a pas prononcé ses vœux, mais bientôt, elle ne pourra plus franchir la porte du couvent pour ne pas être exposée aux tentations du monde.
De longs silences suivent les quelques phrases échangées. Noémie veut détendre l’atmosphère :
— Si on passait à la salle à manger.
Après la soupe aux pois arrivent deux poulets rôtis à point. Élevés sur la ferme, ils ont été tués pour cette grande occasion. Les légumes du jardin fraîchement cueillis relèvent toute la saveur et colorent chaque assiette de vert, de rouge, de jaune. Rose observe les visiteurs : ils sont bien éduqués, mangent lentement, pas de coudes sur la table, pas de bruits de vaisselle raclée.
Les jeunes répondent aux questions avec gravité et ne se joignent pas, sans y être priés, à la conversation des adultes.
— Bravo, ma sœur, tes enfants sont sages comme des images.
Rose n’est pas satisfaite. Elle veut parler. Elle s’agite sur sa chaise. Osera, osera pas.
— Moi, j’me demande…
Son père lui fait de gros yeux. Elle s’interrompt aussitôt et regarde les invités l’un après l’autre, cherchant de qui lui viendra un appui. En même temps, dans un geste précipité, elle étire le bras pour attraper le sel.
— Oh !
Son verre gît sur la belle nappe. La grand-tante s’est levée d’un bond pour éviter la coulée de lait qui se rend jusqu’à son assiette. La miche de pain est détrempée. L’attention de chacun se fixe sur Noémie qui s’empresse de tout éponger avec une serviette avant de tourner un visage irrité vers sa fille. Rose prononce un « excusez-moi » étouffé de gêne.
— T’en fais pas, ma p’tite. Tu t’en souviendras pus le jour de tes noces, lui lance Rosanna avec un clin d’œil.
Elle se fait invisible et ravale ses questions. Lorsqu’ils sont rendus au dessert, un gâteau des anges, bien sûr, les échanges bifurquent enfin vers l’objet de tant d’honneur :
— Quelle bénédiction d’avoir deux séminaristes et une fille au couvent ! soupire Noémie.
— Oui, j’t’avoue que j’sais pas ce que j’ai fait pour mériter tant de faveurs, mais j’suis pas mal fière de mes enfants.
La grande visite a fait une forte impression sur toute la maisonnée et sur Rose en particulier. Au moment du départ, alors qu’ils s’engagent sur la galerie, elle se retrouve, comme par hasard, près de l’invitée la plus accessible, la novice. Elle se risque à lui chuchoter :
— Je trouve ça beau ce que vous faites.
La jeune femme s’arrête pile. Puis, elle plonge la main dans la poche de sa longue robe et en ressort un petit évangile qu’elle lui donne avec un sourire
