A l'ombre perdue de la grande guerre
Par Adriana Voss
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A l'ombre perdue de la grande guerre - Adriana Voss
A l’ombre perdue
de la grande guerre
Adriana Voss
A l’ombre perdue
de la grande guerre
Les Éditions Chapitre.com
123, boulevard de Grenelle 75015 Paris
© Les Éditions Chapitre.com, 2015
ISBN : 979-10-290-0275-5
Carnet 1 : A l’ombre perdue de la grande guerre
Les images contrefaites des soldats invalides et des mutilés de la première guerre mondiale, qui revinrent du conflit en 1919, pas tout à fait sûrs d’avoir gagné la guerre, revenus comme ils l’étaient, pas tout à fait accueillis non plus, passée la joie du retour, comme ils auraient voulu l’être, nous ont conduits, à la lumière d’une expérience faite au service de leurs successeurs pour la loi française, devenus les « handicapés », que la loi, en 1987, comme en 1924, obligeait toujours à employer, à mener une enquête, personnelle et vagabonde, autour de cette expérience-là, vécue dans un groupe industriel français, soucieux, comme on le disait alors, de « l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap dans le milieu ordinaire de travail », conscient aussi du montant des « pénalités » encourues pour le non-respect de cette obligation d’emploi, imposée aux employeurs, par la loi du 10 juillet 1987.
Car toutes ces « pénalités » formaient un vrai petit trésor et bien des entreprises, aussi généreuses soient-elles, tentaient d’en éviter ou d’en récupérer la charge, en menant des actions au profit de ces insertions, et prévues par la loi pour les en exonérer. Des intervenants extérieurs se chargeaient de les aider, souvent devenus prospères en ce temps-là, sans que le législateur ne s’y oppose ; était-ce parce qu’il en captait aussi les bénéfices ?
Quant aux invalides, aussi courageux, aussi intelligents, aussi déterminés soient-ils, ces héritiers des « gueules cassées », qu’enfant, j’avais vus proposer dans les rues, sur leurs guérites posées à même le trottoir, les billets de tombola qui assuraient leur subsistance, et dont la Française des Jeux a repris le fructueux monopole, j’ai pu constater qu’ils n’étaient pas mieux traités, aujourd’hui, qu’ils ne l’avaient été, alors.
J’ai voulu comprendre pourquoi, saisie qu’une loi de la République, votée en leur faveur, ne leur en ait pas mieux réservé le privilège.
C’est ainsi que j’entamais, en 2007, une enquête surprise, laquelle en succédèrent six autres, selon les rencontres, les hasards, et les histoires fausses, dont je souhaitais me défaire, et dont je clos maintenant l’aventureux périple.
Je dédie les sept silencieux carnets de cet ouvrage aux combattants foudroyés de la Grande Guerre, à leurs descendants, en espérant qu’ils parleront d’eux-mêmes aux oreilles et aux cœurs des lecteurs d’aujourd’hui, invités à en partager les secrets.
Adriana Voss, mars 2015
VARIATIONS
AUTOUR D’UNE COÛTEUSE PÉNALITÉ{1}
On peut se demander pourquoi les 90 000{2} entreprises françaises de plus de 20 salariés assujetties à l’obligation d’emploi de 6 % d’handicapés acceptent de payer, sous forme de pénalités, pour le non-respect de cette obligation, la somme coquette de 424 millions d’euros à l’Agefiph{3}, prise sur leurs bénéfices, afin de « faciliter l’insertion en milieu ordinaire de travail » des 130 000 demandeurs d’emplois handicapés à la recherche d’un emploi, à plein temps et à durée indéterminée, chiffre bien limité, si on le compare aux 2 millions de chômeurs de catégorie équivalente{4}.
Il s’agit bien ici de « faciliter leur insertion », tâche dévolue encore en 2007, à l’ANPE{5}, financée par le contribuable et qui y trouve là sa raison d’être, au bénéfice de tous les demandeurs d’emploi.
La faible qualification de cette catégorie de demandeurs d’emploi (beaucoup d’ouvriers et d’employés, peu de cadres et techniciens), conjuguée avec leur handicap, les rend difficilement « employables », alors que la règle observée dans les entreprises en France, depuis le début des années 1980, est, pour accroître leur rentabilité, de se défausser de leurs vieux, de leurs malades, et de leurs indésirables, en les plaçant à la charge des systèmes collectifs de protection sociale - santé, famille, retraite - mis en place en France en 1945 à la Libération{6}, car c’est sur les employeurs que repose le système de protection sociale français, financé par les cotisations prélevées sur les salaires qu’ils versent à leurs salariés.
La présence des syndicats de salariés dans la gestion paritaire de ces systèmes ne peut qu’à la marge contrer cette puissante lame de fond : les syndicats ne disposant pas d’arme pour créer de l’activité, et offrir une alternative au chômage de masse, leur position, défensive, ne peut être que de l’aménager ou d’en différer les effets : c’est la raison essentielle pour laquelle la CFDT, qui s’en accommoda{7}, accéda au pouvoir syndical, quand la CGT, syndicat de travailleurs, refusa longtemps de s’y résoudre et persista à utiliser l’arme historique de la grève, qui, quoi qu’on en dise, est difficile à exercer quand on a peur de perdre son travail et de ne pas en retrouver.
Nous fûmes témoins de cette émergence, qui date de la crise de la sidérurgie de 1979, et dont la facture fut intégralement payée par les contribuables et les organismes de protection sociale (chômage, et retraite). La famille S., ainsi régénérée, se délesta d’une partie de l’héritage industriel qui avait fait la fortune du Comité des Forges et se consacra aux fonds d’investissements, dont la majeure partie placée en LBO{8}, l’eldorado - qui ne l’est plus mais qui a récemment multiplié la fortune de la famille par trois{9} - fait d’elle une partenaire active de la désindustrialisation française.
L’interlocuteur syndical privilégié devint la CFDT et les problématiques de reconversion et de ressources humaines prirent le pas sur l’héritage communiste du rapport de force et de la grève, permettant d’assurer, dans une relative et triste paix sociale, les vagues de licenciements massifs qui débutèrent à l’orée des années 80, scellant un héritage ouvrier centenaire, avec sa dignité et ses excès, ce qui facilita le retour de l’extrême droite en France, que l’on avait oubliée, mais qui ne cessa plus de progresser, comme s’aggravait le chômage.
Un contre-feu face au chômage, bien installé en France depuis près de 30 ans, aurait pu être mené, avec l’arme perdue du Fonds de Réserve des Retraites, créé par le gouvernement Jospin en 1994.
Utilement abondé, comme il était prévu, par les recettes des privatisations et par la participation des assureurs, les deux ayant fait défaut (seulement 1,6 milliards reçus des privatisations, qui ont rapporté au total 40 milliards d’euros, et 1 à 2 milliards promis et non reçus encore en octobre 2007, au titre des encours d’assurance-vie restés en déshérence (actuellement repris dans les bénéfices), instrument, qui, en Suède, est devenu le premier investisseur et le plus actif défenseur des intérêts suédois à l’étranger, a manqué à la France.
Il faut souligner qu’avec un taux de syndicalisation de 7 %, la France fait pâle figure auprès de la Suède, dont le taux est de 83 %, car en Suède, pour bénéficier des assurances chômage, il est nécessaire d’adhérer à un syndicat qui en assure la gestion.
Le mouvement ouvrier français refusa cette gestion directe, comme la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 lui en offrait l’opportunité, pour pouvoir ainsi financer les syndicats au titre de « missions d’intérêt général » et les détourner de la tentation révolutionnaire{10}. Mais on préféra le Grand Soir et la grève générale, à l’appel impérieux du Parti Ouvrier de Jules Guesde{11}, et c’est ainsi que les syndicats perdirent, à la fois, des adhérents et des moyens d’actions, conséquences que peu d’entre eux auraient alors pu imaginer.
Le fonds de réserve des retraites, passé sous le contrôle de la Caisse des dépôts, c’est-à-dire de l’Etat, aux investissements parfois hasardeux (affaire EADS) a de plus été régulièrement ponctionné par le gouvernement pour financer les 35 heures, puis la nouvelle prestation dépendance (APA{12}). Il ne disposait en juin 2007 que de 33,4 milliards d’euros, et ce chiffre est à comparer aux 200 milliards d’euros de retraite distribués chaque année en France.
Les abondants discours sur l’emploi et les imaginatives mesures préconisées depuis 30 ans par les pouvoirs politiques pour combattre le chômage ne peuvent empêcher de constater, in fine, que ce n’est pas la création de richesse, avec ses risques, qui a été recherchée, mais la « création de valeur », c’est-à-dire le bénéfice, et le plus confortablement possible, à l’abri des commandes publiques.
La haute fonction publique française qui, comme tous les fonctionnaires, bénéficie d’un statut inexpugnable, acquis très jeune, vers 25 ans, possède sa part dans cette situation. Certains corps d’Etat, auxquels sont offerts les leviers de l’économie{13}, grâce au « pantouflage » devenu la règle, mettent ainsi en œuvre un « capitalisme de connivence », sans que l’on puisse déterminer si ce capitalisme-là est exercé au bénéfice de la France, et des Français{14}.
Le « pantouflage » {15} se traduisant dans les faits par ce que l’on nomme aussi joliment le « parachutage », on a pu ainsi démontrer qu’en 2006, 12 % des entreprises cotées en Bourse étaient dirigées par d’anciens membres de cabinets ministériels, mais que ces entreprises étant les plus importantes, c’est en fait 65 % de la capitalisation boursière qu’ils dirigeaient, sans avoir au préalable gravi le moindre échelon à l’intérieur même de l’entreprise où ils étaient « parachutés ». Cette particularité française ne garantit pas, on le devine, ni le mérite, ni la capacité de ces dirigeants{16}.
Gérant l’économie avec l’assurance de ceux qui savent que, quoi qu’ils fassent, leur avenir confortable est assuré, cette haute fonction publique s’amuse naturellement aux jeux du pouvoir, en en faisant prendre les risques par les autres. Les frasques du flamboyant repreneur d’Universal, qui utilisa les réserves de la Compagnie Générale des Eaux, prévues pour la maintenance des équipements et des canalisations urbains avec laquelle elle était en contrat, en est un exemple{17}, parmi tant d’autres, assez bien connus.
Il serait d’ailleurs instructif d’en mesurer l’impact sur l’économie française, et sur les intérêts français tout court, notamment par rapport aux infâmes « régimes spéciaux » montrés du doigt, et dont la suppression urgente est aujourd’hui requise, qui ne concernent que 5 % des retraités.
On comparera, de même, les maigres 800 millions d’euros annuels consacrés au capital-risque, vecteur de croissance, et non seulement de bénéfice, aux encours actuels de l’assurance-vie, qui dépassent les mille milliards d’euros, ces encours dont le gouvernement actuel cherche en vain à obtenir aujourd’hui de leurs gestionnaires, qui sont d’abord les assureurs, qu’ils placent un peu plus des… 1,2 % des fonds qu’ils détiennent dans les sociétés non cotées que sont les PME innovantes{18}.
Ces occasions perdues ne l’ont pas été pour tout le monde. Elles ont été utilisées par les investisseurs étrangers (fonds de pension, fonds souverains et autres) pour prendre possession des richesses productives françaises (ils sont désormais majoritaires dans le CAC 40) et leur durée de participation se limitant à 6 mois, en moyenne, ce sont à de véritables destructeurs d’emplois qu’on a donné le pouvoir et l’on ne voit pas pourquoi ils se soucieraient du sort des salariés français, ni de la France, d’ailleurs.
La France détient aujourd’hui le record, parmi les pays développés, du plus fort taux de pénétration étrangère de son système de production, encouragé par ses dirigeants eux-mêmes. Le destin de la sidérurgie française, encore, en illustre les conséquences.
Quant aux accidents du travail, dont il est pourtant prévu que les employeurs doivent assurer seuls la charge par leurs cotisations, il est significatif de constater qu’ils sont systématiquement sous-déclarés par les employeurs comme par les salariés qui en sont les victimes (pour ne pas perdre leur emploi), et que la prise en charge financière des accidentés du travail est assurée par le régime général où cotisent tous les salariés. La facture est ainsi moins lourde pour les employeurs responsables. Et les 410 millions réclamés par le régime général à titre de compensation auprès des entreprises, montant notoirement sous-estimé (« en réalité, le différentiel dépasse sans doute le milliard d’euros », estime le député centriste Charles Amédée de Courson) coûtent tout de même 14 millions d’euros de moins que ce qui est versé à l’Agefiph, pour un enjeu infiniment plus important.
Les systèmes de protection sociale, nés du désastre de la guerre et qui sont accusés de « ponctionner » les bénéfices, sous la pression intéressée des assureurs{19}, sont tout de même bien utiles pour garantit un semblant de paix sociale en France, malgré la violence destructrice du chômage, et accorder les meilleurs résultats possibles aux milieux économiques, car ils ont l’avantage d’être assis sur les salaires et non sur les profits, devenus, aujourd’hui, largement hors d’atteinte.
On ne peut éviter de se poser la question de savoir qui « ponctionne » qui, quand on sait que les 20 milliards d’euros soustraits à la sécurité sociale au titre d’exonérations sociales diverses, pour alléger les charges salariales des entreprises représentent près de la moitié du déficit de l’Etat (42 milliards d’euros prévus en 2008) et que la Cour des comptes reconnaît elle-même que « personne ne peut dire aujourd’hui l’efficacité de ces baisses de charges » selon la conclusion de Gilles Carrez, Président UMP de la commission des finances{20}.
Ces systèmes de protection sociale, constamment attaqués, ont aussi l’avantage, cette fois pour la collectivité, qui en bénéficie toute entière, quels que soient ses revenus, de coûter beaucoup moins cher, en frais de gestion (moins de 5 % pour l’assurance maladie en France, plus de 13 % pour les compagnies d’assurance aux Etats-Unis, 1,2 % de frais de gestion pour l’assurance vieillesse du régime général, contre 10 % pour les fonds de pension américains) {21}, sans compter l’inévitable et gourmande rémunération des actionnaires, les frais de marketing et autres.
Les injonctions des actionnaires à réaliser une croissance à deux chiffres, quand une entreprise saine, en France, pénalisée par un euro défavorable aux échanges, ne peut dépasser 5 à 6 %, ne laisse aucun doute sur ce point : la variable d’ajustement est encore, et pour un certain temps, la masse salariale ; et le manager, tenu étroitement en lisière par l’actionnaire, et rémunéré pour cela, hésitera longtemps avant d’embaucher un « salarié à risques ».
Et quand on sait que le rapport en France entre la rémunération patronale moyenne, et le salaire minimum est de 375{22}, on devine comment les actionnaires se font entendre, et font oublier la dure réalité à leurs managers. La réalité étant que 40 % des ménages français vivent avec moins de 1,3 fois le salaire minimum garanti.
Et l’eugénisme rampant, diffus dans la société, dominant aujourd’hui dans les grandes entreprises, qui consiste à occulter l’âge, la maladie, et la souffrance pour être plus performants, fait que les salariés qui en sont atteints, et ont intégré cette norme, n’ont pas d’autre choix que de s’en sentir coupables, ou d’accepter d’être constamment soumis à l’injonction de dépasser ces difficultés forcément passagères, par des « stimulations » intempestives qui frôlent parfois l’obscénité. Dans les deux cas, à la douleur ressentie s’ajoute la terreur de ne pas parvenir à la surmonter.
Une anecdote éclairante appuiera ce propos : G. était un aimable « chargé de l’insertion des personnes handicapées » et nous proposa, sans rire, d’organiser un match amical de football, entre salariés valides d’un côté et salariés handicapés de l’autre,
