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La MORSURE: Une enquête disciplinaire
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Livre électronique319 pages4 heures

La MORSURE: Une enquête disciplinaire

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À propos de ce livre électronique

Alexia Simard, jeune avocate, est visée par une enquête disciplinaire pour avoir divulgué des renseignements protégés par le secret professionnel à sa sœur Joanie, journaliste, qui les aurait publiés.

Cette intrigue débute lorsque l’étoile montante du hockey professionnel, Zack Robichaud, est mordu par le chien de son voisin et voit son début de saison retardé. Ses avocats se tournent vers le propriétaire de l’animal pour le poursuivre. Alexia hérite du dossier devant les tribunaux. Joanie en fait la couverture médiatique.

La publication d’informations confidentielles par Joanie déclenche une série de conflits familiaux, amoureux, professionnels et judiciaires. Que révélera cette enquête?
LangueFrançais
ÉditeurLes Éditions Crescendo
Date de sortie1 oct. 2021
ISBN9782898311109
La MORSURE: Une enquête disciplinaire
Auteur

Marie-Claude Martel

Native de Québec, mais ayant grandi à Thetford Mines, Marie-Claude a étudié dans les domaines littéraires et juridiques. Reconnue comme auteure chick lit, elle a écrit une trilogie de romans en duo ainsi que deux romans en solo. Technicienne juridique de formation et de profession, elle présente fièrement une première intrigue dans son domaine de prédilection : le droit.

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    Aperçu du livre

    La MORSURE - Marie-Claude Martel

    Chapitre 1

    Conseil de discipline du Barreau du Québec,

    le 26 novembre 2016

    Mes mains moites laissent des traces sur le bureau devant moi. Ma gorge avale le peu de salive qu’il me reste. Le col de ma blouse pâle, entouré par celui de mon veston foncé, m’étrangle. Je ne sais même plus si mes cordes vocales fonctionnent encore. J’ai peur que ma voix résonne dans cette salle froide et austère.

    Maître Jean-Claude Ouimet, syndic du Barreau, agit à titre d’enquêteur. La cinquantaine bien établie, affichant une palette de gris pour ses cheveux, son complet et sa cravate, il se lève, me regarde et débute son interrogatoire :

    —En vous adressant au conseil, pourriez-vous nous donner votre nom, votre âge et votre profession ?

    —Mon nom est Joanie Simard, j’ai 24 ans et je suis journaliste pour le Quotidien de Québec.

    —Pouvez-vous maintenant nous dire quel est votre lien avec Alexia Simard ?

    —C’est ma sœur.

    Je sens l’air climatisé de la salle chatouiller le fond de ma tête sous mes cheveux courts. L’ambiance est sévère. J’apprécie le fait que ma voix ne tremble pas autant que mes jambes, et qu’elle ne rebondisse pas comme un écho sur les murs. Au contraire de mon état de nervosité extrême, les membres du Conseil de discipline du Barreau qui m’écoutent semblent s’ennuyer, même si on vient à peine de débuter.

    Le Conseil de discipline du Barreau est composé d’un président et de deux membres. C’est à eux que je dois m’adresser. Et ils ne démontrent ni l’enthousiasme ni l’intérêt auxquels je m’attendais. Le président gribouille en affichant un air distrait. Son voisin, un autre avocat, zieute le décolleté de la sténographe et la dernière personne de la rangée, une femme âgée, bâille sans gêne devant son café qui fume encore.

    La carrière de ma sœur est entre leurs mains.

    L’acteur principal, celui qui préside le conseil et qui aura probablement la plus grande influence sur la décision à venir, ne dépasse sûrement pas mes petites épaules. Plutôt trapu, calvitie avancée, complet d’un noir défraîchi, je lui donnerais environ cinquante-cinq ans. Il ne prend soin ni de son allure ni de son crayon qui dessine agressivement sur la page blanche d’un cahier bleu. Le mouvement de ses doigts me fait parier qu’il n’écrit pas, il barbouille. Je ne crois pas qu’il porte l’attention que ma sœur mérite. Son voisin, le voyeur obsédé par la sténographe, est encore plus détaché de la scène. Plus jeune, il a dû graduer en même temps qu’Alexia ou un peu avant. Sa coupe de cheveux à la mode et son complet stylisé ne m’impressionnent pas du tout. J’aimerais qu’il s’intéresse à mes réponses, à mes détails, à moi. Oh, non pas pour une relation quelconque, mais si au moins il écoutait le discours de ma sœur et le mien, il pourrait finir par nous trouver un certain charme de jeunes professionnelles dévouées… Ce ne sera pas le cas. La sténographe aux cheveux noirs remontés en chignon n’a qu’à replacer une simple mèche détachée et le voilà distrait à souhait.

    De ce comité, il ne reste que la personne la plus âgée, sûrement une avocate retraitée qui n’a jamais ouvert un ordinateur pendant qu’elle exerçait. Son allure démodée me convainc qu’elle est née avant mes parents, mais je pourrais être surprise. Elle porte son café à ses lèvres toutes ridées qui se déforment, à l’occasion, par un nouveau bâillement qu’elle ne retient même pas.

    Ces personnes composent le Conseil de discipline du Barreau du Québec qui est l’équivalent d’un tribunal enquêtant sur des professionnels ayant commis des infractions ou des crimes, dans le cadre de leurs fonctions. Ma sœur a reçu une plainte. Et me voilà en train de témoigner sur les faits entourant sa supposée faute.

    En face du panel, je croise le regard de mon aînée, mais cette dernière s’empresse de détourner la tête. Toute sa fragilité traverse son tailleur guindé de couleur marine. Même si, habillée ainsi et peignée avec son éternelle queue de cheval blonde, elle a l’habitude de déclencher les hostilités juridiques et de vaincre de grandes guerres judiciaires, cette fois, elle se mord l’intérieur de la joue en victime condamnée. Même la marque reconnue de son veston n’arrive pas à faire illusion sur ses épaules maintenant tombantes.

    Je sais qu’elle m’en veut et croit toujours que je suis la source de son malheur. Je ne peux pas imaginer ce qu’on ressent lorsqu’on fait l’objet d’une telle enquête disciplinaire. Je connais seulement la démarche que j’ai lue dans les lois et qu’on m’a expliquée.

    D’après ce que j’ai retenu, Maître Ouimet reçoit les plaintes des clients des avocats. L’insatisfaction des services rendus demeure le motif le plus fréquent, mais il arrive parfois qu’un avocat moins scrupuleux fraude ou même pose des gestes trop entreprenants. En contrevenant ainsi à la loi, soit d’une simple infraction ou soit d’un crime plus grave, une fois la plainte déposée au bureau du syndic, ce dernier doit enquêter, porter plainte, et présenter au Conseil de discipline du Barreau les preuves recueillies, le cas échéant. Si la plainte se révèle fondée, l’avocat ou l’avocate visée se voit attribuer une sanction qui peut être une réprimande, une amende ou la radiation, temporaire ou permanente, c’est-à-dire la fin de son exercice.

    Ma sœur risque d’être radiée. Elle pourrait voir sa carrière terminée. Rien de moins que la peine de mort professionnelle.

    Elle m’en veut. Et je n’ai trouvé aucun moyen de la sortir de cette impasse. Je me soumets donc à l’interrogatoire de Maître Ouimet, le syndic, qui, lui, est convaincu que ma sœur est coupable :

    —Madame Simard, pouvez-vous nous parler de vos études ?

    —De 2010 à 2012, j’ai étudié le journalisme au Cégep de Jonquière et de 2012 à 2015, j’ai fait mon baccalauréat à l’Université Laval, ici à Québec, avec majeure en communications et mineure en rédaction professionnelle.

    À quelque trois mètres de ma sœur, à la table réservée à mon avocat, se tient Maître Bruno-Pierre Boisvert. Mon Bruno-Pierre. Ou mon ancien Bruno-Pierre. En abordant le sujet de mes études, je le regarde et il me lance un clin d’œil. Il a toujours su comment me détendre.

    Lorsque nous nous sommes rencontrés sur le campus de l’Université, il m’a immédiatement plu. Malgré son pull à capuchon aux couleurs rouge et or, je ne voyais que ses iris verts sous ses sourcils bruns en bataille. Il s’entraînait dans l’équipe de basketball, sa taille d’un mètre soixante-deux l’avantageant à ce sport autant qu’à mes yeux. Nous nous croisions régulièrement, au gym comme dans les couloirs de l’école.

    C’est d’ailleurs en sortant du gymnase, en après-midi, qu’il m’a offert d’aller prendre un café. Après avoir vu ses grandes mains entourer la tasse, je n’ai voulu qu’une chose : qu’il me prenne de la même manière. C’est ainsi que nous nous sommes fréquentés pendant deux longues années. Il s’était même choisi un appartement tout près du mien lorsque j’avais refusé d’emménager avec lui. Je n’avais aucune confiance en lui. Même s’il cherchait toujours à me convaincre de la sincérité de son amour envers moi, ses groupies attachées à ses baskets me faisaient douter de sa capacité à me demeurer fidèle.

    —Et parlez-nous de vos expériences professionnelles.

    J’ai toujours rêvé de devenir journaliste. Toutes mes expériences de travail ont été choisies à partir d’un critère de reconnaissance en rédaction. Je pensais déjà au prix Pulitzer lorsque le journal de l’école secondaire avait accepté ma candidature ! Mais j’imagine que ce n’est pas cette partie de la réponse que désire entendre Maître Ouimet.

    —Pendant mes études collégiales, j’ai travaillé comme étudiante au Courrier du Saguenay et j’ai mis en ligne le site internet des équipes sportives du Cégep de Jonquière. À mon arrivée à Québec, j’ai obtenu une place au journal Le Fil de l’Université Laval en même temps que je rédigeais quelques chroniques pour le Journal Les Rivières. J’ai écrit les textes de plusieurs sites web d’entreprises dont Gestion Segway, Les industries Réflexta, Gestion immobilière Marquis… et d’autres. J’ai également été admise pour un stage au Costa Rica, dans la ville de Heredia. Je travaillais pour un journal local. J’ai fait tout cela jusqu’à l’an dernier. Le 10 janvier 2016, j’ai été contactée par Monsieur Michel Lafortune, le rédacteur en chef du Quotidien de Québec, qui m’a offert divers contrats à la pige et, le 3 juillet dernier, il m’offrait un poste de journaliste à temps plein pour le remplacement des vacances, celui d’un congé de maternité et diverses autres tâches. J’ai accepté d’emblée, surtout qu’il s’agissait du dernier journal encore distribué en version papier. Ce fait démontre tout son prestige, son sérieux…

    Je me souviens à quel point j’étais emballée d’être enfin une véritable journaliste pour un écrit médiatique d’une aussi grande envergure ! Évidemment, je n’imaginais pas que ma carrière allait tout chambouler dans ma vie et que j’en viendrais à regretter autant cette promotion, lorsque le syndic et le Barreau du Québec se ligueraient contre ma sœur !

    Journaliste confirmée, je flottais sur un nuage et m’efforçais d’écrire chaque mot comme si ma vie en dépendait. Je procédais à des recherches poussées sur tous les détails, tous les faits et toute la preuve, jusqu’à connaître les personnes impliquées dans leurs moindres secrets. J’interrogeais tous les acteurs, j’analysais toutes les circonstances et je couchais sur papier ce qui me semblait être, à chaque fois, le meilleur texte de ma carrière. Si les membres du Conseil comprennent toute la compétence de ce journal, ils me prendront peut-être davantage au sérieux. Mon employeur est crédible. Je dois l’être aussi.

    Malheureusement, le souvenir de cette période professionnelle me rappelle tous mes sacrifices, incluant ma rupture avec Bruno-Pierre. Il venait d’être diplômé en droit de l’Université Laval et terminait son Barreau. Il était sur le point de débuter son stage comme avocat dans un petit cabinet de droit municipal où il allait se taper un horaire inimaginable pour réussir à y demeurer pour pratiquer dans ce domaine. Je lui avais annoncé que nous ne pouvions plus nous voir. J’avais décidé que ma carrière devait passer en priorité et que je devais canaliser toutes mes énergies dans cette nouvelle étape. J’avais le Costa Rica en tête et diverses autres opportunités à l’extérieur. Je voulais pouvoir m’évader sans attachement. Ses succès à l’université, comme dans sa carrière, le rendant encore plus populaire, j’étais convaincue que c’était le bon choix. Nous avons alors mis fin à notre union.

    Lorsque nous étions ensemble, nos désirs prenaient toute la place. J’avais même déjà échoué un test pour l’un de mes cours complémentaires parce que j’avais eu une nuit trop bien remplie. Nous profitions au maximum de chaque instant. Nous nous aimions et j’espérais sincèrement un jour pouvoir retourner avec lui, mais je voulais faire mes preuves et poursuivre ma carrière sans la moindre distraction. J’avais besoin d’une concentration sans faille et d’une liberté sans limites pour me rendre partout où ma carrière allait me mener. Je ne voulais me soucier de personne d’autre que mon futur patron dans un pays éloigné, mon futur superviseur lorsque je serais de retour au Québec et tous mes autres supérieurs à venir.

    Maintenant, voir mon ancien amoureux en professionnel du droit me défendant, le cerveau aussi performant que ses discours dans mes souvenirs, j’étais en train de craquer. Les montagnes russes dans lesquelles avait embarqué mon cœur n’avaient pas comme seule cause ma sœur, mais aussi Bruno-Pierre.

    Concentration. Respiration.

    —Votre patron… hum… bon, vous l’avez nommé tantôt, là… ?

    Maître Ouimet cherche dans ses notes. Aujourd’hui, je le rencontre pour la première fois. Nous avions déjà échangé quelques conversations par téléphone et par courriel. J’avais remarqué son impatience à quelques reprises, me reprochant souvent de ne pas tout lui révéler, mais j’imagine que si l’enquête qu’il menait ne donnait pas les résultats escomptés, alors il avait toutes les raisons du monde de perdre son calme. Sa vie semblait comme le reste de son apparence : grise.

    J’hésite entre le laisser chercher encore un peu plus ou lui fournir la réponse. Mon envie de terminer le tout au plus vite me force à exprimer :

    —Monsieur Lafortune.

    —Oui, alors, quels sont les articles que vous avez rédigés au début de votre emploi pour lui ? Disons… les trois ou quatre premiers articles… Quels étaient les sujets ?

    —J’étais la dernière rentrée. J’ai couvert un peu n’importe quoi, je prenais tout ce qu’on me proposait.

    On m’avait envoyée à l’inauguration d’un trottoir, à un vernissage où le public était composé d’à peine quatre personnes, à un festival où je devais parler des Foodtrucks alors que les orages les avaient fait fuir avant même que je n’aie commencé, etc. Bref, j’avais plus de chance lorsque j’étais pigiste. Mes contrats étaient alors plus diversifiés et plus intéressants. Je couvrais certaines conférences de politiciens, j’assistais à des concerts au cours de soirées pendant lesquelles du temps m’était réservé pour des entrevues en coulisses avec les vedettes, j’avais même hérité d’une chronique web temporaire qui m’a permis de rencontrer les plus grands designers du Québec. Je ne me contentais pas de simples faits divers.

    Néanmoins, les contrats représentent l’insécurité alors, lorsque le Quotidien de Québec m’a fait miroiter une permanence possible, j’ai accepté l’offre que Monsieur Lafortune me présentait.

    —Donc, lorsque vous avez débuté auprès de Monsieur Lafortune, vous n’étiez pas spécialisée uniquement dans les sports ?

    —Non.

    —Mais vous avez dit que vous aviez obtenu votre poste en remplacement d’une employée en congé de maternité. Cette fille ne couvrait sûrement pas les sports !

    Ce n’est pas ce que j’ai dit, mais Bruno-Pierre a retenu lui aussi les mauvaises intentions de Maître Ouimet et ce qu’il entend insinuer. Il prend donc la parole :

    —Attendez, je m’objecte. Ma cliente n’a pas dit qu’elle avait seulement remplacé une employée en congé de maternité !

    Le président, délaissant momentanément son crayon et ses dessins, prend la parole :

    —Madame la sténographe, pourriez-vous relire les notes portant sur le remplacement de Madame Simard s’il vous plaît ?

    La sténographe accepte et se met à relire sans intonation, mais avec un sourire qui n’améliorera certainement pas la concentration du membre trentenaire qui n’a jamais cessé de la reluquer : « Le 10 janvier 2016, j’ai été contactée par Monsieur Michel Lafortune, le rédacteur en chef du Quotidien de Québec qui m’a offert divers contrats à la pige et, le 4 juillet dernier, il m’offrait un poste de journaliste à temps plein pour le remplacement des vacances, celui d’un congé de maternité et diverses autres tâches ».

    Le président remercie la sténographe et s’adresse à Maître Ouimet :

    —Vous pouvez maintenant poursuivre.

    Le syndic, à peine gêné, retrouve son ton ferme et me questionne :

    —Comme ça, ce n’était pas l’employée en congé de maternité qui couvrait les sports.

    —En effet, elle ne couvrait pas les sports.

    —Alors, qui s’en occupait ?

    —C’était Vincent Lafortune, le fils de mon patron.

    —Vincent Lafortune est un chroniqueur de sports spécialisé, n’est-ce pas ?

    —Oui.

    —Et à quel moment a-t-il délaissé les sports, sa spécialité, à votre profit, vous qui étiez nouvelle et qui êtes…

    —Une femme ?

    —Ce n’est pas ce que j’allais dire. Je disais que vous étiez nouvelle et sans expérience significative dans le sport. Qu’avez-vous fait pour qu’il vous laisse son domaine de prédilection ?

    Quelle pensée archaïque et sexiste ! Il cherche à me montrer que je n’avais pas les compétences pour écrire sur ce sujet et sûrement qu’il veut, par la même occasion, essayer de convaincre les membres du Conseil de discipline que j’ai cherché à couvrir les sports, que j’ai voulu à tout prix m’infiltrer dans cette gamique et m’approprier tout ce qui touchait aux joueurs de hockey parce que je détenais des informations confidentielles les concernant.

    —Il ne m’a pas donné les sports. Et je n’ai pas cherché à les avoir. Vincent Lafortune était en vacances à l’extérieur du pays au mois d’août dernier. Et à part quelques tournois de golf pour des organismes de charité, les joueurs de hockey ne font pas la « une » des journaux à cette période…

    —Mais cette fois…

    —Maître Ouimet, laissez parler le témoin.

    C’est le président qui est intervenu. Finalement, peut-être que ses gribouillages sont sa façon de suivre le processus. Il se sert de son crayon pour m’inviter à poursuivre.

    —Comme le hockey n’est habituellement pas le sujet de l’heure tant que les matchs officiels ne sont pas commencés, Vincent Lafortune était en vacances. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, j’héritais de n’importe quel sujet vu que je faisais le remplacement des vacances. Celui de Vincent, mais aussi celui de deux autres chroniqueurs du journal absents. C’est ainsi qu’un matin mon patron était à court de personnes disponibles et j’étais présente.

    —Un hasard ?

    —Oui.

    —Quelle coïncidence !

    Que veut-il que je réponde ? Je dois désamorcer ce début de sous-entendu et ramener tout le monde au sujet principal…

    —Ce sont ces événements qui ont conduit à mon premier article sur le hockey et au sujet qui a l’air de vous intéresser. Il s’intitulait : « Un chien retarde le début de la saison de Robichaud. »

    Un chien retarde le début de la saison de Robichaud

    PAR JOANIE SIMARD

    Le 19 septembre 2016

    La recrue étoile des Devils du New Jersey de l’an dernier, Zack Robichaud, ne pourra débuter le camp d’entraînement en même temps que les autres joueurs, car il a été mordu par un rottweiler.

    Le joueur est arrivé au CHU de Québec, plus précisément à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, hier vers 10 heures pour une blessure au bas de la jambe. Il n’a pas encore reçu son congé de l’institution médicale. D’après une employée de l’hôpital, il aurait souffert d’une rupture du tendon d’achille par la pression des mâchoires de la bête. Il est demeuré à l’hôpital, en attente d’une possible chirurgie.

    Les circonstances

    Selon les informations, l’ailier droit faisait son jogging habituel autour du lac Beauport, lorsque le chien de son voisin, en liberté, l’aurait attaqué en le mordant au niveau du mollet et de la cheville. Il s’agirait d’un rottweiler.

    La recrue

    Robichaud a remporté le trophée Calder et terminé la saison dernière avec 26 buts et 42 aides. Les Devils doivent jouer le premier match présaison le 26 septembre 2016. Aucun avis des dirigeants de l’équipe n’a été émis concernant la présence ou l’absence du joueur blessé à ce match.

    Chapitre 2

    Potvin Laganière Avocats, le 23 septembre 2016

    L’alarme de 6 h réveille Alexia Simard. Elle s’étire dans tous les sens avant même d’arrêter le son du téléphone posé sur sa table de chevet. En ouvrant son œil, elle s’aperçoit que cinq nouveaux messages sont entrés entre l’heure de son coucher, à minuit, et maintenant.

    Trois d’entre eux proviennent de son patron, Maître Raymond Potvin, confirmant qu’il ne dort jamais. Le message suivant annonce les rabais d’une boutique en ligne. Le dernier lui fera enfin espérer une bonne journée.

    Intitulé « As-tu l’goût », elle devine déjà que Ludovic Beaulac, son collègue d’études universitaires qui pratique maintenant comme avocat à Montréal, débarque à Québec. L’expression « As-tu l’goût » est leur code secret pour leurs escapades amoureuses. Une fois ouvert, le message indique : « Palace Royal, 19 h ». Alexia ne sait pas encore quel stratagème elle inventera pour pouvoir quitter le bureau sans que Maître Potvin ne la bombarde de reproches, mais à défaut d’une vie amoureuse épanouie, elle doit profiter de chaque moment d’affection qui apparaît à son agenda.

    La jeune avocate de 26 ans accorde un peu plus de temps à sa toilette matinale qu’à l’habitude. Elle lisse ses longs cheveux blonds pour les attacher en une queue de cheval parfaite. Son maquillage, discret, illumine ses yeux et rosit ses pommettes. Elle termine sa routine faciale en appliquant son mascara préféré.

    Alexia se choisit des sous-vêtements de dentelle blanche qui lui rappelleront toute la journée l’activité qui l’attend en soirée. Elle les dissimule sous une jupe crayon moulante de couleur noire et un veston crème d’un nouveau designer. Sexy et classe, son style préféré. Elle se dirige vers sa cuisine pour replacer les quelques dossiers éparpillés sur sa table dans sa mallette, descend au stationnement pour s’engouffrer dans sa Volkswagen gris métallique et fonce à son bureau, Potvin Laganière Avocats.

    Tout au long du trajet, elle se remémore ses dernières escapades avec Ludovic. Ils se complètent si bien ! Il est cultivé, connaît toujours tout sur chaque sujet, lui apprend autant les nouveaux courants jurisprudentiels que les techniques culinaires des grands chefs. Il est toujours posé, discret, c’est celui en qui Alexia a confiance, celui à qui elle demande conseil. Il foncerait secourir une belle femme en détresse, secouerait ensuite ses manches, et repartirait comme si de rien n’était. Il se fond au travers des gens, mais lorsqu’Alexia le retrouve, elle ne veut plus le quitter. S’il lui avait demandé de tout laisser tomber pour aller le rejoindre à Montréal, elle aurait bien pu accepter. Elle adore Montréal, la vie urbaine, les spectacles et, surtout, les gros dossiers ! Elle a choisi le bureau d’avocats le mieux placé à Québec pour débuter sa carrière, mais elle vise bien plus haut dans l’avenir. Elle se plaît à rêver du jour où elle travaillerait pour un bureau international dans la métropole avec, pour clientèle, des multinationales très en vue. Et où

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