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Comment se débarrasser du marié ?
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Livre électronique373 pages4 heures

Comment se débarrasser du marié ?

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À propos de ce livre électronique

Alors qu'elle devrait se réjouir du mariage à venir de sa soeur, Rachelle cherche à tout faire foirer. Pourtant, elle adore sa cadette. Qui ne l'aimerait pas ? Dotée d'une bonté infinie et de jambes interminables, Mireille frôle la perfection. C'est dire qu'elle aurait pu choisir n'importe qui. Malheureusement, l'élu de son coeur est l'infidèle Jonathan, un séducteur invétéré. Le seul défaut de Mireille, c'est sa naïveté.

Rachelle entreprend donc un projet aussi complexe que rocambolesque : se débarrasser une fois pour toutes du marié. Avec l'aide de Virginie, son amie à l'allure gothique habituée aux aventures traumatisantes, elle se dévouera corps et âme pour dénoncer les agissements déplacés de Jonathan envers la gent féminine, y compris sa future belle-soeur !

Les filles parviendront-elles à convaincre Mireille de renoncer à ses projets de mariage ? Rachelle passera-t-elle simplement pour une célibataire jalouse ? Et si la conspiratrice se découvrait, entre deux manigances, une mission romantique plus personnelle ?
LangueFrançais
ÉditeurLes Éditeurs réunis
Date de sortie29 août 2018
ISBN9782897830311
Comment se débarrasser du marié ?
Auteur

Marie-Claude Martel

Native de Québec, mais ayant grandi à Thetford Mines, Marie-Claude a étudié dans les domaines littéraires et juridiques. Reconnue comme auteure chick lit, elle a écrit une trilogie de romans en duo ainsi que deux romans en solo. Technicienne juridique de formation et de profession, elle présente fièrement une première intrigue dans son domaine de prédilection : le droit.

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    Aperçu du livre

    Comment se débarrasser du marié ? - Marie-Claude Martel

    Catalogage avant publication de Bibliothèque et

    Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

    Martel, Marie-Claude, 1976- , auteure

    Comment se débarrasser du marié ? / Marie-Claude Martel

    ISBN 978-2-89783-031-1

    I. Titre.

    PS8626.A767C65 2018 C843’.6 C2018-941032-9

    PS9626.A767C65 2018

    © 2018 Les Éditeurs réunis

    Image de la couverture : Freepik

    Les Éditeurs réunis bénéficient du soutien financier de la SODEC

    et du Programme de crédit d’impôt du gouvernement du Québec.

    ReconnaissanceCanada.tif

    Édition

    LES ÉDITEURS RÉUNIS

    lesediteursreunis.com

    Distribution nationale

    PROLOGUE

    prologue.ca

    LogoFB.tif Suivez Les Éditeurs réunis sur Facebook.

    Imprimé au Québec (Canada)

    Dépôt légal : 2018

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec

    Bibliothèque nationale du Canada

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    Aux personnes dont je ne voudrais jamais me débarrasser.

    1

    La demande

    Son genou se dépose par terre, la petite boîte bleue de velours s’ouvre, les diamants de la bague reluisent, et j’entends ma sœur prononcer le « oui » qui les liera pour la vie. Un moment magique se déroule devant moi et la seule réplique qui me vient en tête est : « Quelle catastrophe ! » Une intervention de ma part s’impose, mais tout mon corps demeure figé. J’ai sous-estimé l’aspect sérieux de leur histoire. Comme un produit bon marché, je croyais que la garantie de cette relation était limitée. Du moins, je l’espérais.

    Quelques instants auparavant, dans ce même salon moderne du nouveau condo urbain de ma mère, mon beau-frère au style James Bond me complimentait sur la finesse de mes jambes. Avec un soupir, je revoyais les tibias infinis et les cuisses superbes de ma sœur, mannequin à ses heures, au portfolio bien rempli. Mireille représente la beauté, la grâce, la mode, elle possède tous les attributs pour se faire haïr des autres filles. En prime, l’immensité de son cœur m’a longtemps donné l’impression qu’elle frôlait une certaine perfection. Certaine, car sa naïveté illimitée rééquilibrait la balance entre ses forces et ses faiblesses. Elle croit n’importe qui et n’importe quoi. Elle pourrait danser la claquette sur le toit d’un train en marche si quelqu’un lui disait qu’en arrivant à destination elle sauverait le monde.

    Du côté de mon beau-frère, Jonathan, c’est tout le contraire ! Aussi charismatique que Mireille, la bonté en moins, ce faux gentleman aux traits foncés distribue ses belles paroles comme je bois mon vin : en abondance. Et ce matin, j’étais prête à le lui reprocher, lui dire ses quatre vérités, mais ma mère s’est précipitée dans ses bras, comme ma sœur vient de le faire.

    Ma mère, Michelle, est ensorcelée par son gendre. Et malgré sa tendance à percevoir la moindre poussière à plusieurs kilomètres de distance, cette Madame-Net-à-l’œil-de-lynx n’arrive même pas à remarquer les manipulations du copain de sa fille se déroulant sous ses propres yeux. Jonathan la mène par le bout du nez comme il le fait avec toutes les femmes qui l’entourent. Ah, si mon père vivait encore ! Il aurait compris mes craintes et aurait pris mon parti.

    En ce 2 mai, journée de la grande demande, c’est une explosion de joie printanière qui irradie de ma mère, de l’une de ses voisines en visite et de la future mariée. Si c’était arrivé il y a un mois, le 1er avril, j’aurais conclu que c’était la faute du poisson. Ce n’est pas le cas.

    Le décor sobre fait rayonner les tourtereaux dont les preuves d’amour ne font qu’augmenter la déception de ma défaite devant mon désir de faire éclater la vérité. La table basse a envie de danser, les tasses de thé de s’envoler et mes pieds… de botter le derrière de Jonathan. Depuis qu’il s’est relevé, il affiche l’air triomphant d’un athlète qui monte sur le podium. Par chance, il ne me regarde pas. La tentation de parler n’en serait qu’accentuée, mais je me retiens.

    La probable future mariée au mascara coulant se serre contre son faux prince charmant et répète sa réponse affirmative à n’en plus finir. Sa robe rouge brique est suffisamment légère pour onduler sur ses hanches subtiles de fille à la taille de Barbie. Ses cheveux longs aux tons auburn qui passent dans les publicités télévisées d’une certaine marque de coloration capillaire se balancent de gauche à droite. Persuadée qu’elle vit son plus beau jour, elle n’a aucunement conscience de la bourde qu’elle s’apprête à commettre. C’est dans un tel moment que je me réjouis d’avoir hérité du côté réaliste et terre à terre de mon père. J’aurais apprécié me voir attribuer les mêmes mensurations que Mireille, c’est certain. Par contre, je n’ai jamais ressenti de complexes face à ma petite grandeur ou à ma largeur… hum… presque normale. Le surplus de graisse sur mes épaules, mes hanches et mes fesses s’est également installé dans mes seins que je ne modifierais pour rien au monde. Vive le gras lorsqu’il permet de porter du 36 D !

    Le couple s’embrasse sans que je puisse les en empêcher. Tout le monde présent dans le salon est hypnotisé par les diamants de mille-carats-et-j’exagère-à-peine que ma sœur porte à son doigt. Je me retrouve en plein cauchemar et le Bonhomme Sept Heures a l’air d’un ange à côté de mon beau-frère. Les bravos fusent de toutes parts, et moi je reste muette.

    Pour ou contre le mariage ? Tous les sondages ultra-scientifiques de prétendues prestigieuses revues à potins n’ont jamais établi avec certitude quelle était mon opinion à cet égard.

    Si vous avez obtenu une majorité de « C » :

    Vous préférez vous asseoir et laisser passer la chance de rencontrer l’amour de votre vie. Peut-être qu’ainsi vous verrez la bague vous glisser entre les doigts. Par contre, vous ne risquerez pas de regretter votre choix. Votre longue réflexion démontre l’importance que vous accordez à l’engagement, mais votre temps d’analyse pourrait vous faire décider de vos projets de retraite bien avant de prononcer le « oui » fatidique de vos vœux de fiançailles !

    Évidemment, je ne refuserais jamais une bague Tiffany ni le gâteau au chocolat à trois étages de la cérémonie qui, généralement, l’accompagne ensuite, mais l’engagement me fait craindre le pire. Le meilleur, l’amour uniquement, me satisferait pleinement. Si mon cœur était content, et ma vie, remplie de joie, je me sentirais alors comblée. La dentelle, l’échange de belles promesses ou le lancer du bouquet sont à mon avis des apparats qui n’ont rien à voir avec le véritable bonheur. C’est ce que je croyais avoir démontré à ma sœur depuis longtemps, elle qui, je l’espérais, aurait compris les supercheries de son amoureux avant qu’il n’obtienne le titre de « mari ». Il a joué de rapidité et m’a prise au dépourvu. Maintenant que l’horloge tourne, j’aurai encore plus de difficulté à renverser la situation.

    — Rachelle, tu pourrais féliciter ta sœur !

    — C’est toute une demande… Je crois que tu devrais y réfléchir.

    Je sens que les critiques pleuvront encore sur la vilaine fille que je suis. J’imagine les attaques du genre « cesse d’être jalouse » ou « un jour, ce sera ton tour ». Je n’ai donc pas le choix de me forcer un peu :

    — Est-ce qu’on ne devrait pas sortir le champagne ?

    Ma mère accepte l’idée de bon cœur et court saisir les coupes. J’en profite pour m’éclipser en douce et rejoindre mon amie Virginie qui travaille au dépanneur situé dans mon immeuble à logements. Comme j’habite seulement à quelques rues du condo de ma mère, j’ai le temps de sortir, de respirer l’air frais et d’essayer d’empêcher les frustrations d’établir domicile dans chaque hémisphère de mon cerveau.

    Malheureusement, cette courte promenade dans les rues de Sainte-Foy n’a aucun effet sur mon sang qui bouillonne. Je débarque en trombe au commerce, arrachant quasiment la porte d’entrée au passage, en annonçant à Virginie la nouvelle pendant qu’elle me regarde en mâchant un chewing-gum sans retenue :

    — … et elle n’a que vingt-trois ans !

    — Calme-toi, Rachelle.

    Virginie se permet une bulle avec sa gomme.

    — J’en ai vingt-cinq, dis-je, et je n’ai même pas encore décidé ce que j’allais faire dans la vie ! Comment peut-elle savoir avec qui elle veut passer la sienne ?

    — Ta sœur travaille comme journaliste à la télévision communautaire, elle a des contrats de photos depuis ses quinze ans, elle habite en appartement depuis ses dix-huit ans et avec Jonathan depuis deux ans… Elle est rendue là. Elle sait ce qu’elle fait. Je me suis moi-même mariée jeune et…

    Mon amie se ravise, n’étant pas en position de parler d’un mariage à succès. Elle change de sujet et retourne le tout contre moi.

    — Tu ne serais pas jalouse ?

    Je savais que cette phrase m’attendait.

    — Ne fais pas de projection. C’est toi qui espionnes ton amoureux à chacune de ses sorties.

    — J’ai mes raisons.

    — Et j’ai les miennes de détester Jo. Je dois seulement parler à ma sœur, mais chaque fois que j’ai essayé, je n’ai jamais réussi à la convaincre.

    Je me rappelle d’ailleurs un 5 à 7 bien arrosé, au cours duquel j’ai révélé à ma cadette que son prétendu prétendant avait les mains baladeuses et le besoin insatiable de séduire. Étouffée par un rire qui n’en finissait plus, elle m’a raconté à quel point j’étais la petite-bouffonne-adorée de son copain, lui qui est fils unique. Mireille ne comprenait pas ce que j’essayais de lui expliquer et croyait que les accolades que me faisait Jonathan n’étaient qu’un jeu entre frère et sœur. J’ai alors abandonné, comme toutes les fois auparavant. Revenant sur le sujet, je questionne ma meilleure amie :

    — Virginie, ne me dis pas que tu es soudainement pour le mariage ? On dirait que tu voudrais que je sois contente !

    — Je crois plutôt que si elle se mariait et qu’elle le pinçait sur le fait, ce serait plus facile.

    — Plus dramatique, tu veux dire !

    — Est-ce que tu réalises à quel point tu es chanceuse d’être célibataire ?

    — Mes grosses cuisses que personne ne caresse jamais te remercient pour ta compassion. D’autres idées ?

    — En matière d’espionnage, de révélation ou de trahison ?

    — Peu importe, je sais que tu es capable du meilleur comme du pire. Tu n’aurais pas des suggestions à me faire à la hauteur de tes talents ?

    — Tu n’es pas en train de me convaincre de coucher avec lui, j’espère ?

    Virginie endure, et le mot est faible, le même homme depuis l’école secondaire. Elle, avec ses longs cheveux noirs, ses tatouages sur un bras et son piercing au nez, laisse à penser qu’elle ne peut obtenir rien de mieux qu’un emploi de caissière dans ce dépanneur. Pourtant, le soir venu, sa place dans un groupe rock qui donne des spectacles à guichets fermés lui permet de rembourser l’hypothèque d’un petit bungalow qu’elle partage avec son conjoint et toutes les supposées maîtresses de ce dernier. Affichant le style vampirique mieux que quiconque, elle démontre son originalité dans tous les aspects de sa vie, de son style vestimentaire à sa gestuelle gracieuse et théâtrale. Lors de soirées plus distinguées, elle adopte un style pin up des années cinquante qui confère à son look sombre un côté sexy que les hommes adorent. Et son sens du spectacle est développé au maximum.

    Ma première rencontre avec Virginie remonte à ma quatrième année du secondaire. Après le décès de mon père, j’ai délaissé mon style de fille intellectuelle pour devenir rebelle. Répondant ainsi à cette rage généralisée qui envahissait mon être en puberté, j’ai opté pour le lent suicide à base de nicotine que j’aspirais à pleins poumons. La boucane cachait mes yeux rougis, mes cernes noircis et ma déprime de vie pourrie. Le porche de la salle de gym, le nouvel endroit où j’adoptais un comportement de délinquance, et les bums de l’école avec leur je-me-fous-de-tout me séduisaient. À travers cette fumée plus nocive que n’importe quel deuil, j’ai aperçu Virginie, j’ai connu son excentricité, sa folie, ses plans pour changer le monde ou, plus souvent, pour trouver l’homme de sa vie. Notre amitié était née.

    Depuis, nous avons grandi. Tandis que j’ai cessé de fumer pour plutôt m’empiffrer, que j’ai remplacé chaque cigarette par une tonne de calories, ce qui m’a permis de refaire ma garde-robe dans un genre plus urbain, Virginie est restée fidèle à elle-même dans son style autant que dans sa personnalité. Elle se laisse toujours emporter par tous les projets qui peuvent l’aider à créer, à inventer, à apporter sa touche personnelle dans la société.

    Je la soupçonne d’ailleurs de conserver ce travail dans cet immeuble pour deux raisons : (1) elle ne pourrait travailler dans l’espace public ailleurs que dans ce dépanneur, car je vois mal un restaurant huppé accepter son anneau au nez, les mèches lilas dans sa chevelure noire et ses bras qui ressemblent à ceux des pires prisonniers, et (2) elle y puise peut-être l’inspiration pour ses chansons. Quelques titres reliés à ce commerce me viennent même en tête : Seule avec mon célibat et mes toasts Melba, Pour des chips au dépanneur, je ferais n’importe quoi et le futur succès assuré Quand je manque de monnaie pour m’acheter du lait.

    — Franchement, Virginie, il n’est pas question que je t’envoie tenter ta chance ! J’ai trop peur de ce que tu pourrais montrer à Jo !

    Même si j’éclate de rire, je crains réellement mon amie Virginie. Il n’y a jamais de client dans ce petit dépanneur à part les locataires de l’immeuble qui se procurent leur paquet de cigarettes en se levant le matin. Elle passe beaucoup trop de temps à penser aux façons de coincer son chéri, aux filles qui ont séjourné dans son lit ou à faire semblant d’être prête à se glisser sous les draps de tous les hommes du quartier pour se venger.

    — Ah bon ! Peux-tu me préciser si tu as peur des techniques sexuelles que je pourrais lui montrer ou des tactiques d’infidélité que je pourrais lui enseigner ?

    — Peu importe, ne t’approche pas de Jonathan !

    — J’aime tellement les défis et tu m’en prives !

    — C’est pour ton bien. Sois sérieuse.

    Virginie termine bientôt et m’offre d’aller dîner, mais j’avais promis à mon frère, Thomas, que je garderais sa petite Léa tout l’après-midi. Elle fait la sieste entre quatorze et seize heures, alors prions pour que rien ni personne ne la réveille. Si belle soit l’enfant, ma fibre maternelle ressemble davantage à un fil d’acier qu’à de la chaude laine mérinos. Et j’en profiterai pour questionner Thomas au sujet de Jonathan. J’espère que Mireille et ma mère lui auront annoncé la nouvelle. Je ne voudrais pas devoir le faire moi-même, je ne choisirais sûrement pas les bons mots.

    Je traverse donc le dépanneur et je me rends au hall d’entrée de l’immeuble où j’habite. Voilà l’un des nombreux avantages à vivre dans un établissement qui comprend plus d’une trentaine d’appartements. Tout est au bout du couloir : la buanderie, la chute à déchets et le dépanneur ! Et les chances de tomber sur un homme célibataire différent à chaque visite sont multipliées par le fait que l’université est située juste à côté ! Vive les étudiants intelligents et leur logement près du mien !

    Malheureusement, de mon côté, mes études sont sur le point de se terminer, ce qui ne favorisera pas les rencontres scolaires… Après six mois en sciences humaines, trois mois en administration et à peine quelques semaines en sciences infirmières, j’ai fini par suivre des cours en hôtellerie. Et j’attends les résultats de mes examens qui me confirmeront que je suis une diplômée. Maintenant, j’ai besoin d’être impliquée, de travailler. Je veux servir les gens, aider le public et me lever pour une bonne raison le matin. Mes expériences à titre de serveuse, de vendeuse et de représentante devraient m’ouvrir les portes de mon prochain emploi… toujours affiché dans les banques d’Internet. Mon futur patron n’attend que le dépôt de mon curriculum vitæ. J’avoue posséder une certaine paresse et afficher un plaisir malsain à voir ma mère s’emporter pour sa fille-qui-n’a-donc-aucun-but-dans-la-vie.

    À part un emploi, je prendrais bien un amoureux pour s’occuper de moi, le gros lot de temps en temps et un condo comme celui de ma mère. Suis-je trop exigeante ? C’est mon frère, Thomas, qui répond à ma question, alors que j’arrive chez lui et qu’il est sur le point de me laisser avec sa fille, Léa, qui dort à poings fermés :

    — Oui, tu es plutôt difficile… Et on dirait toujours que tu te caches dans l’ombre de Mireille. Tu as tes propres projets, tes ambitions, alors fonce !

    — Parlant de Mireille, tu en dis quoi, de son mariage ?

    Mon frère, plus grand que moi de près d’un mètre, me regarde de haut.

    — Rachelle, je viens de te dire de te concentrer sur toi-même. Tu ne vas pas faire ta jalouse ici ?

    Une chance que je savais que ça arriverait, sinon j’aurais crié au complot.

    — Non, mais je n’ai pas vraiment confiance en Jonathan.

    — Je ne l’ai rencontré qu’aux partys de Noël des deux dernières années. Mais si tu ne lui fais pas confiance, je suis prêt à lui porter plus d’attention, la prochaine fois que je le croiserai.

    Les hommes ne voient rien. Dès qu’ils portent un toast, soulevant leur verre de bière, ils deviennent aveugles… et c’est ce qui arrivera si un jour Thomas invite Jonathan à prendre un verre. Le tout résultera en une série de « Tchin », suivie d’une perte de mémoire, conséquence de toute soûlerie qui se respecte.

    J’abandonne la discussion et, pour m’apaiser davantage, je me dirige vers Léa, qui dort profondément. Je vérifie si elle respire encore : affirmatif. Je passerai le reste de l’après-midi à m’assurer qu’elle continue à rêver, parce que je sais que, si elle se réveille, je devrai l’amuser, et son jeune âge m’empêche de l’enrôler comme complice pour ma mission « raz-de-marié ».

    2

    La date

    Une entrevue pour un emploi au service à la clientèle dans un hôtel réputé de Québec m’attend. Le poste visé : agente au service à la clientèle. J’aurais aimé commencer immédiatement avec un poste plus élevé, mais personne n’a encore découvert mon potentiel. Apparemment, je vais devoir le démontrer. D’un autre côté, si je ne me présente pas à cette entrevue, ma mère menacera de me déshériter. C’est grâce à ses contacts que j’ai obtenu cette rencontre. Si j’ajoute le fait qu’elle ne m’a pas encore pardonné mon manque d’enthousiasme face au mariage à venir, il est préférable que j’obéisse et que je me soumette à ses instructions. Et mes finances me remercieront.

    Dans ses belles années, ma mère a géré une chaîne de boutiques de vêtements de grandes marques pour dames aux portefeuilles débordants. Elle participait à toutes les activités de la Chambre de commerce, de la Ville et de plusieurs organisations qui lui ont permis de se faire connaître de toute la population fortunée. Maintenant retraitée, elle passe davantage de temps à s’adonner à des jeux de cartes, à se divertir des potins du voisinage et à faire son ménage minutieusement. Elle a quand même conservé quelques relations qui sont prêtes à lui faire des faveurs, comme celle de me proposer une entrevue et un potentiel emploi.

    Le rendez-vous fixé par ma mère, qui connaît à peu près tous les cadres de l’hôtel, a lieu ce vendredi midi. Il ne me reste qu’à étirer mes cheveux blonds qui mériteraient une coupe plus tendance que le simple dégradé aux épaules. Je me fais belle, pas tellement pour l’entrevue elle-même, car je préfère afficher mon style naturel, mais pour toutes les personnes que je pourrais rencontrer, incluant, évidemment, les hommes célibataires. J’ai besoin de me changer les idées pour éviter le stress des questions professionnelles.

    Je suis prête. Ma montre m’annonce qu’il ne me reste que dix minutes, le temps d’arrêter au guichet. Chanceuse, je me stationne à la place que vient de délaisser une petite Toyota. Cette journée offre une température ressentie de vingt degrés, ce qui n’est pas si fréquent en ce début du mois de mai. Les commerces sont bondés, les trottoirs piétinés; c’est avec joie que je sors de mon véhicule. En ces premiers jours printaniers, j’ose même me présenter en jupe, sans bas de nylon.

    Les voitures passent devant moi à vive allure et je dois traverser la rue malgré le trafic. Je ferme ma portière, je remarque l’espace entre deux véhicules qui me permettra de passer, je me donne un élan. Soudain, j’entends un bruit qui fait naître un frisson dans mon corps. C’est le son de mon velcro de jupe qui s’est détaché. Le tissu beige est resté coincé dans ma portière. Il glisse, lentement, attiré par la gravité, le long de mes jambes. Je peux compter jusqu’à un million pendant cette seule seconde tellement tout vient de s’arrêter : le temps, les bruits, mon bonheur. Oups.

    J’offre aux passants un spectacle des plus ridicules. En ce moment mémorable et imprévu, je ne porte pas ma distinguée lingerie noire digne des défilés prisés de Victoria’s Secret, mais plutôt une petite culotte usée jaune orangé aussi confortable que grotesque. Tout pour attirer l’attention sur cette partie de mon corps capitonnée d’une magnifique cellulite précoce et marquée par ma dernière séance d’épilation manquée. Sans compter ma peau qui semble blanchie à l’eau de javel. Un portrait à faire fuir même le plus vieux des vieux garçons. Le tout sur un fond d’éclats de rire provenant des terrasses, du trottoir, des balcons… Ma vie est finie.

    Tiens, la réalité réactive rapidement le temps qui se met à défiler à la même allure que celui que je prends pour ramasser mon tissu de jupe, le mettre en boule devant moi pour me cacher, tenter de déverrouiller ma portière pour l’ouvrir et m’engouffrer dans l’habitacle. Un véritable tour de haute voltige. J’échappe mes clés sous mon siège. Je les retrouve. Je peux démarrer. Mes joues ont tellement bouilli que la sueur perle sur mon front. Je suis rouge, essoufflée, gênée, ma jupe est fripée, tachée. Je suis très loin d’être présentable pour mon entrevue. Ma priorité : me sauver. Donc, je démarre et m’insère dans le trafic en imaginant les gens me pointer et me dévisager. Tant mieux si j’ai fait leur journée.

    Je me rends à l’hôtel pour mon entrevue en cherchant une solution pour troquer ma jupe pour n’importe quoi, ou presque. Qui dit « hôtel » dit évidemment « boutiques ». Les touristes aiment dépenser autant que les filles malchanceuses en situation d’urgence. Les magasins sont situés au rez-de-chaussée de l’immeuble en béton et en verre de plusieurs étages. C’est donc en un temps record que j’enfile un pantalon trois quarts noir à un prix qui me fait sursauter et qui me convainc de négocier

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