Le roman d'un guérisseur: Roman historique
Par François Math
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À propos de ce livre électronique
Au milieu du XIXe siècle, l’économie va mal en Europe. Rudolf, un jeune tailleur de pierre des montagnes du Voralberg autrichien, rêve de partir pour la France où il paraît qu’il y a de riches mines d’argent.
En fait, Rudolf a des « mains en or ». Ses mains font autant de miracles sur les pierres qu’il sculpte admirablement bien, que sur les corps, car il est un guérisseur. Il a hérité ce don de ses ancêtres.
Quand il arrive en Franche-Comté, dans le pays de Belfort, sévit la seconde épidémie de choléra du siècle et qui décime la population. Le tailleur de pierre n’est pas vraiment le bienvenu, pourtant, il se met au service des Belfortains contaminés. Les médecins locaux vont alors tenter de le discréditer, de le faire jeter en prison, mais on croit encore aux miracles en ce milieu de siècle, et Rudolf guérira tant de gens qu’il sera innocenté. Le corps médical tentera de le faire disparaître, mais le renom de Rudolf sera tel qu’il trouvera des protections parmi le peuple.
Quand le guérisseur arrive enfin à Lure, il sera immobilisé par une importante crue de la rivière, Ognon. Pourtant il restera, commencera à créer des statues et tombera amoureux de Joséphine. Mais ce bref amour va lui faire à nouveau frôler la mort à cause de la haine de l’étranger et de la jalousie d’un chef de bande qui a des vues sur la jeune fille.
Un roman d'amour et d'aventures semé d'embûches !
EXTRAIT
Ce samedi 8 avril 1837, Rudolf arrivait tout près du village lointain de la Franche-Comté que son père et son grand-père lui avaient décrit comme un endroit où il y avait des quantités de mines d’argent et de cuivre. D’ailleurs, il avait en poche une gravure défraîchie et déchirée qui représentait ledit village.
Aujourd’hui, Il n’y avait plus de travail dans l’Autriche affaiblie par les guerres. La richesse annoncée du sous-sol de Franche-Comté avait de quoi tenter un jeune homme ambitieux.
À PROPOS DE L'AUTEUR
François Math est né à Cannes en 1943. Il est professeur émérite en neurophysiologie, ancien neurologue au CHUR de Nancy.
Il a écrit plusieurs ouvrages médicaux : Neurosciences cliniques (Éditions De Boeck, 2008), Guérisseurs et médecines non conventionnelles (Éditions PUL, 2014), Comprendre la violence des Enfants, (Éditions Dunod, 2015).
Et des romans : La lumière noire de la Moineaudiére, Ed Gerard Louis, 2013, La Juive et le Bolchevik, Ed Des Paraiges, 2014. Vivre une famille dans la diversité culturelle et confessionnelle, Ed PUL, 2014. Les femmes de la Forge, Ed Cetre, sous presse. Parano chez les Rats, Edilivre, sous presse. Quelques histoires rimées, mais pas très poétiques, Ed Aspect, sous presse.
L’auteur est aussi sculpteur sur pierre et il anime un atelier de sculpture à Villers-lès-Nancy, 54, et il a été Président de l’association des artistes médecins de Lorraine.
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Le roman d'un guérisseur - François Math
Table des matières
Résumé
Le roman d’un guérisseur
Dans la même collection
Résumé
Au milieu du XIXe siècle, l’économie va mal en Europe. Rudolf, un jeune tailleur de pierre des montagnes du Voralberg autrichien, rêve de partir pour la France où il paraît qu’il y a de riches mines d’argent.
En fait, Rudolf a des « mains en or ». Ses mains font autant de miracles sur les pierres qu’il sculpte admirablement bien, que sur les corps, car il est un guérisseur. Il a hérité ce don de ses ancêtres.
Quand il arrive en Franche-Comté, dans le pays de Belfort, sévit la seconde épidémie de choléra du siècle et qui décime la population. Le tailleur de pierre n’est pas vraiment le bienvenu, pourtant, il se met au service des Belfortains contaminés. Les médecins locaux vont alors tenter de le discréditer, de le faire jeter en prison, mais on croit encore aux miracles en ce milieu de siècle, et Rudolf guérira tant de gens qu’il sera innocenté. Le corps médical tentera de le faire disparaître, mais le renom de Rudolf sera tel qu’il trouvera des protections parmi le peuple.
Quand le guérisseur arrive enfin à Lure, il sera immobilisé par une importante crue de la rivière, Ognon. Pourtant il restera, commencera à créer des statues tombera amoureux de Joséphine. Mais ce bref amour va lui faire à nouveau frôler la mort à cause de la haine de l’étranger et de la jalousie d’un chef de bande qui a des vues sur la jeune fille.
François MATH est né à Cannes en 1943. Il est professeur émérite en neurophysiologie, ancien neurologue au CHUR de Nancy.
Il a écrit plusieurs ouvrages médicaux : Neurosciences cliniques, 2008, Ed De Boeck, Guérisseurs et médecines non conventionnelles, Ed PUL, 2014, Comprendre la violence des Enfants, Ed Dunod, 2015.
Et des romans :
La lumière noire de la Moineaudiére, Ed Gerard Louis, 2013, La Juive et le Bolchevik, Ed Des Paraiges, 2014. Vivre une famille dans la diversité culturelle et confessionnelle, Ed PUL, 2014. Les femmes de la Forge, Ed Cetre, sous presse. Parano chez les Rats, Edilivre, sous presse. Quelques histoires rimées, mais pas très poétiques, Ed Aspect, sous presse.
L’auteur est aussi sculpteur sur pierre et il anime un atelier de sculpture à Villers-lès-Nancy, 54, et il a été Président de l’association des artistes médecins de Lorraine.
François Math
Le roman d’un guérisseur
Roman historique
Dépôt légal avril 2016
ISBN : 978-2-35962-828-9
Collection Aventure
ISSN : 2104-9696
©2016 - Ex Aequo
© 2016 — Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains
www.editions-exaequo.fr
Préambule :
Cette histoire de guérisseur a été un peu inspirée par les aventures de mon ancêtre. Son parcours, ses démêlées judiciaires ont été retrouvées dans les archives de Besançon grâce à Jean Claude Dubos (décédé l’an dernier), un cousin de l’auteur, bibliothécaire et généalogiste à la médiathèque de Besançon, qui a donné pas mal de documents conducteurs pour bâtir ce texte. Merci aussi au « pfarant » (curé) de Bregenz (Autriche) qui m’a envoyé les extraits des registres paroissiaux de 1830 à 1840.
« Je remercie mon épouse et ma fille qui ont accepté une dure relecture du livre.
Un hommage à mon cousin Jean-Claude Dubos, bibliothécaire à la médiathèque de Besançon, généalogiste et historien de ma famille, décédé l’an dernier.
Je lui dois beaucoup de documents d’archives qui ont servi à retracer l’itinéraire de Rudolf.
À mes petits enfants, que le courage et la générosité de Rudolf leur servent d’exemple. »
Première partie
La longue marche du guérisseur
En ce début de dix-neuvième siècle, en Europe, les guerres napoléoniennes et un grand nombre de mouvements de révolte ont mis les finances des états à mal et le travail est rare pour tout le monde. En Franche-Comté, le bruit a couru qu’il y avait de l’or et de l’argent dans les Vosges du sud. Alors certains hommes attirés par cette promesse de richesse quittent famille et pays pour cette ruée vers l’or de l’Europe de l’ouest. La plupart ne trouveront rien, que du cuivre.
Beaucoup resteront dans les Vosges comtoises pour s’y installer. Ils étaient des étrangers. Comment s’intégrer dans un village où tout le monde se connaît et se ligue pour rejeter ceux qui viennent prendre le travail et manger le pain des honnêtes Français... Voilà ce qui est arrivé à Rudolf, l’Autrichien qui a tout quitté, risqué sa vie dans la traversée des Alpes, pour atterrir dans un village comtois, le Magny-Vernois, où il croyait que ses ancêtres avaient vécu il y a très longtemps, où il croyait qu’il était attendu et où il n’a rencontré que méfiance et animosité.
Ce samedi 8 avril 1837, Rudolf arrivait tout près du village lointain de la Franche-Comté que son père et son grand-père lui avaient décrit comme un endroit où il y avait des quantités de mines d’argent et de cuivre. D’ailleurs, il avait en poche une gravure défraîchie et déchirée qui représentait ledit village.
Aujourd’hui, Il n’y avait plus de travail dans l’Autriche affaiblie par les guerres. La richesse annoncée du sous-sol de Franche-Comté avait de quoi tenter un jeune homme ambitieux.
Cela faisait maintenant des semaines qu’il avait quitté l’Autriche et l’atelier de taille de pierre où son père et son grand-père lui avaient appris son métier. Il espérait aussi retrouver là-bas des traces de lointains ancêtres qui avaient été aussi des Maîtres tailleurs de pierres réputés et qui l’aideraient certainement à s’installer.
En réalité, la famille de Rudolf n’avait jamais vu ce village merveilleux autrement que sur la gravure jaunie et déjà pas mal détériorée qui était accrochée depuis longtemps dans la grande chambre des parents. L’image présentait quelques maisons aux toits de tuiles plates entourant une petite église, et par-derrière, un bâtiment qui pouvait être une abbaye avec sa chapelle. On remarquait aussi à droite une grande bâtisse flanquée d’une haute cheminée et d’un moulin à eau au bord d’une rivière.
La gravure avait été apportée, il y a longtemps, par un colporteur qui suivait la grande armée, ou par un des grenadiers des troupes de Napoléon en déroute. On ne savait plus très bien comment elle était arrivée là.
Peut-être était-ce un des nombreux malades qui venaient se faire « guérir » par le grand-père de Rudolf qui avait donné la gravure pour payer l’imposition des mains et en fait, la gravure ne représentait peut-être même pas le village qu’ils croyaient tous reconnaître comme le lieu abritant beaucoup d’ancêtres.
Les hommes de la famille de Rudolf étaient des guérisseurs réputés. Chaque jour, une dizaine de personnes souffrant de grosse gorge, d’une tumeur, du croup ou de convulsions, ou qui avaient reçu un coup de sabot de bœuf, venaient voir le vieux tailleur de pierre, comme on va chez le médecin.
C’est vrai qu’ici, à Laterns, à 2000 mètres d’altitude, le médecin de Bregenz montait rarement, surtout en hiver. Alors, par une sorte d’accord tacite, à Laterns et dans les environs, c’était le vieux père Natz qui soignait.
Et le guérisseur de Laterns ne chômait pas.
On venait de plusieurs lieues à la ronde à cheval ou en traîneau tiré par un bœuf.
Parfois, un proche apportait une pièce de sous vêtement lorsque le patient habitait dans un endroit difficile d’accès dans la montagne ou parce qu’il souffrait trop. Le guérisseur travaillait sur le tissu apporté et on disait qu’il soignait à distance.
Le guérisseur était installé à côté de sa grosse forge qui chauffait jour et nuit. Il était assis sur un siège en hêtre assez haut et les malades s’asseyaient sur un petit trépied entre ses jambes. Il y avait un banc de bois lustré et usé par des centaines de fonds de culotte en cuir sur lequel le malade s’allongeait, et les gens devaient alors se lever pour laisser la place pour celui que le guérisseur devait manipuler.
Le grand-père parlait peu, car il ne fallait pas révéler la maladie qu’avait la personne qu’il soignait et il fallait aussi taire le secret des guérisons. Tout se faisait devant tout le monde. Les miracles en étaient d’autant plus extraordinaires aux yeux des gens simples et très croyants qui venaient là parfois quand les douleurs étaient devenues insupportables.
Le guérisseur donnait ses instructions par signes pour que le patient se tourne tantôt à droite, tantôt à gauche, ou bien pour qu’il se penche en avant.
Le grand-père de Rudolf débitait des sortes de litanies sur un ton guttural, tandis que ses mains identifiaient la partie malade du visiteur. Souvent, dès que le malade franchissait le seuil de la forge, il devinait pourquoi il venait le voir. Rudolf assistait son grand-père puis son père à l’art des passes magnétiques, car c’était ainsi que le « secret passait de père à fils depuis des générations.
Le guérisseur faisait asseoir et il passait ses mains sur la partie présumée malade. Le malade hochait la tête dès que la région malade était trouvée et le guérisseur commençait ses manœuvres en posant ses deux mains au-dessus de la zone malade.
Les gens disaient qu’alors ils ressentaient une chaleur intense, presque une brûlure de fer rouge.
Parfois, le guérisseur jetait des herbes dans la forge et une étrange odeur mêlée de résine et d’épices inconnues flottait dans l’air.
De grandes flammes jaillissaient dans la forge et formaient de grandes ombres étranges un peu inquiétantes sur les murs noirs de suie, tandis que les herbes qui brûlaient dégageaient une fumée qui formait une sorte d’écran entre le « sorcier et les patients qui attendaient leur tour, les yeux larmoyant et souvent anxieux.
Les patients croyaient aux invocations des saints guérisseurs, mais le grand-père de Rudolf lui avait expliqué que l’écran de fumée permettait de faire autre chose, comme frotter un onguent sur la peau ou utiliser des aiguilles rouges pour cautériser par exemple des tumeurs.
L’odeur était entêtante et permettait toutes les suppositions de la part des spectateurs. Après quelques minutes, le patient était presque endormi. C’était alors qu’une bourrade dans les côtes le réveillait. Le guérisseur lui disait sèchement :
— C’est bon, tu peux partir. Tu es guéri. Touche ton bras.
Et l’homme qui, il y a quelques minutes, portait une grosseur énorme sur le coude, constatait qu’il n’y avait plus rien.
— Eh Oui ! Je n’ai plus rien. Merci. Qu’est-ce que je vous donne le père Natz. J’ai un beau lapin. Ça ira ?
— C’est bon ! Fais entrer le suivant.
Et quand l’homme ne taillait pas de pierre ou n’installait pas une tombe, les malades se succédaient dans la forge.
La gravure représentant un village intriguait parfois un gosse qui demandait :
— Qu’est-ce qu’elle représente cette image ?
Les adultes lui répondaient :
— Ce n’est qu’une image pour faire joli. Mais on ne sait pas ce que c’est ! Enfin, on t’en parlera plus tard, quand tu seras grand.
Pourtant, cela, les adultes de la famille le savaient, c’était peut-être le lointain village de leurs ancêtres. Et depuis des générations, on se racontait que les ancêtres des Natz avaient habité dans ce village quelque part en Franche Comté où ils avaient fait fortune, mais ils en avaient été chassés par les hordes des féroces Suédois en 1636. Mais, avec les horreurs qui accompagnèrent ces événements, on pensait que cela pouvait porter malheur de raviver des choses aussi lointaines. Il valait mieux oublier.
****
Le jeune Rudolf ne connaissait qu’une partie de ce qui était arrivé en 1809 à l’armée de Napoléon et la déroute dramatique des grognards traversant les Alpes Autrichiennes dans le froid et la neige pour tenter de rentrer en France vivants.
En effet, Jean-Jacques, le père de Rudolf, aurait bien voulu courir derrière les grognards de Napoléon en déroute et les suivre pour connaître la France et découvrir ce village qui hantait les esprits.
Il n’avait pas dix-huit ans et son père ne l’avait pas laissé partir.
C’était maintenant le jeune Rudolf qui à son tour rêvait de partir.
L’envie d’en parler à son père le démangeait.
Il se rua un jour dans la forge où son père affûtait des ciseaux à pierre sur la meule en grès animée d’un mouvement de rotation grâce à une roue à aubes immergée dans le ruisseau tout proche.
Quand il le vit entrer, Jean-Jacques comprit, il porta un doigt à sa bouche, puis, du même doigt, il fit signe au garçon de le suivre.
— Tu es mon premier fils, dit-il, tu as le droit de savoir. Je t’ai appris le métier de la pierre. Quand je mourrai, tu me succéderas. Tu bâtiras des églises, des châteaux, de belles maisons et tu tailleras des pierres tombales aussi, malheureusement. Tu connais les lois des bâtisseurs, je te les ai expliquées. Mais tu ne sais pas encore tout ce que mon père m’a laissé, comme je le fais pour toi. Non seulement il m’a donné le métier de la pierre, mais il m’a aussi laissé le don de guérir les hommes et les bêtes. Dès que les chemins seront praticables, que la neige aura fondu, nous descendrons dans la vallée, à Bregenz pour acheter un bon cheval pour toi et pour moi. Tu pourras bientôt travailler seul. Je t’apprendrai aussi comment guérir la dysenterie, les maux de gorge et de ventre. Je ne ferai pas de toi un docteur, comme dans les villes. Tu seras un guérisseur qui soulagera les gens d’ici de leurs maladies. Tu n’as jamais vu un docteur venir à Laterns au cœur de l’hiver. C’est trop haut, trop loin, trop de neige, trop de tempête. Alors, Dieu qui n’abandonne personne a donné à tous les hommes de notre famille le don de guérir et le don de faire des pierres taillées parfaitement pour construire des églises solides qui montent haut jusqu’à toucher les nuages et résister aux plus grandes tempêtes.
Le jeune homme était ébahi, car son père lui parlait rarement. Il avait compris pourquoi le jeune homme était venu. L’idée d’aller voir ailleurs… !
Des années plus tard, Rudolf repensait à tous ces événements et à ce qu’il avait appris ce jour où son père lui avait parlé. Aujourd’hui, le père était vieux et fatigué et il envisageait de tout arrêter.
C’était vrai que son père lui avait appris le métier.
Ici, tailler la pierre n’était pas donné à tous.
La plupart des hommes étaient cultivateurs.
Les Natz construisaient partout dans le Voralberg. Ils achetaient leur nourriture et ne cultivaient que quelques légumes. Depuis longtemps, ces hommes étaient sollicités par l’évêché de Bregenz pour édifier des églises ou reconstruire les édifices que les guerres détruisaient. Joseph était réputé très loin de leur village, pourtant perché très haut, à 2000 mètres dans les montagnes, loin des grandes villes de la vallée. Mais les belles pierres ne se trouvaient qu’en montagne. En plus, les forts écarts de température faisaient éclater de grands pans de roche qu’il était facile de débiter sur place avant de descendre les pierres à travailler dans la vallée. Ce petit homme à grosses moustaches avait des mains en or et ses fils suivaient son chemin.
L’apprenti fut Jean-Jacques, le fils de Joseph. Plus tard, ce fut Rudolf, le fils de Jean-Jacques.
C’était ainsi depuis plus de deux cents ans. C’était immuable.
Rudolf, ce soir-là, se retournait dans son lit et réfléchissait.
Il avait vu aussi la besace laissée par un grognard mourant. Son père lui avait montré, mais il ne savait pas exactement ce qu’il y avait dans la bourse que le soldat avait laissé avant de mourir. Son père lui révéla qu’il y avait une petite fortune qui serait bien utile à celui de ses fils qui saurait l’utiliser pour continuer le travail de leurs ancêtres. Rudolf imagina ainsi qu’il pourrait utiliser cet argent pour quitter ce village perdu pour aller faire fortune en ville ou même en France dans ce village de… Comté ou quelque chose comme cela où il y avait de l’or.
Rudolf rassemblait ce qu’il pouvait emmener comme outils et le petit sac contenant les pièces laissées dans la besace.
Il savait que le voyage serait long et périlleux. Il travaillerait en cours de route pour pouvoir se nourrir.
Il s’était renseigné auprès du curé pour connaître les démarches à faire, les papiers à emmener, un peu de géographie des régions qu’il traverserait et surtout, le curé lui avait inculqué quelques mots de français indispensables à savoir pour se guider, manger ou travailler à son arrivée.
Rudolf était parmi les rares habitants du village qui savaient lire et écrire, car pour graver dans la pierre des textes, des dédicaces compliquées, il fallait savoir reconnaître et tracer des lettres. Et pour cela, son père l’avait instruit. Il fallait entrer en France avec de l’argent, le curé lui avait dit. Son père le payait pour son travail auprès de lui, de sorte qu’il disposait de près de 100 florins d’argent. Il n’aurait pas besoin de plus.
Ce serait donc le frère, Johann, encore jeune, mais qui aurait bientôt seize ans, qui apprendrait le métier et remplacerait Rudolf dans l’atelier familial.
Rudolf voulut assister à la première messe de la journée avant de partir. Il se recueillit, demandant à Dieu de l’aider dans cette entreprise aventureuse.
Tout était prêt.
À huit heures et demie, sortant de l’église, il entra dans la cuisine où sa tante s’affairait au repas. Il avala un peu de pain trempé dans de la soupe au lard brûlante. La femme pleurait déjà et lui non plus ne pouvait retenir ses larmes. Il dit en sanglotant :
— Je reviendrai vous voir dans quelques années. Ne vous en faites pas pour moi, tout ira bien ! Mais en lui, il se demandait bien ce que seraient les semaines à venir.
Il se dirigea vers l’atelier pour dire adieu à son père et à son frère. La forge ne marchait pas, il n’y avait personne. Il hésita, puis pris son parti, et il pensa : « Père aurait détesté ma décision, lui n’a pas osé, moi, je le fais ! »
Bien chaussé, chaudement habillé, il commença à descendre le chemin encore enneigé menant vers la vallée. Près d’une lieue à faire, il arriverait en bas pour la nuit.
Le chemin, après deux kilomètres, passait près de la carrière de grès où ils avaient l’habitude de tirer des pierres. À cet endroit, quelques rochers tombés durant la nuit obligèrent Rudolf à faire un crochet à l’intérieur de la carrière. Et là, il y avait Jacob et Johann assis sur un caillou en train de faire une pose en mangeant du pain et du lard. Ils ne s’attendaient pas à voir Rudolf et leurs visages se fermèrent un instant. Pourtant, Johann, candide, brisa le silence presque hostile.
— Pourquoi tu nous quittes ? On ne te reverra peut-être jamais. Des tas de gens meurent en traversant la montagne. Restes avec nous ! Il y a du travail pour tous.
Puis Johann se tut et rumina son casse-croûte, car il ne savait plus quoi dire à son grand frère.
Puis, avec une sorte d’humidité au coin de l’œil, vite essuyée du revers de manche, il dit :
— Va chez les Français, mon frère, montre-leur comment nous travaillons. Si tu penses faire du bien, guéris comme l’a fait ton père et comme ton grand père l’a fait. Toi aussi tu as le don de guérisseur. Moi je n’ai plus personne pour m’apprendre le nom des plantes et comment guérir. L’esprit de notre père est parti trop tôt, il ne sait plus comment tailler la pierre ni guérir. Si tu peux nous faire parvenir des nouvelles, de bonnes nouvelles, réconforte ceux qui restent et console-moi d’avoir perdu un bon patron.
Rudolf ne savait quoi dire, il baissa les yeux et donna un coup de pied à un éclat de pierre pour trahir sa gêne.
L’oncle de Rudolf intervint à son tour :
— Tiens, si cela peut t’aider, je te donne la gravure représentant le village français de nos ancêtres, tu sais, celle qui était accrochée dans la chambre de tes parents. Voici aussi quelques-unes des pièces d’or qui étaient dans la bourse que le soldat mourant avait laissée à ton grand « père en 1809. Il y avait aussi un acte de propriété d’une mine d’argent dans la montagne appelée Vôge. Si cela peut te servir ! Va maintenant ! Bonne route. Dieu veille sur toi !
Les yeux troubles, Rudolf fit cinq pas, posa son bâton de marche, puis revint se jeter dans les bras de son oncle.
Il aurait aimé que son père soit là aussi. Mais Jean-Jacques dormait profondément après une nuit de cauchemars et il n’était pas sûr qu’il aurait compris ce que faisait Rudolf aujourd’hui.
L’adieu fut bref. Chez les montagnards, on n’exhibe pas ses sentiments. On pleure en dedans.
Rudolf marchait d’un bon pas.
Vers six heures du soir, avec le déclin du soleil, il voyait les plaques de cuivre des premières maisons de Feldkirch qui réfléchissaient la lumière. Il demanda à un paysan l’autorisation de dormir dans l‘étable avec les vaches. Le lendemain, le soleil de quatre heures le réveilla en envoyant de fins rayons à travers les fentes des planches de l’étable.
Il reprit la route en direction du mur de montagnes qui se dressait entre lui et la France.
Rudolf connaissait les grandes étapes qui l’attendaient et les noms des cols à franchir. Il avait recopié son itinéraire sur une feuille pliée en quatre dans sa petite sacoche.
Il redoutait la rencontre avec les loups et les ours féroces.
Il avait lu tout cela dans les livres que le curé lui avait prêtés.
En ce moment, il marchait sans penser à rien. Son estomac réclamait un peu de nourriture. Aujourd’hui, le soleil perçait les nuages et lui indiquait qu’on approchait de midi.
En arrivant devant un village nommé Nofels, il vit quelques hommes qui s’affairaient près d’une ferme dont un pan de mur s’était effondré sous le poids de la neige mouillée.
Une femme, flanquée de deux petits, se lamentait, car l’un des enfants était resté sous les décombres, peut-être mort. En plus, elle voyait arriver une nuit sans toit, sans mur dans le froid de l’hiver. Pourtant, elle avait dit à son fainéant de mari que le toit fuyait et qu’on risquait des gros soucis.
Personne ne lui prêtait attention. Les hommes voulaient d’abord dégager l’enfant. Manifestement, ils s’y prenaient mal. Les blocs de pierre roulaient et retombaient, risquant de faire tomber encore plus de pans de mur.
Rudolf vint vers eux et leur proposa son aide.
Personne ne rechigna en voyant cet homme, cet inconnu. L’effervescence due à la panique et au drame gommait la méfiance.
Il fallait faire vite. Rudolf attrapa prestement deux chevrons brisés. Il en tendit un à l’un des hommes. À eux deux, ils dégagèrent une dizaine de gros blocs qui furent chassés sur les côtés.
Après un quart d’heure d’efforts, la tête de l’enfant inerte apparut. Il avait les deux jambes coincées sous une poutre énorme. Avec les mêmes chevrons, Rudolf et son aide improvisé soulevèrent la poutre et l’enfant fut dégagé par son père qui cherchait avec angoisse un souffle de vie sur la poitrine de son petit. Il sentit un léger souffle sortir des narines de l’enfant.
Il regarda Rudolf avec un regard qui l’implorait de faire un miracle.
Rudolf avait appris de son père les rudiments des gestes des guérisseurs. Il fallait réduire les fractures multiples des jambes et redonner du souffle à ce petit.
Ce fut rapide, Rudolf utilisa des éclats de bois que les poutres brisées avaient laissés et quelques chiffons qu’il noua sur les jambes. Les fractures n’étaient pas ouvertes. Lorsque l’enfant se mit à pleurer sous la douleur des fractures, tout le monde se sentit soulagé et la femme pleurant de joie embrassa furieusement Rudolf.
Ce dernier, aussi content que les parents, n’en continua pas moins ses soins. Il avait un flacon d’élixir de laudanum. Il demanda un gobelet et un peu d’eau pour dissoudre deux gouttes de l’élixir. Il fit boire cette préparation à l’enfant. Quelques minutes après, le garçonnet dormait calmement.
Il fallait maintenant faire une réparation de fortune pour permettre à la famille de trouver un abri pour la nuit.
Rudolf sortit quelques outils utiles pour rectifier les pierres et les équarrir rapidement. À quatre hommes, ils remontèrent un pan de mur de trois mètres de long, assez haut et solide pour y reposer des poutres qui n’étaient pas coupées en deux. Rudolf épuisé demanda si quelqu’un n’avait pas un peu d’eau et de pain, car il n’avait pas mangé depuis la veille.
En un quart d’heure, trois femmes du village venaient lui apporter un bol de soupe brûlante et une miche de pain chaud, un flacon de vin, des noix, des gâteaux secs… Plus qu’il ne pourrait en manger.
Assis sur une pierre, il dégusta son repas sous l’œil chaleureux et attendri des femmes.
L’une d’elles, vingt ans peut-être, guère plus, se hasarda à lui demander :
— Merci, l’étranger, tu as sauvé le petit de Louisa, Dieu te garde en vie longtemps. Tu sais soigner, tu es docteur ? Pourtant, tu as des mains d’ouvrier !
Rudolf sourit, et répondit :
— Non !
