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Le travail de romancier: Guide pratique
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Livre électronique286 pages3 heures

Le travail de romancier: Guide pratique

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À propos de ce livre électronique

Travail du style, symboles et métaphores, flash-back, processus de création.

Cet ouvrage vous aidera à stimuler votre créativité grâce à une large gamme de techniques. Le succès de la méthode a été prouvé aux Etats-Unis.
On y découvrira également de nouvelles voies pour faire d'un manuscrit inachevé un écrit professionnel publiable.

Une nouvelle édition de ce guide qui propose des techniques pour la rédaction d'un livre.

EXTRAIT

Raconter une histoire est une forme élaborée de mensonge. "Fiction" et "histoire" sont deux euphémismes pour mensonge. Les menteurs se soucient de donner à leurs inventions l'apparence de la vérité, et un conteur utilise tous les moyens en sa possession pour instiller dans sa fiction la vraisemblance qui peut convaincre le lecteur. Les écrivains cherchent à convaincre afin de tromper. Ils trompent également afin de convaincre. Ils modifient, sélectionnent et exagèrent les faits afin de créer la vérité. Ils distillent, déforment, et par dessus tout, dramatisent, car la dramatisaton est le procédé par lequel l'auteur maintient l'imagination du lecteur sous sa coupe.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Oakley Hall (1920 - 2008) est un écrivain américain de roman policier et de western. Il fait des études universitaires à Berkeley, en Californie, et dans l’Iowa, puis sert dans les Marines lors de la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1968, il est professeur d’anglais à l’Université de Californie à Irvine et directeur de cours d’écriture.
Son livre le plus célèbre, Warlock, est finaliste du prix Pulitzer en 1958.
LangueFrançais
ÉditeurÉcrire Aujourd'hui
Date de sortie28 juil. 2017
ISBN9791096918133
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    Aperçu du livre

    Le travail de romancier - Oakley Hall

    I.

    Réalité fictive

    CHAPITRE 1

    Dramatisation

    Raconter une histoire est une forme élaborée de mensonge. Fiction et histoire sont deux euphémismes pour mensonge. Les menteurs se soucient de donner à leurs inventions l’apparence de la vérité, et un conteur utilise tous les moyens en sa possession pour instiller dans sa fiction la vraisemblance qui peut convaincre le lecteur. Les écrivains cherchent à convaincre afin de tromper. Ils trompent également afin de convaincre. Ils modifient, sélectionnent et exagèrent les faits afin de créer la vérité. Ils distillent, déforment, et par dessus tout, dramatisent, car la dramatisation est le procédé par lequel l’auteur maintient l’imagination du lecteur sous sa coupe.

    La tâche première de l’auteur est de mettre en place une réalité fictive, un mimétisme (une imitation de la vie réelle), une vraisemblance (l’apparence de la vérité). Henry James affirmait que la fiction devait être restituée, présentée, dramatisée : Que dans l’art, ce qui est simplement déclaré n’est pas présenté, et ce qui n’est pas présenté n’est pas vivant, et ce qui n’est pas vivant n’est pas représenté, et ce qui n’est pas représenté n’est pas de l’art.

    Ces termes sont importants pour l’auteur de fiction. Parmi les définitions de restituer on trouve Mettre en état. Faire devenir. Exprimer sous forme verbale ou artistique. Dépeindre ou exprimer (et non se contenter de désigner, nommer, résumer). Donner une interprétation, une traduction, une visualisation de.

    En fiction, ce que l’on ne restitue pas, ce que l’on ne dramatise pas, se contente d’être rapporté. Cela reste donc en seconde-main. Cela ne se produit pas sous les yeux du lecteur. On ne le lui raconte qu’après. Ce qui n’est pas montré est seulement raconté. Ce qui est restitué va jaillir de la page et prendre vie, et capturer les émotions du lecteur. Ce que l’on se contente de déclarer, de rapporter, de raconter, reste inerte, de la matière morte.

    Dans le passage qui suit, un extrait de l’histoire de Tchékhov La dame au petit chien, l’auteur ne nous dit pas qu’Anna Sergeyevna est en train de tomber amoureuse de Gurov, il le montre. La naissance de l’amour chez Anna est restituée.

    A cause d’une mer un peu agitée, le bateau était en retard, après le coucher du soleil, et cela prit beaucoup de temps avant qu’il ne puisse accoster la jetée. Anna Sergeyevna scrutait le bateau et ses passagers avec ses petites jumelles comme si elle cherchait des gens qu’elle connaissait, et chaque fois que son regard se posait sur Gurov, ses yeux se mettaient à briller. Elle parlait beaucoup et posait des questions d’une voix saccadée, oubliant dans l’instant l’objet de sa question ; puis elle perdit ses jumelles dans la cohue.

    La fiction est la révélation de l’histoire, dont les événements n’existent, avant d’être écrits, que dans l’esprit de l’auteur. Sa tâche consiste à permettre au lecteur de faire l’expérience de ces événements qu’il a imaginés. Pour ce faire, il doit arranger des suites de stimuli pour évoquer ces événements afin que son public réagisse à des personnages et des événements qui ne sont pas réels mais de simples taches d’encre sur le papier. Les auteurs de fiction ont inventé, emprunté, volé, et hérité un ensemble de trucs destinés à fournir ces évocations. La somme de ces astuces est l’art de la littérature.

    Le passage suivant est un extrait de L’Odyssée :

    Ils déposèrent leurs manteaux sur le dos des chaises de l’entrée et s’installèrent ensuite dans les baignoires polies, où des servantes leur firent couler un bain chaud avant de les oindre, et de les vêtir de tuniques propres et de capes laineuses. Bientôt, ils furent confortablement assis dans l’entrée. Une servante vint apporter une cruche dorée et approcha d’eux une table rutilante. Une autre servante, en charge du garde-manger, leur apporta un plateau de pains et de mets salés, et servit chacun d’eux.

    Dans le silence de l’entrée, assise dans une chaise longue près d’un pilier, la mère de Télémaque tissait un précieux coton.

    Ce passage est vivant, restitué, dramatisé, car riche de détails spécifiques. Pénélope est assise près d’un pilier, dans une chaise longue, et elle tisse du coton de qualité.

    La réalité fictive nécessite une forte spécificité, une restitution fidèle, une dramatisation. La base de tout cela est le détail, et le détail est utilisé au mieux quand il insinue, quand il est en mouvement et qu’il charme les sens.

    DÉTAIL

    Michel-Ange disait que le grand art qui n’est pas une plaisanterie, est fait de plaisanteries. En fiction, ces plaisanteries s’appellent détails : détails réalistes, détails circonstanciels ou corroboratifs, détails concrets, exemples précis. Restituer, montrer, et une dramatisation vivante reposent sur du concret et non sur de l’abstrait.

    Les détails concrets prouvent une scène en convaincant le lecteur de la réalité des personnages et de l’action. Dans son roman A plusieurs reprises, Jack Finney est face à la tâche compliquée de convaincre le lecteur. Par le moyen d’une machine à remonter le temps, son héros se retrouve dans le New York d’il y a un siècle. Finney doit convaincre son héros qu’il est réellement retourné dans le passé en même temps qu’il doit convaincre ses lecteurs. Les preuves accablantes que nous sommes réellement dans le New York d’Antan reposent sur les détails corroboratifs choisis par l’auteur :

    Ils étaient là à présent, marchant le long de la route, traversant la rue, les gens. Et je les regardais, d’abord avec stupéfaction ; je regardais ces hommes barbus, qui balançaient leur canne au rythme de leur pas, et leurs hauts chapeaux en soie brillante, leurs casquettes de fourrure semblables à la mienne, leurs melons à haut fond ? comme celui que portait l’homme de l’autre côté de la rue, et, pour les plus jeunes d’entre eux, leurs melons très bas ? Presque tous portaient un pardessus ou un manteau long jusqu’aux chevilles, la moitié semblaient porter des lorgnons, et quand les plus âgés d’entre eux, ceux qui portaient les chapeaux de soie, croisaient une de leurs connaissances, chacun touchait le rebord de son chapeau du pommeau de sa canne en guise de salut. Les femmes portaient des écharpes autour de la tête ou des chapeaux attachés par un ruban sous le menton, de courts manteaux d’hivers cintrés à la taille, ou des capes ou des châles maintenus par une broche ; certaines portaient un manchon et d’autres des gants ; toutes portaient des chaussures à boutons que l’on voyait émerger de, et disparaître sous de longues jupes.

    Ils étaient bien là, ces gens que l’on voit figés sur les gravures sur bois, seulement là…ils bougeaient. Ces manteaux et ces robes, qui balançaient à leurs pieds alors qu’ils marchaient et traversaient la rue devant et derrière nous, étaient faits de tissus fraîchement teints, de couleur bordeaux, vert bouteille, bleue, de marrons et de noirs profonds, et je voyais la lumière et l’ombre briller au rythme des longs plis qui apparaissaient et disparaissaient. Et le cuir et le caoutchouc dans lesquels ils marchaient s’enfonçaient dans la neige fondue du croisement et s’y imprimaient ; et leur souffle se matérialisait pour un instant dans l’air hivernal.

    Finney a bien préparé sa leçon, recherchant ses détails dans les anciennes gravures sur bois qu’il mentionne, dans les catalogues Sears Roebuck et les publicités des magazines de l’époque. La manière dont il décrit les couleurs fraîchement teintes est impressionnante, tout comme les gestes, le salut à l’aide de la canne. Autre détail heureux que celui de l’empreinte des semelles de caoutchouc ou de cuir dans la neige fondue du croisement, mais le plus efficace, le plus vivant, reste le souffle de ces gens d’il y a un siècle, se matérialisant dans l’air hivernal.

    Quand on recherche des détails sur les vêtements et accessoires d’une époque révolue et d’un lieu précis, il est bon de se souvenir que d’autres auteurs ont déjà fait ces mêmes recherches, trouvé ces mêmes détails, et que certains de ces détails ont tellement été utilisés qu’ils en sont devenus des clichés. Dans son ouvrage Biographie : l’Art et la Vocation, Catherine Drinker Bowen conseille aux auteurs de se méfier des samovars et des loups quand ils décrivent l’ancienne Russie, et : Quiconque décrit la période de la Révolution américaine devrait se méfier des chaussures à boucle, des plumes d’oie et des gardes de nuit annonçant chaque heure qui passe. Ces détails ont perdu tout impact à force d’avoir été utilisés.

    RESTITUER OU RAPPORTER

    Lisez le passage suivant pour comprendre comment il échoue à restituer, montrer, prouver, dramatiser, ou faire quoi que ce soit d’ailleurs. Il ne contient aucun détail spécifique, particulier, concret. On s’est contenté de taper sur son clavier.

    Notre séjour à Disneyland fut une expérience inoubliable. Nous nous sommes levés tôt et avons pris le petit déjeuner, puis nous avons chargé la voiture et sommes partis, pleins d’enthousiasme. La journée était belle et nous nous sommes bien amusés en chemin.

    Après avoir acheté nos tickets, nous sommes montés dans le petit train, tendant le cou pour voir toutes les merveilles qui nous entouraient. Ce fut l’une des expériences les plus excitantes de ma vie.

    Nous avons descendu une rivière tropicale en bateau et avons vu beaucoup d’animaux intéressants. On se serait cru en Afrique. Nous avons ensuite visité une ville à la frontière du far-ouest, ce qui nous a appris beaucoup de choses précieuses sur l’histoire de l’Amérique. Il y avait de nombreuses autres choses éducatives à voir.

    Nous étions fatigués mais heureux quand nous nous sommes entassés dans la voiture pour le long voyage de retour. Sur le chemin, nous nous sommes offert le dîner dans un bon restaurant.

    Voilà un récit que l’on oublie dès qu’on l’a lu. Tout y est abstrait et général : expérience inoubliable, pleins d’enthousiasme, la journée était belle, expériences les plus excitantes, animaux intéressants, etc. Ni l’intérêt, ni les émotions du lecteur ne sont suscités. Comment améliorer ce passage ?

    Le réveil nous tira du sommeil à 7 h 15 ; driiiinngg ! Papa nous fit un petit déjeuner génial de crêpes au beurre de cacahouètes, pendant que Maman faisait la grasse matinée. Dans la voiture, tous les deux chantèrent Roule-moi… pendant qu’à l’arrière les jumeaux et moi scandions Vas-y ! Vas-y ! Vas-y !

    Après que Papa eût réglé les billets, en maugréant, nous sommes montés dans le petit train qui parcourt avec fracas tout le parc, tendant le cou pour voir le groupe de rock composé de gorilles sauter sur place, guitare à la main, et les girafes entortiller leur cou autour de celui d’une autre girafe, telles des tire-bouchons jumeaux, alors que de minuscules personnes tout en bas se baladaient en jetant de petits cailloux aux lions et en dévorant leur barbe à papa rose.

    Sur le chemin du retour, nous nous arrêtâmes au Mac Donald pour prendre des Bic Mac et des Pepsi. Puis nous nous entassâmes à nouveau dans la voiture pour le long trajet de retour, 80 kilomètres à peu près, en chantant.

    RECHERCHE HISTORIQUE ET DÉTAILS

    Voici un paragraphe extrait du Pays de Dieu et mon peuple, de Wright Morris. Les détails mentionnés peuvent être qualifiés de détails nostalgiques, en raison de leur contribution à cette évocation magique du passé. Le point de vue bien tranché y contribue aussi :

    … Je faisais partie de la classe de Mrs Partridge à Farnam. Le matin, nous prêtions serment d’allégeance au drapeau américain, et nous nous exercions en musique. Les exercices étaient tout d’abord rapides, puis ils ralentissaient encore et encore au fur et à mesure que la musique jouait. Si nous écrivions tous en même temps sur le tableau noir, la poussière de craie dans l’air causait à Mrs Partridge de terribles migraines. Le crissement de la craie lui mettait les nerfs à vif et elle devait aller s’allonger à l’infirmerie, une serviette sur les yeux. Dans l’escalier, nous devions faire attention à ne pas marcher sur les pompons de son châle. Après l’école, Betty Zabriskie, Bryon Minter et moi allions nettoyer le panier à brosses par la fenêtre de la sortie de secours, en les frappant contre la brique. La poussière de craie rendait les doigts grinçants et blanchissait les briques autour de la fenêtre de la sortie de secours.

    Un très long exemple illustrant une forte spécificité est la demande en mariage du Duc de Dorset à Zuleika, dans Zuleika Dobson de Max Beerbohm, où, pendant huit pages, le Duc dresse la liste de ses possessions et de ses honneurs. Il possède des milliers d’hectares, soixante-dix chevaux, et cinq Watteau. Dans sa grande demeure il y a cinq fantômes dans l’aile droite, deux dans l’aile gauche, et onze dans le parc. Le Garde Suisse dans la cour de sa demeure sur les Champs Elysées mesure 2 m05 sans chaussures…

    Ces détails ont une forte spécificité et sont spirituels, mais il est bon de se souvenir que ce n’est pas la quantité de détails qui compte, mais leur qualité, et que de simples listes peuvent devenir monotones.

    Dans sa biographie du conquistador Cortes, William Weber Johnson utilise des listes de détails historiques factuels qu’il a glanés dans ses recherches, pour décrire le départ de Cortes de la ville de Mexico pour aller punir un capitaine passé à l’ennemi :

    Il y avait encore d’autres preuves des idées de grandeur de Cortes dans ses préparatifs d’expédition contre Olid. Son entourage comportait plusieurs centaines de fantassins, à peu près moitié moins de cavaliers, un majordome, deux maîtres de maison, un chambellan, deux domestiques (dont l’un était responsable des plats en or et en argent), un docteur, un chirurgien, plusieurs pages, huit valets, deux fauconniers, cinq musiciens, un acrobate, un magicien-marionnettiste, une suite de mulets pour porter la marchandise, un troupeau de porcs destinés à être mangés en cours de route, et plusieurs milliers d’indiens pour porter d’énormes masses de poudre, les sabots, les outils, les tentes, les perles et autres articles destinés au troc.

    Les détails ci-dessus sont spécifiques et concrets, mais cela reste une liste. Margaret Shedd, dans son roman historique Malinche et Cortes, avait accès aux mêmes sources, et elle dramatise la scène, prenant appui sur les mêmes détails, les mettant en scène, et les utilisant pour dépeindre ses principaux personnages. La scène est considérablement plus vivante, grâce à la dramatisation :

    Ils quittèrent la ville pleins d’assurance et en formations parfaites et jubilantes, donnant à peine l’image d’une troupe partant en guerre, à cause de toute cette musique dans la parade qui les suivait. Il y avait des tambours militaires espagnols et d’autres, gravés, que les indiens frappaient, et des flûtes au son haut perché. Puis venaient les bannières ; pas ces emblèmes usés apportés par les Espagnols quand ils étaient entrés dans cette ville. Celles-ci étaient si somptueuses qu’un seul porteur suffisait à peine…

    Après les bannières venaient les jongleurs et un acrobate et deux marionnettistes qui faisaient marcher leurs alter ego comiques au rythme de la musique. Il y avait de belles mules espagnoles fraîchement arrivées avec leurs muletiers et des fauconniers avec leurs rapaces et un chirurgien et un docteur avec leurs insignes. Derrière eux trois mille alliés indiens…

    Puis venaient les Espagnols, armés et en armure, à pied et à cheval. En ouverture et fermeture de marche, les chevaux représentaient la puissance des Espagnols, et ils en avaient beaucoup cette fois, cent trente en fait. Les chevaux avançaient au rythme de la musique sur une chaussée qui n’était pas prévue pour les chevaux…

    Et venait Cortes, petit visage pâle d’acteur, large nez sensible, barbe noire, larges épaules et large poitrine. Il portait un pourpoint noir et non une armure comme les autres, avec une élégante chaîne en or autour du cou…Les chaînes des capitaines claquaient contre leur armure, mais Cortes était silencieux, sa chaîne en or pur mais plus petite que les leurs. Il donnait l’impression d’un homme mesuré, véritablement cordial et dont le sourire pourtant naissait d’une prudente habitude, abritant des passions avant de décider de leur laisser libre cours…avec une grande sollicitude, il se pencha vers un notable de la ville qui le regardait depuis la rue.

    Malinche…était un peu en arrière et de côté par rapport à Cortes. Seule femme de la troupe, elle était vêtue à la manière de son peuple, huipil et jupe, et ses longs cheveux pendaient dans son dos. Elle ne disait rien, non pas avec la maîtrise de soi de Cortes, mais comme si elle ne savait pas comment agir autrement, ce qui prouvait son talent de dissimulation ; c’était elle, plutôt que Cortes, l’incarnation sublime de ce spectacle. Sa tête était légèrement penchée mais son dos était plus droit que n’importe lequel des Espagnols…

    Ma propre version de ce départ, dans le roman Les Enfants du Soleil, présente l’avantage d’un point de vue strict, déjà établi, celui du conquistador Andres Dorantes, si bien que rien dans tout cela n’est simplement déclaré par l’auteur. J’ai apporté des ajouts à l’usage que fait Shedd des détails, et à l’action, et la caméra est plus proche de ce qui se passe :

    … Cortes menait la marche, vêtu de son plastron poli, de sa chaîne en or et de son casque en plumes noir. L’accompagnaient les capitaines Gonzalo de Sandoval et Juan de Jaramillo, et Dona Marina, son visage bruni et ses vêtements simples contrastant avec les peaux blanches et les soies brillantes des dames qui flottaient sur les péniches le long de la chaussée, agitant leurs écharpes en lançant leurs adieux…

    Accompagnant le groupe de tête venaient le maître de maison de Cortes, le majordome, le chambellan, le docteur et le chirurgien, les pages, les valets, les musiciens, le maître-chien et sa meute de lévriers. Sur leurs chevaux blancs, leur cape enroulée autour d’eux, leur couronne de plumes trônant au-dessus de leur fier et sombre visage, suivaient l’empereur Cuauhtemoc, son cousin le seigneur de Tacuba et deux autres princes aztèques, que Cortes n’osait pas laisser derrière eux de peur qu’une rébellion ne se déclenche en son absence.

    La cavalerie espagnole était forte de cent trente chevaux. Au second rang, Andres chevauchait entre Blas et Bernai Diaz. On portait de somptueuses bannières neuves qui lui semblaient bon marché et criardes en comparaison avec les précieux emblèmes en lambeaux de la Conquête.

    Derrière la cavalerie marchaient les fantassins, armés et en armure, visières levées sur des visages barbus et suants, accompagnés du claquement métallique de leurs armures. Des sons de tambours résonnaient inégalement sur l’eau grise. Après les fantassins venaient trois mille

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