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Pandora et la peur
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Livre électronique332 pages4 heuresPandora

Pandora et la peur

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À propos de ce livre électronique

Pandora a réussi à capturer six des grands maux qu’elle avait «accidentellement»
libérés ; et maintenant, notre quatuor — Pandie, Alcie, Iole et Homère — est à la poursuite du pire de tous: la Peur. Ensemble, ils doivent se rendre dans les Enfers redoutés pour leur dernière aventure. Pendant ce temps, d’ignobles vilains comme Tantale, Sisyphe et les Danaïdes ont été libérés de leur punition éternelle… et ils se trouvent sur le chemin de Pandie ! Humm, qui serait possiblement derrière eux? Pandora pourra-t-elle vaincre Héra une fois pour toutes et trouver l’endroit où se cache
la Peur? Dans l’excitante conclusion de la série bien-aimée des mésaventures mythiques, le septième Mal doit être retourné.
LangueFrançais
ÉditeurÉditions AdA
Date de sortie3 juin 2014
ISBN9782897338572
Pandora et la peur
Auteur

Carolyn Hennesy

CAROLYN HENNESY is the author of all of Pandora's Mythic Misadventures as well as the New York Times bestseller The Secret Life of Damian Spinelli. As an actress, her work can be seen on both big and little screens (primetime and daytime), including her current work on the series True Blood. In addition to her full-time acting and writing careers, Ms. Hennesy also teaches improvisational comedy, is an avid shopaholic, and studies the flying trapeze. She lives in the Los Angeles area with her fab husband, Donald, two cool cats, and two groovy dogs. www.pandyinc.com www.carolynhennesy.com

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    Aperçu du livre

    Pandora et la peur - Carolyn Hennesy

    Chapitre 1

    Suspense

    — Iole ?

    — Mmmmm ?

    — Tu vas ouvrir les yeux ?

    — Laisse-moi réfléchir un moment… ouais… je dirais que c’est un négatif sans équivoque.

    — En grec, s’il te plaît.

    — Non.

    Pandie se mit à rire malgré elle — et leur situation.

    — Mais nous sommes déjà presque au sommet de la falaise, dit-elle en baissant les yeux vers la cime des arbres maintenant au moins 80 mètres plus bas.

    La campagne verte se répandait aussi loin qu’elle pouvait voir. À part une ligne de la mer Égée bleue au sud et un mince ruban de fumée qui indiquait un feu quelque part vers la gauche, il n’y avait que des collines couvertes d’arbres.

    — Très bien, je vais te corriger sur ce point, dit Iole, alors qu’elle plissait très fort les paupières, ses longs cils à peine visibles. Nous ne sommes pas presque au sommet de nulle part ; Homère est presque au sommet, et à ce sujet, je vais devoir me contenter de me fier à ta parole parce que je n’ai aucune intention d’ouvrir les yeux. Nous sommes simplement en train de l’accompagner, pour ainsi dire. Comme des sacs de choux. Ou des chèvres sacrificielles. Tu veux trouver la Peur, Pandie ? Tu veux récupérer le plus grand et le plus important de tous les maux, Pandora Atheneus Andromaeche Helena d’Athènes, fille unique de la grande maison de Prométhée ? Alors, ne cherche plus : la Peur est ligotée comme un faisan un jour de festival et elle se balance à moins d’un demi-mètre de ton nez sous la forme de ta meilleure amie !

    — Seconde meilleure amie ! arriva la voix d’Alcie d’en haut.

    Pandie fixa la corde soigneusement enroulée autour de leur taille et de leurs jambes. Elle suivit la simple ligne tendue contre le côté de l’abrupte paroi. À environ cinq mètres au-dessus de sa tête, elle aperçut le bord inférieur du manteau d’Homère, et ses pieds nus à la recherche de crevasses dans la falaise pour trouver une prise solide.

    — Si nous nous mettons à chuter et que nous mourons, ça ne fera pas beaucoup de différence si tes yeux sont ouverts ou…

    — Arrête et cesse ton bavardage incessant ! cria Iole à Pandie.

    — Que se passe-t-il en bas ? s’écria Alcie.

    — Rien, Alce, répondit Pandie. Nous sommes simplement en train de regarder le coucher du soleil, heureuses d’être de retour en Grèce.

    — Thrace, pour être précis, dit Iole tout en serrant son emprise sur la corde. Nous sommes à Thrace, et cesse de parler !

    — Iole a-t-elle ouvert les yeux ? demanda Alcie.

    — Pas encore, cria Pandie.

    Juste à ce moment, le pied gauche d’Homère perdit sa prise dans la pierre, et pendant un instant, les filles furent secouées vers le bas.

    — Ahhhhhhhhhhhhhh ! cria Iole, ses paupières s’ouvrant soudainement.

    Le cri de Pandie se coinça dans sa gorge alors que la corde se serrait à nouveau.

    — Désolé ! cria Homère, reprenant pied et libérant ses doigts de tout le poids. Je suis désolé ! Tout va bien. Je vais bien.

    — Arrête de lui parler, Alcie ! ordonna Iole. Cesse de le distraire, ou, par tous les Olympiens, je vais te donner toute une raclée ! Si nous survivons, bien entendu.

    — Toi et quelle armée assyrienne ? dit Alcie en riant.

    Pandie tendit la main vers Dido, qui était suspendu dans son propre harnais de corde, et elle lui tapota le nez pour le consoler. En même temps que son derrière frôlait la paroi rocheuse, il la regarda avec amour comme pour dire qu’il lui pardonnait de l’avoir placé dans cette situation précaire. Pandie souhaita désespérément que la falaise contre laquelle elle était suspendue, où elle se cognait les genoux et meurtrissait ses bras, ait été l’Acropole de sa bien-aimée Athènes et qu’ils eussent été en route, peu importe à quel point le chemin pouvait être dingue, vers le Parthénon. À Thrace, le terrain était quelque peu semblable à la partie de la Grèce qu’elle connaissait, et son cœur se serra, sachant qu’elle était de nouveau si près — et pourtant encore si loin — de chez elle. Il y avait eu deux jours de marche intense du port d’Abdère où ils avaient débarqué du navire qui venait de Rome. « Vers le nord. Allez au nord. Vous ne pouvez pas manquer la montagne », avait dit l’aubergiste de la ville, et il avait raison. Maintenant, la saillie qu’il avait également mentionnée était en vue, ce qui signifiait que la célèbre grotte d’Orphée était tout près.

    — Tu vas bien ? demanda Pandie à Iole en soulevant le rabat de son sac de transport en même temps qu’elle essayait de redonner un rythme régulier à son cœur.

    Iole demeura silencieuse pendant un long moment ; elle se contenta de fixer Pandie d’un air de reproche.

    — Je pense que c’est la chose la plus incroyablement débile que nous avons faite jusqu’à présent dans cette quête, finit-elle par dire. Et, comme tu le sais, ce n’est pas peu dire. C’est plus ridicule que quand tu es devenue une vieille femme en Égypte, plus stupide que quand tu as essayé de franchir les montagnes de l’Atlas en traînant deux petits garçons…

    — Je ne pouvais pas tout simplement les laisser, coupa doucement Pandie.

    — … plus idiot que quand nous avons tous essayé de prendre la pomme dorée d’Aphrodite, plus absurde encore que de vagabonder dans les égouts de Rome après le couvre-feu. Juste maintenant, dans ton sac, tu as une très bonne corde magique à utiliser dans des occasions comme celle-ci, mais quand Homère a insisté pour escalader de lui-même ce piège vertical mortel, tu as accepté.

    — Ce n’est pas si haut, Iole, répliqua Pandie en fouillant dans le sac. Et il a supplié pour le faire. Il a dit qu’il avait besoin d’exercice. Tu l’as entendu, il a dit que ce serait un jeu d’enfant. Il a dit qu’il lui fallait faire travailler ses muscles au cas où nous aurions besoin d’une aide sérieuse dans les Enfers.

    — Mais avait-il vraiment besoin qu’Alcie s’assoie sur ses épaules pendant le trajet ?

    — Il a expliqué que ça équilibrait les choses, dit Pandie, sa main se fixant finalement sur ce qu’elle cherchait dans son sac. D’ailleurs, tu le sais, elle et Homère sont restés des semaines sans se voir à Rome. Ça leur donne une chance de parler.

    — Il n’est pas censé parler, dit Iole, les dents serrées, cessant enfin de regarder Pandie et jetant un coup d’œil un instant au derrière d’Homère. Il est censé escalader en silence et en se concentrant. Qu’es-tu en train de chercher ? Arrête de farfouiller ! Tu nous bouscules… tu vas glisser… arrête !

    Pandie leva un doigt sur ses lèvres pour qu’Iole se taise, puis elle éleva l’extrémité de la corde magique.

    — Tu as raison, dit-elle. Juste au cas où il perd effectivement sa prise, je prépare la corde. Mais je ne veux pas froisser ses sentiments.

    — Oh, ne te gêne pas. Indubitablement. Pendant que nous tombons comme des pierres, inquiétons-nous des sentiments d’Homère, répliqua Iole en marmonnant, alors que Pandie commençait à chuchoter des consignes par mesure de précaution à sa corde.

    fruit.tif

    Aussi insupportable qu’eût été l’escalade, ils se retrouvèrent soudain sur la terre ferme alors qu’Homère les soulevait, une à la fois, du flanc de la montagne à une large saillie.

    — Cette saillie est plus large qu’elle en avait l’air pendant qu’on montait. En fait, il s’agit bien plus d’un plateau, dit Homère pendant qu’il tirait d’abord Iole, puis Pandie à la volée.

    — Un plateau ? Joli mot, répondit Iole, son ton de voix sarcastique.

    Homère lui lança un regard neutre.

    — Iole, je ne suis pas stupide.

    Instantanément, Iole eut honte ; c’était vrai. Tout au long des nombreuses semaines où les quatre avaient été ensemble, peu importe s’il s’était montré vaillant ou si ses propos avaient été clairs, peu importe qu’il se soit soucié non seulement d’Alcie, mais d’eux tous, peu importe si ses idées et ses suggestions étaient brillantes, elle n’avait jamais tout à fait dépassé sa perception d’Homère, le prenant pour un être… simple. En un éclair, cette idée disparut. Et même s’il n’était pas la flèche la plus aiguisée du carquois, elle avait été impolie, et elle n’avait pas été élevée de cette façon.

    — Je suis vraiment, sincèrement et tout à fait désolée, Homère, dit-elle, choisissant soigneusement ses mots.

    Elle fit une pause et réfléchit un moment.

    — Je sais exactement ce que c’est : je ressens toujours la peur de l’escalade et je transfère mes craintes sur toi, même si c’est toi qui as fait tout le dur travail. J’ai l’impression d’avoir toute cette énergie en moi, mais en même temps j’ai envie de rester parfaitement immobile. Mais ça n’excuse pas mon comportement et je devrais faire preuve de plus de jugeote ; je le promets, ça ne se reproduira plus.

    — Merci, dit-il avec un petit salut.

    — Pourquoi Alcie est-elle en train de danser comme mon petit frère quand il a une fourmi dans sa couche ? demanda Pandie tout en regardant Alcie donner des coups avec ses talons dans le crépuscule et Dido caracoler autour d’elle.

    Derrière Alcie, à 15 mètres peut-être, Pandie aperçut ce qui aurait dû être l’ouverture de la grotte ; plus précisément, elle vit l’endroit où aurait dû être l’ouverture de la grotte, si elle n’avait pas été scellée avec de la pierre grise.

    — Nous avons eu ce que mon maître de combat à l’école de gladiateurs appelait un « échange de vues franc et ouvert ».

    — Un échange franc et ouvert ?… dit Iole.

    — Ouais. Juste avant de t’arracher le petit doigt, il t’aurait dit ce qu’il voulait faire et comment il prévoyait le faire. Il aurait dit que nous étions en train d’avoir un échange franc et ouvert…

    — J’ai compris, dit Pandie, serrant sa cape autour de ses épaules.

    Depuis qu’ils avaient atteint le plateau, le vent s’était levé brusquement et son souffle était froid à une telle hauteur ; ses cheveux lui piquaient les yeux alors qu’ils volaient d’arrière en avant.

    — J’aurais envie de demander ce que vous avez échangé comme points de vue, mais…

    — Je lui ai dit que, genre, si nous survivions et tout le reste, j’allais quitter l’entreprise d’import/export de mon père à Crisa et déménager à Athènes. Et que j’allais obtenir un bon travail stable, peut-être quelque chose dans la construction des temples. Quelque chose qui pourrait soutenir une famille. En quelque sorte, je lui ai demandé d’être ma « petite amie ».

    — Elle était quoi pendant tout ce temps, si elle n’était pas ta « petite amie » ? demanda Iole.

    — Je voulais dire ma vraie « petite amie ».

    — Tu veux dire que tu lui as demandé de t’épouser ? dit Iole d’une voix de plus en plus forte.

    — Eh bien… je lui ai demandé d’être… fiancés.

    — Fiancés pour vous marier ? hurla presque Iole.

    — Eh bien, fiancés pour être fiancés, répondit Homère.

    — Tu veux dire, bien sûr, quand elle n’aura plus 13 ans ?

    — Elle n’a pas 13 ans, dit Homère d’un ton neutre.

    — Que veux-tu dire qu’elle n’a pas 13 ans ? demanda Pandie, le commentaire éloignant son attention de ce qui l’entourait.

    — Aujourd’hui, c’est son anniversaire, et j’ai pensé que dans quatre ans à peu près, nous pourrions…

    — Oh, très grande Aphrodite ! dit Iole, se tournant vers Pandie. Nous avons oublié !

    — Qu’allons-nous faire ? demanda Pandie.

    — Euh… viens, répondit Iole, puis elle s’avança vers la tête rousse en train de danser.

    S’approchant d’Alcie, Iole commença à chanter et Pandie se joignit rapidement à elle :

    Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire !

    Homère s’y joignit aussi, détonnant totalement, ce qui fit grimacer Iole et Pandie, mais elles ne le montrèrent pas.

    — Joyeux anniversaire, chère Alcie. Joyeux anniversaire !

    Homère continua en une fin rapide et monotone :

    — J’espère que tu aimeras être l’épouse d’Homère de Crisa dans quatre ou cinq ans !

    — Je suis certaine que j’aimerais cela ! rigola Alcie pendant qu’elle cessait de tour­billonner et faisait un salut de célébration, un sourire dément figé sur son visage. Merci, les amis. Je sais que vous aviez oublié, et ce n’est pas grave. Je me suis presque oubliée aussi jusqu’à ce qu’Homère me le rappelle. Je lui ai dit une fois la date, il y a plusieurs mois, et il s’en est souvenu !

    — Nous n’avons pas de cadeaux, dit Pandie, jetant ses bras autour d’Alcie.

    — Vous m’en devrez une, dit Alcie, l’étreignant très fort à son tour, alors qu’Iole les serrait toutes les deux dans ses bras.

    — D’accord, babilla Pandie, se détachant après un long moment. Nous devons avancer. Il faut que nous trouvions la grotte et que nous y entrions — mais il n’y a aucune grotte !

    — Il doit bien y en avoir une, dit Iole. C’est le bon endroit.

    Pandie franchit la quinzaine de mètres de plateau et commença à chercher aux extrémités du demi-cercle de pierre grise.

    — Ça devrait être ici. C’est une arche, mais elle est scellée ! Il doit y avoir un indice. Un moyen d’entrer d’une manière ou d’une autre.

    — Je sens de la fumée, dit Alcie, tournant son nez vers l’est.

    — Y a-t-il quelque chose dans l’histoire d’Orphée qui pourrait nous aider ? demanda Pandie.

    — Rien, répondit Iole, ignorant Alcie alors qu’elle reniflait l’air et se dirigeait lentement vers le bord du plateau. Seulement que lorsque son épouse Eurydice a été mordue par un serpent et qu’elle est morte, il est arrivé à une grotte sur le côté de cette montagne et il est descendu aux Enfers.

    — Les amis, je sens de la fumée.

    — Il y a peut-être une autre entrée, dit Iole, puis elle tourna vers sa droite et avança vers un coin éloigné du plateau.

    — Il y a quelque chose ? cria Pandie.

    — Rien, répondit Iole, se hâtant de revenir. Juste une longue chute dans les ténèbres.

    — Même chose de l’autre côté, dit Homère après les avoir rejointes en face du rocher grisâtre.

    — Je vois des lumières, dit Alcie, debout au bord du plateau. Les amis, j’ai trouvé des lumières.

    Subitement, Dido se mit à aboyer férocement vers le demi-cercle gris. Il y eut un cri perçant et un craquement de pierre raclant contre la pierre, et la pierre grise qui scellait l’ouverture de la grotte commença à bouger, devenant presque liquide. Lentement, elle se mit à tourbillonner dans une grande spirale qui s’agrandissait à partir du centre. Puis, ce tourbillon éclata en plusieurs petits tour­billons, qui se mirent à tourner sur eux-mêmes. Ensuite, un grand trou apparut au milieu, entouré de grands poils de pierre noire. Le tourbillon ralentit légèrement, puis s’arrêta brusquement. Pandie, Iole, et Homère se retrouvèrent soudainement en train de regarder fixement une oreille géante.

    — Les amis, je crois que les lumières se rapprochent.

    — Trois questions, dit une voix qui sortait de nulle part.

    — Regardez, dit Pandie qui venait de découvrir la provenance de la voix.

    Au-dessus de l’oreille de pierre, un peu à droite, il y avait une petite bouche de pierre.

    — Trois questions, répéta la bouche. Trois questions pour entrer.

    — Les amis ? cria Alcie, sa voix toute petite à travers le vent.

    — Homère… dit Pandie.

    — Ouais. Je vais aller voir, dit Homère tout en regardant la large oreille et reculant vers Alcie.

    — Êtes-vous prêts ? demanda la bouche.

    — Prêts, dit Pandie.

    — Quelle est la couleur de la chair quand elle a pourri ?

    Pandie regarda Iole.

    — Noire ? demanda-t-elle.

    — Est-ce votre réponse finale ? demanda la bouche.

    — Non ! Attendez ! Nous réfléchissons, cria Pandie, le volume de sa voix faisant trembler les poils d’oreille.

    Soudain, Iole claqua des doigts et murmura quelque chose à Pandie. Pandie hocha la tête.

    — Il n’y a pas de couleur, dit Pandie. Quand la chair a pourri, il n’y a plus de chair, donc, pas de couleur.

    Immédiatement, le trou d’oreille doubla sa taille.

    — Euh, dit Homère, revenant de l’extrémité. Genre, je pense que vous aimeriez voir ceci.

    — Impossible, répondit Pandie. Le cerveau d’Iole va nous permettre d’entrer.

    — Quelle est la signification du jaune ? demanda la bouche.

    La bouche d’Iole se détendit et, un instant plus tard, ses épaules chutèrent. Elle se tourna vers Pandie et secoua la tête.

    — Je n’ai rien, dit-elle.

    Pandie se tourna vers l’oreille. C’était le chemin pour descendre dans le royaume de la mort. La première question avait concerné la mort, alors peut-être que toutes les questions seraient reliées en quelque sorte. Jaune. Jaune ? Que voulait dire le jaune ? Le soleil que tirait Apollon. Non, c’était une source de vie. Le truc qu’elle avait nettoyé dans la couche de son petit frère. Non, c’était liquide et grossier et ça n’avait rien à faire avec la mort, sauf qu’elle avait parfois eu envie de tuer sa mère pour l’obliger à changer les sous-vêtements de Xander. Jaune. Et ensuite, il y avait eu cette fois, quelques jours avant qu’elle trouve la boîte de maux et que tout ce gâchis commence. Sa mère lui avait dit d’aller nettoyer le désordre causé par Xander, et elle était sortie en cou-rant de la maison pour finir par trouver son père debout sous son figuier préféré, ramassant une petite pile de feuilles brunes et se plaignant au sujet de toutes les jaunes qui restaient encore à tomber.

    Des feuilles jaunes.

    — Oh ! commença Pandie.

    — Oui ? dit la bouche.

    — Tu l’as trouvé ? murmura Iole.

    Pandie hocha la tête, certaine d’avoir raison, mais comment l’exprimer ?

    — Le jaune signifie — euh — l’état de quelque chose — qui est entre la vie et la mort, commença-t-elle, regardant Iole qui la fixait à son tour avec un air de respect de plus en plus mêlé d’admiration. Comme une feuille. Elle est verte lorsqu’elle est attachée — quand elle fait partie de l’arbre. Qui est vivant. Elle est brune lorsqu’elle tombe et qu’elle est morte. Lorsqu’elle est jaune, elle ne fait pas partie de l’arbre — elle n’en fait plus partie —, mais elle ne fait pas partie de la — partie morte, euh, n’est pas encore à l’endroit où va ce qui est mort. Elle n’est pas encore morte.

    Le trou de l’oreille s’élargit à nouveau ; maintenant, il était juste assez grand pour qu’un petit enfant puisse passer à travers. Pandie se mit à sauter de joie et donna des coups de poing dans l’air alors qu’Iole venait la serrer dans ses bras.

    — C’était brillant.

    — Les amis ! arriva la voix d’Alcie de l’extrémité.

    — La question finale, dit la bouche. Comment allez-vous mourir ?

    — Holà, dit doucement Homère.

    Pandie était frappée de stupeur. Iole était tellement horrifiée qu’elle saisit le bras de Pandie. Soudain, Alcie arriva en courant et prit l’autre main d’Iole, la traînant vers le bord de la falaise. Iole était tout près lorsqu’elle se détacha d’Alcie, l’air vexé, et revint vers l’oreille et Pandie, qui n’avait pas bougé.

    — Non ! dit Alcie, qui l’attrapa à nouveau et pointa en bas à droite vers la nuit. Regarde !

    Iole regarda en bas du côté abrupt de la grande montagne et, au début, ne remarqua pas la centaine de flammes qui formait une ligne s’étendant au loin, non plus qu’elle sentit vraiment la fumée qui montait vers eux. Ce qui la secoua de son étonnement par rapport à la dernière question posée à Pandie, ce fut le chant. Un chant chaleureux, au loin, qui se rapprochait. Des voix de femmes. S’approchant. En train de monter.

    Et en un éclair, elle comprit.

    S’il y avait une chose qu’Iole pouvait pratiquement réciter en long et en large, c’était les histoires des anciens ; elle aimait particulièrement la légende d’Orphée, surtout depuis qu’elle avait eu le plaisir de le voir jouer « en personne » quand ils avaient tous voyagé dans le temps vers le passé et avaient assisté au mariage de Pélée et de Thétis, alors qu’elle, Pandie, Alcie et Homère essayaient d’attraper la Luxure.

    Orphée avait cherché à ramener son épouse des Enfers et, parce qu’il avait trouvé son chemin jusqu’en bas et qu’il avait joué si habilement de sa lyre, créant une si belle musique pour Hadès et Perséphone, Hadès lui avait accordé son souhait à une seule condition. Pendant qu’il remontait vers le dessus de la terre, Orphée ne devait pas regarder derrière lui pour voir si son épouse le suivait. Il devait faire confiance à la parole du sombre seigneur des Enfers. Orphée avait accepté. Il était presque au sommet, pouvait voir la lumière du jour, et alors… il s’était retourné, certain d’avoir été trahi et qu’Eurydice n’était pas là. Consterné, il avait observé alors que sa forme faisait marche arrière, avec un regard d’angoisse et de reproche sur son beau visage. Dans le silence, il avait entendu un seul mot : « Adieu ».

    Au bord de la folie, il a évité par la suite la compagnie de tout être humain, choisissant de demeurer dans les forêts, charmant les oiseaux et les animaux par sa musique. Et c’est là qu’elles l’ont trouvé — les Ménades. Un groupe de femmes, disciples de Dionysos, si frénétiques, si folles, si furieuses que personne ne pouvait ni ne voulait les approcher. Elles dansaient follement et commettaient de terribles actes de violence, incluant de s’entre-tuer. Et que les dieux aident toute créature vivante qu’il leur arrivait de trouver. Elles sont tombées sur Orphée alors qu’il était assis seul devant l’entrée de la grotte, à peine à 10 mètres de l’endroit où se tenait maintenant Iole, et lui ont arraché tous ses membres. Et d’après la légende, la nuit de la pleine lune… elles reviennent toujours.

    Iole leva les yeux vers la lune incroyablement large et pâle, émergeant tout juste derrière le dernier sommet de la montagne, puis elle regarda à nouveau la ligne des flammes en mouvement, remarquant enfin l’extrémité d’un étroit chemin qui conduisait vers le bas du côté de la montagne dans l’obscurité. Un chemin qu’elle et les autres auraient pu employer pour monter, et un que les porteuses de torche utilisaient maintenant.

    — Les Ménades, murmura-t-elle.

    — Qu’est-ce… qu’est-ce que tu as dit ? dit Alcie, le vent mordant du sommet de la montagne lui faisant claquer les dents.

    Les Ménades ! hurla-t-elle.

    Mais le vent avait cessé au moment où elle avait ouvert la bouche pour crier, alors son cri retentit à travers la

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