Entre deux cultures
Par Zohra Miloua
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À propos de ce livre électronique
À PROPOS DE L'AUTRICE
Zohra Miloua dévoile son parcours d’enfant d’immigrés, oscillant entre héritage algérien et valeurs françaises, tout en abordant les défis liés à la parité et à l’émancipation. Ce témoignage sincère offre une réflexion profonde sur la recherche de soi dans un monde marqué par la diversité des identités.
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Aperçu du livre
Entre deux cultures - Zohra Miloua
Chapitre 1
Les racines et l’enfance
Entre l’ombre des traditions et la lumière de l’intégration, l’identité se tisse, parfois de manière invisible, dans l’entrelacs de nos souvenirs et de nos aspirations. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Mon récit est celui d’une mission, celle de naviguer entre l’héritage algérien de mes parents et mon enracinement dans la société française.
J’ai grandi à Vitrolles, une ville populaire située près de Marseille, dans une famille modeste, mais soudée. Mes parents, originaires d’Algérie, se sont installés en France dans les années 80, durant une période où le pays encourageait l’immigration pour alimenter une main-d’œuvre ouvrière, souvent bon marché. Mon père, engagé dans le secteur du bâtiment, travaillait comme ouvrier, parfois au service de familles bourgeoises, tandis que ma mère, femme au foyer, l’assistait dans son emploi. Je suis la troisième d’une fratrie de neuf enfants, je m’appelle Zohra, on me surnomme « Zozo » et notre enfance s’est déroulée dans un duplex animé au cœur d’un quartier vivant. Bien que nous vivions dans des conditions modestes, nous ne manquions jamais de rien. Mon parcours scolaire a débuté à l’école maternelle Paul Cézanne, que j’ai poursuivi à l’école primaire du même nom, située dans notre rue.
L’un de mes premiers souvenirs de l’école primaire remonte à l’époque où j’habitais à Vitrolles, une période où le Mouvement National Républicain (MNR), dirigé par Bruno Mégret, était au pouvoir à la mairie. Je me rappelle très distinctement une journée qui a laissé une empreinte indélébile dans ma mémoire.
Ce jour-là, des personnes sont entrées dans notre classe avec une question maladroite suspendue dans l’air : « Qui est arabe ici ? » Face à notre silence gêné, ils ont reformulé leur question en demandant qui était d’origine algérienne, puis étrangère. Enfin, l’un d’eux a demandé, hésitant, si le terme « arabe » était une insulte.
Nous, mes camarades et moi étions perplexes. Nous étions jeunes et nous avions vaguement conscience de nos origines étrangères, mais mes parents ne m’avaient pas appris à les revendiquer. De plus, nous n’étions pas habitués à parler ouvertement de nos origines avec des adultes. Certains levaient timidement la main, puis la baissaient aussitôt. Des camarades se demandaient si être marocain comptait. D’autres hésitaient, tandis que certains élèves, gênés, restaient muets.
Cette intervention a créé une atmosphère étrange dans la classe et la maîtresse semblait profondément embarrassée. Plus tard, j’ai réalisé que poser de telles questions à des enfants était totalement illégal et j’ai compris que cela devait probablement découler d’ordres venant de la mairie. Après tout, l’éducation primaire est l’une des compétences locales.
Ce moment a profondément marqué mon esprit. C’était la première fois que j’étais confrontée à la question de mes origines à l’école, une expérience discriminatoire qui m’a fait prendre conscience des complexités de l’identité et du pouvoir des préjugés dès un jeune âge.
Une journée de CM2 a, elle aussi, été déterminante dans ma construction. Je revois cette journée ensoleillée, l’excitation de la récréation et puis, soudain, ce moment gênant. Ma camarade recula avec un air de dégoût en voyant mes mains couvertes de henné. « Eurk, c’est bizarre ! Pourquoi tes mains sont comme ça ? » Ces mots m’ont fait l’effet d’un coup de poignard. À cet instant, je me suis sentie différente, une étrangère au milieu de mes propres amis.
Le henné, symbole de mes racines algériennes que ma mère m’appliquait avec amour, est devenu le marqueur de ma différence. Chaque motif tracé sur mes mains était un lien avec une culture que je portais sans la comprendre pleinement. Le rejet de ma camarade m’a frappée comme un coup de vent glacial. Ces mots résonnaient en boucle dans ma tête : « Tu es bizarre. » Je sentais une boule se former dans ma gorge, mon cœur se serrer et une honte indicible m’envahissait. Comment un simple trait de henné, une fierté de mes origines, pouvait-il soudain me rendre si étrangère parmi les miens ? À cet instant, j’ai compris que je serai toujours différente, peu importe mes efforts pour m’intégrer.
Ce souvenir douloureux a renforcé mon désir de trouver ma place dans ce monde, tout en restant fidèle à mes racines et à ma culture.
Une autre expérience marquante de mon enfance concerne une inspection des cheveux à l’école qui a révélé les préjugés et les stéréotypes auxquels j’ai dû faire face dès mon plus jeune âge.
L’annonce de l’inspection des cheveux pour détecter une épidémie de poux a suscité en moi une profonde inquiétude. Depuis mon enfance, j’avais appris à craindre toute attention indésirable, que ce soit pour mes origines ou pour mon comportement à l’école. Étant une élève consciencieuse, j’attribuais mes succès scolaires à ma peur viscérale des conflits.
Pour éviter toute remarque désobligeante, je me suis précipitée auprès de ma mère pour qu’elle m’aide à prendre une « douche du siècle » et à vérifier que mes cheveux étaient impeccables. Avec une rigueur qui témoignait de son souci pour mon hygiène, elle a utilisé le peigne à poux et a appliqué plusieurs shampoings sur ma tête.
Le jour de l’inspection, je me suis présentée à l’école avec ma tresse bien serrée, mes cheveux brillants sous le reflet de la lumière du matin. L’odeur de l’après-shampoing flottait encore autour de moi, apaisant mon esprit. Pourtant, mes mains moites trahissaient une nervosité que je tentais de dissimuler. La maîtresse a passé en revue toutes les têtes, s’arrêtant finalement sur la mienne. Son inspection semblait presque ridicule, comme si elle pouvait détecter des poux à l’œil nu. Une fois terminée, elle nous a fait la morale sur l’hygiène et s’apprêtait à reprendre le cours.
C’est alors qu’une camarade, dont le visage est resté gravé dans ma mémoire, a déclaré soudainement qu’il y avait quelque chose sur ma tête. La maîtresse est revenue sur ses pas et a découvert une petite plume, celle de ma veste, qui s’était posée sur mes cheveux propres et brillants.
Malgré cela, elle m’a lancé : « Zohra, soigne ton hygiène. » Cette remarque m’a plongée dans une rage folle. Je me suis sentie profondément insultée et injustement jugée.
Malgré les défis et les moments difficiles, j’ai toujours été reconnue comme une bonne élève par mes professeurs. Lorsque les parents ou des camarades jaloux n’exerçaient pas leur influence, mes enseignants ne se plaignaient jamais de moi. Au contraire, j’étais souvent complimentée, comme au collège où l’un de mes professeurs d’histoire, monsieur Desmaison m’appelait son « petit génie ».
Pour me faire des amis, je bavardais parfois en classe et je n’hésitais pas à partager les bonnes réponses avec mes camarades. J’étais toujours amie avec les cancres, je les trouvais cools et amusants. Ils avaient tout intérêt à être assis à côté de moi pour bénéficier de mes réponses lors des examens ou pour obtenir de l’aide dans leurs exercices.
Cette dynamique d’entraide et de camaraderie m’a permis de tisser des liens forts avec mes camarades, malgré les différences de performance académique. C’était une façon pour moi de contribuer à créer un environnement inclusif où chacun avait sa place et pouvait réussir à sa manière.
En ce qui concerne ma vie amoureuse, mon apparence de garçon manqué avait un impact significatif. Les garçons me considéraient, à mon grand désarroi, comme l’une des leurs plutôt que comme une partenaire potentielle. Personne n’envisageait sérieusement de sortir avec moi. J’étais le bon pote, celle à qui on confiait ses secrets, mais pas celle à qui on faisait des câlins.
J’ai été témoin de flirts entre mes camarades, mais je restais toujours en marge, jamais considérée comme une petite amie possible. C’était un sentiment étrange, celui de se sentir à la fois intégrée et exclue, acceptée, mais invisible dans le domaine des relations amoureuses.
Ce rôle de confidente plutôt que de partenaire romantique a marqué ma jeunesse et a contribué à façonner ma perception de moi-même et des autres.
Avec le recul, je réalise que ces expériences d’enfance ont profondément influencé ma construction identitaire. Les questions que l’on nous posait, comme « Qui est arabe ici ? » n’étaient pas seulement maladroites, elles étaient révélatrices d’une volonté de classification et de contrôle. C’était comme si on voulait nous assigner une identité qui nous échappait, quelque chose qui, en réalité, ne se résumait pas à un simple mot ou une simple catégorie. En fait, je me rends compte que ces questions reflétaient une peur plus profonde de l’inconnu et de l’Autre.
Ce moment m’a fait comprendre une réalité plus vaste : notre identité sociale est souvent façonnée par le regard des autres. Comme l’explique Goffman avec son concept de « stigmate », certaines différences sont imposées par la société, influençant à la fois notre propre perception de nous-mêmes et celle des autres. Goffman parle de la manière dont certaines identités sont socialement « marquées » et comment ces marques influencent la perception des autres et, par conséquent, notre propre perception de nous-mêmes. À travers les yeux de mes camarades de classe, je voyais se dessiner ce stigmate : une différence imposée qui, au lieu de m’inviter à me connaître, cherchait à me restreindre à une définition qui n’était pas la mienne.
Mais au-delà de la discrimination que j’ai ressentie, ces expériences m’ont aussi appris l’importance de mes racines et la force qui peut en découler. Les traditions que nous pratiquions à la maison, comme l’application du henné, n’étaient pas simplement des coutumes ; elles étaient des liens du vivant avec un passé, une culture, et une identité que j’apprenais à apprécier et à revendiquer, malgré les regards désapprobateurs de mes pairs.
Je me souviens aussi des théories de Stuart Hall sur l’identité. Il disait que l’identité est un processus de « positionnement », un acte continuel de définition et de redéfinition. Mon enfance était exactement cela : une série de positions et de repositionnements, de moments de confrontation et de réconciliation avec ce que signifiait être « moi » dans un monde qui semblait vouloir me dire qui je devais être. Ces souvenirs me rappellent que l’identité est toujours en mouvement, toujours en construction.
Et puis il y avait l’école, cet espace qui, pour beaucoup, est un lieu d’apprentissage et de croissance, mais qui, pour moi, est parfois devenu un champ de bataille sur cette question identitaire. Les politiques locales, comme celles de la mairie de l’époque, n’étaient pas sans conséquence. Elles s’infiltraient jusque dans les salles de classe, influençant la manière dont nous, enfants, étions traités. Je comprends maintenant que l’éducation peut être un outil puissant pour modeler les esprits, mais aussi pour perpétuer ces préjugés.
Comme le dirait Pierre Bourdieu, les systèmes éducatifs peuvent souvent fonctionner pour reproduire les inégalités sociales, plutôt que de les contester.
En revisitant ces souvenirs, je me rends compte que chaque moment, aussi douloureux soit-il, m’a préparée à mieux comprendre le monde qui m’entoure et ma place au sein de celui-ci. Ces expériences m’ont montré l’importance de rester fidèle à soi-même, même lorsque le monde semble vouloir vous dire autrement.
Chapitre 2
La famille
Ma mère s’appelle Fatma, et souvent, pour nous faire rire, elle répétait : « Je m’appelle Fatma et je fais la Fatma. » Cette expression, pleine d’humour, faisait référence au stéréotype de la femme algérienne : une femme extrêmement dévouée, d’une générosité sans limite envers sa famille. Elle incarnait cette image, non seulement comme mère et épouse, mais aussi dans ses relations avec chaque personne qu’elle croisait. Fatma était ainsi, dotée d’une bonté sans bornes, aidant sans rien attendre en retour. Fatma a grandi à Sidi Bel Abbès, en Algérie, la ville où elle a rencontré mon père. Née en 1967, elle venait d’une grande famille, avec un père paysan qui avait vécu et résisté à l’époque de la colonisation française. Le foyer dans lequel elle a grandi était empli d’amour et de tendresse. Pourtant, à son grand regret, elle n’a pas pu poursuivre ses études longtemps. Cela ne l’a pas empêchée d’avoir une grande sagesse, une intelligence émotionnelle et un pragmatisme qui faisaient d’elle une femme accomplie et aimée de tous ses proches.
Elle s’est mariée à l’âge de 16 ans avec mon père. Ce n’était pas un mariage arrangé. Ils se sont rencontrés lors d’une sortie dans leur ville, dont lui aussi était originaire. Les difficultés qu’elle a rencontrées à son arrivée en France, notamment à cause de son manque d’instruction scolaire, ont alimenté son exigence envers ses enfants de réussir à l’école et de poursuivre leurs études. Bien qu’elle ait choisi de se marier jeune, elle nourrissait un féminisme instinctif qui la poussait à nous inculquer l’importance d’être des femmes érudites, indépendantes et libres.
À la maison, j’avais donc une mère aimante, douce, et elle était ma confidente. Elle était extrêmement courageuse, fière de mes réussites scolaires, allant souvent voir mes professeurs pour obtenir des retours flatteurs et encourageants sur mon avenir.
Ma mère, avec ses mains marquées par le travail, incarnait une force tranquille. Elle n’avait jamais eu besoin de mots pour imposer le respect, mais ses regards suffisaient.
