Explorez plus de 1,5 million de livres audio et livres électroniques gratuitement pendant  jours.

À partir de $11.99/mois après l'essai. Annulez à tout moment.

Bain de sang sur la Riviera
Bain de sang sur la Riviera
Bain de sang sur la Riviera
Livre électronique235 pages2 heures

Bain de sang sur la Riviera

Évaluation : 0 sur 5 étoiles

()

Lire l'aperçu

À propos de ce livre électronique

"Bain de sang sur la Riviera" met en scène une intrigue policière haletante se déroulant dans le cadre singulier de Marina Baie des Anges, le complexe balnéaire maralpin conçu dans les années 70 par le promoteur Jean Marchand. Tout commence par un fait divers troublant : la chute mortelle d’un résident depuis le 10 étage de l’immeuble du Commodore. Dans ce lieu fréquenté par des personnages aussi excentriques que criminels, l’ancien légionnaire Helmut et l’inspecteur Baletti s’engagent dans une enquête déterminée pour élucider ce mystère. Entre tensions et révélations, ce récit dévoile peu à peu les secrets enfouis de la Riviera, dans une atmosphère où le suspense règne en maître.

 À PROPOS DE L'AUTEUR

Après une carrière en tant que pigiste pour des journaux parisiens, Hugues Poujade a développé un vif intérêt pour les écrivains voyageurs. Fort de ses expériences, il s’est lancé avec enthousiasme dans l’écriture. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont une trilogie égyptienne, des thrillers et des nouvelles.
LangueFrançais
ÉditeurLe Lys Bleu Éditions
Date de sortie26 févr. 2025
ISBN9791042255176
Bain de sang sur la Riviera

Auteurs associés

Lié à Bain de sang sur la Riviera

Livres électroniques liés

Thriller policier pour vous

Voir plus

Catégories liées

Avis sur Bain de sang sur la Riviera

Évaluation : 0 sur 5 étoiles
0 évaluation

0 notation0 avis

Qu'avez-vous pensé ?

Appuyer pour évaluer

L'avis doit comporter au moins 10 mots

    Aperçu du livre

    Bain de sang sur la Riviera - Hugues Poujade

    1

    Un meurtre à Villeneuve-Loubet, l’absurdité de cet acte odieux écornait les certitudes d’une population prospère, composée à près d’un quart de retraités. Pas étonnant dans ces conditions que certains refusent d’y croire.

    Pourquoi Aurélie, pourquoi celle-là et pas une autre ? Serveuse dans une brasserie à Cagnes, violentée par son compagnon, un ouvrier électricien jaloux de ses fréquentations, elle était morte d’un simple coup de poing. Comme Marie Trintignant.

    Une nuit de garde à vue avait suffi aux gendarmes de la brigade installée dans les locaux flambant neufs du Pôle Escoffier pour faire craquer le jeune homme et recueillir ses aveux. Bien qu’à proprement parler la malheureuse n’ait pas été tuée à Villeneuve, son petit ami l’avait enterrée sur la commune dans un fossé bordant l’exploitation agricole de ses grands-parents. D’un côté le fleuve côtier du Loup, de l’autre l’avenue Antony Fabre où il mena les enquêteurs. Sous la terre fraîchement remuée, ils découvrirent ce qu’ils étaient venus chercher.

    Le rapport d’autopsie conclut à un enfoncement de la boîte crânienne ayant entraîné une hémorragie interne.

    L’affaire tombait au plus mal ! Impossible désormais pour les élus de revendiquer la stabilité des chiffres de la délinquance, comme parfois on se félicite de la baisse du chômage. Il serait aussi plus délicat de convaincre les habitants qu’il s’agissait d’un havre de paix intangible.

    Hasard ou pas, on venait de déjouer un plasticage contre le Marquis de Panisse-Passis, monté par un groupuscule d’extrême gauche lui reprochant ses sympathies Front National. Célébrer l’anniversaire de Jean-Marie Le Pen dans l’enceinte du château avait été vécu par beaucoup comme une provocation. Quoi qu’il en soit, l’attentat n’avait endommagé que le pont-levis et les acteurs de ce fiasco s’étaient retrouvés sous les verrous.

    Pour résumer, il ne fallait pas exagérer les agressions physiques à Villeneuve, les cambriolages en recrudescence pendant la période estivale, les vols de scooters ou les détériorations du mobilier urbain. Des mesures avaient été prises par la nouvelle gendarmerie. On avait renforcé les contrôles d’alcoolémie le samedi soir, multiplié les rondes au village et en bord de mer, la sécurité des plages restant aux CRS.

    Après Aurélie qui ne méritait décidément pas ce qu’elle avait enduré, on aurait pu imaginer que le pire était derrière nous. La suite prouva que les statistiques réservent leur lot de surprises.

    Combattant la fatalité, les Villeneuvois commémoraient en grande pompe le séjour en 1538 de François 1er dans leur village. Une reconstitution qui se voulait exemplaire, autant fidèle que possible à la vérité historique. D’habiles couturières et d’ingénieux accessoiristes se chargeaient des retouches, rapiéçaient les étoffes Renaissance, sans ménager leur peine. Sachant cela, les figurants en prenaient grand soin, conscients du privilège qui leur était accordé. Ils paradaient deux jours d’affilée, le temps des ripailles, pendant lequel la circulation automobile était déviée par l’avenue de la Libération.

    Gueux et gens de haut lignage, une armée de bénévoles vêtus de capes, de pourpoints en velours, de broderies, de fines dentelles, de fraises et de haut-de-chausses, participait à la manifestation. Juché sur un destrier qu’il avait parfois du mal à maîtriser, bénissant ses sujets aux côtés de sa cousine la comtesse de Tende, le roi progressait sous les vivats populaires le long des rues pentues.

    Élixirs à la bave de crapaud, danses à trois temps cadencées au millimètre, lancers de drapeaux, initiation à l’arbalète, démonstration d’un soufflet de forge et du marteau à deux têtes, la foule se pressait autour des grands personnages de la cour.

    Le casting était sévère. Sa Majesté se devait de ressembler au portrait dessiné par Jean Clouet en l’an 1530. Un professeur des écoles incarnait cette silhouette imposante, cette barbe et ce long nez hautain affublé d’un béret et d’une plume d’autruche. Sélection tout aussi rigoureuse, plusieurs figurantes avaient été recalées pour interpréter Diane de Poitiers.

    À l’époque des grandes favorites, le meurtre se pratiquait comme un art. On s’étripait à qui mieux mieux, on s’empoisonnait, on s’écharpait dans des joutes stupides. La Chambre ardente se réunissait sur ordre du roi pour instruire les procès. Très peu se terminaient par un acquittement.

    Le spectacle faillit s’arrêter lorsqu’un violent orage s’abattit sur les festivités, ruinant les décors, anéantissant les tavernes et les échoppes dressées sur le parking qui jouxtait la rivière.

    Il y eut aussi ces fameuses épidémies qui décimèrent les autochtones, puis sous la municipalité d’Augustin Bernard, la disparition du ver à soie. Préparant cette catastrophe, les cocons avaient dépéri, de plus en plus rares sur les branches des mûriers, avant qu’à leur tour les filatures ne disparaissent. Le blason de Villeneuve récupéra les cocons, pas les ouvriers.

    Ces drames, estompés, s’imposèrent d’autres combats.

    On se souvient des chamailleries à propos de la Marina, un marécage infesté par les moustiques. Les réfractaires dénoncèrent la folie des ingénieurs.

    Au niveau du développement des marinas, ce qui compte c’est de savoir si on construit sur le domaine public maritime, face à la mer ou à l’intérieur des terres. Quoi qu’on fasse, ça s’appelle toujours une marina. Une vraie marina, c’est un ensemble immobilier construit sur le domaine maritime au bénéfice de quelques privilégiés. On nous confisque notre mer, notre vue, nos plages.

    Les partisans du projet saluaient le génie de bâtisseurs, pionniers d’un urbanisme en pleine mutation. Pour bien marquer leur différence, ils se firent appeler les Mariniens.

    Baptisés Amiral, Baronnet, Commodore, et Ducal, les bâtiments s’inscrivaient dans une continuité alphabétique qui leur donnait un sens.

    Nous étions le 18 décembre. Le Ducal allumait les néons rouges de la nouvelle année à la verticale de ses cages d’escaliers. Un spectacle que les automobilistes revenant par la RD6098 apercevaient depuis la chapelle du Cros-de-Cagnes.

    À rebours de l’image élitiste d’un quartier à part, la Marina avait vaincu les préjugés et fidélisé sa clientèle.

    Celui qu’on avait surnommé le capitaine comptait parmi les plus anciens. Une incurable tête de lard, gardant toujours un mot tendre ou une gâterie dans la poche pour mon chien. Sans doute cela nous avait-il rapprochés !

    Ses yeux clairs, son pif dilaté et ses guibolles décharnées me l’avaient rendu sympathique. Sous sa gampette délavée, l’ancien légionnaire à la tignasse blanche ressassait sa jeunesse enfuie, Slotervaart dans la banlieue d’Amsterdam, et les échauffourées avec la police.

    Un brin chauvin, des trémolos dans la voix, il n’en éprouvait pas moins pour le propriétaire de la Supérette une admiration sans bornes, tous deux ressortissants de cette monarchie constitutionnelle qu’on appelait les Pays-Bas. Tétant sa cigarette, il parlait de l’épicier comme d’un frère.

    — Tu te rends compte, ce mec parti de rien qui a bâti un empire ! Remarque, si j’avais mieux calculé, j’aurais peut-être fini conseiller technique d’un tyran africain. Je vivrais dans un palais, à me la couler douce sous les cocotiers, entouré de mes négresses et de leurs nombreux bâtards.

    Le collègue frison, avec sa mine de protestant à la Wouter Otto Levenbach, le chanteur Dave à l’état civil, possédait en réalité un sens aigu du commerce qui n’était que l’apanage des grands travailleurs. Il avait agrandi son magasin, racheté la Maison de la presse, viré l’ancien gendarme qui gérait le Just Before et récupéré les murs.

    Le capitaine était intarissable. Il est vrai que son compatriote, au-delà de la crèche en coton polystyrène qui enlaidissait sa vitrine à Noël, d’un accent à couper au couteau et de fautes de syntaxe épouvantables, se dépensait sans compter pour les clients. A chaque problème sa solution. Depuis la vandalisation du DAB, l’automate qui distribuait les billets sur le port, il s’était même improvisé bureau de change.

    — Il a le cœur sur la main, complétait mon ami, une périphrase pour avouer que l’autre lui avait prêté de l’argent.

    Seule ombre au tableau, quelques pochtronnes qui squattaient les cafés, des mastodontes de plusieurs quintaux, exhibant leurs varices, promenant des clebs ridicules et s’épanchant entre deux verres sur des secrets connus d’elles seules. Le 3e jeudi de novembre, elles ne manquaient jamais la cérémonie du Beaujolais servi gratis à l’entrée de la Superette par le proprio.

    En cas de mauvais temps, elles traînaient de bar en bar, goûtaient toutes sortes de breuvages, s’avachissaient les yeux vitreux, indécollables de leurs banquettes. Estimant n’appartenir qu’à la commune du Loubet, un habitat côtier fortifié du 11e siècle, avant que les deux bourgs ne fusionnent, elles se sentaient assez peu villeneuvoises et ne manquaient pas de le souligner.

    En ce qui me concerne, je venais d’autres rivages, une région à l’ouest de l’hexagone, riche en côtes rocheuses et en tempêtes, où se révélaient à marée basse des merveilles de crustacés. M’était resté le goût de l’air iodé, des bigorneaux, des bombardes et des binious de la presqu’île du Croisic.

    2

    — Bernard Tich, c’est mon nom, je n’en changerais pas pour tout l’or du monde. Contrairement à ce que l’on pourrait en déduire, je ne suis pas né au pays des quetsches et des mirabelles. Rien à voir non plus avec les écureuils de Disney ou les pastilles à la menthe vendues aux caisses des grandes surfaces. Comme le baron Bich, l’inventeur des stylos, un génie précurseur qui vivait en Suisse mais possédait des terres dans les Alpes-Maritimes, le h ne se prononce pas. Mes amis m’appellent par mon diminutif Titi, parfois simplement Nanard. Je déteste cette habitude qu’ont les gens d’écourter votre nom, par paresse ou par crainte d’avouer leurs lacunes en orthographe.

    Lundi 19 vers 8 h 30, assis devant une noisette et un croissant beurre au cybercafé Le Lavoir, j’épluchais l’édition cagnoise de Nice-Matin. Je reluquais les corbeilles qu’on enfournait dans les tambours des lave-linges au fond du restaurant. Beaucoup d’étrangers, des marins de passage qui relâchaient, des minima sociaux qui croyaient qu’on vivait plus heureux en ne travaillant pas, quelques retraités venus s’inventer une vie au long cours.

    Parfois, le patron haussait la voix, puis le calme revenait.

    Je m’attardais ce jour-là sur un fait divers que beaucoup autour de moi commentaient.

    S’il ne s’était agi de Villeneuve, je n’y aurais pas prêté attention. Débarrassant ma table qu’un pigeon venait d’éclabousser, Kim m’apportait mon ticket dans une soucoupe. À son âge, l’insouciance est de mise et elle me laissa à ma lecture.

    Repoussant le morceau de sucre sur le bord de ma tasse, je lus qu’un accident s’était produit au 10e étage du Commodore dans la nuit de samedi à dimanche. Le corps sans vie d’Etienne Issautier, un jeune homme de 25 ans, avait été découvert au petit jour par un insomniaque qui promenait son chien dans les jardins de l’immeuble. La victime n’avait pas eu la chance de cette femme, tombée du 5e après une dispute conjugale, qui avait atterri sur une toile de store et s’en était sortie avec quelques ecchymoses et deux côtes cassées.

    Mes bras tremblaient, ma vue se floutait, en déchiffrant les caractères du journal.

    J’avais croisé Etienne à plusieurs reprises. Parce qu’il fréquentait le Purple à l’époque, il s’était attiré toutes sortes d’ennuis. Trop d’altercations et d’histoires de drogue. La boîte avait fermé et seuls les cabots qui pissaient sur la porte close s’en étaient aperçus.

    Si on en jugeait par l’état du cadavre, la chute n’était peut-être pas l’unique responsable des multiples contusions et fractures constatées. Comme les grenouilles aplaties sous les pneus des camions-bennes de Veolia, il ne ressusciterait pas.

    Flics et pigistes de Nice-Matin au 214 du boulevard du Mercantour se renvoyaient la balle. Dans l’aube silencieuse qui commençait à poindre, difficile en effet de concevoir qu’un type se soit balancé des étages supérieurs, heurtant les balcons, sans que personne ne l’ait entendu. Pourquoi les voisins s’étaient-ils inventé des alibis, si ce n’est pour que la police ne vienne pas fouiller leur vie privée ?

    La PJ de Nice était chargée de l’enquête. Restait à déterminer, en fonction de l’heure du crime, estimée entre 5 h et 5 h 30, si les voisins pouvaient témoigner d’appels au secours ou d’une bagarre.

    Le plongeon n’avait duré qu’une fraction de seconde et les spéculations allaient bon train.

    Un SDF terminant de cuver sous un massif de cycas avait été arrêté. Popeye répétait qu’il dormait, qu’à son réveil il ne se souvenait que de fourmis géantes gambadant sur la pelouse. Comment croire de telles conneries ! Sa tête scalpée d’Iroquois, ses tatouages grossiers, cela faisait un peu court pour convaincre les flics qu’ils tenaient une piste.

    Charlotte sur la tronche, les techniciens de la police scientifique avaient perquisitionné l’appartement, collectant les empreintes, les traces ADN, prélevant des résidus de cannabis. Les auditions des proches se poursuivaient, ne livrant aux policiers que de vagues indices. Ils précisèrent dans leur rapport que le défunt occupait un logement appartenant à son grand-père.

    Je réfléchissais, écartant les miettes du croissant sur la table, quand je vis débarquer le capitaine. Il n’hésita pas et prit une chaise. Son café avalé, il écrasa son mégot avant de m’inviter à lui emboîter le pas.

    En m’asseyant dans la cabine de La Mignonne, je zappais la pinup sur le calendrier qui égayait la couchette, le pull remonté et la poitrine opulente, le réchaud et la toilette sommaire. Je fis également abstraction de la télé allumée dans le poste d’équipage. Sous une carte marine souillée par les canettes de bière et la graisse de pâté, je craignis que ce foutoir ne cache Dieu sait quelle turpitude.

    Remplissant les verres à moutarde qu’il utilisait pour le whisky, le capitaine évoqua son incorporation dans la Légion étrangère après une grosse bêtise. À ce que je compris, un braquage avait mal tourné à la Nederlandsche Bank et on lui avait mis le couteau sous la gorge.

    Un seul choix puisqu’on l’avait dénoncé, quitter son pays. Pourquoi pas la France ? Pourquoi pas, en échange d’une amnistie, s’engager dans le 1er Régiment étranger, le corps expéditionnaire des légionnaires d’Aubagne ?

    — J’ai pas mal d’amis à la Marina. Je parle avec les balayeurs, les livreurs, les jardiniers, les résidents, les Allemands, les Italiens, et même les Anglais, se flatta le vétéran. Je dors mal et je me lève tôt, alors j’en profite. Beaucoup roupillent encore à l’heure où j’enquille par le boulevard qui longe la plage de la Batterie. Il n’y a pas foule dans les rues, les rideaux sont baissés et les terrasses de bistrots fermées. Ce matin, je me suis pointé à 8 h chez les Corses de la Fighière. Ceux-là ont l’air d’en savoir plus long qu’il n’y paraît sur les potins qui circulent au Commodore. Ils ont essayé de m’embobiner en m’offrant un café, mais ce sont de vraies teignes ! J’ai cru qu’ils allaient me facturer le verre d’eau !

    Je me sentis obligé de l’interrompre, juste pour le taquiner.

    — Il faut bien qu’ils amortissent la redevance qu’ils versent à la Mairie ! Entre le parking saturé l’été, les latrines, et les roulottes à churros, j’avoue qu’au départ je ne donnais pas cher de leur peau. Enfin, sans vouloir t’offenser, tu n’es pas la publicité idéale pour attirer la clientèle…

    Ne payant pas ses PV ni les rappels et les majorations, le capitaine garait son affreuse Taunus le plus impunément du monde aux abords de la Fighière, un moteur V6 affichant 250 000 kilomètres. Quand il tournait le contact, un épais nuage qui mettait des plombes à se dissiper

    Vous aimez cet aperçu ?
    Page 1 sur 1