Le destin tel qu'il est
Par Michel Dupuy
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À propos de ce livre électronique
Michel Dupuy
Né en 1933, il est retraité des travaux publics. Il a déjà publié plusieurs ouvrages, notamment "Sur les traces de Jean Galmot", "La guerre de cent ans en Périgord", "Quand j'étais bidasse"
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Le destin tel qu'il est - Michel Dupuy
C’était encore le demi-jour de l’aube. Au levant, en un halo flamboyant qui émergeait lentement des flots et s’élargissait de plus en plus, une lueur rougeoyante annonçant une journée de grand soleil illuminait l’océan calme et paisible. Vivifiante, une brise légère soufflait doucement.
Chaque matin, après avoir quitté sa cabine, Roland venait à la première heure pour savourer durant quelques minutes ces instants magiques. Seul sur le pont, accoudé au bastingage à l’avant du bateau, il se laissait griser par l’ambiance sereine.
Au loin, soulevant dans son élan des gerbes d’écume argentées, un énorme poisson jaillit. Avant de retrouver son élément, image féerique de carte postale, presque irréelle, son corps en arc de cercle se détacha nettement sur l’onde moirée. Troublant à peine l’harmonie générale, semblant immobile sur l’immensité, le navire ronronnait doucement. Un banc de poissons volants, surpris par sa masse sombre, gicla hors des flots. Ils planèrent à fleur d’eau sur plusieurs dizaines de mètres, certains d’entre eux réussissant même à repartir encore plus loin après avoir ricoché.
Pressé de diffuser ses rayons, très vite l’astre solaire se manifesta, puis, continuant sa course, il s’éleva lentement dans le ciel limpide, totalement vide du moindre nuage. Aujourd’hui, il va encore faire très chaud, pensa Roland, avant de regagner la salle à manger du bord.
Le bâtiment sur lequel il avait embarqué, un cargo spécialisé dans le transport de marchandises, naviguait à présent sur l’océan Indien, dans cette région du globe où la canicule est particulièrement sévère. La veille, ils avaient fait escale à Djibouti, la ville la plus chaude de la planète, disait-on. Attablés devant un petit déjeuner copieux, les quatre autres personnes en compagnie desquelles il voyageait, étaient déjà là. Deux couples amis qui s’étaient accordés trois semaines de détente paisible. Des gens fort sympathiques qui avaient choisi ce moyen de locomotion pour faire du tourisme. Pour eux, une croisière beaucoup plus originale et surtout plus reposante que celles offertes par les agences de voyages spécialisées. Avec Roland, ils étaient les seuls passagers du cargo. En serrant la main à chacun, il leur souhaita une bonne journée.
- Alors monsieur Bricart ! La mer est belle aujourd’hui ? lui demanda l’un d’entre eux.
- Sensationnelle ! Mais tout à l’heure, sur le pont, gare aux coups de soleil ! La canicule va être sévère ! Je crois qu’il sera préférable de rester à l’ombre.
Alors que le matelot préposé au service des passagers, qui s’était présenté dés son arrivée, lui proposait tout un assortiment de plats et de boissons, il s’installa à sa place habituelle.
- Vous savez bien ! Je ne change pas. S’il vous plaît, un verre de jus d’orange, un bol de café au lait et deux croissants, précisa-t-il.
- Bien monsieur.
- Il est très bien ce garçon et très stylé, seulement si on l’écoutait, attention au kilos, commenta-t-il après le départ du jeune homme.
- Vous pouvez le dire ! déclara la dame à côté de laquelle il était assis, qui s’empiffrait de choux à la crème.
- Et votre roman ? Vous avancez ? questionna son mari.
- J’avance. J’avance doucement.
Pour tous à bord, il était Robert Bricart, un jeune homme technicien des travaux publics qui, désireux de devenir écrivain, s’était payé deux mois sans solde et ce voyage, sûrement plein d’enseignements, avait-il précisé, pour tranquillement écrire un roman, loin de toute agitation. Ayant donné ce prétexte plus ou moins crédible pour justifier sa présence parmi eux, il s’était finalement pris au jeu. Tous les après-midi, après la sieste obligatoire, il restait enfermé dans sa cabine et il s’essayait à la littérature. Il avait un sujet tout trouvé : les dernières années, riches en rebondissements, qu’il venait de vivre. Il n’avait pas eu trop de peine à intégrer sa nouvelle identité, maintenant s’entendre appeler Robert Bricart au lieu de Roland Brisset, son véritable nom, ne le surprenait plus du tout.
Tout avait commencé trois ans plus tôt, un certain après-midi d’automne.
Il venait de quitter Toulouse. Il avait dépassé les derniers immeubles de la banlieue. Il roulait vers Auch et la route nationale s’étalait toute droite devant lui. Il appuya un peu plus sur l’accélérateur et sa voiture prit de la vitesse. Il espérait trouver rapidement un endroit propice pour se garer et satisfaire un besoin qui devenait de plus en plus pressant. En ville, après la réunion à laquelle il avait été convié dans les bureaux d’Electricité de France, il n’avait vu aucune vespasienne sur son parcours. Il avait pensé à faire une halte pour entrer dans un débit de boissons quelconque, mais il n’avait vraiment pas soif, et puis le trafic très dense et le stationnement difficile l’avaient contraint à circuler.
Ce n’était pas encore la campagne, de chaque côté de la route, des maisons relativement proches les unes des autres avaient été construites. D’ailleurs, à deux ou trois cents mètres sur la droite, certainement le long d’une route parallèle, on apercevait des constructions plus importantes. Roland commençait à s’impatienter. Il ne pouvait toujours pas s’arrêter, les élargissements qui lui auraient permis de se ranger ayant tous été aménagés pour l’accès direct à des habitations. Enfin il arriva dans une zone plus champêtre. Bientôt, après avoir mis son clignotant, en bordure d’un vaste terrain laissé en friche et envahi par une végétation exubérante, il eut la possibilité de garer son véhicule. Là, sur le bas-côté aplani, qui avait mordu sur le domaine privé, d’autres automobiles, dont les occupants sans doute tourmentés par les mêmes impératifs, avaient déjà stationné. Après être descendu de sa voiture, rapidement, en quelques enjambées, il se rendit aux abords d’un fourré à une dizaine de mètres de la route, heureux de pouvoir soulager sa vessie. Il se sentait apaisé, lorsqu’il entendit des rires, d’enfants lui sembla-t-il. Ils étaient tout près, de l’autre côté du buisson au travers duquel il vit des corps bouger. Extrêmement confus de se donner ainsi en spectacle, il se tourna et, aussi vite qu’il le put, il remonta la fermeture-éclair de son pantalon. Avant de regagner sa voiture, il aperçut trois gamines qui, tout en gloussant, s’éloignaient en courant. Il les vit se diriger vers un grand bâtiment qui se trouvait de l’autre côté de la jachère, à environ cent cinquante ou deux cents mètres de là, et que, préoccupé par ses exigences physiologiques, il n’avait pas remarqué. Haut de plusieurs étages, c’était apparemment, autant qu’il pouvait en juger à cette distance, un immeuble d’habitation qui comprenait certainement de nombreux appartements.
Avant de reprendre la route, voulant oublier sa mésaventure pour le moins humiliante, il s’accorda quelques minutes de répit pour jeter un coup d’œil sur les notes qu’il avait prises lors de son entrevue. En roulant, il allait pouvoir y réfléchir. Il n’était que cinq heures de l’après-midi et, en principe, il devait avoir le temps de passer à son bureau pour faire le point sur les résultats de sa rencontre. Quand il redémarra, il ne prêta pas attention à l’homme qui, dans le taillis clairsemé, venant du bâtiment qu’il avait aperçu, courait dans sa direction.
Très souvent, durant leurs heures de loisirs, les deux filles de monsieur et madame Martinet, Agnès et Isabelle, retrouvaient leur petite voisine de palier, Claudine Bessous. Ensemble, elles avaient pris l’habitude d’aller jouer dans l’immense champ, depuis longtemps laissé en friche, se trouvant à l’arrière de la résidence où elles habitaient, au-delà de la cour de dégagement. Devenu une sorte de maquis inculte où proliféraient les broussailles et les arbustes, c’était un lieu de récréation idéal pour les enfants. Ce jour-là, un mercredi, les trois fillettes s’étaient éloignées un peu plus loin qu’à l’accoutumée pour cueillir des mûres. Un peu lasses d’avoir gambadé, elles venaient de s’étendre sur un lit de feuilles sèches et de mousse, et, par jeu, faisaient mine de dormir, quand elles entendirent une automobile s’arrêter sur le bord de la route toute proche. Une portière claqua. Les claquements secs de branches mortes qui se brisaient leur indiquèrent que quelqu’un venait vers l’endroit où elles se trouvaient. Muettes et un peu inquiètes, elles attendirent. C’est alors que, les jambes écartées, un homme se campa très exactement de l’autre côté du buisson au pied duquel elles s’étaient allongées, à deux mètres à peine. Si, cachés par la végétation, elles distinguaient mal son torse et son visage, en revanche elles voyaient très bien le bas de son corps et son pantalon. Elles le virent précipitamment se débraguetter et exhiber son sexe pour uriner. Vraisemblablement, il avait un sérieux besoin à satisfaire car il n’en finissait plus d’évacuer son trop-plein, ainsi elles purent tout à loisir contempler en silence ce qui leur sembla un énorme phallus. Une grosse bite comme disaient les garçons à l’école. Lorsqu’il la secoua, elles éclatèrent en choeur d’un gros éclat de rire et se levèrent pour voir à quoi ressemblait ce monsieur impudique. Avant qu’il ne tournât le dos, elles eurent le temps de découvrir qu’il était assez jeune, blond, très bronzé, et qu’il portait une courte barbe. Alors qu’il regagnait son automobile, une voiture semblable à celle du père des deux soeurs, les trois petites partirent en courant.
Madame Martinet était occupée à repasser du linge, pendant que son mari, qui avait pris une semaine de congés, bricolait dans la pièce à côté. Tout était calme dans l’immeuble, quand tout à coup, ils entendirent la porte d’entrée s’ouvrir bruyamment.
- Maman ! Maman !
- Eh bien ! Que t’arrive-t-il ?
C’était leur fille Isabelle, la benjamine, âgée seulement de neuf ans, haletante d’avoir couru et toute émotionnée. Elle tenait absolument à raconter à ses parents ce qu’elle venait de voir. Sa sœur Agnès, de quatre ans son aînée, éprouvant déjà lorsqu’il s’agissait de sexe, des sentiments confus et presque de la honte, était restée derrière, n’osant rien dire.
- Maman ! Un monsieur vient de nous faire voir son zizi !
- Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? C’est vrai Agnès, ce que nous dit ta sœur ?
- Oui, c’est vrai ! Dans les buissons, là-bas, pas loin de la route. Nous ramassions des mûres. Il avait rangé sa voiture en face d’où nous étions et il est venu juste devant nous pour défaire son pantalon, répondit la grande.
Vivement intéressé, dés les premières paroles d’Isabelle monsieur Martinet avait abandonné son ouvrage. Après avoir entendu les deux gamines, il réagit violemment.
- Ah, le salaud !
Déjà il dévalait l’escalier et il se précipitait vers l’endroit indiqué par Agnès. Il espérait surprendre cet exhibitionniste vicieux, sans doute un pédophile. N’ayant vu personne dans le taillis, il se trouvait près de la route, quand il vit un break couleur ivoire démarrer. Il était trop éloigné pour lire le numéro minéralogique, mais, voyant parfaitement briller le sigle bien connu sur le hayon, il reconnut sans ambiguïté la marque Citroën. Revenu chez lui, il questionna ses filles.
- De quelle couleur était-elle la voiture du type ?
- Blanche, répondirent-elles en chœur.
- Enfin pas tout à fait, plutôt de la couleur du frigidaire, rectifia Agnès en désignant le meuble de la cuisine.
- Une grosse ou une petite voiture ?
- Assez importante, plutôt longue ! Comme la tienne ! Une familiale !
- C’est bien lui ! Si jamais vous le revoyez, vous me le dites. En attendant, ne revenez pas traîner par là-bas ! C’est bien compris !
- Oui papa !
- Tu te rends compte ! Cette espèce de salopard ! Montrer son attirail à des enfants ! Il a eu de la chance que je ne l’attrape pas ! déclara monsieur Martinet à son épouse.
- Peut-être faudrait-il avertir la police ? On ne sait jamais c’est peut-être un type dangereux ?
- En tout cas je vais en parler à nos voisins, que leurs gamins fassent attention.
En cette fin d’après midi d’un mercredi ensoleillé, jour de repos scolaire, la route était assez encombrée. Roland Brisset, contraint de rouler à l’allure modérée imposée par la circulation, se laissait aller à cogiter sur sa rencontre avec les gens d’EDF. Il avait presque oublié son arrêt d’urgence au cours duquel, sans le vouloir, il avait montré ses attributs à des enfants. Incident fort regrettable, et même, à vrai dire, plutôt dégradant, mais justement, à cause de la gêne qu’il ressentait en y repensant, il voulait le chasser de sa mémoire et ne lui accorder aucune importance. Par ailleurs, il était loin d’imaginer que son exhibition involontaire avait causé un trouble profond dans l’esprit des fillettes.
Conducteur de travaux dans une importante entreprise de travaux publics de Bordeaux, trois mois plus tôt, il avait été envoyé à Auch pour diriger la construction d’une ligne électrique à très haute tension. Destiné à renforcer l’alimentation en énergie de la ville et de la région, cet ouvrage, d’une trentaine de kilomètres de long, était raccordé sur le réseau national dans les environs de Condom. La maîtrise d’œuvre était bien entendu assurée par un des services spécialisés d’Electricité de France, dont les bureaux étaient basés à Toulouse. C’est pourquoi, Roland avait à se rendre fréquemment dans cette ville pour des réunions de travail.
Àgé seulement de vingt six ans, il était un tout jeune chef de chantier. Dans sa société, c’était lui principalement qui assurait la direction des ouvrages de moindre importance, ceux qui demandaient des déplacements de courte durée aux quatre coins de l’hexagone. En effet, ses collègues plus chevronnés, qui avaient tous charge de famille, rechignaient à jouer les itinérants. Alors la direction leur réservait les affectations proches du siège ou bien celles permettant de s’installer en famille, avec armes et bagages, pour de longs mois, voire des années. Lui, Roland, même s’il avait déjà trouvé l’âme sœur, était toujours célibataire. Follement amoureux de sa petite amie Josiane, infirmière à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, il se contentait, autant que ses activités professionnelles le lui permettaient, de revenir le plus souvent possible dans la capitale bordelaise pour la retrouver. Lors de ses trop courts séjours, durant les week-ends, il logeait dans la maison familiale qui d’ailleurs était toujours son domicile officiel. Une petite villa que ses parents avaient fait construire dans le quartier de La Bastide, de l’autre côté de la Garonne. Son père étant décédé deux ans plus tôt d’un infarctus du myocarde, sa mère y vivait seule. Depuis qu’il se trouvait à Auch, la durée du trajet jusqu’à Bordeaux étant relativement courte, tous les vendredis soirs il prenait la route, et, pour la brave femme qui n’avait eu qu’un seul enfant, c’était chaque fois une fête, même si elle devait partager avec cette fameuse Josiane qu’elle ne connaissait pas encore. Naturellement, il n’en était pas toujours ainsi, quand il avait à diriger des travaux à l’autre bout du pays, il rentrait beaucoup moins souvent au bercail, notamment lorsqu’il avait été envoyé dans le Jura il n’avait pu faire qu’un seul voyage de retour, et encore à l’occasion d’un week-end prolongé. De par ses fonctions, l’entreprise lui avait attribué un véhicule que, en qualité de cadre de chantier, accord tacite de la direction, il pouvait utiliser, non seulement pour ses déplacements professionnels mais également personnels. Dans les localités à proximité des chantiers, il logeait quelquefois à l’hôtel, mais le plus souvent, s’il n’avait pas à chercher trop longtemps, il prenait en location une chambre meublée ou un studio. Dans la capitale du Gers, il avait été gâté, en banlieue il avait tout de suite déniché un deux-pièces cuisine, largement suffisant pour lui tout seul, à deux pas du local qu’il avait loué pour entreposer le matériel de l’entreprise, et où il avait installé un bureau temporaire.
Les travaux qu’il dirigeait étaient loin d’être terminés, mais en principe, sauf évènements imprévus, les délais accordés par le maître d’œvre seraient respectés, et Roland ne se faisait pas de souci. Sous ses ordres, il avait une trentaine d’ouvriers, des lignards, ainsi qu’on les nommait. Des durs à cuire qui ne craignaient ni Dieu, ni Diable, mais qui, malgré son jeune âge, lui obéissaient au doigt et à l’œil. Il les considérait tous comme de bons copains. Étrangement, alors que la plupart le tutoyaient, il les vouvoyait. En effet, la majorité d’entre eux l’avaient connu jeune débutant et avaient contribué à lui apprendre le métier, lorsque, tout frais émoulu du collège professionnel, durant plusieurs mois il avait fait des stages dans les différentes équipes. En leur compagnie, nullement habitué au dur labeur des chantiers, il en avait bavé, surtout au début, autant dans les bois à couper les arbres à la hache ou au passe-partout, qu’au fond des tranchées à manier la pelle et la pioche, ou bien sur les pylônes de plusieurs dizaines de mètres de haut pour assembler les pièces métalliques, souvent sous les sarcasmes et les moqueries, et par tous les temps, qu’il pleuve ou qu’il vente. Et puis il s’était aguerri, et au bout de quelques temps tous l’avaient considéré comme un des leurs. Alors même encore, parfois, il ne dédaignait pas de donner un coup de main lorsque le besoin s’en faisait sentir. En compensation, cette vie au grand air et ces travaux éprouvants, lui avaient forgé un corps d’athlète et un
