Still lost in translation
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À propos de cette série
La pièce de Sophocle est célèbre, grâce à Freud notamment, qui l’a pourtant mal lue selon les hellénistes. Et ils ont raison. L’Œdipe de Sophocle est un héros légendaire, réactualisé dans le contexte d’une fiction dionysiaque représentée dans la cité démocratique. « Tyrannos » au sens historique du mot, il est investi d’un pouvoir d’exception dont il n’a pas hérité, qui lui est prêté par le peuple au nom des services qu’il rend à leur cité en danger de mort. En s’appuyant sur son savoir, il joue son rôle dans un système d’obligations et compte transmettre son pouvoir. Et il devrait en tant que tel intéresser non seulement l’helléniste mais aussi le sociologue clinicien qui essaiera de comprendre à la manière de Jean Gagnepain, par le biais des psychoses, non pas l’institution de alliance qu’éclairent les perversions, mais celle du métier.
Par ailleurs, ce héros ne manque pas de construire une identité sexuelle par principe incomplète parce que transformée par une défaillance. Il est capable de renoncer à une part de plaisir sexuel, incestueux. Sa vérité est du côté de la mort, pas du sexe. Et elle est tragique. Œdipe rétablit la justice exigée par Apollon, mais il se perd, malgré lui, et tout autant à cause de lui-même, insensible à la mesure d’autrui jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il réalise l’inceste et le parricide qu’il a voulu éviter. Et il paie cher sa poursuite passionnelle et méthodique de la vérité qui apparaît enfin, catastrophique. L’« hybris », estime le chœur, engendre le « tyrannos ». Voilà de quoi intéresser à l’avenir un autre clinicien, l’axiologue, qui veut comprendre, par le biais des névroses et des psychopathies, comment tout plaisir et déplaisir s’humanisent.
Titres dans cette série (3)
- Freud, un indispensable étranger: Still lost in translation 1
1
Freud. Encore une fois ! Avec conviction. Et non sans plaisir - compliqué, et contradictoire parce qu’humain, le seul possible ainsi que l’apprend l’œuvre de Freud. Aucun clinicien, psychanalyste ou non, ne devrait prétendre se passer de cette œuvre, peu à la mode. Car Freud n’a cessé de questionner la chose à laquelle ce clinicien est confronté chaque jour, du moins s’il se le permet au lieu de formater ses rencontres : la Lust et l’Unlust, éprouvées par un sujet dont le fonctionnement psychique ne saurait être réduit à ses seuls aspects économiques. Il faut donc restituer celles-ci entièrement, en résistant à tout réductionnisme naturaliste. Freud, héritier paradoxal de la modernité inaugurée par Descartes, a en effet dû se rendre à l’évidence : le sujet n’est pas « maître et possesseur » de lui-même, et il faut bien qu’il le supporte, n’en déplaise aux tenants actuels du pragmatisme technique. Par ailleurs, s’il faut passer par Freud, c’est pour s'en passer, à certains égards. Qui bene amat, castigat. Freud est un auteur qui mérité d’être contredit et questionné. Et l’on ne saurait s’approprier son œuvre de manière durable sans traduction. Celle-ci est entreprise ici à partir des œuvres de Michel Foucault, qui s’oppose à la trop évidente vérité sexuelle du sujet, et de Jean Gagnepain, qui permet en outre de formuler une authentique axiologie, délestée de ses présupposés freudiens, trop sociocentriques. Aussi, ce livre est-il à prendre pour le premier tome d’une série intitulée Still lost in translation, consacrée à une relecture de l’Œdipe tyran de Sophocle. La vérité du héros tragique, très différent de l’Œdipe freudien, apparaît dans l’exercice du pouvoir par un héros éphémère, mortel, institué à la manière du « tyrannos » antique, et appelé à sauver la cité d’une injustice en se perdant lui-même.
- Méditations, cartésiennes et anti-cartésiennes: Still lost in translation 2
2
L’Œdipe de Freud n’a pas convaincu les hellénistes, même s’il reste pertinent pour les cliniciens psychanalystes, par-delà toutes les critiques plus ou moins légitimes. Comment expliquer que Freud n’ait pas pu lire ce qui crève pourtant les yeux dans l’Œdipe tyran de Sophocle, traversé de part en part par la question du pouvoir que des mortels se disputent et partagent dans la cité ? Pour répondre à cette question, ce livre, le volume 2 d’une série intitulée Still lost in translation, se propose d’examiner la position paradoxale que Freud occupe par rapport à l’héritage cartésien. En cherchant à établir des évidences apodictiques, Descartes initie une seconde vague de la modernité, en nette rupture par rapport à la première, humaniste. En délimitant le contour de nouvelles disciplines chargées d’étudier les substances cogitante et étendue, il rejette la tradition aristo-télicienne, et il écarte la praxis des mortels vivant dans la cité de ses réflexions sur l'homme. Freud n’est pas Descartes, bien sûr. Les phénomènes qui l’intéressent, sont grevés d’une incertitude contradictoire qui peut virer à la folie. Son sujet clivé, habité par plusieurs volontés irrémédiablement en conflit, est une des figures majeures de la pensée anthropologique récente. Mais cela n’empêche pas que Freud se trouve en un rapport de contre-dépendance à l’égard du même Descartes. Il le contredit, sans toutefois réintroduire ce que le philosophe a évacué : la question du pouvoir à (re)distribuer, celle qui occupe justement la pensée antique. Le présent livre se termine par quelques réflexions d’ordre méthodologique et épistémologique, juste ce qu’il faut pour faire comprendre à partir d’où l’auteur du présent livre parle, l’anthropologie clinique de Jean Gagnepain.
- D'un Œdipe à l'autre, de Freud à Sophocle: Still lost in translation 3
3
Œdipe roi ? Non, Œdipe tyran. Expliquer cela, voilà le but du volume 3 de Still lost in translation, le dialogue critique d’un clinicien avec l’œuvre de Freud. La pièce de Sophocle est célèbre, grâce à Freud notamment, qui l’a pourtant mal lue selon les hellénistes. Et ils ont raison. L’Œdipe de Sophocle est un héros légendaire, réactualisé dans le contexte d’une fiction dionysiaque représentée dans la cité démocratique. « Tyrannos » au sens historique du mot, il est investi d’un pouvoir d’exception dont il n’a pas hérité, qui lui est prêté par le peuple au nom des services qu’il rend à leur cité en danger de mort. En s’appuyant sur son savoir, il joue son rôle dans un système d’obligations et compte transmettre son pouvoir. Et il devrait en tant que tel intéresser non seulement l’helléniste mais aussi le sociologue clinicien qui essaiera de comprendre à la manière de Jean Gagnepain, par le biais des psychoses, non pas l’institution de alliance qu’éclairent les perversions, mais celle du métier. Par ailleurs, ce héros ne manque pas de construire une identité sexuelle par principe incomplète parce que transformée par une défaillance. Il est capable de renoncer à une part de plaisir sexuel, incestueux. Sa vérité est du côté de la mort, pas du sexe. Et elle est tragique. Œdipe rétablit la justice exigée par Apollon, mais il se perd, malgré lui, et tout autant à cause de lui-même, insensible à la mesure d’autrui jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il réalise l’inceste et le parricide qu’il a voulu éviter. Et il paie cher sa poursuite passionnelle et méthodique de la vérité qui apparaît enfin, catastrophique. L’« hybris », estime le chœur, engendre le « tyrannos ». Voilà de quoi intéresser à l’avenir un autre clinicien, l’axiologue, qui veut comprendre, par le biais des névroses et des psychopathies, comment tout plaisir et déplaisir s’humanisent.
Jean Claude Schotte
Philosophe, philologue classique et linguiste par sa formation initiale, JC Schotte est psychanalyste au Luxembourg. Il est membre de l’Association freudienne de Belgique (Association lacanienne Internationale) et de la Société psychanalytique du Luxembourg.
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