Les fantômes de Ouessant: Capitaine Ludovic Le Maoût - Tome 7
()
À propos de ce livre électronique
Ces quelques mots balancés par la mère de son meilleur ami d’enfance aujourd’hui accusé d’avoir assassiné sa famille avant de se suicider ne laissent guère le choix à Sans Sucre. Retourner sur l’île qu’il avait fuie vingt ans plus tôt après le meurtre de Laëtitia. Laëtitia, Cédric, Stéphanie et lui. Quatre inséparables… Deux morts violentes.
Si la priorité de Le Maoût est de résoudre le familicide qui ébranle Ouessant, Sans Sucre se heurte à un passé qui n’oublie rien… Il va devoir replonger dans l’horreur de cet été 1994 pour en dénouer les mystères et s’affranchir à jamais de ses fantômes, affronter les ténèbres d’hier pour comprendre celles d’aujourd’hui.
Entre les rochers acérés, battus par les vagues et les terribles vents d’Ouessant, l’ombre d’un passé sanglant ressurgit. Secrets enfouis, amitiés brisées et souvenirs étouffés s’entrelacent dans ce thriller haletant. Vingt ans après un premier drame, l’île refuse d’oublier…"
À PROPOS DE L'AUTEUR
"Né en 1953 dans le centre-Bretagne, Jean-Paul habite Guerlédan où il consacre aujourd’hui son temps à l’écriture.
Sa passion pour la littérature débute à l’âge de dix ans. Le film Le lit à colonnes le bouleverse et suscite une envie d’écrire qui ne l’a jamais quitté.
Bien qu’amateur d’auteurs classiques – Steinbeck, Barjavel, Soljenitsyne, Clavel, Troyat, Kipling – il s’oriente dès ses premiers écrits vers le thriller.
Un mélange de genres qui correspond parfaitement à son univers policier/fantastique/noir."
Autres titres de la série Les fantômes de Ouessant ( 1 )
Les fantômes de Ouessant: Capitaine Ludovic Le Maoût - Tome 7 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluation
En savoir plus sur Jean Paul Le Denmat
La nuit des ombres: Roman policier Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa stratégie des ombres Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationQuai des disparus Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLes griffes de l'ange Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationIl neigeait des cendres sur Brest Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa Nef des Damnés: Quand le Mal s'abat sur la Bretagne... Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLes larmes de Belle-Île Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluation
Lié à Les fantômes de Ouessant
Titres dans cette série (1)
Les fantômes de Ouessant: Capitaine Ludovic Le Maoût - Tome 7 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluation
Livres électroniques liés
La cage de l'Albatros: Les trois Brestoises - Tome 2 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationFraizh connection: Les enquêtes du commandant Le Fur - Tome 6 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationSuspects en baie de morlaix: Les enquêtes du Commandant l'Hostis - Tome 8 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa fille de l'ombre Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationPrédateurs - Le Cerbère Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationÇa valse à Pentrez: Les enquêtes du commissaire Landowski - Tome 36 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationHôtel de la houle Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationComme un papillon qui s'est brûlé les ailes: Thriller Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationNormandie connexion Le trafic du calva: Relié Cartonné Dos rond Sans couture Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLe moine au tablier rouge: Les enquêtes de Cicéron - Tome 15 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationUn phare vers l'Enfer: Une enquête de Cicéron Angledroit - Tome 19 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationMourez, on s'occupe de tout: Les enquêtes de Cicéron - Tome 13 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationL’ours du Finistère: Enor Berigman Enquête N°1 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLe Diable Noir de Saint-Cado: Un thriller en île bretonne Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationSans rancune Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationMort d'un notaire de province Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationAllers simples pour Ouessant: Chantelle, enquêtes occultes - Tome 10 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLe silence a disparu Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationL'île aux capitaines: Une enquête de Nazer Baron - Tome 26 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationCourse lente en Pyrénées Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa terre de nos ancêtres Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationOn est mal: Une nouvelle policière teintée d'humour Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationHors-la-loi à Groix: Capitaine Paul Capitaine - Tome 13 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationJeu de quilles en pays guérandais: Le Duigou et Bozzi - Tome 14 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationCalculs sévères à Saint-Nazaire: Une enquête du Commissaire Anconi - 2 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLe renard des grèves - Tome 2: Les enquêtes de Mary Lester - Tome 23 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationClaires obscures à Oléron: Roman policier Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationQuiproquo en Brière: Une enquête du Commissaire Anconi - Tome 10 Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationL'ombre de la brume: Polar Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationVague scélérate: Un thriller d'espionnage sur l'île d'Ouessant Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluation
Procédure policière pour vous
La maison d’à côté (Un mystère suspense psychologique Chloé Fine – Volume 1) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationSi elle savait (Un mystère Kate Wise – Volume 1) Évaluation : 4 sur 5 étoiles4/5Le Train en Marche (Une Enquête de Riley Paige — Tome 12) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLe Sourire Idéal (Un thriller psychologique avec Jessie Hunt, tome n°4) Évaluation : 4 sur 5 étoiles4/5Les morts ne rêvent pas Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Meurtres sur le glacier: Laura Badía, criminologue Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationPresque Perdue (La Fille Au Pair — Livre Deux) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa Queue Entre les Jambes (Une Enquête de Riley Paige – Tome 3) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Le Visage du Meurtre (Les Mystères de Zoe Prime — Tome 2) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Ne fermez pas ma tombe Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Le Quartier Idéal (Un thriller psychologique avec Jessie Hunt, tome n 2) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa Femme Parfaite (Un thriller psychologique avec Jessie Hunt, Tome n°1) Évaluation : 4 sur 5 étoiles4/5La neige la plus sombre Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Le Grain de Sable (Une Enquête de Riley Paige — Tome 11) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Presque Morte (La Fille Au Pair — Livre Trois) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLes Pendules à l’heure (Une Enquête de Riley Paige – Tome 4) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Le Mensonge Idéal (Un thriller psychologique avec Jessie Hunt, tome n°5) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa fille, seule (Un Thriller à Suspense d’Ella Dark, FBI – Livre 1) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Une famille normale Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLa Tromperie Idéale (Un thriller psychologique avec Jessie Hunt, tome 14) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationCondamné à l’envie (Un Mystère Adèle Sharp — Volume 6) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationMourir sur Seine - Code Lupin: Deux best-sellers réunis en un volume inédit ! Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Piégée (Les Enquêtes de Riley Page – Tome 13) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationChoisi (Les Enquêtes de Riley Page – Tome 17) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationLes arbres qui ont oublié leurs noms Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationCelle qu’il a emportée (Un thriller du FBI de Paige King — Volume 1) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationUn Plat Qui se Mange Froid (Une Enquête De Riley Paige — Tome 8) Évaluation : 5 sur 5 étoiles5/5Manque (Les Enquêtes de Riley Page – Tome 16) Évaluation : 0 sur 5 étoiles0 évaluationMourir sur Seine: Best-seller ebook Évaluation : 3 sur 5 étoiles3/5
Avis sur Les fantômes de Ouessant
0 notation0 avis
Aperçu du livre
Les fantômes de Ouessant - Jean-Paul Le Denmat
1.
Jeudi 16 janvier 2014, 9 h 10
Crispé par le bruit qu’il venait d’entendre, René Cornec descendit de sa voiture, s’empressa à l’arrière ; il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Il coordonnait de moins en moins bien ses gestes. Cette fois, c’était le pompon. Son véhicule, une ancienne Ford Escort à la couleur incertaine et à la boule d’attelage qui lui servait de pare-buffle ou de radar de recul, n’avait rien, mais la Classe A 220, gris métallisé, nickel comme si elle sortait de l’usine, avait l’aile avant droit enfoncée, le phare cassé ! La catastrophe. Il regarda la plaque d’immatriculation de la Mercedes. 49. Maine-et-Loire. Sûrement des touristes qui passaient la semaine à Ouessant. Le vieil homme souffla de dépit. Le propriétaire de la voiture accidentée allait être furieux. Et lui qui détestait les embrouilles. Coup de chaud. Il sentit son pouls grimper. Crise d’angoisse en perspective. Il s’appuya contre son véhicule, regarda loin devant lui et inspira lentement par le nez pendant quatre secondes ; dingue qu’à quatre-vingt-neuf ans, il n’arrivait toujours pas à gérer son stress. Il retint sa respiration, ventre gonflé, pendant sept secondes. Il avait dû accélérer au lieu de freiner ou bien il s’était trompé de vitesse… il ne savait plus. Et, les lèvres pincées, il expira doucement par la bouche pendant huit secondes. Il n’en parlerait pas à sa fille, sinon c’était foutu pour conduire. Comment aller chez le médecin, au cimetière, faire les courses ? Il recommença l’exercice. Quelqu’un s’arrêta près de lui ; un jeune homme brun, barbu avec un sac sur le dos. Un routard ! Mais bon, tous n’étaient pas des bons à rien.
— Ça ne va pas, monsieur ?
Pas trop. Concentré sur le contrôle de sa respiration, les yeux fermés, René ne répondit pas. Tout en faisant des signes avec les mains, il poursuivit son exercice.
— L’aile et le phare, c’est vous ?
Le vieil homme prit une dernière inspiration, se détacha de son appui. Souffla.
— C’est moi.
— Vous ne voulez pas vous asseoir dans votre voiture ?
— Faut que je fasse une déclaration à la gendarmerie.
Le routard insista gentiment.
— Je pense que vous devriez vous asseoir un peu, on ira après.
René esquissa un léger sourire.
— Ça va mieux, je vais me débrouiller.
— Ce n’est pas très raisonnable, vous pourriez avoir un autre malaise.
— Une petite crise d’angoisse… C’est foutu maintenant pour aller voir mon copain à Molène. Le temps que… Il aura fait à manger et tout. Quelle histoire !
— Ce n’est pas grave, monsieur. Prévenez-le que vous irez demain. Ou après-demain…
— Demain, après-demain… On voit bien que vous êtes jeune !
— Appelez-le. Ensuite, on ira à la gendarmerie.
— Vous avez sûrement des choses à faire.
— Rien de pressé.
Le coup de fil passé, le jeune homme prit des photos des voitures en situation.
— Comme ça, vous êtes clean.
Pas trop clean, quand même. Quelle histoire !
— Vous êtes bien aimable, jeune homme. C’est comment votre petit nom ?
— Louis.
— Ah ! Comme mon père.
2.
Le gendarme répondit à l’interphone, se leva pour ouvrir la porte sécurisée de la brigade du Conquet.
— Bonjour, messieurs, gendarme Krémer. Que puis-je pour vous ?
René Cornec se présenta ; remis de ses émotions et en confiance, le vieil homme expliqua longuement sa mésaventure.
— Bref, j’ai enfoncé la voiture qui se trouvait derrière la mienne. Une immatriculée dans le 49, certainement des gens partis à Ouessant. J’ai pensé mettre un mot sur leur pare-brise, mais s’il pleut, vous voyez le tableau. Je me suis dit que le mieux pour éviter les problèmes, c’était le constat par les gendarmes ; je ne supporte plus le moindre souci depuis que mon Yvonne est partie. Pour vous dire comment certains deviennent violents quand on touche à leur auto, je me rappelle qu’une fois, j’étais pourtant dans mon droit…
Le gendarme approuva d’un signe de tête.
— Vous n’avez pas bu, monsieur Cornec ?
— Ah non ! Un verre de merlot midi et soir, mais jamais le matin. Ah, non, j’suis pas alcoolique. Là-haut, mon Yvonne ferait une crise. Ouh là là, c’est qu’elle n’était pas commode, mon…
— Ça s’est passé sur quel parking ?
— Là derrière. Pour prendre le bateau, ça fait une trotte pour un vieux comme moi, mais il est gratuit et on peut rester le temps qu’on veut. Souvent, je reste deux ou trois jours chez le copain ; quatre-vingt-douze ans l’Marcel ! L’Marcel et l’René. C’est comme ça.
— Vous avez laissé votre véhicule sur place ?
— Non, mais le jeune homme a pris des photos. J’étais un peu perdu et… Y’a encore des jeunes qui sont bien.
Le gendarme jeta un coup d’œil « au jeune qui était bien ».
— Ça vous arrive souvent de vous tromper de pédale lorsque vous conduisez ?
René se sentit rougir comme un gamin pris en faute.
— C’est la première fois que je suis en tort en soixante-dix ans de permis.
— Vous avez de la famille ?
Le gendarme regretta d’avoir posé la question ; parti comme il l’était, l’René allait lui sortir son arbre généalogique. Certainement une manière de se libérer du coup de stress.
— Une fille qui vit à Paris, trois petits-enfants qui…
— Très bien, monsieur Cornec, je vous retrouve sur place dans dix minutes.
3.
Statu quo à leur retour au parking des îles.
Le gendarme les rejoignit aussitôt. Il prit quelques photos, des notes sur un carnet noir qu’il sortit d’une des poches de sa surveste.
— Je vais vous demander de revenir à la brigade pour que je fasse mon rapport. Vous aussi… monsieur ?
Une petite moue d’agacement déforma les traits du jeune homme.
— Louis Granier.
— Le temps d’enregistrer votre déposition. À moins que vous ayez un bateau à prendre.
Le gendarme Krémer regarda sa montre ; plusieurs voyageurs, sac sur le dos, valise à la main, se pointaient à l’entrée du parking pour récupérer leur voiture. Les retours de Molène et d’Ouessant.
— Je vous attends à la brigade. À tout de suite.
Le gendarme grimpa dans sa voiture – une Ford Focus bleu gendarmerie – et démarra.
Il emprunta la voie de circulation, roula tranquillement en laissant traîner son regard sur les véhicules garés. Une centaine. Ouessant attirait à n’importe quelle saison. Des jeunes, des vieux. Il remarqua l’hésitation de l’un d’eux qui s’apprêtait à venir vers lui. Bonnet noir, veste verte imperméabilisée, sac de voyage gris, banal, il s’éloigna finalement dans la direction opposée sous la pluie fine qui commençait à tomber. Le gendarme mit les essuie-glaces au ralenti, jeta un coup d’œil dans le rétro pour voir si le père Cornec suivait et bifurqua en direction de la rue des Îles. Le vieux lui faisait penser à son grand-père. En moins cool, peut-être.
4.
Samedi 18 janvier 2014
Installé à l’arrière du pont supérieur de l’Enez Eussa, occupé par une quinzaine de passagers somnolents, Le Maoût regardait ses pieds ou le ciel gris ; pas la mer.
— Suis le mouvement de la houle, tu te sentiras mieux, lui suggéra Sans Sucre.
Le policier ne répondit pas. Ce n’était pas que le mal de mer, mais l’angoisse, une peur lointaine, enfouie, qu’il n’avait jamais réussi à dompter. Machinalement, il glissa ses mains sur sa jambe droite jusqu’à sa prothèse de pied. Dix-huit ans qu’il s’était brisé le tibia, le péroné et découpé les chairs pour se libérer de la chaîne qui l’attachait par la cheville au bateau en train de sombrer¹. Il détestait la mer, aurait préféré être dehors au grand air ; la bruine glaciale l’avait contraint à rester à l’intérieur. Pas non plus envie de choper la crève. Il prit une profonde inspiration, redressa la tête et se mit à suivre du regard le mouvement des vagues. Des courants de plus en plus forts lui chavirèrent le cœur. Il respira à grandes goulées par la bouche pour chasser la nausée, se focalisa sur le phare enveloppé par le bouillonnement des vagues. Il le désigna d’un geste du menton.
— C’est qui, lui ?
— Kéréon. Le palace des enfers. Un des plus grands et des plus beaux phares en mer d’Iroise. Il a été construit sur le récif du Men Tensel, la pierre hargneuse en breton.
— Tu connais le breton !?
— Je sais qu’An Daol, c’est la table en français ; que dolmen, c’est table de pierre, et que menhir, c’est pierre longue ou pierre dressée. Le Maoût signifie le bélier. Quelqu’un qui a la tête dure, genre têtu quoi.
— Tu rigoles ! Et toi, alors ?
— Moi, j’ai un nom de famille rare, un dérivé méridional de long, Longuet, homme grand et mince.
— C’est pas plutôt petit et trapu ?
— Je suis une exception !
— Une anomalie, tu veux dire !
— Tu vas moins rigoler dans dix minutes quand on va passer le Fromveur.
— C’est encore du breton ?
— Ça signifie grand courant d’eau ; il circule entre l’archipel de Molène et Ouessant et est balisé par deux phares, Kéréon de ce côté et La Jument, à l’autre bout. Quand la mer est peu forte, c’est le cas aujourd’hui, ça remue toujours un peu plus et pour ceux qui n’ont pas le pied marin, c’est ici qu’ils ont les dents du fond qui baignent et qu’ils prennent une couleur verdâtre.
— Ha ! Ha ! Ha ! On est encore loin ?
— Quinze, vingt minutes.
— Putain ! Je vais prendre l’air avant de gerber.
Le policier tangua jusqu’à la porte du salon extérieur et sortit. Le visage brumisé par les embruns, de l’air frais plein les poumons, il se sentit mieux.
Lorsque Sans Sucre l’avait appelé au petit matin, il était réveillé depuis longtemps. Depuis trois semaines, il dormait mal, traînait sa vie. Depuis le départ de Rita.
En rentrant du boulot, le soir de Noël, il avait découvert l’appartement vide, froid. L’habituel « Chérie » lui était resté dans la gorge, en même temps que son sang se figeait dans ses veines. Pas la peine de faire le tour des pièces. Toutes les réponses se trouvaient dans l’obscurité et le silence tonitruant qui l’engloutissaient.
En apnée, il avait appuyé sur l’interrupteur. Ses yeux avaient balayé l’espace de la cuisine et du salon. Rita était partie. Pour toujours. L’absence de mot en témoignait. Tout comme les fenêtres ouvertes sur la nuit pour ne rien laisser d’elle ; ni odeur ni parfum. Emportés par les courants d’air frais qui circulaient dans les pièces. Plus la moindre trace d’elle comme si ces onze mois passés ensemble n’avaient été qu’un songe. Consumé par la douleur, le policier avait coupé la lumière, s’était assis sur la chaise la plus proche. Même s’il avait évoqué cette possibilité à plusieurs reprises, le départ de la jeune femme l’avait brisé, mis K.-O, en miettes. Les étoiles qu’il avait dans le regard à l’idée de ce premier Noël avec elle s’étaient éteintes. Il s’était senti mourir, tout bas.
Son téléphone avait sonné plusieurs fois.
Puis des coups frappés à la porte d’entrée avaient résonné dans l’appartement.
Sans Sucre, avec qui Rita et lui devaient réveillonner, l’avait embarqué presque de force. Lui qui avait pris une semaine de congé l’avait finalement partagée entre le boulot et ses amis. Il passait quotidiennement à l’appart avec l’espoir d’y trouver Rita, repartait à chaque fois un peu plus désespéré. Les barrettes de Bromazépam l’éloignaient tant bien que mal des crises d’angoisse aiguës et le plongeaient dans des abîmes noirs et profonds, sans rêve.
Vingt-cinq jours sans nouvelles.
S’il en souffrait encore comme une bête, il n’avait jamais craint qu’il lui soit arrivé quelque chose. Elle l’avait quitté. Simplement. Sans le moindre mot d’adieu. Ni lettre assassine. Envolée telle une ombre. Disparue. Il lui fallait réapprendre à vivre seul. Sans envie ni énergie pour combler les grands moments de vide, de tristesse.
Perdu dans ses pensées, le policier regardait les rivages efflanqués de l’île se dessiner dans la grisaille. Des tempêtes de fin du monde avec des vents de deux cents kilomètres-heure. « Qui voit Molène voit sa peine, qui voit Ouessant voit son sang. » La description que lui avait faite Sans Sucre était celle d’une terre d’épouvante acquise aux rites et aux cérémonies barbares. Lui n’y avait jamais mis les pieds, ce qu’il avait lu sur cette dernière terre de Bretagne avant l’immensité de l’Atlantique et l’Amérique lui avait plutôt donné envie de venir y passer quelques jours. Falaises déchiquetées, criques secrètes. Paysages grandioses, désolés, offerts aux vents, aux lumières changeantes du jour et rythmés la nuit par les faisceaux des phares. Ouessant. Authentique. Propice à l’imaginaire. Comme cette muraille de roches grises et noires qui se dressaient maintenant devant lui.
L’Enez Eussa doubla la tourelle de Men Korn, amorça une large courbe. La tête relevée, le policier ne quittait pas des yeux la tour qui dominait la baie ; curieux, il fit signe à son équipier de sortir. Pointa un doigt vers le sommet de l’édifice dont on voyait l’esquisse vitrée d’une salle panoramique.
— Et ça, c’est quoi ?
— La tour radar du Stiff. Elle a été construite après le naufrage de l’Amoco Cadiz et collecte les informations sur le trafic maritime dans le rail d’Ouessant. L’un des passages maritimes les plus fréquentés du monde. Les informations sont traitées par le CROSS Corsen², qui veille au respect des règles de circulation dans le rail.
Une moue d’admiration sur les lèvres, Le Maoût hocha la tête.
— Tu pourrais faire guide touristique.
— Plus tard. Quand le monde sombrera, je reviendrai vivre ici.
— Et tu imagines quelle date ?
— En 2030. Dans seize ans.
— Je te croyais plus optimiste.
— Avant que je naisse, ma mère a vu une voyante, une vieille dame qui lui a dit qu’elle aurait un fils qui travaillerait dans un métier lié à la justice, qu’un événement bouleverserait sa vie, qu’elle déménagerait mais vivrait quand même près de la mer, que le prochain conflit mondial viendrait de l’est. Jusqu’ici, tout est vrai, alors pourquoi se tromperait-elle sur cette guerre à venir ? T’as déjà rencontré un voyant ?
— Non. J’y crois tellement que je préfère m’abstenir.
Sans Sucre soupira.
— Dans seize ans, mon aînée n’aura pas trente ans et la petite tout juste vingt.
— Alors pourquoi t’as fait quatre enfants ?
— J’y crois sans y croire et ce n’est pas une science exacte. On arrive.
Le port. Une digue récente en béton et un vieux môle. Deux bâtiments construits sur un terre-plein pentu établi au pied d’un abrupt de la roche. Pas de commerces aux façades colorées, aux enseignes ostentatoires. Du roc et de la brume. Quelques containers, des voitures aux phares allumés. Le Maoût regarda sa montre. 15 h 45.
Un jour sans lumière ou presque.
Les policiers rejoignirent les autres passagers rassemblés près de la sortie du pont inférieur dans l’attente de l’ouverture de la porte. Ni l’un ni l’autre n’avait pris de gros bagages. L’émotion étreignait Sans Sucre. Vingt-ans qu’il n’avait pas remis les pieds sur l’île. 1994. L’année de ses dix-sept ans.
La veille, il rentrait chez lui après avoir été cherché les filles à l’école quand son portable avait sonné. Le 06 ne lui disait rien ; il avait malgré tout pris l’appel.
— Arnaud Longuet ?
Une voix de femme chargée d’une indicible douleur.
— Oui. Vous êtes ?
— La mère de Cédric. Sylvie Moraux.
— Sylvie !
— Cédric est mort.
Sans laisser le temps à Sans Sucre de réagir, la femme poursuivit. Il lui fallait dire l’essentiel avant de s’effondrer.
— C’est arrivé hier matin. D’après la gendarmerie, il aurait tué sa femme et ses enfants avant de se suicider. C’est impossible, Arnaud. Impossible.
L’incompréhension l’avait figé près de sa voiture. Cédric. Son pote. Son frère. Des images avaient afflué à son esprit. Passé le moment de stupeur, la seule question qu’il posa fut celle d’un flic.
— Il avait des problèmes ?
— Il n’a pas pu faire ça, mais les gendarmes n’imaginent aucune autre possibilité. On a besoin d’aide ; on aimerait que tu viennes sur l’île.
Après quelques secondes de silence, malgré les émotions qui le chahutaient, le policier se força à ne pas les laisser transparaître.
— Je… Je ne vois pas ce que je pourrais faire.
— Ah ! Jacques me l’avait dit. Moi, je pensais qu’après ce que Cédric avait fait pour toi…
Un ton amer. Dégoûté. Du mépris, même.
Très mal à l’aise, Sans Sucre avait eu envie de raccrocher.
— Je lui serais redevable de quoi, Sylvie ?
— Tu ne te souviens pas ? On n’a jamais eu la fin de l’histoire. À moins que toi, tu la connaisses.
— Je devrais ?
— Tu as fui comme un voleur et silence total depuis vingt ans. Si ça, ce n’est pas un comportement coupable !
Le terme avait cueilli le policier comme une gifle. Le coup de chaud l’avait mis dans un état de confusion mentale, mélange de stupeur et de honte. Le visage empourpré, des picotements d’angoisse plein la bouche, il n’avait vu qu’un moyen pour se décharger de la suspicion qui l’accablait déjà.
— Je ne sais pas si je pourrai vous aider, mais OK pour demain.
S’il avait pu y aller dans l’instant, il aurait foncé pour s’expliquer et se débarrasser de cette affaire qui n’était pas la sienne, mais dont il ressentait le poids. Un terrible poids de coupable.
— Merci, Arnaud. À demain.
Sans Sucre avait coupé la communication. Était rentré chez lui, affligé.
Oui, il ignorait le fin mot de l’histoire. N’avait pas cherché à le connaître.
Vingt ans après Laëtitia, Cédric était mort comme elle. De mort violente.
1 Voir La Stratégie des ombres, même auteur, même collection.
2 Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage.
5.
Jacques Moraux, le mari de Sylvie, n’avait pas changé. Grand, sec, le visage anguleux, la coiffure identique. Le même avec quelques rides sur le front et des cheveux poivre et sel.
Sans Sucre le reconnut aussitôt. Son bagage à la main, il s’avança vers lui.
— Monsieur Moraux ?
— Arnaud ! J’t’aurais pas reconnu, et puis j’attendais quelqu’un de seul.
Sans Sucre lui tendit une main chaleureuse ; deux bras l’accueillirent. Le ressentiment qui l’avait rongé depuis sa conversation avec la mère de Cédric se dissipa d’un coup. Lorsque Jacques Moraux s’écarta, des larmes coulaient sur son visage. La lueur malicieuse qui brillait à l’époque dans son regard bleu avait disparu et fait place à une tristesse infinie. Il jeta un coup d’œil vers Le Maoût.
Sans Sucre fit les présentations.
— Lieutenant Ludovic Le Maoût. Mon collègue.
Les deux hommes échangèrent une rapide poignée de main et Jacques Moraux les invita à le suivre. Sa voiture, une Dacia Sandero vert bouteille, se trouvait garée sur le terre-plein près de l’un des bâtiments de la compagnie maritime. Le Maoût s’installa à l’arrière. Son sac de voyage cabine sur les genoux, il se sentait un peu étranger à ce qui se passait. Il avait accompagné Sans Sucre à sa demande parce qu’il avait un week-end prolongé et un bol d’air frais sur cette île du bout du monde lui ferait certainement le plus grand bien.
À peine le refuge des falaises quitté, la route accédait au plateau et filait vers le bourg de Lampaul à travers une étendue d’herbes rases et de broussailles rousses, écorchées par le vent. La mer avait disparu, même à l’horizon. Après trois minutes et quelques villages traversés, la Dacia passa devant le camping municipal à gauche, l’école primaire à droite. Puis, l’église Saint Pol-Aurélien. Des vagues de souvenirs, faites d’un mélange de joie et de mélancolie, submergèrent Sans Sucre.
Jacques Moraux conduisait lentement, il jeta un coup d’œil vers ce dernier.
— On habite toujours au même endroit. Tu t’en souviens ?
— Direction la pyramide du Runiou, juste au-dessus de la plage du Prat et du lavoir. J’avais l’impression d’avoir oublié, et en fait, tout est là. Chaque endroit me rappelle une histoire, une saison, des bruits. Même des odeurs.
Jacques Moraux prit à gauche après l’église, longea la plage du Corz, poursuivit sur plusieurs centaines de mètres et s’arrêta devant une maison blanche à étage ; des chevronnières en pierre bordaient la couverture en ardoises et des encadrements en granit détouraient des ouvertures en bois bleu ciel. Cinq fenêtres à petits carreaux – dont trois à l’étage – et une porte d’entrée vitrée en partie supérieure. Cette dernière s’ouvrait directement sur la pièce de vie. Grande, carrelage clair au sol, murs grèges, plafond haut avec de grosses poutres peintes en blanc et une immense cheminée en pierre où brûlait un feu devant lequel Sylvie Moraux les attendait.
De taille moyenne avec des formes généreuses, la maîtresse de maison portait un pantalon de jersey et un pull ample en laine grise. Ses cheveux courts, noirs, encadraient un visage carré et doux à la fois où luisaient des yeux noisette remplis de larmes. Elle s’effondra en voyant Sans Sucre. L’emprisonna contre elle pendant un long moment sans être capable de prononcer le moindre mot. L’émotion des retrouvailles passées, elle s’écarta de lui sans pouvoir lui lâcher les bras.
— Il a fallu que Cédric meure pour qu’on te revoie.
Sans Sucre renifla pour ravaler son chagrin. Se tourna vers son équipier.
— Le lieutenant Ludovic Le Maoût avec qui je travaille depuis deux ans. Comme il était disponible ce week-end, il a accepté de m’accompagner.
Sylvie Moraux tendit une main au policier.
— Enchantée, monsieur. Une première sur notre île ?
Le Maoût hocha la tête.
— En effet, j’espère que ma présence ne vous contrarie pas.
— Pas du tout. Nous avons quatre chambres et aujourd’hui… Seigneur ! Qu’est-ce qu’on va devenir ?
La femme s’effondra de nouveau en pleurs. Se réfugia près de l’âtre.
Sans Sucre tapota l’avant-bras du mari.
— Nous avons réservé à La Duchesse Anne.
— Je vais les appeler. On se connaît très bien. On a besoin d’aide, de conseils. On est complètement perdus. Posez vos affaires et asseyez-vous.
D’un signe de tête, il désigna la table de la cuisine.
— Nous y serons mieux pour discuter.
Sylvie Moraux revint vers eux.
— J’ai préparé un café, il y a aussi du thé ou de la chicorée.
Le Maoût intervint en s’excusant.
— Désolé, mais j’aimerais aller sur place avant la nuit. Visualiser les lieux permet de comprendre beaucoup de choses.
6.
Isolée entre les villages de Kergoff et de Poull Bojer, la maison avec penty exposée plein sud face à la mer tournait le dos à la route. Jacques Moraux gara la Sandero sur l’accotement devant la Rubalise jaune qui confinait le périmètre de la scène de crime. Sans hésiter, les deux policiers l’enjambèrent. Devant l’embarras de leur hôte à faire de même, Sans Sucre le rassura.
— On peut y aller. Les analyses et les prélèvements sont terminés, sinon le site serait toujours sous surveillance.
Devant eux, Le Maoût se pressait sur l’allée dallée tendue entre le pignon et un parking caillouteux où étaient garées une Renault Megane 3 noire et une 307 grise. Il s’arrêta une fraction de seconde à la vue d’un périmètre entouré d’un film plastique laiteux implanté sur la pelouse en face de la porte d’entrée à un mètre environ de la terrasse. La croûte brune, épaisse, qui recouvrait l’herbe au milieu de la zone confirma sa pensée. Quelqu’un était tombé là et s’était vidé de son sang. Le policier obtint la réponse à sa question avant de l’avoir posée.
— Cédric. C’est moi qui ai découvert le drame. On avait prévu d’aller relever des casiers. Je suis arrivé ici un peu après sept heures et j’ai été surpris de ne pas voir
